Le travail et ses déviances

Posté par nofim le 17 mai 2013

En ce début du  XXIe siècle, marqué par la «crise » quelle idée du travail tend à prédominer ? Il semble que  le travail « normal » est celui que quelqu’un exécute à la demande d’une autre personne. Le travailleur se louerait comme on loue un appartement ou un véhicule pour en faire, durant  le temps prévu, ce que bon nous en semble, sur la base d’un contrat s’apparentant à un bail.
Gagner honnêtement sa vie se résumerait au fait que l’on a accepté de se soumettre à la volonté d’autrui en contrepartie d’argent ou de quelque autre bien. Il s’agirait de respecter, de s’en tenir aux accords concernant la volonté de l’employeur ; cela vaut aussi pour les professions dites libérales ainsi que pour les fournisseurs, les « vendeurs » face au client, au patient.
Autrement dit,  on peut faire faire n’importe quoi à n’importe qui du moment  qu’il y a accord sur les conditions.  L’argent sublime le travail, vient conférer à toute tâche une certaine auréole. C’est un adjuvant qui fait passer la pilule de l’ennui, du désintérêt éventuel de ce qui doit être effectué. L’argent n’a pas d’odeur ou plutôt évacue l’odeur de la tâche demandée tout comme tel ingrédient permet de consommer un produit insipide qui ne se suffirait pas à lui-même.
Mais paradoxalement, un travail qui n’est pas effectué à la demande d’autrui  ne donne droit, en principe, à aucune « indemnité » et n’entre pas dans la formule « tout travail mérite salaire ». Si je passe un an à écrire un livre, une musique,  dès lors que l’on ne me l’a pas demandé, commandé, explicitement, cela ne me donne  aucun droit  à une quelconque contrepartie puisque l’argent est  perçu comme une compensation à l’ inanité de la tâche  même si par la suite, il s’étend à des activités qui seraient gratifiantes par elles-mêmes et non par ce qu’elles rapportent.  Ce distinguo est d’ailleurs assez difficile à effectuer tant le travail semble être devenu indissociable du « revenu » qu’il dégage. Par ailleurs, seul  ce « revenu » est imposable, ce qui complété la panoplie du travailleur «honorable », à savoir qu’il paie des impôts, ce qui en fait, ipso facto, un bon citoyen.
Nous dirons, pour faire écho à nos précédentes études, que celui qui exerce une activité dont il serait lui-même le commanditaire n’entrerait pas dans une certaine logique  socio-économique. Au mieux, il faudrait alors qu’il mette en vente son « produit » et qu’il attende que des gens veuillent bien se le procurer alors qu’il n’a pas été commandé.  Mais le problème se complique du fait que l’on peut fort bien imaginer que quelqu’un produise quelque chose qui correspond à une demande du « marché », ce qui est assimilable à ce que nous disions du travail.
L’idée de travail semble donc indissociable de celle du rapport de la personne à la société dont il doit accepter l’interférence et l’interdépendance s’il veut être rémunéré.  Or, nous avons dit, ailleurs, qu’il convenait de distinguer  entre  l’intérieur et l’extérieur au sens où certaines populations seraient motivées de l’intérieur et d’autres de l’’extérieur, ce que nous tendons à rapprocher respectivement des  comportements masculins et féminins étant entendu qu’au cours des siècles, et notamment au XIXe siècle,  les hommes ont été conduits à adopter une posture « féminine », notamment avec la révolution industrielle, ce qui a complétement faussé l’analyse de ce qui distingue les sexes. Quand par la suite, des femmes ont pu remplacer les hommes dans les usines, notamment durant la Première Guerre Mondiale, on a parlé d’une avancée les concernant alors qu’en réalité elles ne faisaient que se réapproprier des taches intrinsèquement féminines, comme ce qui va se produire au théâtre quand les rôles féminins tenus par des hommes seront  dévolus, logiquement, aux femmes.
Nous pensons qu’il importe de créer des conditions de vie décentes à des personnes qui ne travaillent pas à la commande et qui  se contentent d’exercer une activité créatrice, originale, même si cela  peut sembler archaïque au vu de la philosophie économique actuelle. Il s’agirait de consacrer de l’argent, de la part de la société, à ceux qui témoignent de la faculté des hommes à créer sans passer par quelque compensation ambiguë. Le plaisir de créer doit être authentique et non pas frelaté par l’argent. Si quelqu’un produit de la musique, une musique nouvelle, originale, cela doit donner droit à une rémunération en ce que cela perpétue une activité vitale pour l’homme, tout comme le fait de procréer qui n’a pas non plus à être lié à une « commande ». Cela exigerait un recensement des activités créatrices dans la société en dehors de toute instrumentalisation économique immédiate tout comme l’on se demande pas quand on fait des enfants s’il y a une demande ou une contrepartie, encore que le système des allocations familials puisse être un incitateur. Il faudrait sur cette même base considérer qu’un créateur  peut être bénéficiaire d’allocations  dès lors qu’il produit quelque ouvragée, quand bien même celui-ci ne serait pas commercialisé en quelque façon que  ce soit. C’est là une revendication qui ne semble pas actuellement être mise en avant et qui selon nous est de grande portée en ce qu’elle rappelle que tout travail rémunéré dérive de ce modèle créatif.
Il est assez paradoxal –comme nous l’avons remarqué à plusieurs reprises, de devoir noter que l’exception tend à devenir la réglé, que l’expédient  passe pour la norme, comme lorsque nous observons que la cuisine trafiquée est plus valorisée que le seul fait de goûter un produit tel quel, sans aucun ingrédient, comme lorsque l’on préféré un spectacle bien rodé à l’improvisation, l’acquisition de techniques d’appoint jouant par ailleurs le rôle d’un lien social alors que celui qui n’a pas besoin d’y recourir est plus dans la solitude du coureur de fond..
Nous militons pour l’importance à accorder à l’improvisation où l’auteur est bien celui qui est devant nous, comme dans l’accouchement, on sait qui est la mère. Cette improvisation où la bouche joue le rôle d’un utérus est le seul garant de l’origine et de l’originalité,  du génie et donc de l’engendrement. Le sport est un des lieux qui tente, à l’opposé du théâtre, du cinéma, du « show », où cette improvisation peut être appréhendée.  Il faudrait aussi  inclure dans cette dimension le rapport sexuel, par de là tout enjeu de procréation.  Les tournois d’échec  font partie de ce type d’expérience « vraie » mais il faudrait davantage exiger l’expression directe que l’on retrouve dans les débats. Encore faudrait-il distinguer entre ceux qui ne font que broder sur des schèmes établis par d’autres et ceux qui  produisent réellement quelque chose de personnel susceptible de féconder un grand nombre de récepteurs ‘(auditeurs par exemple). Nous rappellerons cette règle fondamentale de la création, à savoir que celle-ci a vocation à inspirer un grand nombre de personnes  qui l’intégreront dans leur propre mode de production. Ce que nous appelons la vertu polygamique, polyvalente de la création. Il y a là matière à réflexion autour de la dialectique création/procréation par opposition à  la dialectique travail/argent. Le créateur est celui qui alimente le groupe qui se constitue de facto autour de son œuvre, ce qui nous ramène peu ou prou à la dialectique du masculin et du féminin.
JHB
08. 05.13

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