Nous avons été interpellés concernant des applications de l’astrocyclologie à certaines périodes de l’Histoire de France. Nous avons déjà abordé la Cinquième République et la Révolution Française, nous traitons cette fois d’un troisième volet, celui qui concerne Bonaparte/Napoléon, en examinant les observations critiques effectuées par Christian Moysan. Bien évidemment, il ne s’agit aucunement d’un dossier traité de façon exhaustive – ce qui relève des spécialistes de la période, en situation de neutralité par rapport aux différentes écoles astrologiques- mais de notre appréciation de l’étude proposée par l’astrologue Moysan et ce qu’il faut en penser, sur le plan du respect du protocole d’expérimentation que nous avons établi
Pour suivre le débat, il importe évidemment que le lecteur dispose des éphémérides pour la période couverte et de données biographiques et historiques par ailleurs, avec une chronologie à l’appui, ce que M. Moysan ne prend pas la peine de fournir dans son texte.(cf. groupe Face Book Aldébaran). Nous avons déjà dénoncé le découpage rigide qu’applique C.M. et qui ne correspond aucunement à notre approche articulée sur un seul cycle. Notamment, la phase conjonctionnelle ne commence pas avec la conjonction Saturne et une des 4 étoiles fixes royales mais à l’approche de la dite conjonction. Ce qui compte, c’est l’effet produit sur les récepteurs humains du signal dès lors que le dit signale commence à prendre forme (cf. le chien de Pavlov) ou à mesure qu’il devient de plus en plus illisible, dès lors que Saturne s’éloigne de la dite étoile. (Aldébaran, Regulus, Antarès ou Fomalhaut) Mais n’oublions pas qu’à un certain stade, à force de s’éloigner d’une étoile, Saturne tend irrésistiblement à se rapprocher de la suivante. La phase B est ce temps intermédiaire durant lequel Saturne ne fournit plus de repéré aux récepteurs humains qui se retrouvent en quelque sorte livrés à eux-mêmes. Autrement dit, contrairement à ce que M. Moysan fait mine de croire, la phase B ne commence par à 45° de l’étoile et ne s’achève pas quand Saturne est sur le point d’être en conjonction. Cette conception tranchée des phases est aberrante et ne correspond à aucun phénomène naturel, il y a toujours des temps intermédiaires. Que penser de cette attitude de Moysan de figer de la sorte notre système pour le pousser à la faute ? Il est vrai que Moysan est imprégné d’une culture de la précision liée à l’érection du thème natal et de la profusion des configurations qui se succèdent à un rythme effréné. Il appartient à une culture de la pénurie où le temps est compté tant il est saucissonné. Au contraire, en astrocyclologie, Saturne est tout seul et a les coudées franches, cela donne une toute autre mentalité à l’astrologue. Oublions, précisions-le, l’idée que l’astrologie se fait de Saturne. Cela ne vaut que lorsque Saturne est considéré parmi d’autres planètes mais ici on est dans une astrologie à un seul cycle et donc Saturne (Kronos en grec) incarne la totalité du processus cosmique, passant par des états successifs et non une tonalité spécifique. On peut dire qu’il est dans un état de neutralité, tout comme la Lune ou le Soleil quand ils se trouvent dans un signe. D’ailleurs pour nous Saturne est l’octave supérieure de la Lune et partage avec la Lune le 7 et le 28.
Il est important de capter le moment conjonctionnel qui vient coaguler des éléments qui pouvaient sembler disparates, décousus et qui, par le génie de quelques-uns, va revêtir, ne serait-ce que ponctuellement, une apparence unitaire, que ce soit dans le domaines des hommes, des sociétés, des partis, des idées. Cela montre à quel point il convient de relativiser l’appréciation des « faits » qui dépendent très largement de l’observateur, selon que l’on insiste sur ce qui distingue et sur ce qui converge. Etant donné que l’astrologie traite de l’évolution dans notre perception du monde, le moment durant lequel nous regardons le monde déterminera la façon dont nous l’appréhendons. Il est clair que les observations que nous effectuons X diffèreront de celles que nous ferons à X + 1 alors même que les données de base seront grosso modo les mêmes mais de ce fait même ces données sont virtuelles puisque vouées à être vécues diversement, alternativement et successivement.
Ce qui nous intéressera sera donc le changement de regard qui sera porté sur le monde du fait de l’évolution du cycle conjonctionnel. On sait que tel problème de mathématiques qui semblait insoluble trouve à un certain moment sa solution grâce au génie de tel chercheur, que tel statu quo politique peut basculer du fait de l’émergence d’un nouveau protagoniste plus inspiré, qui capte les choses autrement. Et inversement, là où l’on pouvait penser qu’il y avait unité, l’on constate au bout d’un certain temps que celle-ci était fragile et masquait une grande diversité. On pense ainsi à la question de l’Irak. L’unité n’est pas illusoire à proprement parler mais elle est conditionnée à la présence de certains personnages qui savent la faire apparaitre et dont l’absence conduit, inversement à la faire s’évanouir. En réalité, les choses sont rendues encore plus complexes du fait que le même personnage peut perdre, entre temps ses « pouvoirs » et ne plus être en mesure de perpétuer une certaine représentation du monde. On l’a vu avec De Gaulle qui n’est pas parvenu de façon constante à incarner une certaine unité et qui est apparu en certaines occasions plus comme un diviseur que comme un rassembleur. Même dans le domaine de la recherche scientifique, la capacité d’une communauté à accéder ponctuellement à une certaine unanimité peut être paradoxalement compromise par ceux-là mêmes qui ont contribué à trouver un consensus. C’est le pompier pyromane qui crée des troubles pour apparaitre à terme comme le sauveur.
Nous allons voir ci-dessous si notre analyse historique peut prévaloir, en dehors même de toute considération astrologique puisque nous préconisons une structuration préalable et non postérieure à l’usage de l’astrologie. En cela on peut parler de révolution copernicienne. En effet, si l’astrologue entend valider son travail, il ne peut le faire que s’il peut confronter son discours avec la réalité. Or, il semble bien que l’astrologue soit comme un aveugle qui ne perçoit le monde que par quelque biais et qui, par conséquent.
Cela dit, imaginons que telle personne applique notre modèle à tel ou tel domaine, il est clair que nous ne pouvons prétendre par nous-même en traiter et que seuls des spécialistes des domaines concernés seraient en mesure de le faire et d’en débattre entre eux. Croire comme M. Moysan que les « faits » ne se prêtent qu’à une seule lecture est d’une extraordinaire naïveté. D’ailleurs, tout astrologue quelque peu lucide sait parfaitement que ce qu’il propose n’est qu’une lecture possible et que toutes les lectures fonctionnent jusqu’à un certain point, y compris celle que M. Moysan nous propose ci-dessous et qu’il voudrait carrément nous imposer.
Nous voudrions ajouter qu’une théorie se fonde sur des cas particulièrement flagrants mais qu’elle a vocation à traiter de cas qui le sont beaucoup moins et qui exigent des mesures beaucoup plus fines et subtiles et donc qui exigent de ceux qui l’appliquent une expertise remarquable avec des outils d’investigation appropriés. Ainsi, l’Histoire est-elle marquée par des évènements particulièrement marquants mais aussi ponctuée par d’autres beaucoup moins bien connus et qui n’ont eu que des effets mineurs. En fait, l’on peut dire que notre modèle est en mesure de rendre compte d’une multitude infinie de cas. Imagions que l’on veuille l’appliquer à l’Histoire du mouvement astrologique francophone au XXe siècle, cela ne ferait sens que si l’on fait appel aux rares spécialistes du domaine ou si l’on consacre un long travail d’investigation pour reconstituer une chronologie année par année car un survol ne ferait pas sens et risquerait de manquer ce qui est pertinent au regard de notre modèle. Ainsi Moysan nous propose une étude de la période du Directoire autour de la question des détenteurs du pouvoir et de son image dans l’opinion de l’époque. Cela nous semble un sujet bien trop pointu. Sinon, on a affaire à un éléphant dans un magasin de porcelaines…
. .Cela dit, dans le cas chois par M. Moysan pour sa « démonstration », nous étudierons avec une certaine curiosité son modus operandi. Il nous reste à le suivre dans un champ relativement bien balisé, qui est celui du consulat et de l’empire.
Ecoutons l’historien Moysan et voyons quel traitement il fait subir à notre modèle pour démontrer qu’il ne fonctionne pas. On notera d’ailleurs étrangement que généralement un tel type de débat concerne des prévisions qui se seraient ou non réalisées alors qu’ici il s’agit d’une problématique rétrospective mais qui vise non pas une étude que nous avons réalisée mais l’application « sauvage » de notre modèle à un terrain choisi par M. Moysan aux fins de sa démonstration :
« Finissons par l’épopée napoléonienne dont tout un chacun connaît les principaux épisodes. Une première période va du coup d’état du 9 novembre 1799 au 2 août 1802, date à laquelle le Premier Consul le devient à vie. Elle correspond sur le plan intérieur à la mise en place du régime, et sur le plan extérieur est marquée par la victoire de Marengo puis la signature de la paix d’Amiens.
D’après Jacques Halbronn, cette période au cours de laquelle l’audacieux et prestigieux général qui s’est emparé du pouvoir par la force, a fait place à un chef d’état visionnaire, doté d’une volonté, d’une énergie et d’un charisme exceptionnels, correspond à la phase B (août 1798- août 1801), censée se caractériser par un reflux des énergies. – Vue évidemment totalement démentie par les faits ».
JHB Quelles sont les données astronomiques dont M.Moysan ne nous fournit pas le moindre élément, si bien que le lecteur non initié – ou qui l’est par le truchement des explications quelque peu biaisées de ce Monsieur notamment dans le découpage des phases A et B qui lui est propre - est d’entrée de jeu complétement égaré ?
Selon M. Moysan, la phase B du cycle « stellaire » de 7 ans, de Saturne couvre exactement 3 ans et demi, ce qui est totalement erroné, vu que le cycle se déroule de façon progressive à la façon de la succession des saisons. On ne passe pas brusquement, d’un mois à l’autre de la phase B à la phase A, c’est de la foutaise et d’ailleurs Moysan le sait très bien et le reconnait à la fin, prévenant par avance les critiques que l’on pourrait faire à sa façon de travailler ! Apparemment, Moysan fait démarrer la phase A du 0° du signe mutable jusqu’au 15° du signe cardinal, ce qui ne correspond à aucune réalité astronomique. Il s’agit d’une simple formalisation qui n’a aucune vocation à une application. N’oublions pas que nous avons affaire à des conjonctions avec des étoiles qui ne se situent pas nécessairement au début d’un signe et donc cela décale tout, notamment pour Aldébaran et Antarès à 8° des Gémeaux et du Sagittaire et non à 0°. Par ailleurs, la distance entre les étoiles fixes n’est pas exactement non plus de 90° et donc le mi- point qui correspond à la phase de disjonction n’est jamais à 15° du signe cardinal, outre le fait que le passage d’une phase A à une phase B comporte un orbe important. Ce qui intéresse l’astrocyclologie, ce n’est pas la datation des changements de phase mais la progression continuelle, inéluctable d’une phase vers une autre selon un cadre chronologique et astronomique global…
Un des événements majeurs de l’époque est la Paix de Lunéville, le 9 février 1801 qui est un remarquable succès diplomatique pour le Premier Consul. A cette occasion on élève un monument sur la Place de la Concorde. Où est Saturne ? Tout au long de l’année 1800, Saturne traverse le signe du lion. En octobre, il est à 23° Lion, soit à quelques degrés seulement de Regulus qui se situe autour de 0° vierge à l’époque. Autrement dit, Saturne est déjà largement engagé dans une problématique de phase A à l’époque de la Paix de Lunéville. Mais Moysan nous a déjà fait le coup : il fait commencer la phase A au mois d’août 1801 de façon à ne pas placer Lunéville en phase A mais en phase B ! Pourquoi Aout 1801 ? Parce que c’est à ce moment-là que Saturne arrive à 0° Vierge et que selon la doctrine Moysan, avant l’heure, ce n’est pas l’heure ! On est là devant un lit de Procuste. M.Moysan construit un lit qu’il choisit délibérément pour qu’il y ait un décalage. Moysan fait durer la phase B jusqu’au mois d’aout pour ne pas englober la Paix de Lunéville et les évènements qui l’ont précédé et préparé. La Paix de Lunéville est un temps important pour l’Europe sans avoir à la comparer avec le Traité de Rome sous les mêmes auspices en 1957 quand Saturne passait sur Antarès une autre étoile fixe royale, en sagittaire. Ajoutons qu’en juillet 1801, Bonaparte signe un Concordat avec le Pape.
Continuons à suivre le récit passionnant de M. Moysan :
« La période suivante voit le renforcement du pouvoir personnel de Bonaparte qui se sacre lui-même empereur le 2 décembre 1804. »
Or, ce sacre est du plus mauvais effet- on est déjà dans le déclin de la phase A avec Saturne dans le signe suivant de la balance/ Fin 1804, on entre selon le schéma de Moysan lui-même en phase B, à 15° du signe.
On connait la réaction de Beethoven qui nous semble assez symptomatique. Voilà un extrait d’une notice de Wikipédia sur sa troisième symphonie :
Comme indicateur de phase B, on ne saurait faire mieux, cher Monsieur Moysan et quel contraste avec l’image du Premier Consul à Lunéville, trois ans et demi plus tôt ! Mais M. Moysan ne fait débuter la phase B qu’en février 1805 parce qu’il ne retient que le second passage de Saturne à 14° de la Balance et non le premier l’année suivante, et visiblement il ne voit pas les effets désastreux de ce couronnement où le pape est bafoué et où Napoléon s’empare lui-même de la couronne. Rappelons que la phase A correspond à une popularité très large et la phase B à une popularité qui s’effrite.
Il eut fallu dégager d’emblée des temps typiquement A face à des temps typiquement B au regard de notre typologie puis examiner si cela correspondait ou nom aux positions de Saturne. Mais Moysan s’en tient à une certaine analyse historique en vigueur au lieu de procéder comme nous l’avons préconisé.
Quant à la fin du régné de Napoléon et la déconfiture de 1812, il n’était pas difficile à un observateur honnête de remarquer l’érosion du cycle saturnien avec Saturne traversant le capricorne et s’éloignant inexorablement d’Antarès et se rapprochant du 15° capricorne que Moysan lui-même a désigné comme débutant la phase B. L’abdication de l’empereur a lieu au printemps 1814 avec Saturne autour de 0° verseau, donc en pleine phase B !
Mais écoutons Moysan :
« La campagne de Russie de 1812 qui voit la destruction de la Grande Armée, la lourde défaite de Leipzig l’année suivante, puis la campagne de France perdue qui contraint Napoléon à abdiquer le 31 mars 1814, constituent les derniers épisodes militaires désastreux de cette période. C’est dire si l’afflux d’énergie, censé caractériser cette phase A théorique, rend compte de façon pertinente de cette période de défaites militaires qui ont précipité la chute de l’Empire! »
Donc à l’entendre la date de l’abdication de Napoléon se situe en phase A ! Prenons la date du 31 mars 1814 : Saturne est à 22° capricorne. En quoi s’agit-il d’une phase A ? Même dans le système de découpage de Moysan, on est en phase B !!!!!
Et Moysan de conclure doctement, imposant à l’astrologie un diktat auquel elle doit se conformer en termes de découpage :
« Grosso modo on peut donc considérer que la période d’expansion est comprise entre 1800 et 1807-1809, l’apogée atteint au cours des années 1808 et 1811, et que la campagne de Russie de 1812 marque le début du déclin irrémédiable. Ce sont là les phases naturelles de l’épopée napoléonienne, qu’un découpage artificiel en périodes de 3 ans et demi n’éclaire nullement de façon pertinente. »
Autrement dit, M. Moysan a retenu que le découpage en phases que nous avons instauré avec l’astrocyclologie devait recouper celui d’historiens qui ne disposent d’aucun modèle universel/ Car on n’oubliera pas que notre modèle n’est pas conçu empiriquement par rapport à telle époque en tel pays, mais qu’il a une valeur générale, dans l’espace-temps socio-historique. Voilà donc Moysan imposant à l’astrologie trois contraintes exorbitantes: celle de la tradition astrologique, celle de l’astronomie contemporaine et celle de l’historiographie en vigueur. Avouons que lorsque nous avons proposé aux astrologues de se référer au terrain, nous n »avions pas imaginé une seconde que certains se référeraient à des constructions historiques existantes. Il est vrai que pour l’astrologie caméléon de M.Moysan – car le comble c’est qu’en dépit de toutes ces contraintes, il peut faire de l’astrologie ce que bon lui semble au prix il est vrai des pires contorsions et en recourant à toutes sortes de redondances et de doubles ou triples emplois bien commodes – plus on est de fous , plus on rit- il n’y a vraiment aucune difficulté à se tapir dans tous les moules historiques que l’on voudra car pour Moysan, l’astrologie ne saurait avoir sa vie propre, elle n’est bonne qu’à accomplir des tâches ancillaires de commentaire servile des « faits » astronomiques et historiques en recourant aux « règles » transmises par la tradition astrologique.»..
Comme on l’a dit, au début de cette étude, il est des périodes où les esprits sont obscurcis tant intellectuellement que moralement. Et nous spmmes actuellement en train de passer progressivemennt vers une nouvelle phase A avec Saturne ayant à traverser le scorpion. Plus il se rapprochera de la fin de ce signe et plus la conscience et la nécessité de modéles unitaires, comme celui de l’astropsychologie, s’imposera aux esprits même les plus retors.
JHB
02 09 13
Cet article a été publié le Dimanche 15 septembre 2013 à 11 h 10 min et est catégorisé sous ASTROLOGIE POLITIQUE, POLITIQUE.
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