Les coulisses du milieu astrologique français de 68 à 78

Posté par nofim le 27 novembre 2013

 

Histoire du Mouvement Astrologique Français au XXe siècle

Le scandale d’Astroflash et la crise du CIA (1968-1978)

Par  Jacques Halbronn

 

 

La période de dix ans qui  s’étend  de 68 à 78 aura été une des plus agitées du XXe siècle, au prisme de la vie astrologique française et il aura fallu un certain recul pour en apprécier les conséquences sinon les causes.

L’année 68 est mémorable du fait que le peuple est descendu dans la rue. Mais qu’est-ce qu’Astroflash (alias Ordinastral) – la consultation astrologique  par ordinateur- si ce n’est la victoire du public sur la caste des astrologues ? En faisant ce qu’il a fait, André Barbault trahissait quelque part  cette caste qui était la sienne. Il passait par-dessus la tête des praticiens et ceux-ci ne le lui pardonnaient pas.

Nous avons grâce à certaines archives qui nous ont été récemment communiquées une idée plus précise des réactions que cela provoqua. Nous savions déjà que Barbault avait dû quitter la vice-présidence du CIA qu’il occupait depuis une quinzaine d’années. Mais c’est bien cette affaire qui avait mis fin à la collaboration de dix ans entre le CIA et les Cahiers Astrologiques. Quant au frère d’André, Armand, il n’hésitait pas à exprimer son désaveu dans sa correspondance avec André Boudineau, personnage clef auquel par la suite André Barbault aimera aussi se confier, comme on le verra un peu plus loin.

A la suite de cette rupture avec Volguine, le CIA irait chercher un autre partenaire et il le trouva avec les Editions Traditionnelle (A. Villain et Belhomme) successeur de Chacornac et en cette même année 68 paraissait la nouvelle revue du CIA, L’Astrologue, dont le rédacteur en chef était le dit André Barbault. Toutefois, les relations entre Barbault junior et la vieille garde ne cessaient de s’envenimer et bientôt ce fut la rupture entre la revue et le CIA. On notera le paradoxe du nom de cette revue alors même que Barbault se voyait reprocher un coup de poignard dans le dos à la profession d’astrologue !

Cela dit,  avant d’aller plus avant, que penser de cette « révolution » qui galvaudait le savoir-faire du métier d’astrologue ? Nous pensons que l’idée de Barbault était bonne si ce n’est que la logistique ne suivait pas ; il aura eu raison trop tôt.  L’ordinateur masquait le désordre du savoir astrologique, c’était un emplâtre sur une jambe de bois ! Mais avec le recul l’opération Astroflash, en principe mais non en pratique était  prophétique comme les prochaines décennies du XXIe siècle le démontreront,   à savoir que l’astrologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux mains des astrologues. L’avenir de l’astrologie est bien d’être mise dans les mains du public et pas seulement avec le hochet du signe solaire (même agrémentée de l’ascendant, qui avait déjà intéresse Barbault, dix ans auparavant). D’ailleurs, quand Barbault, en 67, donc juste avant, avait publié Les astres et l’Histoire, est-ce que son « graphique » n’était pas également adressé au grand public ? On a donc là un Barbault vulgarisateur convaincu de l’astrologie, mais qui s’y prend avec de mauvais produits.

Mais revenons aux conséquences plus lointaines de la crise de 68 qui met Barbault au ban du CIA, lequel Barbault n’en conserve pas moins la maîtrise de la nouvelle revue L’Astrologue, ainsi débarrassée de la double tutelle des Cahiers Astrologiques et du CIA. Il est clair que Barbault observe avec intérêt ce qui se passe au CIA depuis son éloignement. Il y voit des querelles internes et peu à peu l’idée lui vient qu’il pourrait tôt ou tard apparaitre comme un recours, ce qui signifierait qu’au cours des années 70, il pourrait tout simplement devenir Président du CIA, en remplacement son ami Paul Colombet qui en démissionnant ne ferait qu’aggraver le désordre, ce sont Barbault profiterait.

André Barbault s’en explique, on ne peut plus clairement, dans ses lettres envoyées à André Boudineau en 1973, donc 5 ans après 68. Mais les choses ne se passent pas comme prévu, il parle d’une « journée des dupes » et ironise sur l’arrivée à la vice-présidence de quelqu’un qui n’a pas écrit une ligne sur l’astrologie, en l’occurrence le  jeune Halbronn, qui  n’occupait jusque-là que le poste de directeur de la Bibliothèque du CIA et qui s’était fait élire pour la première fois au conseil d’Administration en cette année 73, soit quelques jours  avant de devenir Vice-président et bientôt seul vice-président du fait des démissions qui vont suivre peu après, aux côtés de Colombet. Il est vrai qu’Halbronn qui fréquente beaucoup les congrès étrangers a obtenu que le CIA accueille  à Paris en 74 le congrès de l’International Society for Astrological  Research (ISAR). Pendant toute l’année 73-74, Halbronn, en sa qualité de vice-président, siégera sur l’estrade aux côtés de Colombet, à chaque conférence du CIA, au Musée Social, rue Las Cases. Mais début 74, le secrétaire général Berthon démissionne  du Bureau et passe la direction de la nouvelle revue du CIA Trigone à Halbronn mais aussi les divers documents du secrétariat.

Que fait alors André Barbault ? Il décide de se présenter en74 à l’élection au Conseil d’Administration.  Il obtient que nouvelles élections au Bureau, et de ce fait Halbronn perd la vice-présidence mais garde la  responsabilité  de  la revue Trigone. Barbault ne devient pas pour autant Président et Colombet reste à son poste. Il y eut probablement une démission collective « en masse » qui justifierait ainsi de nouvelles élections

Le Congrès de septembre 74 se déroula peu après mais Halbronn entendait organiser des journées astrologiques avant le congrès de l’ISAR et il fallut négocier pour qu’il n’y ait qu’un seul congrès co-organisé par le CIA, les Journées Internationales Astrologiques de Paris de Halbronn et l’ISAR.  La situation était d’autant plus ironique que Barbault avait expressément fait campagne pour que le CIA renonce au terme « international » de son titre, alors même que Paris accueillait un congrès international pour la première fois depuis 20 ans !

Sur le terrain, Halbronn focalisait la hargne d’une partie des membres du CIA qui l’encouragèrent  à créer une nouvelle association, ce qui fut fait eu mois de juin 1975, c’était le MAU, le Mouvement Astrologique Universitaire.

On terminera par une autre note ironique. On a vu que Barbault avait souligné que le nouveau vice-président élu n’avait pas encore écrit la moindre ligne sur l’astrologie, publié non, écrit  certes, oui il avait écrit ! Et  Barbault allait l’apprendre à ses dépens. Ayant inconsidérément annoncé à la cantonade, qu’il allait faire paraitre dans la collection clefs de chez Segers, le volume sur l’astrologie, cela n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd et Halbronn avait pris contact avec le directeur de la collection  De Caunes, pour qu’il reconsidère sa décision, ce qui fut fait et c’est ainsi qu’au printemps 76 Clefs pour l’astrologie paraissait sous le nom de Jacques Halbronn et non sous celui d’André Barbault, qui publiera le contenu au Seuil sous le titre de Connaissance de l’Astrologie.  Mais ce n’était là qu’un lors de consolation vu le prestige, à l’époque, de la Collection « Clefs ». Barbault fit un compte-rendu rageur et excessif dans la revue L’Astrologue des dites Clefs et cela ne fut pas du goût de Halbronn qui poursuivit Barbault pour diffamation par voie de presse et  gagna en appel  au début de 78 avec affichage de la condamnation dans la revue L’Astrologue, l’éditeur devant payer une amende. Cette déconfiture fut un coup de grâce pour Barbault.

Mais entretemps, le MAU avait totalement éclipsé le CIA (devenu Société Française d’Astrologie, non sans quelques péripéties assez comiques, le titre initialement prévu de Société Astrologique de France ayant été préempté par Halbronn) et joué puissamment la carte « internationale » que Barbault avait méprisée. La question du contrôle du CIA ne faisait dès lors plus sens, puisque le CIA ne pesait plus  grand-chose. (cf. le Livre d’Or du MAU (1977-1990), dont des extraits font l’objet d’un chapitre de notre Histoire du mouvement astrologique français) Barbault ne serait jamais président du CIA. En 1975, A. Volguine, déçu par Michel Bustros, convoqua Halbronn à Nice pour lui demander de prendre la direction des Cahiers Astrologiques, la transition ne put se faire car Volguine mourut l’année suivante. Barbault n’aurait-il pas mieux fait de créer une nouvelle association que de se lancer à la reconquête du CIA ?   En tout cas, les lettres ci-dessous, de la main de Barbault montrent que celui-ci avait une faculté remarquable à se projeter sur l’avenir et on note que sous sa plume, le mot « prévu » n’a aucune connotation astrologique mais est synonyme de décidé. On observera d’ »ailleurs que l’astrologie ne pèse pas lourd dans l’argumentation des uns et des autres, ce qui en dit long sur le crédit que les astrologues lui accordent, ce en quoi ils ont d’ailleurs probables raison mais ce qui les met en porte à faux avec leurs clients.

On notera que cette élection étonnante d’un nouveau vice-président qui n’a encore rien écrit (sic) en juin 73 est selon le fait du début d’une phase descendante de l’astrocyclon (pour les initiés), et deux ans plus tard, la montée en puissance du MAU correspond au début de la phase ascendante de l’astrocyclon.  Un paralléle semble s’imposer, toutes proportions gardées. Au même moment, l’on voit  Jacques Chirac passer du stade de premier ministre sous Giscard (Saturne  début cancer) à la rébellion en créant le RPR.(l’ancêtre de l’ UMP) avec Saturne au début du Lion(début de la phase ascendante de l’astrocyclon)

 

JHB

27.  11 13

 

 

Pièces annexes :

 

Armand Barbault, Turckheim, le 5 janvier 1969

« J’ai vu mon frère  André hier  qui s’est fait construire un chalet de montagne par ici (.) et je vois  qu’il est devenu un businessman de l’horoscopie. Ce pauvre Fakir Birman c’était  un tout petit  à côté de lui avec sa ronéo et il faut croire que les gens civilisés sont devenus dingues  en allant faire la queue aux Champs Elysées pour solliciter l’ordinateur »

  1. Volguine, Nice, 14 11 13
  2. «  Je considère l’initiative de M. Barbault désastreuse pour la cause de l’Astrologie mais ma conscience est nette : j’ai tout fait pour éviter cette rupture »
  3. Volguine, 31. 03. 75

« Oui, pendant sept ans, j’ai considéré Bustros comme mon successeur mais l’Eté dernier, il m’a envoyé un contrat absolument inacceptable (..) Je me considère actuellement  dégagé de toute obligation morale à son égard.

André Barbault,  19. 05. 73

« Depuis deux ans, un conflit  affronte deux parties au sein du CIA : Jean-Pierre Nicola vice-président qui dirige l’école du CEFA et Jacques Berthon, secrétaire général, qui s’est retiré de cette école et vient d’en créer une nouvelle (…) Berthon a décidé que son école ferait passer des examens et demandé que le CIA avalise les diplômes décernés par ce professeur insuffisant à ses propres élèves (.) Comme il en demande trop, il sera démissionné (…) Habile secrétaire,  Berthon s’y est fait des amis et nous pensons qu’à une ou deux voix près, il passera. Il est déjà prévu qu’alors se produira une démission en masse déjà commencée par l’annonce de la démission de Fortin . C’est alors qu’il est prévu l’annonce de ma candidature à la présidence et que je me présenterai à une prochaine assemblée extraordinaire avec une liste de collaborateurs (.) Il est entendu  que je ne garderai la présidence qu’une seule année (le temps de remettre de l’ordre) et que je remettrai la présidence à la procaïne assemblée générale au président démissionnaire Paul Colombet ».

 

 

André Barbault  11. 06. 73

« La fameuse réunion de bureau du CIA du 30 mai a été une « journée des dupes » (.)   Unr vice-présidence  passant notamment  à un nouveau venu qui n’a pas encore  écrit une seule ligne   sur l’astrologie… en remplacement  de  Fortin, démissionnaire.  (…) La seule dynamique qui puisse nourrir (la réconciliation) est la « peur du  gendarme’ » que je représente en m’annonçant comme candidat éventuel à la présidence. (‘…) Si la crise redouble (comme je le crois et je le crains) alors je poserai moi-même ma candidature pour la présidence à la prochaine assemblée  générale (sinon, accidentellement, à une assemblée extraordinaire) avec l’appui de l’ensemble du groupe : Colombet, Nicola, Fortin… »

 

 

 

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