La linguistique en question

Posté par nofim le 15 juin 2013

Tribulations et errements de la linguistique du XXe siècle
 
Par  Jacques Halbronn
 
Toutes les langues  ne se valent pas même si l’on a pu dégager des modes de fonctionnement et d’organisation récurrents d’une langue à l’autre, notamment autour de la phonologie. Mais ce n’est pas parce que toutes les langues doivent se soumettre à certaines lois qu’elles sont à mettre sur le même pied.
Dans  de précédents textes (cf. «  Etudes linguistiques. Le  français comme langue matricielle », Revue française d’histoire du livre,  n°132, 2011). nous avons montré  les pathologies qui pouvaient affecter telle ou telle langue. On pourrait parler d’une patho-linguistique.
Nous pensons que le XXIe siècle  sera de plus en plus exigeant par rapport à la « qualité » ergonomique des diverses langues, sur le modèle de ce qui se pratique intensément pour tous les appareils, les outils mis en circulation. Il n’y a pas de raison,  à terme, que les langues  échappent à ce qui est exigé dans tant d’autres domaines et continuent indéfiniment  à constituer une sorte d’enclave protégée. C’est alors que le statut mondial de l’anglais risque d’être remis en question car le monde s’est entiché d’une langue qui est loin d’être un modèle à suivre  au regard de ses dysfonctionnements internes. Il importe de démystifier  une telle langue dont l’ergonomie  fait problème. Il eut été nettement préférable, en temps utile, de mettre en avant le français. Non pas que cette langue soit parfaite mais parce qu’elle peut le devenir au prix de retouches assez modiques, ce qui ne saurait être le cas de l’anglais. Mais ce qui disqualifie plus particulièrement l’anglais, c’est que l’anglais fait partie des langues européennes (germaniques et slaves notamment) qui ont été marquées, à divers degrés, par le français.  Pour faire image, nous dirons que le français s’ est en quelque sorte accouplé avec toute une série de langues nordiques-pour donner naissance à de nouvelles langues, à commencer par l’anglais moderne mais cela vaut à divers degrés pour bien d’autres langues d’Ouest en Est du continent européen. L’anglais moderne est le résultat d’une synthèse entre la thèse (ancien anglais) et l’antithèse (ancien français). Mais il faut avoir la bonne perspective : une même antithèse peut donner lieu à diverses synthèses du fait qu’elle interfère avec un grand nombre de thèses.   Le français a ainsi produit un grand nombre de synthèses qui sont liées entre elles du fait même du français. Et en ce sens, le français a été un ferment majeur de la conscience européenne en latinisant l’Europe non latine du Nord mais aussi l’Afrique du Nord, en donnant naissance à un  nouvel arabe parlé fortement mâtiné de français, à l’instar du nouvel anglais ou du nouvel allemand.  L’anglais moderne n’est pas une langue matricielle comme le français et ne peut donc pas féconder d’autres langues, il existe en tant que langue, il est synthèse et non antithèse. Le français n’est pas une langue comme les autres et ne doit pas être appréhendé comme telle. C’est une langue antithèse et non une langue thèse/synthèse et en ce sens nous dirons que le français est une langue masculine, comme le latin,  face à des langues féminines qui se sont laissé pénétrer par elle. En, ce sens, le scandale du franglais, mis en avant par Etiemble, n’est pas ce que l’on croit, il tient au fait qu’une langue masculine n’a pas à être pénétrée par d’autres langues. Ce qui est normal pour l’anglais ne l’est pas pour le français. Soulignons d’ailleurs à quel point l’influence de l’anglais sur le français est restée extrêmement  marginale en comparaison du processus inverse bien plus massif et systématique, tant sur le plan lexical que morphologique.
Une langue matricielle n’est pas tant une langue qui s’apprend en tant que langue mais une langue à laquelle il est emprunté, ce qui est un statut beaucoup plus rare.  Il y a une minorité de langues matricielles et c’est tout à fait normal, le propre d’une matrice étant d’être diversement déclinée. Une langue matricielle ne s’apprend pas, elle se prend. Le français a donné naissance à des langues francisées tout comme le latin a donné naissance à des langues latines, ce qui fait des langues matricielles un ferment unitaire déterminant. La langue matricielle unifie, elle corrige l’effet babélien.
De même, au sein d’une langue, on trouve un certain nombre de matrices qui sont conjuguées, déclinées,  préfixées, suffixées,  dérivées. Même l’anglais respecte ce principe en dépit de certaines apparences. C’est le pronom personnel qui sert de  flexion face à un radical  immuable, que cela soit pour un verbe, un nom  ou un adjectif. Au lieu que la conjugaison se joue au niveau du suffixe, elle se joue au niveau du préfixe, si l’on admet que le « pronom » peut être considéré comme un préfixe. (cf. la formation préfixale  du futur en hébreu).  En fait, en anglais, la matrice verbale est encore plus évidente que dans d’autres langues, y   compris le français écrit (à l’oral, le français a beaucoup marqué l’anglais sur ce point, cf. nos études à ce sujet),  du fait qu’elle garde la même forme et que le facteur de variance reste externe.
Le problème de l’anglais tient à son caractère hybride qui est caractéristique des langues de synthèse. Cela rend difficile leur intelligibilité structurelle de par la multiplicité des doublons. Si l’on prend les champs morphosémantique de l’anglais, ceux-ci ne sont  unifiés qu’au niveau du signifié et non du signifiant, ce qui veut dire que seule une tradition orale permet au locuteur de se repérer, ce qui rend le locuteur dépendant d’une exégèse, le signifié étant le commentaire du signifiant.
Dans la genèse des savoirs, nous connaissons  ce qu’implique un tel apport exégétique venant compenser une carence structurelle de l’écrit par une transmission orale plaquée. Le visuel (signifiant, écrit) est ainsi recouvert par l’auditif (signifié, oral), ce qui donne une médiocre lisibilité et empêche de ce fait à un tel savoir d’être fécondant. Il faut alors se contenter de le prendre comme tel, comme un tout, ce qui implique un long apprentissage fort peu ergonomique.  A contrario,  une langue comme le français  peut être prise sans être comprise. On peut employer des mots français sans parler le français, ce qui est beaucoup plus simple.  Paradoxalement,  un Anglophone non polyglotte peut dire qu’il ne parle pas le français mais il ne peut pas dire qu’il ne parle pas un mot de français.
Autrement dit, le tort de la linguistique du XXe siècle aura été de tenter de constituer une théorie générale en ne tenant pas compte de l’organisation matricielle des rapports interlinguistiques.  Cette théorie générale met le français au même niveau que n’importe quelle autre langue et c’est là un  grave contresens  épistémologique, historique, diachronique. Au lieu de servir de matrice pour l’intelligibilité des sciences, la linguistique qui pourtant disposait des atouts pour ce faire –tant dans l’approche interne qu’externe de la langue- n’a pas su assumer pleinement une dialectique de l’un au multiple comme si elle avait voulu  minimiser le rôle de langues matricielles comme le français. Saussure en  mettant en avant la dualité signifiant-signifié mettait pourtant bel et bien sur la voie, puisqu’un même signifiant se prête à une infinité de signifiés.
Or, dans bien des cas, on nous  présente les choses à l’inverse : on nous dit que le signifié peut être rendu par divers signifiants, ce qui est effectivement vrai pour les langues hybrides comme l’anglais où l’on passe d’une racine germanique à une racine latine au sein d’un même champ morphosémantique. Par exemple,  finish,  final, finally   et end . Il n’y a pas d’adjectif ou d’adverbe en  néo-anglais formés sur le germanique  « end ».
Ce type d’erreur de représentation affecte largement les sciences humaines actuelles et d’ailleurs  trouve son expression emblématique dans le débat autour du masculin et du féminin, au niveau sociologique, alors même que cette notion est au cœur de la langue, sans parler du rapport du singulier au pluriel.  Si une telle structure n’existait pas, il faudrait l’inventer.
 
JHB
11.06. 13

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