Astrologie : de la science à la conscience

Posté par nofim le 18 novembre 2013

Astrologie et conscience face à  un savoir sans signifiant et sans signifié

 

 

 

Par  Jacques  Halbronn

 

Que reproche-t-on à l’astrologie ? Le sait-on seulement ? Il semble qu’il ne soit pas si aisé de pointer les causes d’un malaise persistant.

En écoutant la première interview de Serge Bret-Morel par Jean-Michel Abrassard qui a crée un blog du scepticisme scientifique, nous nous sommes demandés  à quel titre il prenait la parole, c’est-à-dire le faisait-il en tant que philosophe, en tant qu’ethnologue, que journaliste par exemple, se penchant sur le dossier de l’Astrologie ?

En fait, son propos relève en grande partie de ce que l’on pourrait qualifier d’ethnométhodologie (Harold Garfinkel), c’est-à-dire qu’il traite du modus operandi de la « tribu », du « village » astrologique. Une telle approche pourrait, a contrario, difficilement être qualifiée de philosophique même si SBM est passé par une certaine formation  de cet ordre. En effet, une démarche philosophique aurait pris de la hauteur avec ce qu’il fallait entendre par Astrologie par-delà  les clichés, les représentations, les pratiques des uns et des autres.  Ce qui passe de nos jours pour de l’astrologie est-ce l’Astrologie ? Il y a dans ce singulier, une dimension unitaire qui ne fait que reprendre la croyance en un corpus d’un seul tenant dans lequel les astrologues peuvent puiser  à leur convenance et indifféremment, ce qui nous ramène à l’ethnologie. L’objet sur lequel disserte SBM renvoie à une certaine perception du public et à une certaine présentation prônée par les astrologues. Mais on n’est pas là dans une approche philosophique de l’Astrologie. Pour définir l’astrologie, SBM ne voit d’autre façon que de laisser la parole à ceux qui la pratiquent, qui la consomment ! Etrange méthodologie ! On  ne peut pas non plus qualifier le discours de SBM de pertinent au regard de l’Histoire de l’Astrologie ne serait-ce que par celle-ci est fort complexe dans sa genèse et qu’elle passe par toutes sortes d’emprunts, d’ajouts mais aussi d’abandons, de pertes ; Il y a donc là un manque de profondeur tant philosophique qu’historique et qui relève au mieux  d’une certaine forme de phénoménologie

A un moment donné, SBM nous parle de la Tour Eiffel dont l’influence serait plus forte que celle de la planéte Mars. C’est un pur du n’importe quoi ! SBM passe totalement à côté de l’instrumentalisation des signaux, ce qu’ils représentent pour l’observateur, le récepteur. Tout se passe comme si SBM ne voyait l’influence astrale que comme un processus se développant en dehors de toute conscience humaine. Il est vrai que beaucoup d’astrologues, surtout depuis que l’on a découvert des planètes invisibles à l’œil nu, pensent ainsi. Mais  SBM n’est pas obligé de les suivre ! A aucun moment, SBM ne laisse entendre que les sociétés humaines aient pu conférer, instaurer des significations  à certaines configurations non pas du fait de l’observation de leurs effets mais en vue d’établir un certain ordre des choses qui soit à l’image du cosmos, structuré à leur façon. SBM voit l’astrologie avec le regard de l’homme moderne et serait prêt à reprocher à l’astrologie de s’être constituée sur des bases reconnues depuis comme fausses ou incomplètes. Mais étrangement, on trouve plus cet argument chez les astrologues quand ils  s’opposent à d’autres astrologues qui ne veulent pas entendre parler des transsaturniennes. Autrement dit, SBM adopte une rhétorique qui est celle d’une certaine génération d’astrologues. On est loin de la philosophie de l’astrologie et  plus encore de sa métaphysique.

A un autre moment, SBM s’en prend aux praticiens de l’astrologie – et là on est en pleine ethnométhodologie, à savoir la description des pratiques, des « méthodes » propres à un certain milieu-qui disent des choses justes sur des calculs astronomiquement faux (erreurs de calcul). Mais là encore, SBM parle comme les astrologues qu’il entend décrire et manque de distance surtout quand il dit avoir pu lui-même constater que « ça marchait ». En fait, à aucun moment SBM ne prend la peine de se demander à quoi pourrait servir une quelconque relation qui serait établie, fixée entre les hommes et les astres. Il se contente de noter que les gens voient un rapport, une correspondance entre ce que dit ou fait dire l’astrologue (au thème) et ce qu’ils croient devoir ou pouvoir penser d’eux-mêmes ou de X ou de Y.  On nous objectera que ce n’est pas à SBM de décider de ce qu’est ou n’est pas l’astrologie, qu’il doit se contenter de décrire le « fait » astrologique au sens sociologique du terme.

On en reste ainsi toujours à une anti-astrologie qui se contente de relever les étrangetés du discours astrologiques et en reste là.  Les réformateurs de l’astrologie rejettent certaines choses mais comme le dit Kepler, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain ;

Au fond SBM devrait se demander qu’est ce qui est le plus recevable et le plus irrecevable en Astrologie au regard de ses fondements, de ses principes. On ne sait pas ce que SBM « reproche » philosophiquement, épistémologiquement, à l’astrologie ; Il ne prend même pas la peine de distinguer entre le « thème » astral et le « cycle » planétaire qui sont deux façons radicalement différentes de « lire » le cosmos ; Il ne s’interroge guère  sur le fait que la dialectique qui semble au cœur de toute cyclicité soit totalement noyée par la multiplicité des facteurs considérés.  Il parle d’un décalage entre la théorie et la pratique mais ce qu’il appelle « théorie » ce sont les textes traditionnels et non un modèle. SBM a certainement raison de dire que les astrologues apportent beaucoup d’eux-mêmes  à l’astrologie, ils en sont en quelque sorte les yeux et les oreilles pour capter le monde, ce qui permet de donner le change sur la véritable valeur de leur astrologie. Certes, ils peuvent faire du « bon travail » même avec un thème erroné, nous dit-on. Mais qu’est-ce que serait idéalement le travail de l’astrologue ? Cela se limite-t-il à dire des choses jugées  « vraies » par sa clientèle ? Ou bien l’astrologie jette-t-elle un regard particulier sur le monde ? Est-ce l’astrologie qui est validée parce qu’elle recoupe ce que l’on sait déjà ou bien se focalise-t-elle sur une dimension cyclique qui lui soit propre, une fois ses potentialités bien définies ? L’astrologie a-t-elle vocation  à nous dire ce qui est ou à s’aligner sur ce que l’on croit savoir du monde ?

Pour répondre à la question que nous posions au début et en notre titre, l’astrologie souffre gravement d’un double problème –et l’on peut parler d’une pathologie de l’épistémè- puisqu’elle ne connait ni son signifiant ni son signifié. SBM nous a proposé des simulacres de réponse : l’astronomie serait le signifiant de l’astrologie et la pratique courante de l’astrologie nous informerait sur son signifié.

Or, est-ce que la langue française est réductible à l’ensemble des sons existants ? Non, le français fait certes appel à des sons mais pas à tous les sons. L’ensemble des sons peut générer un nombre infini de langues tout comme l’astronomie peut générer un nombre infini d’astrologie virtuelles, même si on se limite au seul système solaire. Parmi ces (com) possibles, quel est celui qui a donné l’astrologie donc son signifiant, son modèle ? Ce n’est pas en contemplant les cieux que l’on saura quel est celui qui vaut pour l’astrologie. Mais à l’autre bout de la chaîne, même souci : quelle est la « bonne » application, le bon usage de l’astrologie, bref que est le signifié qui vient s’articuler sur le signifiant ? Est-ce qu’en recensant tout ce que l’on dit au nom de l’astrologie, on découvrira quel est son véritable signifié ? SBM reste dans l’idée d’une approche globale : on prend la totalité du ciel pour appréhende la totalité du monde. Puisque l’on prend tout, on n’aura pas  à justifier ses choix puisque de choix il n’y en pas eu.

On peut donc dire philosophiquement que l’astrologie  est en quête d’une forme (donc d’un signifiant) qui la libère de l’emprise de la matière, de la matrice. De quoi aura-t-elle fini par accoucher ? That is the question ? Et à l’autre bout se pose le problème d’une praxis, donc du signifié. A quoi cette forme réfère-t-elle en tant que support, que contenant à l’instar d’un verre ? De quel aspect de la vie des sociétés humaines entend-elle traiter ? On pourrait a priori répondre que le signifiant doit bien sûr être cyclique et que le signifié devra l’être tout autant.

Le problème, c’est que l’astronomie comporte un nombre illimité de cycles, quel est le bon, quel aura été le choix historique, que l’on pourrait qualifier de « logique » ?  Nous aurions tendance à répondre : un modèle simple et vraisemblablement  aussi simple que le cycle soli-lunaire  mais à une autre échelle que mensuelle. Donc beaucoup d’appelés et peu d’élus. Or, SBM semble a priori considérer, tant il  a  été immergé dans le milieu astrologique en tant que consommateur plus qu’en tant que chercheur, théoricien du savoir astrologique, pour acquis que tous les astres du système solaire feraient « sens », « signe » et qu’il faut tous les combiner.  Or, il n’y a aucune nécessité à cela si l’on aborde la question du point de vue de la conscience et non de celui de la science, ce qui implique un minimum d’empathie avec le génie humain. Quant à tenter de préciser le champ d’action de cette astrologie, il semble bien que là encore SBM botte en touche et prenne  le client pour arbitre, comme aux jeux du cirque. Cette praxis du modèle astrologique qui relève nécessairement d’une certaine dialectique nous interpelle en ce sens que la dualité  fait partie de notre conscience au monde. Etre conscient, c’est sentir, ressentir cette dualité et donc accéder au signifié qui s’est imposé pour se joindre au signifiant.

On tombe en fait sur un certain paradoxe. Au départ, on est dans le  virtuel. Il n’y  a pas à valider le modèle mais à l’appliquer, ce qui n’est pas du tout la même chose. Mais de nos jours, épistémologiquement, tout s’inverse, il faut partir de ce que l’on peut observer du monde pour passer des effets aux causes. Une fois que le modèle double sera restauré, réinstitué l’on pourra alors à nouveau partir du modèle et le projeter vers le futur comme étant analogue au passé. .

 

Jhb

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