Enseignements épistémologiques de l’emprunt linguistique

Posté par nofim le 26 juillet 2013

Dans les années 1980, nous avons consacré de nombreux travaux à l’emprunt linguistique dont beaucoup sont restés inédits tant sur papier que sur le web :  
Linguistique de l’erreur et épistémologie populaire,1987. et  
Langue et culture. Essai de description critique  du système du français à la lumière des relations interlinguistiques (1989)
Quel était l’enjeu de ces recherches ? On pourrait resituer celles-ci dans le cadre d’une linguistique du signifiant qui a toujours été déterminante dans notre démarche par opposition à une linguistique du signifié.
nous avons consacré de nombreux travaux à l’emprunt linguistique dont beaucoup sont restés inédits tant sur papier que sur le web   
Nous avions, à l’époque voulu montrer que les emprunts –notamment de l’anglais au français-  étaient fonction des emprunts antérieurs, qu’il y avait une continuité, une structure sous-jacente.
On pouvait, en effet, classer les emprunts selon les suffixes ou les finales. Par exemple si certains mots  se terminant en –ment s’étaient incrustés dans l’anglais, l’on pouvait s’attendre à ce que d’autres mots se terminant pareillement soient empruntés par la suite. Nous avions ainsi isolé une vingtaines de « finales ».
On pouvait même dire que l’emprunt  faisait ressortir une certaine organisation de la langue « empruntée », « prêteuse ». qui n’étaient pas nécessairement décrits  dans l’étude de la dite langue. Autrement dit, l’emprunt était révélateur de la structure de la langue ainsi instrumentalisée bien plus que de celle de la langue emprunteuse.
Cela signifiait que si un mot « étranger » n’entrait pas dans une des catégories préexistantes, il avait peu de chances d’être emprunté par la langue concernée. Bien entendu, il y a un début à tout mais ensuite les choses sont sur des rails.
En ce sens, l’emprunt correspond à une expansion structurelle de la langue emprunteuse dès lors que les emprunts antérieurs ont fait souche. En ce sens,  les mots nouvellement empruntés ne seraient que des dérivations non plus suffixales mais préfixales de « racines » ancrées dans la langue emprunteuse. Cela signifie aussi qu’un lien structurel puissant s’’est instauré, institutionnalisé entre les deux langues, la langue prêteuse ayant un statut particulier par rapport à la langue emprunteuse.
Nous  avons en effet signalé à quel point – et cela vaut aussi pour l’allemand- le français apparait au sein de certaines langues comme un Etat dans l’Etat. Le cas des verbes « faibles » en anglais montre bien que les verbes d’origine française ont un mode de conjugaison qui leur est propre (participe et prétérit en « ed » correspondant à l’ancien français, le « ed » évoluant en français moderne vers le « é » (participe passé).  L’intégration des mots français ne doit guère  à l’anglais ancien mais bien à une certaine lecture des mots français qui ne correspond pas nécessairement à la structure de la langue prêteuse. On est là en face de représentations du modèle de la langue préteuse qui tantôt sont éclairantes quant à l’organisation d’une langue, tantôt en donnent une image distordue, souvent due à un emprunt oral et non pas  écrit.
En un certain sens, les langues empruntant au français s’inscrivent dans le cadre de la sphère francophone. Ce sont des langues « francisées » comme il y a eu des langues « latines ».
Cette linguistique du signifiant laisse à l’usager tout loisir de penser la langue à sa guise, en autodidacte et sans passer par l’usage conventionnel du signifié qui a pu se greffer par-dessus.  C’est pourquoi nous avons ensuite évolué  vers la morphosémantique, c’est-à-dire vers une sémantique du signifiant et non pas du signifié, une sémantique fondée sur ce que le locuteur capte d’une langue sans y  avoir été inité, sans  avoir été « aliéné » par le recours aux synonymes, qui est typiquement une approche par le biais du signifié. Il est clair que l’apprentissage  d’une langue maternelle est synthétique alors que celui d’une langue étrangère est analytique.  Nous avons souvent une appréhension plus structurée d’une langue étrangère, donc d’une langue « empruntée ».
JHB
12.07.13

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