L’astrologie comme méta-langage‏

Posté par nofim le 2 juin 2013

L’astrologie comme mode d’emploi du language
Par  Jacques Halbronn
 
La tendance lourde depuis une bonne vingtaine d’années est d’aller vers une astrologie impersonnelle. Entendons par là que l’on  ne relie plus l’astrologie à l’œuvre de tel ou tel chercheur. C’est le temps d’une astrologie « anonyme » et donc en quelque sorte intemporelle. On ne dit plus « Un Tel » mais « L’astrologie » et à partir de là,  place à la Tradition la plus archaïque, comme les exaltations des planètes qui est un dispositif devenu en l’état inintelligible. L’astrologie serait analogue à un langage. Si ce n’était que cela, ce ne serait pas trop grave car on peut exprimer les choses de diverses façons. Mais le problème, c’est que cela veut aussi être un savoir qui nous dit ce qu’il en est. Et c’est alors une toute autre affaire
Nous avons déjà  mis en garde sur le rôle du langage dans l’activité astrologique. L’apprentissage du langage à un très jeune âge  relève du formatage du rapport au monde. Cela a des effets sur plusieurs plans.
Celui de la consultation car l’astrologue part du principe que du moment qu’il se sert de la langue de son client, il se fait comprendre. Or tout mot renvoie à un savoir mais n’est pas en soi un savoir. La carte n’est pas le territoire.   Il faut apprendre à conduire. Or, l’astrologie exige une certaine démarche philosophique, une faculté d’abstraction.
Un autre plan  est celui de l’impersonnalité de la langue, qui est  le bien de tous. En cela, elle est décalée par rapport à la Science qui est le fait d’une chaîne de chercheurs.
Enfin, une langue n’a pas à être cohérente/ Elle s’apprend telle quelle et est commune à un groupe plus ou moins large
L’astrologie nous apparait comme une contre-culture, la revanche du populaire sur le savant, un populaire qui se sent dépossédé par le savant du fait de la démystification d’un savoir dénigré et dévalué et pourtant chèrement acquis. Le populaire  se sent dupé face à cette monnaie de singe qu’il avait sur investie. Un populaire qui flirte avec la Science en empruntant quelques données astronomiques de pointe à l’instar du langage lui-même qui se renouvelle à la marge, tout en n’évoluant guère  sur l’essentiel. C’est dire que la cause de l’astrologie actuelle et celle du langage courant sont intimement liées pour le pire et pour le meilleur. Il importe de procéder à un certain sevrage.
L’astrologie, en ce début du XXIe siècle,  a opté pour l’anonymat. Elle n’a plus de maître à penser. Elle a opté pour un consensus langagier partagé. On pense aux Team parties. La base se débrouille très bien toute seule et elle n’a pas besoin d’un mentor pour lui faire la leçon. Elle sait que si elle lâche du lest, fait des concessions à l’intelligentsia, elle se retrouvera à sa merci. La question des réformes est liée à une lutte des classes et donc des sexes.
Pour notre part, nous pensons tout au contraire que pour sortir de ce qu’il faut bien appeler une certaine sclérose et donc une perte de cyclicité, il est impératif que périodiquement le milieu astrologique s’en remette à un homme providentiel qui lui  donne un nouveau souffle. Dans chaque pays, l’astrologie a connu ses grands hommes : Addey en Angleterre, Ebertin en Allemagne pour ne pas parler de la France avec  Néroman,  Jean-Pierre Nicola,  Rudhyar. Chaque fois,   il a fallu se recycler. Or, c’est à ce recyclage que nos astrologues actuels se refusent. Une réforme ne peut se faire dans le désordre, chacun dans son coin, il lui faut un centre à partir duquel diverses formes se développeront et non l’inverse. En ce sens, nos astrologues actuels ne respectent pas les valeurs de l’Astrologie qui passent par l’alternance, la dialectique du centre et de la périphérie.
Comme si cette »tradition » astrologique n’avait pas été en son temps le fait de quelques « maîtres ». On préféré imaginer que l’astrologie est le résultat d’une longue pratique de façon à se passer  de leaders. On préféré qu’elle dépende d’autres savoirs pour ne pas avoir à subir quelque autorité de l’intérieur.
En fait, l’autorité extérieure est mieux vécue. Elle doit émaner de quelqu’un qui est auréolée d’une formation universitaire, qui a été reconnu en dehors du milieu astrologique. C’est pourquoi en 1975 nous avions fondé le Mouvement Astrologique Universitaire (MAU). Le terme universitaire sera repris par Patrice Guinard avec le CURA à la fin des années 90. 
Le fait de dire que le savoir astrologique ne se suffit pas à lui-même, qu’il n’est que la carte et non pas le territoire (sémantique générale)  froisse les astrologues qui s’imaginaient à l’instar d’enfants apprenant à parler que la connaissance du symbolisme astrologique  était un viatique  qui n’avait besoin de rien d’autre et qui n’avait plus besoin de changer au niveau de ses « bases » comme lorsque l’on apprend le français : c’est pour la vie.
L’astrologie serait un complément du langage, aux yeux de bien des astrologues puisqu’elle nous dirait quand on doit se servir de tel ou tel mot, ce que le langage ne nous dit pas. L’astrologie serait un mode d’emploi du langage, un métalangage (du grec méta,  post en latin)..
Il existerait donc une astrologie langagière qui aiderait les gens à piocher dans le langage à bon escient, de savoir quoi dire et quand. Ce serait la clef manquante du langage pour les gens qui  ne savent pas se débrouiller tous seuls avec le langage. Un plus. En tout cas,  cela permet à l’astrologue d’avoir des choses à dire, de ne pas rester muet, par-delà la question de savoir si ce qui est dit est « vrai » ou pas.   L’astrologie serait un vadémécum, un ordonnateur  de la parole.
Nous  dirons que dans la vie quotidienne, cette formule peut être utile, tant qu’il ne s’agit que  de faire la conversation et de toute façon cela n’est pas pire que sans astrologie si c’est pour en rester à un niveau primaire du langage. Mais il nous semble que ce n’est pas la bonne solution. Apprendre à parler  avec pertinence  ne passe pas nécessairement par l’astrologie. Cela exige d’apprendre à approfondir les termes que l’on utilise, ce qui est notamment le rôle de la philosophie.  En fait, la linguistique comporte aussi en principe une dimension philosophique par le biais de ce qu’on appelle la morphosémantique  qui fait réfléchir sur la « sagesse » inhérente à l’organisation d’une langue, notamment  l’usage des préfixes par rapport aux racines (cf notre article de 2013 dans la Revue Française d’Histoire du Livre). Dans un précédent article, nous avons ainsi proposé d’associer les mots comportant le préfixe « cum » (com/con) avec le féminin, ce qui n’est pas la première chose à laquelle  on pense en général.  Donc il y a bel et bien une possibilité d’extraire du langage, sous ses diverses formes, des pépites mais c’est comme de chercher une aiguille dans une meule de foin.
La carte n’est pas le territoire : cette formule signifie que chaque mot que nous utilisons doit être approfondi, maîtrisé, ce qui exige une certaine expérience, d’où l’importance qu’il y a recourir à un petit nombre de mots dans la communication et en tout cas de prendre le temps d’expliquer ce qu’on entend par  tel ou tel mot, en évitant de parler à la va vite. Mais cette police du langage  risque de s’avérer bien contraignante pour ceux qui croyaient en la magie des mots.  Qualifier une  chose de tel mot  transformerait ipso facto la chose. (bénédiction/malédiction).  Il y a là une mystique du langage qui sous-tend une certaine « pratique » de l’astrologie, le mot pratique devant ici s’entendre sous ses diverses acceptions (praticien, pratiquant)
Pour nous,  rejetant la logorrhée tant du client que de la part de l’astrologue, nous pensons qu’il faut recourir à un ensemble extrêmement limité de mots et s’y tenir.  Un croquis vaut mieux qu’un long discours.
 
 
 
.
JHB
31.05.13

Laisser un commentaire

 

Hertiuatipo |
L'actualité du droit d... |
Beats Pas Cher |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lixueosche
| Kenpkcv
| Luivaterfoxs