L’original et sa copie

Posté par nofim le 22 juin 2013

L’original ou   la copie ?  Pistes  méthodologiques.
Par  Jacques Halbronn
 
Comme dans Blade Runner, avec la chasse aux androïdes, un des problèmes les plus cruciaux est celui de la méthodologie permettant de distinguer ce qui est matriciel et ce qui n’en est qu’un dérivé. Or, plus l’original  rayonne, plus le risque est grand que, victime de son succès, il finisse par être oublié et négligé. C’est une affaire de cyclicité. Mais à un certain stade,  la dynamique matricielle reprend le dessus. On est là face à un véritable psychodrame qui n’a cessé de se jouer depuis des millénaires. Or, il semble que l’humanité actuelle  ait bien du mal à se retrouver dans un tel « manégé », dans un tel chassé-croisé. On notera d’ailleurs que bien des romans tournent autour de l’imposture,  à commencer par le genre policier. Il n’est pas un bon scénario (au cinéma, à la télévision etc.) qui ne comporte  la mise en évidence d’un quiproquo  volontaire ou non,  où l’on prend une personne pour une autre (sosie, jumeau, double vie, agent double, usurpation d’identité, problème d’état civil, de généalogie, d’adoption  etc.). Le policier, le juge, le détective ont pour mission de débrouiller toutes ces affaires, imaginées ou non.
Quel est le point faible de l’ensemble des copies ? Réponse : le nombre, le surnombre. Car quand quelque chose a du succès,  c’est repris, sous diverses formes, par  plusieurs personnes.  Telle chanson à succès peut être chantée par des millions de gens, professionnels ou non. Donc, il est bien rare que l’on soit  seul(e) à copier et c’est ce qui révélé, trahit  l’opération. Que l’on nous comprenne bien,  nous n’avons strictement rien contre le fait que des tas de gens reprennent, s’emparent  d’un modèle et en  fassent leur chose, à condition  que l’on ne perde jamais de vue ce que ces gens doivent au dit modèle.  Or, c’est loin d’être toujours le cas pour des raisons plus ou moins avouables dont la première est « pas vu, pas pris ». Or, il semble qu’en se servant de l’informatique et de la numérisation de telles supercheries puissent être de mieux en mieux détectées, du fait des progrès accomplis.
Inversement, ce qui caractérise une matrice, c’est précisément qu’elle rayonne sur un grand nombre de cas et c’est probablement là sa vertu principale sur laquelle il importe de réfléchir.  On dira que c’est la différence entre un tronc d’arbre et ses branches, ce qu’a priori chacun est capable de percevoir dans la nature ou celle entre une maison et ses meubles. La disparition, la suppression  d’une branche ne met pas en péril l’arbre, pas plus que le changement de mobilier ne menace l’immeuble.   Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Un être indispensable ou qui ne l’est pas. That is the question !
On sait d’ailleurs  que cette « solution »  a souvent  servi pour mettre fin à un phénomène  jugé pernicieux, de  s’attaquer à la « racine » en anéantissant une élite, des chefs. Si l’on s’en prend au tronc,  que deviennent ses branches ?
On doit se demander ce qui se serait passé si  telle personne n’avait pas été là pour faire ce qu’elle a fait.  Mais la réponse n’est pas en réalité ce qu’elle  a fait mais ce qu’elle a fait faire à d’autres, c’est l’ampleur de l’impact sociétal.  Certains « cercles » ne se seraient pas constitués en l’absence de cette personne.
L’image de la contraception doit nous guider : un homme peut féconder plusieurs femmes dans un temps relativement court. Il est ainsi le père de tous les enfants qui naitront ainsi et qui constitueront une (demi) fratrie, qui seront unis par cette source commune. De même tous les interprètes de telle sonate de Beethoven  sont liés par la dite sonate, par-delà  leurs différences.
On conviendra que ce chaque interpréte  apporte ne saurait affecter la matrice. Le processus influente n’est pas réversible et surtout ne doit pas l’être, ce qui est loin d’être toujours le cas lorsque justement l’on prend la copie pour l’original, le conjoncturel pour le structurel.
 D’où une idée de pureté à associer à l’état matriciel et d’impureté à  associer aux diverses applications, interprétations, une impureté qui disqualifie  l’application en tant que matrice. La copie est dans la déperdition tout simplement parce que la copie n’appréhende jamais parfaitement  l’intégralité et l’intégrité de l’original. Aucune branche n’est assimilable au tronc, n’en a les potentialités.
Autrement dit, l’œuvre originale est d’un seul tenant alors que ses   applications seraient marquées par diverses influences « complémentaires » et quelque part partielles  ce qui serait rédhibitoire. Pourquoi est-ce inévitable, parce que la copie est marquée par son environnement et est censée ajuster la matrice à celui-ci., elle est composite,  hybride.  Or, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On ne peut être et avoir été, s’adapter et rester immuable. Il y a un revers à la médaille. Comme on dit, tradutore, traditore : un traducteur est condamné à trahir. Mais il reste que toutes les traductions d’une œuvre donnée constituent un ensemble dont le centre est nécessairement l’original dont toute dérive et dépend, même si d’autres influences s’exercent du fait des langues impliquées sur la multitude des traductions.
On aura compris que la matrice ne peut être identifiée qu’à condition que l’on en recense toutes les  dérivations connues. Il ne faut surtout pas  isoler une copie de toutes les autres copies car  ce faisant on lui conférerait artificiellement un statut de matrice. Il est clair qu’une copie qui veut se faire passer pour matricielle   doit  éviter toute confrontation, toute comparution avec  les autres copies qui ferait ressortir un certain air de famille. La récurrence est un signe d’une dépendance matricielle  dans le cas de tel ou tel ensemble. On a vu dans un précédent texte que le cas des rapports entre français et anglais ne prenait toute sa signification que si l’on montre que d’autres langues que l’anglais ont subi, à des degrés divers, le même sort  du fait du français. Chaque copie est une « version » de l’original. (même racine que diversité). Il est rare qu’il n’y ait qu’une version des choses.
En fait, toutes les sociétés  s’organisent autour d’une matrice. Cherchez la matrice.  Selon un processus cyclique que nous avons défini (cf. nos travaux en astrocyclologie), il importe que la matrice se dégage de ses précédentes applications, comme si elle faisait sa mue et qu’elle  en trouve d’autres à moins que les anciennes applications ne soient en mesure de se ressourcer en renonçant aux ajustements antérieurs. Ce faisant, on assiste à une rematricialisation avec une nouvelle conscience matricielle.  Faute de quoi,  l’ensemble constitué  se sclérose du fait que  seule la matrice a une vertu de fécondation et d’intrusion, de par son caractère « masculin ». (en dépit de l’étymologie du mot matrice, du latin mater, mère).  L’ensemble dématricialisé  est condamné à dépérir du fait d’un manque de recrutement. On dira que le produit dérivé est stérile psychiquement  comme c’est le cas pour certains animaux hybrides au sens premier du terme . On pense au mulet,  issu d’un âne et d’une jument,  du bardot (avec un cheval)  etc. Ces animaux ne peuvent se reproduire entre eux. 
Rappelons que dans la mythologie grecque, les Gorgones, dont la plus célébre est Méduse,  ne sont pas chacune dotée d’yeux mais doivent se contenter  d’ un œil  en commun et parfois, selon certaines versions, d’une dent en commun, ce qui souligne leur existence collective et  non individuelle. Face à elles, le héros masculin, Persée, tout seul, est autonome (cf nos travaux sur le masculin et le féminin). La copie  se caractérise par sa double dépendance, tant envers la matrice qu’envers les autres copies.
Nous avons beaucoup travaillé sur les notions de syncrétisme, de recueil. (cf notre thèse d’Etat, le texte prophétique en France, formation et fortune,  Université Paris Ouest-La Défense (ex Paris X).  Le syncrétisme consiste à regrouper plusieurs versions d’une même matrice et de les organiser comme s’il s’agissait d’un ensemble cohérent, où chaque  facteur a  sa place et sa fonction. Le recueil vise à « démontrer » la valeur d’une thèse en rassemblant divers documents allant dans le même sens  sans signaler le plus souvent qu’ils émanent d’une seule et même source qui a donné naissance à une variété de formulations et d’illustrations.
Le syncrétisme est un fléau/ obstacle (Bachelard)  épistémologique. C’est ainsi que Walter Scott explique que s’il existe deux mots en anglais pour désigner tel et tel  animal, c’est parce que dans un cas il est question de l’animal dans le pré et dans l’autre, préparé à être consommé. (pig  et  pork,  ox et beef, sheep et mutton,  calf et veal ). L’exemple a son intérêt mais il ne tient guère pour l’ensemble de la dite langue.  On essaie, en quelque sorte, de nous faire croire que  cette dualité fait sens alors qu’elle est le résultat d’une hybridation, c’est-à-dire d’une fécondation de l’anglais pré-normand par le français (roman).
Prenons l’exemple  que nous connaissons bien de la tradition astrologique qui est un cas d’école. Pour la plupart des astrologues, chaque dispositif  appartenant  à un tel ensemble a sa raison d’être, au niveau structural/structurel. L’apologétique astrologique  vise à montrer qu’il n’y a rien à jeter, que tout fait sens. On notera le cas de Jean-Pierre Nicola et de ses adeptes qui tout en affichant une volonté de réforme se gardent bien d’éliminer quoi que ce soit de la dite tradition (12 maisons, 12 signes, aspects, planètes etc.) sans admettre qu’il puisse exister des doubles emplois, du surnombre. La critique astrologique (comme la critique biblique) entend, au  contraire, faire apparaitre des parallélismes qui ne sont pas censés être compatibles mais offrir des alternatives.
On aura compris que le syncrétisme vise à  préserver l’ensemble des versions existantes, en une sorte de synthèse,  plutôt qu’à  revenir à la matrice. En fait, ce qu’on entend par  « tradition »,  est un substitut à la matrice. Ce qui caractérise la tradition, c’est sa lourdeur, c’est sa pléthore et en cela elle se distingue fortement de la matrice.
JHB
17. 06. 13

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