Quel Etat Juif ?

Posté par nofim le 17 mai 2013

Nouveaux regards sur la question  de l’Etat,  les exemples  Juif  et français.
Par  Jacques Halbronn
 
En 1897,  Theodore Herzl publiait  Der Judenstaat que d’aucuns préfèrent traduire par l’Etat des Juifs alors que la première édition française, supervisée par  l’auteur,  était bien l’Etat Juif (cf. notre ouvrage, Ed. Ramkat, 2002, « le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle »)  Mais que faut-il entendre par cette expression ? Il semble que ce point n’ait jamais été vraiment éclairci.
Nous avons introduit dans de précédents textes, l’idée d’une revalorisation du rôle des Etats, notamment dans le domaine des rapports entre Economie et Culture. Nous pensons que chaque Etat  a pour tâche de gérer tout ce qui appartient à l’histoire d’une certaine culture se reliant, d’une façon ou d’une autre, au dit Etat.  C’est ainsi que l’Etat hébreu a reçu les « réparations » allemandes au titre des spoliations subies par les Juifs en Allemagne. On a là un rapport intéressant entre deux Etats représentant chacun une certaine population et une certaine Histoire.
Autrement dit, l’Etat Juif  ne se définit pas nécessairement, comme on semble le penser en Israël, comme  un Etat où les Juifs seraient majoritaires, démographiquement parlant mais une instance qui veille à la conservation et à la survivance de tout ce qui est en rapport avec le « judaïsme » au sens très large du terme. Peut-on dire qu’il satisfait pleinement à de telles exigences ?   
A son actif, la perpétuation  de la langue hébraïque  en tant que langue à la fois ancienne (« morte ») et vivante, y compris en ce qui concerne son alphabet, ce qui n’était pas absolument indispensable, selon nous, pour un pays ayant vocation à accueillir des migrations avec les questions d’intégration que cela pose. Le recours aux caractères latins aurait été plus approprié.
Certes, cet Etat « juif »,  a-t-il instauré  une domination juive, quitte  à renoncer à certaines parties du mandat palestinien de départ. Cela commença  dès les années 1920 avec la Transjordanie, c’est-à-dire la « Palestine » au-delà du  Jourdain puis à partir de 1948 avec la Cisjordanie, suite à une nouvelle partition. Mais  du fait du régime démocratique, Israël est préoccupé de l’évolution démographique  arabe  et plus spécialement  s’il devait annexer pleinement la Cisjordanie.  L’on voit que le principe démocratique actuellement en vigueur en Occident  n’est pas forcément approprié pour Israël et confère un caractère assez ambivalent à la politique de l’Etat par rapport à ses voisins. ; Il devrait en tout cas être aménagé  mais est-ce bien le propre d’un Etat Juif que de revendiquer une majorité juive en son sein ? Nous pensons que cet Etat Juif du moment qu’il assure un certain cahier de charges, n’a pas une telle obligation.
En revanche,  nous trouvons que l’Etat Hébreu  ne joue pas pleinement son rôle face à certaines formes d’antisémitisme. Certes, sur le plan quantitatif,  Israël a  accueilli diverses populations juives, avant et après la création de l’Etat en 1947/48. Mais il existe des formes d’antisémitisme plus  sournoises. On pense à un numerus clausus dans les universités, au fait que l’on ne laisse pas des Juifs accéder aux plus hautes fonctions dans certaines institutions. Cela concerne une certaine élite qui se trouve ainsi brimée et qui ne trouve pas  de conditions d’accueil intéressantes en Israël. Or, il serait souhaitable  que les Juifs dotés d’un certain talent soient pris en charge par l’Etat Juif et  n’en soient pas réduits au sort commun des Olim. On devrait pouvoir trouver des fonds dans ce sens.
Cette philosophie de l’Etat et de son rôle, nous  entendons l’appliquer  ainsi à la France avec les enjeux qui sont les siens du fait de son Histoire et nous avons là une bonne illustration de la dimension économique du problème. Nous avons déjà expliqué que la France  doit gérer le dossier de la langue française tout comme l’Etat Hébreu est concerné par celui de la langue du même nom. Pour nous, l’Etat français est habilité à  collecter  des sommes liées à l’usage du français dans le monde de la même façon que tel Etat profite de la richesse de son sous-sol et de son littoral. Ce droit est d’autant plus légitime qu’une langue est le produit d’une histoire, d’une société bien plus que ne l’est un sous-sol pétrolier.
Le problème de la richesse culturelle et  plus spécialement linguistique, c’est que l’on peut emprunter impunément, ce qui n’est pas le cas des ressources minières dont on peut en tout cas bloquer l’accès quand l’Etat le décide. A contrario,  l’emprunt linguistique se perpétue sur le long terme et l’on ne peut du jour au lendemain changer de fournisseur  et mettre fin au commerce engagé.  Or, notre approche de la linguistique  ne consiste pas à considérer une langue comme un tout. On peut très bien ne pas parler français mais employer du français au sein d’une autre langue. En ce  sens,  on pourrait parler d’une diaspora des mots français dans le monde, comme l’ont montré différents linguistes comme Henriette Walter.
Notre point de vue est que l’Etat français serait en droit de percevoir des « royalties «  sur la circulation des mots français dans le monde, à commencer par ceux qui sont véhiculés par l’anglais, par milliers. Il est possible  informatiquement  de suivre le flux des mots français dans le monde, ne serait-ce que sur Internet et de procéder à une forme de taxation qui permettrait à la France d’équilibrer sa balance commerciale car pourquoi certains biens devraient être réglés rubis sur l’ongle et d’autres  ne faire l’objet d’aucune rémunération alors même qu’ils sont  le résultat de la production de cet Etat au cours des siècles. Nous n’entrerons pas ici dans le débat entre linguistes sur la façon de procéder en développant des logiciels appropriés. Cela devra faire l’objet de négociations notamment  au sein de l’espace de la Francophonie. Mais il est clair, pour nous, que le français a «  colonisé » un certain nombre de langues  en Europe depuis l’anglais et l’allemand  jusqu’au russe et au turc (cf. L. J. Calvet, Linguistique et Colonialisme). On dira que le français a fécondé diverses langues, qu’il a joué un rôle de pollinisateur et d’unificateur, de nombreux mots français se retrouvant en plusieurs langues.
 Sur un autre plan, il est clair que l’Etat français a vocation à collecter toute la littérature de langue française  à commencer par les imprimés. Tel devrait être un des objectifs de la Bibliothèque Nationale de France (BNF). Or, il ne semble pas qu’elle dispose du  budget nécessaire pour ce faire. Du moins, devrait-elle posséder des reproductions numérisées (sur le site  Gallica) de la dite production. A notre connaissance, notamment en ce qui concerne Nostradamus,  un tel travail n’est pas conduit de façon systématique. Ce travail passe aussi par la  délicat mise en évidence de textes disparus nécessaires à une chronologie rationnelle.(cf nos articles dans la Revue Française d’histoire du Livre, 2011, 2012, 2013)
Nous sommes donc, on l’aura compris, pour la mise en place dans le cadre de l’UNESCO d’une conférence consacrée au rôle des Etats dans le champ culturel et à ses implications commerciales. C’est là une carte importante à jouer pour l’Europe qui a tant apporté au reste du monde, que cela ait été par le biais de conquétes et d’occupations territoriales comme en Afrique ou en Amérique –(Nord et Sud) ou du fait d’une certaine fascination de tel ou tel modèle européen, ce qui nous renvoie notamment aux effets de la Révolution Française et du Premier Empire en Europe.  Face aux pétro-dollars des uns, nous pensons tout à fait équitable de placer des redevances liées à une certaine imprégnation culturelle.
 
 
 
JHB
08. 05.13

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