Déontologie de l’Histoire de l’Astrologie Moderne
Posté par nofim le 21 septembre 2013
Pour une nouvelle histoire de l’Astrologie Moderne
Par Jacques Halbronn
Peut-on s’improviser historien de la pensée astrologique du XXe et du début du XXIe siècle, ou sociologue du mouvement astrologique francophone dans sa dimension associative ? Il semble que certains s’y essaient sans s’en être donné les moyens. Il est vrai que nombre d’astrologues s’imaginent pouvoir traiter de tous les sujets à commencer bien entendu par ce qui touche de près ou de loin à la question astrologique. Paradoxalement, les personnes extérieures au milieu astrologique sembleraient plus compétentes et mieux armées, prenant le temps de consulter des collections de revues, des archives avec une approche aussi exhaustive que possible, dans le cadre notamment de mémoires universitaires…
Nous avons récemment abordé le dossier André Barbault. Cet astrologue nonagénaire a eu une carrière remarquable mais certainement pas linéaire. Suivre le cours de ses prévisions successives n’est pas chose aisée et il ne suffit pas de s’en tenir l’ordre chronologique en supposant qu’il y a continuité dans la pensée de ce chercheur. Lui-même d’ailleurs n’est pas nécessairement le mieux placé pour traiter de la genèse et de l’évolution de son travail.
Nous avons soutenu à son sujet une thèse selon laquelle Barbault aurait réactivé à la fin des années 80 des écrits qu’il avait délaissés depuis longtemps. Le cas inverse est celui de textes anciens que l’on ressort pour brouiller l’image d’un chercheur en lui reprochant de ne pas s’en tenir à ce qu’il a publié antérieurement. Ce type d’évaluation des travaux exige une grande rigueur morale et intellectuelle guère compatible avec un esprit de polémique. En tout état de cause, la recherche obéit à une certaine cyclicité à l’instar des phénomènes étudiés. Il importe que l’historien comprenne les raisons d’une évolution ou d’un revirement, des effets de certains échecs et de telles réussites parfois seulement apparents et temporaires. On peut même admettre qu’un auteur ait renié à tort des travaux de jeunesse, qu’il ait crue bon d’y renoncer laissant la proie pour l’ombre. C’est vraisemblablement ce qui s’est passé pour Barbault à propos du cycle Saturne-Neptune quand à partir des années soixante, du fait de certaines déconvenues, il optera pour un collectif de conjonctions et non plus pour telle conjonction en particulier, En cela, il rompait avec l’enseignement de son frère Armand Barbault (alias Rumélius), l’élève dépassant le maître par une avancée audacieuse, décalée par rapport à tout ce qu’André Barbault avait appris. Pour ce faire il allait repêcher une étude d’Henri Gouchon parue au lendemain de la seconde guerre mondiale appelée « indice de concentration planétaire » cette échappée dura une vingtaine d’années, en gros entre 1965 et 1985. Après cette date – on reste dans l’approximation par la force des choses- le « diagramme » qui était supposé constituer la « loi fondamentale de l’astrologie mondiale » allait être peu ou prou relégué et ce d’autant qu’en 1989, le cycle Saturne-Neptune apparaissait comme une surprise providentielle dans une région du monde qui avait par ailleurs déçu les attentes d’André Barbault quant au dépassement des USA par l’URSS. On avait d’ailleurs demandé à Barrault ce qu’il pensait qui allait se passer, il serait resté dans le vague : ce serait « important », sans doute.
Force est par ailleurs de suivre l’impact de Barbault sur l’astrologie mondiale actuelle et de noter que sa voix n’est guère entendue comme en témoignent toutes ces études et conférences consacrée à l’entrée de telle planéte lente dans tel signe qui nous ramène des décennies en arrière tant il est vrai que Barbault, très tôt avait décidé que la nouvelle astrologie mondiale devrait se couper du symbolisme zodiacal réservé à l’astrologie individuelle.
Que s’est-il passé d’important en Astrologie en dehors des publications de Barbault –(livres et revues) ? Il y eut notamment tout un mouvement « sidéraliste » qui dans les années 80 défraya la chronique (cf. les réactions dans la revue L’Astrologue). Cela n’affectait d’ailleurs pas les recherches cycliques de Barbault dont on vient de dire qu’elles ne faisaient pas grand cas du découpage en 12 signes « tropicaux ». Barbault avait été évidemment confronté aux recherches statistiques d’un Michel Gauquelin et structurelles d’un Jean-Pierre Nicola, dans les années cinquante-soixante. Mais cela n’affectait guère son pré carré de l’Astrologie Mondiale. Nous n’irons pas plus loin dans ces considérations qui ont simplement valeur d’exemple et de mise en garde contre toute tentation hagiographique.
Nous traiterons à présent de la vie asssociative qui est un des autres grands chantiers de l’Histoire de l’Astrologie Moderne (c f nos ouvrages parus en 1992 et 1995 Ed. Trédaniel-La Grande Conjonction dans la série « La vie astrologiqe » sans parler des « Guides » (1984 et 1997). D’ailleurs Barbault fut très impliqué dans ce domaine notamment pendant une vingtaine d’années (1948-1968) dans le cadre du Centre International d’Astrologie dont il fut un des vice-présidents, qualité qui figure en quatrième de couverture de certains de ses ouvrages, sa revue L’Astrologue étant notamment née dans ce cadre, comme l’attestent les premiers numéros (1968). En fait, Barbault n’en partit que pour mieux y revenir quelques années plus tard (vers 1974), à la veille du Congrès CIA –ISAR (International Society for Astrological Research) du mois de septembre, plus de 20 ans après le congrès de Paris (à la Mutualité) dont il avait été une cheville ouvrière, organisé avec une association autrichienne. On ne saurait exagérer l’importance des associations pour la circulation des idées en astrologie, du fait des cours, des conférences, des revues et des colloques qui en émanent. A partir du milieu des années soixante-dix, le CIA n’occupe plus une place centrale dans le milieu astrologique et de ce fait Barbault se trouve marginalisé. On pense notamment à la fondation en 1975 du Mouvement Astrologique Universitaire (MAU) organisateur d’une grande part des événements astrologiques français jusqu’ ‘à la fin des années 80 et auxquels Barbault ne participa jamais, devant se contenter des réunions de la SFA (Société Française d’Astrologie) nouveau nom du CIA. Les années 90 lui seront plus propices que les années 80 qui avaient été un double calvaire tant sur le plan de ses échecs prévisionnels que sur celui de sa vie sociale dans le milieu astrologique dont il s’était exclus pour des raisons liées à une certaine rivalité avec le jeune fondateur du MAU.(JHB en l’occurrence) qui allait lui donner du fil à retordre jusqu’à la fin, l’empêchant de profiter d’un repos glorieux bien mérité, selon lui.
A partir des années 90, la direction de la communauté astrologique échappe au MAU et c’est l’ascension d’un ami de Barbault (qui avait travaillé à Astroflash) Yves Lenoble qui ouvre une décennie doublement heureuse puisque Barbault est auréolé de sa prévision de jeunesse pour 1989. Tout est bien qui finit bien, pourrait-on penser.
Or, le début du XXIe siècle allait offrir d’autres perspectives moins gratifiantes à un Barbault né en 1921 et donc octogénaire au début de la nouvelle décennie. D’une part, Yves Lenoble ne parvient plus à maintenir la dynamique des événements qu’il organise, notamment en raison de l’abandon du Salon qui accompagnait ses congrès. En 2004, le MAU parvient à réunir tout le gratin astrologique à l’exception du dit Barbault, même Lenoble est de la partie. En 2008, le MAU lance une webtélé qui regroupe à peu près tout ce qui compte en astrologie à l’exception encore une fois de Barbault.
Mais ce n’est pas le pire ! Le fondateur du MAU n’est pas à l’instar d’autres animateurs un « monsieur Loyal » de l’Astrologie, présentant les orateurs successifs. C’est un chercheur au moins aussi audacieux que le Barbault des années soixante et qui n’est nullement impressionné par le charisme de Barbault. En 2004, Barbault maudit, sans le nommer (dans l’Astrologue) celui qui veut le dessaisir du mérite de ses prévisions en introduisant du doute. Selon JHB, 1989 ne doit absolument rien au cycle Saturne-Neptune, le fait qu’une conjonction se soit formée alors n’implique pas qu’elle soit partie prenante. JHB en effet n’a pas une approche « globale » du ciel, la carte du ciel n’étant qu’une photographie et non un ensemble indivisible. Mais que propose JHB à la place ? Il note que Barbault a totalement négligé les étoiles fixes, ce qui l’a contraint à combiner deux planètes pour constituer un « cycle planétaire » (selon l’acception de Rumélius). JHB prône un cycle constitué d’une seul planéte et de conjonctions successives avec 4 étoiles fixes royales formant une sorte de quadrilatère découpant le dit cycle en 4 temps de 7 années). JHB propose ainsi une nouvelle « loi fondamentale de l’astrologie » en remplacement de celle élaborée par Barbault dans les années soixante et qui a fait faillite. Quel contraste entre l’épure de JHB autour de Saturne et le graphique de synthèse d’AB, combinant les données de 5 planétes dont 3 inconnues de l’Antiquité) ! Levée de boucliers, certes, des astrologues incrédules face à une équation aussi économique que celle de l’astrocyclologie de JHB car celui-ci fait le pari de la simplicité là où d’autres ont fait celui de la complexité, l’un mieux armé pour appréhender le futur, l’autre le passé, l’un, JHB, cherchant à repenser l’Histoire en refusant de déterminer la fin et se contentant des moyens, et l’autre, AB, se contenant de corroborer .les «faits » établis marquants. L’un Docteur ès lettres, reconnu en tant que chercheur en Histoire des textes – l’autre n’ayant pas dépassé le certificat d’études et cherchant une « reconnaissance ».Mais là encore, nous ne faisons qu’ébaucher une véritable Histoire du milieu astrologique. Nous ferons toutefois remarquer que les astrologues ne se gênent pas pour présenter les choses de façon baisée, notamment quant à la description des années 70-80. On relèvera la façon dont Yves Lenoble laisse entendre à l’occasion de certaines interviews, que la vie astrologique avant 1990 était assez inconsistante ou dont Denis Labouré écrit sur son site, dans sa biographie que le CEDRA (Cercle d’Etude, de Documentation et de Recherche en Astrologie, dont on notera l’intitulé fort modeste si on le compare au CIA et au MAU) est le successeur du GERASH (Groupe d’étude et de Recherche en Astrologie Scientifique et Humaniste). En réalité le CEDRA fut certes fondé à Lyon en 1986, par des membres démissionnaires du GERASH, lors d’une dissolution du GERASH qui fit l’objet de contestations, ce qui n’empêche pas un congrès du GERASH d’avoir lieu l’année suivante à Paris (« La Lune au clair »). Mais cette association avait été fondée avant la dissolution et en aucun cas ne fut le nouveau nom du GERASH. Elle se contenta de reprendre la revue du GERASH, Astralis au titre des « dépouilles » du GERASH qui lui furent accordées. Entre ces deux structures, il y a pour le moins une solution de continuité et non une succession, sauf au sens d’héritage.
Concluons : on ne s’improvise pas historien de l’Astrologie moderne, moins encore que de l’ancienne. Car l’astrologie moderne comporte une énorme quantité de documents en comparaison des siècles précédents, dont une partie importante est d’ailleurs conservée à la Bibliothèque Astrologique fondée au début des années 70..
JHB
21 09 13
Publié dans ASTROLOGIE POLITIQUE | Pas de Commentaire »