Nostradamus et l’astrologie bas de gamme

Posté par nofim le 25 septembre 2013

 

Nostradamus, un astrologue à la petite semaine

Par  Jacques Halbronn

 

 

On nous dit que Nostradamus était astrologue parce qu’il faisait des almanachs et autres pronostications annuelles. On ne parle pas ici de ses consultations manuscrites (cf. sa Correspondance éditée par Jean Dupébe). On sait aussi que dans certains cas, Nostradamus se lançait dans des prévisions à plus long terme, en tenant compte notamment de certaines éclipses, au point de verser dans des perspectives de fin du monde, avec Antéchrist à la clef (pour 1567) que l’on connait surtout par ce qu’il en reste dans les traductions italiennes et dans un   manuscrit réédité au début du XXe siècle, ce dont nous avons traité dans de précédentes études….

Dans la présente étude, nous entendons en effet nous concentrer sur le type d’astrologie véhiculée dans la production annuelle, ce dont  Michel de Nostredame n’avait évidemment pas l’exclusivité mais dont il est certainement exemplaire et emblématique. On pourrait parler d’une astrologie à la petite semaine tant il est vrai que l’astrologue dressait un thème pour chaque nouvelle lune, chaque pleine lune et pour les demi-lunes intermédiaires, soit en moyenne quatre interprétations par mois plus  le thème des ingrès saisonniers dans ses Pronostications qui partaient non plus de janvier mais du printemps, ce qui  impliquait donc seize fois moins de travail que pour les almanachs et était probablement un produit plus bas de gamme et moins volumineux. Il est d’ailleurs probable que ce second produit a plus fait pour la réputation de Nostradamus, du moins dans les années 1550, étant donné qu’il était agrémenté d’une vignette sur sa page de titre, ce à quoi n’avait pas droit l’almanach. C’est d’ailleurs une vignette assez semblable qui sera reprise pour les contrefaçons des Prophéties, rangées en centuries. (1555, 1557). En revanche,  à partir des années 1560, des almanachs pirate (Barbe Regnault) comporteront une vignette inspirée de celle des Pronostications de Nostradamus et c’est cette vignette-là qui servira pour les dites contrefaçons centuriques, dont les quatrains reprennent peu ou prou certains textes en prose de Nostradamus, dont certains ne nous sont pas parvenus sous leur forme imprimée de départ…….

Quid donc de cette astrologie de bas étage propulsée dans les almanachs et dans les pronostications de Nostradamus et notamment des « ingrés » qui ont encore de nos jours les faveurs de certains astrologues ?

Ces « ingrés » (ou entrées, en latin), sont calculés pour le moment exact où le soleil passe- si l’on peut dire- sur un des deux équinoxes ou un des deux solstices, soit au rythme d’un « thème » par trimestre saisonnnier. En dressant le thème pour cet instant-là, l’astrologue entend balayer trois mois au lieu d’une semaine dans les almanachs. Ce qui est  à la fois peu et beaucoup.

C’est peu en comparaison d’une astrologie des grandes conjonctions qui œuvre sur 20 ans voir sur 200 ou 400 ans, à partir d’une conjonction de Jupiter vers Saturne mais c’est beaucoup en comparaison des prévisions hebdomadaires des almanachs à la Nostradamus.

Il ne faut pas se leurrer : nous sommes là aux antipodes d’une astrologie à long terme, d’une astrologie « perpétuelle » sans parler des Centuries et des épitres qui les accompagnent. (À Henri II notamment avec l’échéance de 1792). Cette astrologie annuelle ne l’est même pas, elle est, on l’a dit, trimestrielle et/ou hebdomadaire, une astrologie au petit pied, sans grande envergure, à l’évidence, réduite  à la portion congrue .Encore que l’on puisse penser que le thème de la nouvelle lune mensuelle (lunaison) l’emporte sur celui des autres configurations soli-lunaires. Au niveau de la consultation privée, rappelons le rôle des révolutions (ou retours) solaires dressées pour l’anniversaire du client et qui sont des thèmes valables pour douze mois. selon une méthodologie comparable qui est celle d’une astrologie de calendrier et non d’une astrologie authentiquement cyclique avec son rythme propre. Car cette astrologie soli-lunaire ou seulement solaire (ingrés, retours solaires) est-elle-même à proprement parler de l’astrologie au regard des « puristes » ?….Certes, le thème ainsi dressé constitue-t-il une carte du ciel en un instant T avec les positions planétaires correspondantes mais  la cyclicité d’une telle astrologie n’en est pas moins  à la base hémérologique, liée au calendrier et aux cycles des luminaires (comme il est dit dans le récit de la Création/Genèse) face aux étoiles  fixes du firmament. Notons cependant  des considérations plus amples avec la « Disposition générale de la présente année 1558 selon la plus parfaite prédiction des Astres’ sur laquelle nous reviendrons.

Que voulons-nous dire par une astrologie soli-lunaire ? Que le cycle de planètes (extérieures) comme Mars, Jupiter ou Saturne, totalement distinct de celui de Vénus et de Mercure (directement fonction de la position du soleil du fait de leur faible élongation) n’est pas pris en considération si ce n’est que ponctuellement.  On assiste là à un tour de passe-passe : il est question de ces planètes mais on n’a cure de tenir compte de leur cycle réel à la différence de l’astrologie des conjonctions Jupiter-Saturne. On voit donc émerger une astrologie qui n’est ni vraiment individuelle (ce n’est pas un thème natal) ni vraiment « mondiale » et qui est celle de cette production astrologique populaire qui n’est pas si éloignée de celle des « horoscopes » de presse actuels, qui est d’ordre solaire. (Signe zodiacal). Une astrologie bâtarde en quelque sorte dont  Nostradamus est l’artisan, plus ou moins convaincu. En fait, cette astrologie soli-lunaire  serait pré-astrologique, pré-planétaire et initialement axée sur le Zodiaque.

Examinons un instant la collection de reprints (publiés au Seuil, en 1999, par B. Chevignard. Présages de Nostradamus) comme cette Pronostication pour 1558(Paris Guillaume Le Noir) que nous avions retrouvée à la Bibliothèque de La Haye, il y a une vingtaine d’années. (pp. 429 en annexe de l’ouvrage cité)

« Du Printemps 1558 : Le Printemps commencera ceste année le XI. Iour de Mars etc » . Quels que soient les développements qui suivent, ils sont censés ne concerner que le dit printemps 1558,  ce qui d’ailleurs  oblige le public à se procurer les volumes suivants qui ne paraitront d’ailleurs qu’à la veille d’un  nouveau cycle saisonnier. On notera d’ailleurs les deux débuts d’année (millésimes), celui de janvier pour les almanachs  et celui du printemps pour les pronostications qui sont en concurrence au  XVIe siècle…

Pour l’historien de l’astrologie que nous sommes, il nous intéresse, en effet, de resituer cette astrologie des années 1550 dans le cours de la pensée astrologique  à l’aune de la longue durée. On y voit les signes d’une certaine décadence comme si l’astrologue ne maitrisait plus  la prévision cyclique et se repliait sur une astrologie du thème astral s’inscrivant dans un cadre qui, en dépit des apparences, lui est étranger. En effet, le cadre soli-lunaire est un carcan qui  se révélé excessivement contraignant et limitatif. En dépit des efforts sporadiques  de Nostradamus, pour évoquer le mouvement des planètes, force est de constater que le trimestre suivant va constituer une nouvelle échéance et ainsi de suite, sans  grande continuité d’une fois sur l’autre. Tel ingrés comportera une certaine tonalité et tel autre une tonalité bien différente et ne parlons pas évidemment du cas extrême des almanachs avec leurs thèmes dressés pour chaque semaine :

Dans l’ouvrage de Chevignard qui édite un recueil manuscrit – (Bibl. Lyon Part Dieu) des almanachs et pronostications de Nostradamus (parfois assez différent des impressions. On regrettera que Chevignard n’ait pas fourni de reprint d’almanach (comme celui de 1557), alors même qu’il se réfère à des imprimés dans son travail), on lit ainsi : « En ce dernier quart (…) Du 20 jusqu’à la fin naitront  de lieu infime deux qui parviendront à grand honneur » (mois d’août 1554, p. 213)). Il s’agit du dernier thème du mois pour ce qui ne correspond d’ailleurs pas à la semaine du calendrier. D’ailleurs, cette astrologie ne s’articule même pas sur celui-ci et s’y trouve en porte à faux puisque le calendrier soli-lunaire n’est plus alors pratiqué dans le monde chrétien…

Décadence, disions-nous, liée  à une crise de la pensé cyclique mais aussi aux obligations du marché, avec l’application au niveau collectif qui est celui des almanachs et des pronostications de techniques qui ‘ne font sens qu’au regard de la vie privée, aux enjeux plus ponctuels. On pense à ces astrologues qui sont encore aujourd’hui sollicités en début d’année.

Tendance que l’on pourrait qualifier de divinatoire et qui constitue, selon nous, un détournement de l’esprit astrologique. On remplace peu ou prou l’étude fouillée de quelques cycles planétaires, étudiés un par un, par  une étude des interactions entre ces planètes pour un moment qui n’est fixé que par le processus soli-lunaire (qui tient lieu ainsi de date de naissance). Le ciel entier doit faire sens pour ce moment-là en vérité étranger à la réalité astronomique sauf  à jouer sur les mots. On dira pour emprunter au langage culinaire, que Nostradamus (qui savait fabriquer des confitures et des onguents)  pratique là une astrologie à partir d’un matériau vil qu’il tente de relever par quelques expédients planétaires comme l’on jetait  quelques lardons dans la soupe ou fourrait quelque petit pain. Quelle farce !

Nous savons certes que Nostradamus ne se contentait pas de cette discipline fastidieuse au jour le jour et il est d’ailleurs probable qu’il se faisait assiste pour une telle corvée. On rappellera que les quatrains de ses almanachs sont des compilations de ses textes en prose, comme d’ailleurs certains quatrains des Centuries.

Dans l’almanach pour 1562, dédié au pape, dont on ne connait qu’une version  française imprimée tronquée (mais qui nous est parvenue en italien et en manuscrit français), Nostradamus fixe dans une annexe (apparemment censurée) des considérations à plus long terme et notamment en rapport avec une certaine éclipse d’avril 1567, repérée dans les ouvrages comme ceux de Leovitius. Il est remarquable que cet aspect de son travail soit le moins connu et on peut d’ailleurs se demander s’il n’a pas été occulté du fait même d’une certaine dérive prophétique que l’on peut y observer. Mais là encore,  cette fixation sur  une éclipse ponctuelle  n’est-elle pas l’aveu d’une perte de maîtrise dans l’interprétation des cycles planétaires ?

Qu’on le veuille ou non, cette astrologie de trimestre en trimestre pour ne pas parler de cette astrologie laborieuse à la petite semaine n’est quasiment d’aucun intérêt  au regard d’une astrologie des cycles planétaires. A chaque trimestre, une nouvelle programmation se met en place et ainsi de suite, sans aucun suivi, sans aucune continuité astronomique. Nostradamus annonce le triomphe des techniques  d’interprétation des cartes du ciel  sur  celles de lecture des cycles planétaires. Il incarne la montée en puissance du petit peuple astrologique qui peu à peu va imposer ses méthodes jusqu’à l’astrologie mondiale.

 

 

 

 

JHB

25. 09 13

 

 

 

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