Métamorphose de Nostradamus

Posté par nofim le 11 juillet 2013

Les centuries comme métamorphose du discours nostradamien
Par  Jacques  Halbronn
 
Nous avons montré dans de précédentes études que les quatrains étaient issus de textes en prose et ne reprenaient jamais des quatrains  déjà composés. Cela signifie que l’on peut dater un quatrain, ou du moins déterminer un « terminus » en deça duquel il ne saurait être situé, dès lors que l’on a identifié le texte en prose d’où il est issu.
Un cas remarquable est le texte en prose datant de 1561, ayant figuré au sein de l’Almanach Nouveau pour l’An 1562 (cf  Benazra, RCN, pp.  52 et seq). On y trouve une forme très particulière, à savoir le nom de Marcelin par lequel Nostradamus entend nommer un personnage qui naitrait  en 1567. (cf Reproduction très fidèle  d’un manuscrit de M. de Nostradamus dédié à S. S. le Pape  Pie IV. (1906).  Il  signale, au prix d’un jeu de mots,  que le caractère de ce Marcelin (un des saints du mois d’avril) ressortirait mieux si  l’on supprimait la lettre « R », ce qui donne « macelin », (en Italien, boucher) 
« Et ne vous veulx rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son regne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R » (Ed 1906, et manuscrit  p. 31)
C’est ce texte qui sous tend l’occurrence de « Macelin » dans la centurie VIII.
VIII, 76
« Plus Macelin  que roy en Angleterre »  alors que VIII 77 commence par
« L’Antéchrist ».
Ces deux quatrains dériveraient selon nous des prédictions de Nostradamus pour 1567 qui figuraient dans l’almanach pour 1562.
On a un autre quatrain   VIII 54  avec « macelin », donc également  dans la première centurie du second volet. Il semble d’ailleurs que la forme « marcelin » ait été rétablie dans les éditions troyennes (1605, à en croire  leDictionnaire Nostradamus de  Michel Dufresne)
Ces observations nous conduisent à conclure que ces quatrains ne peuvent avoir  été composés avant 1561, ce  qui exclut toute parution datant de 1558  sur la base de la date de l’epitre à Henri II de cette même année. La dite épitre ne peut donc en 1558 introduire  le mot « macelin » dans un quatrain  de la VIIIe Centurie.
On notera le cas des éditions parisiennes  ligueuses des « Prophéties » qui traitent de l’an 1561 en leur sous-titre à propos d’une  « addition » de 39 articles (sic). Il est possible que l’on ait eu là  l’embryon du second volet des Centuries. Dans ce cas le second volet de  centuries serait extrait  du développement prophétique de 1561 mais à une période  bien plus tardive. Rappelons que nous tentons de rétablir la chronologie des faux et non celle d’éditions authentiques parues du vivant de Nostradamus..
Selon nous,  la septième centurie aurait été le premier  mouvement en direction de ce que l’on connait comme «second volet » ( VIII-X), la date de 1561 correspondant à la parution de  l’Almanach Nouveau pour 1562. Cette année 1561 est importante. Nous l’avions déjà rencontrée il y a 20 ans, avec la parution du Cantique  Spirituel et consolatif  (RHR, 1991). Il est probable que dans l’entreprise centurique, 1561 ait été initialement  le moment d’un nouveau développement, ce qui correspond au contenu du manuscrit de l’almanach pour 1562 largement rendu par des imprimés faisant connaitre  Nostradamus  en langue italienne. Pour nous  l’épitre à Pie IV (conservée dans l’imprimé français) et son appendice  correspond à un aboutissement de la démarche astroprophétique  de Nostradamus qui sera largement occulté et édulcoré par sa transposition en quatrains dans la VIIIe Centurie qui ouvre le second volet. Mais ce second volet est introduit par une épitre datée de 1558 qui vient en quelque sorte se substituer à l’épitre à Pie IV . Or, sous la Ligue, l’année qui est associée à une addition est celle de 1561 :
Les Prophéties de M. Michel Nostradamus (…) revues & additionnées par l’autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un  de trente neuf articles à la dernière centurie .  (Paris, 1588/1589)
Cette fixation de Nostradamus sur l’an 1567 –à partir du début des années 1560 – aura  fait probléme à la fois parce qu’elle affole les esprits – ce qui trouble l’ordre public (cf. les ordonnances d’Orléans, 1560) et parce qu’elle échoue, au lendemain même de la mort de Nostradamus, au point que l’on peut se demander si les Centuries ne servent pas à  brouiller le discours nostradamien  et de ce fait à le désenclaver de cette année 1567 que Nostradamus avait imprudemment  désignée comme fatale  et à laquelle il se tiendra jusqu’à la fin de sa vie. On est avec ce texte dans un prophétisme à très court terme qui se limite aux années 1560 mais qui sera recyclé pour d’autres échéances par les interprètes  qui se succéderont. On voit les inconvénients d’un texte par trop précis et définitif  qui ne respecte pas le principe de cyclicité et d’éternel retour  qui est au cœur de la pensée astrologique. Nostradamus en s’engageant dans  cette prédiction pour 1567 se diminue. A contrario, les Centuries lui confèreront, bien malgré lui, une autre stature en éclipsant  ce délire antéchristique par trop  daté.
.On nous objectera que le projet additionnel après la Vie et « dernière » centurie (d’où l’avertissement latin  qui clôturé ce cycle de six centuries) se réduisit dans l’immédiat à une centurie VII de quelques dizaines de quatrains. Il faudra en effet attendre quelques années de plus – ce  qui est attesté par le Janus Gallicus  de 1594 qui comporte des quatrains issus des centuries VIII-X- pour  que le second volet se mette en place avec l’épitre à Henri II de 155 et la référence à l’an 1561 sera très largement  négligée et remplacée par une date antérieure celle de  1558, Henri II étant mort l’année suivante. C’est donc le choix même du dédicataire qui déterminait le terminus de la date de l’épître, le remplacement du roi de France par le pape.
Ce sur quoi nous avons voulu insister, par delà telle ou telle application parmi d’autres possibles, c’est la nécessité pour l’historien de respecter une certaine vraisemblance dans le déroulement des choses.  Le quatrain ne devient matriciel que dans un second temps,  il est d’abord issu d’un texte en prose. Par ailleurs,  le processus centurique de ce fait même correspond à un état tardif de la production nostradamique qu’il convient de qualifier de posthume. Le centurisme est une métamorphose post mortem que subit  ainsi Nostradamus sans laquelle  le dit Nostradamus serait tombé dans les oubliettes de l’Histoire..
 
 
 
JHB
01 07 13

Une Réponse à “Métamorphose de Nostradamus”

  1. Heuristik Sergio dit :

    Ayant un peu suivi, le développement de vos commentaires et hypothèses sur Nostradamus, je vous l’accorde : il y a de « curieux » décalages dans les dates. Je trouve étonnant qu’il y ai eu, à propos de Nostradamus,aussi peu de dénonciations de « complot » en bande organisée (alors que c’est tant à la mode). Ce personnage qui semble un archétype de prophète isolé disposait manifestement de complicités et d’amis très actifs. Il est en effet possible que Nostradamus ait définitivement convaincu un très large public, de façon post mortem, avec des prédictions antidatées. A mon avais, il n’était pas le premier à pratiquer ce genre d’exercice.Est-ce pour autant que ces personnes ne pensaient pas faire œuvre utiles et ne croyaient pas sous une forme ou une autre à des pratiques prédictives, je n’en suis pas certain. Je ne permettrais par exemple comme je l’ai vu par ailleurs de le traiter de charlatan. Je le perçois plutôt comme l’héritier d’une tradition millénaire. Très certainement, l’église Catholique eut condamné de telles hérésies et voué au bûcher les adeptes de ces pratiques, ce qui a bien failli advenir à Michel de Nostredame. J’entends bien le travail de fourmi que font les historiens parfois certaines thèses peuvent sembler contradictoires. Les « tenants à tout crins » d’une pratique divinatoire et les sceptiques rationalistes qui refusent de façon pragmatique cette éventualité. Je pense qu’il y a un réel mystère Nostradamus, un mystère pas nécessairement surnaturel, mais qu’importe, je respecte les croyances pour peu qu’elles ne soit pas absolutistes et tombent dans les pires excès. J’admets donc la possibilité de divination, ne pouvant arguer du contraire puisque je ne peux prouver que Dieu n’existe pas, ni non plus qu’il existe. Je ne fais pas là le pari de Pascal. Je constate qu’à notre époque de découvertes scientifiques étonnantes on nous annonce des propriétés subatomiques tout à fait extraordinaires digne de la magie, et que pour autant l’existence de Dieu reste une question en suspend. Il est certain, me semble-t-il, qu’il faille cependant abandonner tout hypothèse de comparaison anthropomorphique à son sujet. SergioH

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