Le français, ferment de l’Europe du Nord

Posté par nofim le 22 juin 2013

Le français langue majeure, l’anglais langue mineure
Par Jacques  Halbronn
 
Pour l’historien des langues, l’anglais a été colonisé par le français des siècles durant et fait partie de l’empire linguistique français.  Il est regrettable que le monde francophone ne mette aucunement en avant cet aspect des choses, ce qui fausse totalement la perception de la géopolitique linguistique. Au lieu de se concentrer à l’apprentissage et à la pratique du français, la francophonie devrait  accorder la plus grande importance à la « diaspora » des mots français au sein de toutes sortes de langues (cf. les travaux d’Henriette Walter sur ce sujet)
En fait,  nous partageons au XXIe siècle une fausse idée de la langue. S’il est vrai que l’évolution des langues depuis quelques siècles a été marquée par un processus de plus en plus dirigiste et normatif, il n’en a pas toujours été ainsi.  On dit souvent que nous ne pouvons plus lire un auteur comme Rabelais mais la langue de Rabelais était très particulière et lui était propre.-(cf. Le français, quelle histoire !  Par  J. B. Nadeau et J. Barlow,    Livre de poche, 2012)
En fait, si nous reprenons des analyses que nous avons appliqué à divers domaines (cf. sur le blog  nofim), le danger qui menace tout modèle, c’est d’être envahi par ses métastases, c’est-à-dire par des pratiques contingentes qui finissent par s’incruster et se figer,  apparaissant dès lors comme constituant le corps même d’une langue alors qu’elles n’en sont que des prolongements aléatoires.
Autrement dit, nous faisons preuve à l’endroit du français d’une grande paresse intellectuelle et de bien peu de liberté de création.  C’est certes bien commode car nous ne risquons pas d’être surpris par la parole d’autrui, tant elle est stéréotypée au point que nous ne savons plus distinguer le cœur d’une langue de sa périphérie. Une langue serait un ensemble à prendre ou à laisser. C’est l’ une vision quelque peu anachronique de la langue qui pèse sur la linguistique contemporaine avec sa « phonologie » hyper-normative en ce qu’elle met l’accent sur la rigueur que doit respecter tout locuteur s’il veut être compris et sur les risques d’erreur.
Selon  nous,  une langue doit certes instituer un certain nombre de racines, de préfixes et de suffixes mais chaque locuteur a le droit de les combiner, de les arranger comme il l’entend dans sa pratique personnelle  et être entendu par son entourage en dépit de certaines libertés prises en aval. 
A partir de là, la comparaison entre des langues totalement cristallisées n’est plus recevable.  Il faut mettre fin à un certain protectionnisme linguistique qui décide qui parle ou ne parle pas telle langue en exigeant un savoir linguistique beaucoup trop rigide.  On entend déjà des arguments du type : si chacun parle une langue à sa façon, personne ne va plus rien comprendre. 
Nous pensons que la question du français doit se situer dans un contexte de plus grande « ouverture » des langues. A partir de là, on peut se demander si l’anglais n’est pas du français parlé  dans un certain contexte. On pourrait certes croire pouvoir soutenir la  thèse inverse d’un anglais mâtiné de français, ce qui est le discours habituel. Mais quand on sait la domination du français- ce que nous appellerons une langue « majeure » sur  un grand nombre de langues, force est d’inverser les rapports.
Autrement dit, à partir du moment où l’on abandonne une représentation par trop restrictive de la langue,  l’on peut voir les choses tout à fait différemment à savoir que le français  est bien la langue centrale et qu’elle est modulée par une diversité d’applications, ce qui donne lieu à des langues que l’on qualifiera de « mineures ».  Mais dans ce cas, ce que l’on appelle le français est aussi  un avatar mineur du français majeur. Entendons par là que sous le terme français, l’on confond deux niveaux linguistiques bien distincts, ce que l’on vient de dénoncer à propos d’une conception trop étriquée de la francophonie. C’est pourquoi nous préférons parler plus largement de francologie pour désigner l’étude du français langue majeure et de ses variantes mineures.
Nous voudrions aussi revenir sur une formulation que nous avons employée et qui mérite quelque correction.  Nous avons récemment associé le signifiant à l’écrit et le signifié à l’oral. En fait,  il est préférable de décrire le signifiant comme un segment sonore qui peut être chargé de diverses  significations mais aussi agrémenté diversement au niveau morphologique. En fait, on peut imaginer une série de racines –en petit nombre- que l’on peut qualifier de signifiants majeurs et pouvant être  traités de diverses manières, tant au niveau de l’écrit que de l’oral.  En ce sens, la langue s’apparenterait à une musique, en tant que recherche de sonorités. Autrement dit, le français matriciel  serait doté d’une musique qui lui serait propre et que nous ne pouvons pas réellement restituer sachant que l’oralité du français a sensiblement varié  au cours des siècles.
En conclusion, nous rappellerons que le français aura joué un rôle majeur dans la formation de la culture européenne et que c’est une grave erreur de l’avoir oublié ou occulté car cette langue constitue un ferment unitaire majeure. En affirmant que l’Europe septentrionale ne parle qu’une seule et même langue majeure, le français, avec une kyrielle de langues mineures qui en dérivent, nous  apportons une cohérence nouvelle à l’ensemble.
 
 
 
 
JHB
13.06.13

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