Les femmes et la force de la connivence
Par Jacques Halbronn
Quand nous entendons dire que l’on cherche à savoir qui l’on est, nous pensons qu’il faut comprendre : à quel groupe est-ce que j’appartiens et non qui suis-je en tant qu’individu spécifique ? Le mot identique a donné identité, identification. Il n’y a pas d’identité personnelle, unique en son genre.
Donc il faut commencer par le commencement et ne pas sauter les étapes. La question à sa poser est : qu’est-ce que cela signifie d’être un homme ou d’être une femme et qui peut nous éclairer sur ce point ? Subsidiairement, on peut tout à fait se demander si l’on est vraiment un homme ou vraiment une femme ou qu’est ce qui manque pour que je le sois ou ne le sois pas ?
Nous entendons contribuer à faciliter une telle prise d’identité, consistant à associer au signifiant homme ou femme un certain signifié qui manque cruellement actuellement.
Il y a un mot clef qui qualifie selon nous le féminin, un mot d’origine latine : cum.
Qui a donné notre « comme », mais aussi toute une série de préfixe en « com » ou « con » : consensus, connivence, complaisance, compromis, complicité, compagnon, copain, confrère/consœur, combinaison, commérage, compatibilité, configuration, convention, contrat, compassion, congénère, compatriote, concitoyen, colistier, confrère. Ajoutons ici le préfixe grec « syn/sym » pour compléter le tableau : synthèse, symphonie, sympathie etc. et nous aurons peu ou prou couvert le champ sémantique du féminin, ce qui montre que la langue reste porteuse à travers les siècles d’un certain nombre de fondamentaux, à partir des préfixes. A contrario, l’homme se définirait par l’absence du dit préfixe ou si l’on préféré la femme se définirait par l’addition du dit préfixe tout comme elle se définit par l’addition terminale, suffixale « e » : grand/grande, fort/forte etc. mais ce « e » n’est pas chargé de signification comme l’est le « cum », il n’est qu’un marqueur de genre. Le .préfixe « cum » est bien plus parlant. Le préfixe est d’un plus grand enseignement en réglé générale que le suffixe dont la valeur de « signifié » est minimale..
Avec cette clef du préfixe (qui est aussi une préposition). Selon nous, la femme est un être éminemment social et dépendant d’une dynamique collective (cf. notre précédente étude à ce sujet). Seule, elle ne pèse pas lourd. Elle est dans le partage tant et si bien qu’il est bien difficile de la cerner en tant que personne. Tout au plus, elle est ce qui lui a été imparti au sein d’une équipe, ce qui peut se réduire, notamment dans les média, à lire un texte écrit par d’autres, comme s’il était sien car elle a une grande faculté d’appropriation.
A l’opposé les hommes se définiraient par le refus du « cum », ce qui les voue à l’unicité, à l’individualité (ce qui ne peut se diviser davantage) alors que les femmes s’inscrivent dans une certaine « division » du travail. Il est des phases, puisque nous sommes « cyclo logue », où les femmes « réunies » l’emportent sur les hommes lesquels ne parviennent pas à s’entendre, du fait de leur fort égocentrisme, de la culture d’eux-mêmes. Mais il est aussi des phases fort redoutables et redoutées aux yeux des femmes, c’est quand émerge de ces hommes centrées sur eux-mêmes, un « héros » qui, à lui tout seul, pourra leur tenir tête, qui saura profiter des failles de leur organisation, laquelle, de par son pluralisme, n’échappe pas aux « couacs », aux discordances. Le préfixe « dis/dé » est la contrepartie du « cum/syn »… il y a dans ce « dé » un dysfonctionnement, une déconstruction qui sera provoqué par l’homme plus compacte, dont les dialectiques sont intérieures et non pas extérieures, donc plus secrètes, plus imprévisibles, que l’on ne voit pas venir.
Pour en revenir à cette « morphosémantique » du féminin, nous dirons que l’urgence pour les femmes est de maintenir un certain esprit de corps, une « solidarité » plutôt qu’une qualité intrinsèque des savoirs et des propos. La dimension sociologique est plus proche de la femme tandis que la dimension psychologique le serait plus de l’homme. C’est d’ailleurs pour cette raison que les femmes s’imaginent que la différence entre les gens tient à des facteurs extérieurs et non pas intérieurs, notamment pour expliquer ce qui fait que les femmes en sont là où elles en sont.
Qui suis-je ? se demande-t-on au niveau du signifié, homme ou femme ? C’est à un tel examen de conscience que nous invitons notre lecteur. Suis-je autonome psychiquement ou au contraire poussé instinctivement à m’épancher, oralement ou par écrit, à me confier, à demander « conseil », que ce soit d’ailleurs directement ou indirectement, par le biais d’Internet, par exemple. On pourrait aisément établir un questionnaire aux fins de calculer l’équation qui anime telle personne et l’on verrait ainsi que la plupart des hommes correspondent à cette absence préfixale. Pour les hommes, l’enjeu n’est pas de se tenir les coudes mais de faire émerger, au prix d’un certain combat, le meilleur. Que le meilleur gagne !
Autrement dit, une femme seule n’est pas stricto sensu elle-même, elle ne s’explique qu’au sein du groupe, dont elle est membre, ce mot étant à prendre au sens premier, celui d’un organisme. Individuellement, la femme n’existe pas au sens où cela vaut pour un homme. Son discours n’est pas personnel, mais partagé, adopté, emprunté, même si elle est tentée de le nier. Leur force, c’est l’union, la connivence, la complicité et tout le jeu, toute l’astuce consiste à laisser justement croire que chacun pense de façon autonome alors même que tout est convenu. C’est la magie du consensus. Mais comment attendre dès lors des femmes un apport individuel ou collectif significatif au niveau du progrès sinon d’un certain progrès social, solidaire ? En fait, on nous dit que le « progrès » ce sont justement les femmes améliorant leur « condition ». La femme serait ainsi son propre vecteur et critère de progrès, ce qui est assez insolite.
.Il est conseillé dans le cadre de cet exercice de se souvenir de certaines situations traumatisantes. Pour les femmes, le traumatisme tient à la domination d’un seul homme sur tout un groupe. Pour les hommes, le traumatisme tient à la domination du groupe, de l’équipe sur l’individu, non par le génie de ses membres mais par leur connivence, leur complicité. Le préfixe « inter » est à rapprocher du préfixe « cum » dans le sens premier d’interdit, ce qui se dit « entre nous », qui vaut pour tous. En définitive, les femmes s’appuient sur un réseau d’amis, de gens sur lesquels elle pourra compter alors que les hommes préfèrent ne compter que sur eux-mêmes. Mais là encore, à chacun de se situer pour répondre à ce « qui suis-je ? » posé souvent avec quelle ambiguïté ?
JHB
30. 05. 13