L’ensemble franco-européen‏

Posté par nofim le 22 juin 2013

Etudes linguistiques
La langue anglaise et la stratégie du sandwich
Par  Jacques  Halbronn
 
Certains lecteurs ont pu être surpris par le dernier « numéro » de nos Etudes Linguistiques  et nous avons pensé devoir préciser davantage notre démarche en recourant à des exemples liés à la cuisine.
Prenons un cas limite : le petit pain (pistolet) aux lardons. Les lardons sont très minoritaires par rapport à la quantité de pain. Il en est de même du « pie » anglais, où l’élément carné est peu de choses par rapport à son contenant fait de pâte. Le sandwich appartient à la même stratégie :  beaucoup  de pain avec un peu de jambon. Les céréales dans tous les cas cités représentent la partie vile de la combinaison, le « parent pauvre ». On pense au geai paré des plumes du paon (La Fontaine)
Si l’on passe à l’anglais moderne, nous dirons que la pâte, c’est la partie germanique de cette langue et la viande, la partie franco-latine.  En l’occurrence, l’exemple n’est pas très bien choisi étant donné la quantité colossale de mots français en anglais mais le principe reste le même : c’est l’apport qui compte, qui fait la différence.
Il nous faut, de toute façon, considérer un ensemble d’applications et ne jamais s’en tenir à une seule. Car s’il n’y a qu’une seule application d’une matrice, c’est que celle-ci  n’a qu’un impact réduit et donc ne mérite guère un tel statut. C’est l’importance de l’impact sur le plus ou moins long terme qui est déterminante.
A la limite, une fois cette logique matricielle observée sur toute une série de cas, tant dans la diachronie que  dans la synchronie, car certaines influences varient d’une période à une autre – il faut parfois  suivre l’évolution des langues sur plusieurs siècles et ne pas statuer sur un instant  T-  peu importe que cette empreinte matricielle soit quantitativement plus ou moins considérable.  C’est le processus global qui compte.
Si l’on prend le cas du thé- pour rester dans le champ de l’anglais- la part du thé par rapport à l’eau de la bouilloire est assez dérisoire mais c’est  bien du nom de thé que l’on désignera la boisson car le thé marquera de son arome l’ensemble du breuvage. On pourrait multiplier à l’infini les exemples de cet hommage que le vice rend à la vertu ou si l’on préfère du mimétisme. Il faut parfois peu de chose pour marquer une allégeance. Parfois, une fleur ou une couleur suffisent à indiquer le parti pris.
C’est pourquoi, nous réitérons notre image d’empire linguistique du français s’étendant sur tout le nord de l’Europe germanique, scandinave (Suédé notamment) et slave et ce sur la longue durée et qui tient à cette présence des mots français au sein de toute une série de langues européennes, conduisant à une latinisation d’un nouveau genre qui prend le relais de la latinisation du sud  de l’Europe (la famille des langues « latines » dont le français fait d’ailleurs partie intégrante, ce qui lui confère un rôle pivot.)  C’est pourquoi il revient au français, de nos jours, d’être reconnu en cette qualité de ciment de l’Europe alors que ce n’est pas le cas de l’anglais qui n’est qu’une manifestation parmi d’autres de cet empire linguistique français.  
Nous notions plus haut que l’anglais  est plus marqué que toute autre langue européenne par le français, ce qui pourrait expliquer quelque part le rôle qu’il  joue dans le monde et qui fait la part belle aux mots français, étendant ainsi d’autant l’impact du français dans le monde, non pas en tant que langue au sens figé du terme mais en tant que vivier de mots.  
Nous proposons en effet de repenser la définition d’une langue en ne nous arrêtant pas à l’idée d’une langue figée, que l’on doit appréhender d’un seul bloc, comme le propose la phonologie. Peu nous importe, en effet, comment les mots se distinguent entre eux au sein de telle langue, il s’agit d’une cuisine interne assez périphérique et à laquelle il a été accordé beaucoup trop d’importance par le passé.
Il importe d’en revenir à une idée plus vivante de la langue,  ce qui implique une bien plus grande variété de manifestations, l’important étant de préserver une conscience de ce qui fait le cœur de la langue et nous dirons que ce n’est pas sa morphologie mais son lexique, étant entendu que le lexique obéit à des règles structurelles bien précises, sous forme d’adjonctions à un certain nombre de radicaux (cf. « Le  français comme langue matricielle », in Revue  française d’histoire du livre,  n°132, 2011).
Le français est une langue qui a mis en place un système de fabrication des mots et apparemment  le « secret » de fabrication avait été perdu et l’on se contentait de perpétuer un héritage du passé.  Le français a pu ainsi exporter des mots –même si les emprunts n’en reprenaient qu’une part variable- qui était nés sur son sol,  selon une recette  retrouvée. Le génie de la langue française aura été de ne pas se contenter de reprendre ce qui avait déjà été fait mais de retrouver une dynamique  perdue. Même lorsque le français a emprunté à l’italien, il l’a fait passer par sa « moulinette » alors que l’anglais  a conservé religieusement  en l’état les mots français empruntés.
Faut-il rappeler que le plus souvent, cette influence du français n’a pas été le fait d’une politique délibérée de la part de la France, que l’on pourrait même parler de « vol », de « plagiat », de « piratage » comme il est de coutume dans les cas de mimétisme où l’on ne prend pas toujours la peine de prévenir  celui que l’on imite, avec plus ou moins de bonheur.
Pour en rester au vocabulaire agricole, nous dirons que le français correspond à l’élevage, aux pâturages  et les autres langues  au labourage  (en paraphrasant la formule de Sully). Le français est voué à l’élevage des mots, c’est-à-dire  à un luxe.  Les autres langues ont une matière linguistique plus médiocre qui va s’enrichir au contact du français,  à l’image d’une piquette qui prend du goût au prix de quelques additions d’un vin plus vigoureux.  Il convient que les études consacrées au français changent d’échelle et resituent la francophonie au sein d’un cadre plus large, en considérant l’apprentissage de la langue français en tant que globalité comme  un facteur historiquement secondaire en comparaison du rayonnement des mots français.
Le français, en quelque sorte, a engrossé toutes les langues nordiques et ce qu’elles sont devenues se relie à lui au sens où le français en est le trait d’union, le dénominateur commun. En ce sens,  on pourrait parler d’une linguistique franco-européenne comme on peut parler d’une langue indo-européenne (aryenne).
 
 
JHB
13.06.13

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