La guerre des astrologues dans les années 48-58.

Posté par nofim le 30 novembre 2013

Histoire du mouvement astrologique français au XXe siècle

Les relations entre entités astrologiques (1948-1958)

Par Jacques  Halbronn

Cette période est marquée par la coexistence pas toujours pacifique entre plusieurs « entités » astrologiques, certaines nouvellement apparues et d’autres plus anciennement établies (comme pour les planètes).Cette période a rarement été décrite dans toute sa complexité ‘(cf. La vie astrologique, années trente-cinquante, Ed Trédaniel, La Grande Conjonction 1995 et cela tient notamment à une certaine tendance à occulter les décennies précédentes qui n’aura cessé de sévir par la suite et ce jusqu’à nos jours, au sein du milieu astrologique, comme quoi être astrologue n’est pas forcément compatible avec une certaine rigueur historique, sociologique et ethnologique. Il suffirait d’interroger les personnes qui arrivent aujourd’hui dans la «société » astrologique pour noter que la perception  du mouvement astrologique au XXe siècle leur est quasiment inconnue sinon méconnue alors que la leçon de l’astrologie est l’idée d’une cyclicité qui veut que le futur ressemble sensiblement au passé et que les choses tendent à se répéter peu ou prou.

Le cœur de notre étude se situera dans les années 53-54 qui servira d’abcès de fixation. On ne se privera pas d’appliquer à cette période notre procédé de l’astrocyclon qui nous apparait plus que jamais comme un outil d’investigation de plus en plus fiable à mesure que nous le perfectionnons. En janvier 53, on entrait en phase ascendante avec Saturne sortant de la balance et s’apprêtant à pénétrer en scorpion. Comme par hasard, c’est la même configuration que nous vivons présentement bien que le parallèle ne nous frappe pas dans l’immédiat, sur le terrain mais qui vivra verra et cela peut donner des idées !

L’astrologie française est réveillée par la proposition de la Comtesse Wassilko Serecki d’organiser le premier congrès international depuis 1937, elle qui était une habituées des congrès internationaux allemand sous Hitler (Düsseldorf  1936, année des Jeux Olympiques de Berlin et avant Wiesbaden 1934.

Le colonel Maillaud nous décrit ainsi cette succession de congrès internationaux (La Renaissance astrologique  in Almanach astrologique et de la vie mystérieuse pour 1948)

« Une nouvelle revue (après Stern und Mensch) parait alors dirigée par le Dr juriste  Korsch. Elle (Zénith) prit le pas sur toutes les publications comme organe de la  Centrale astrologique allemande. A en juger  par la tenue de  ses éditions, elle disposait de moyens financiers assez importants  et quoique l’astrologie  ne fut pas reconnue « officiellement » en Allemagne, Zénith était un organe officieux du parti nazi En fait, l’ensemble des articles qui y parurent marquent parfaitement l’esprit  qui l’avait fait créer, l’unification  astrologique allemande dans un but de direction politique étendue dans la mesure du possible au monde entier ». Mais  après la guerre, si la série se poursuit pour deux nouveaux congrès, au lieu que cela soit le Ve Congrès, on est convenu que ce sera, à Paris, le VIIe parce que l’on veut intégrer celui de New York (1939) et l’autre Congrès de 1937, organisé  concurremment par le Collège Astrologique de France face à celui de la Société Astrologique de France.  En effet, le Centre International d’Astrologie (CIA) est en train de se rapprocher du CAF et il faut faire un geste diplomatique, enterrer la hache de guerre. Et de fait, avec cette phase ascendante, l’idée de fédérer les associations astrologiques française prend tournure et cela a pour nom la Fédération Française d’Astrologie(FFA).Pour éviter le tête à tête avec le CAF, on fait appel à la Société astrologique de France toujours présidée depuis sa création dans les années vingt par le Lieutenant-colonel Firmin Maillaud.(cf. nos études dans cette même série historique sur « nofim » sur teleprovidence.com)C’est d’ailleurs, un ancien vice-président de la SAF, André Boudineau qui est pressenti pour assurer la Présidence de la FFA mais il ne donne pas suite (selon le témoignage de sa fille, Marie-Christine) et c’est finalement le jeune Barbault, vice-président du CIA (né en 1921), le cadet d’Armand Barbault( alias Rumélius) qui assumera cette charge, entouré de deux membres du CAF,  Jean du Sourel, président du CAF   et Al Saas (alias Albert Slosman), rédacteur en chef de la revue Astrodicée qui accueille « Sous le Ciel » le bulletin du CAF. La mort de Néroman (alias Maurice Rougié), le fondateur du CAF en 1936, favorise un tel rapprochement….Mais que représente cette FFA ? A la rigueur, on peut considérer que les Cahiers Astrologiques d’A. Volguine ne constituent pas une association même si de nombreux astrologues gravitent autour de cette revue. Notons que les CA, comme le CAF et la SAF ont déjà connu des activités avant la guerre, dans les années Trente. Et puis il y a un cas plus épineux, autour de la personne de Louis-Marie Raclet, fondateur en 1948 de la revue Astres, qui se présente comme « Officiel du centre national d’astrologie scientifique et des Amis de l’astrologie ». On aura perçu la similitude des titres : d’un côté le Centre International d’Astrologie Scientifique (CIAS) fondé en 1946 et qui renoncera très vite au S de Scientifique et de l’autre, fondé peu après, le CNAS du dit Raclet qui n’est pas invité à faire partie de la FFA pour des raisons qu’il convient d’élucider. Or, selon l’astrocyclon, en phase ascendante, il est des personnes que l’on néglige, que l’on sous-estime et qui ont une forte capacité de nuisance. Visiblement, Raclet est porté par cette dynamique et peut être plus que ne le fut Barbault. Raclet détient de fait un certain pouvoir avec une revue qui sort à plus de  cent mille exemplaires, ce qui est beaucoup en comparaison des tirages des Cahiers, d’Astrodicée et d’Astrologie Moderne, le bulletin du CIA. Il aura des collaborateurs prestigieux comme le belge Georges Antarès et comme le propre frère d’André Barbault, Rumélius.

La tenue de deux congrès internationaux, coup sur coup (fin 53 et juillet 54, à Strasbourg) ne pourra qu’exacerber les tensions.  Raclet va tirer à boulets rouges contre ces congrès et il contribuera à saboter le second congrès en s’en prenant à l’un des membres de la troïka de la FAF, Al Saas, dont il dénonce certains agissements, en jouant sur l’image compliquée de l’astrologie, toujours suspecte de dérapages avec le spectre du Fakir Birman.(dont le nom rime avec Albert Slosman alias Al Saas).

Mais d’un autre côté,  Raclet a une certaine légitimité à figurer  dans cette FFA.  Comment se fait-il qu’on l’ait ainsi oublié, lui qui occupe pourtant le terrain de façon évidente. ? Erreur à ne pas commettre en phase ascendante que de procéder à des exclusives et à des omissions car ensuite va se poser la question de la représentativité de la dite Fédération (ce type d’erreur sera commis dans les années 80 et 90, cf. le Guide Astrologique, Ed O. Laurens,  1997) lors de la création d’autres fédérations.

Lors de ces phases ascendantes qui suscitent un processus de rassemblement, il peut y avoir des dynamiques concurrentes quand on ne parvient pas à les concilier. Raclet décide de créer un Ordre des Astrologues et il en a les moyens. Chacun se présente avec son projet organisationnel. Pour Raclet, « Ce n’est pas une Fédération qu’il faut créer  immédiatement mais un Ordre des Astrologues car Fédération indique une idée de syndicat coopératif d’adhésions et de cotisations sans contrôle tandis qu’un Ordre des astrologues à l’instar de tous les Ordres implique l’idée d’une sélection.  Au nom de cette sélection, un Ordre des Astrologues aura le droit d’être reconnu officiellement par les pouvoirs publics (…) Au nom de cette sélection, à l’instar du corps médical, l’Ordre des astrologues aura le droit de se constituer partie civile contre les charlatans et contre l’exploitation éhontée de la science astrologique, de la crédulité humaine »

Dans le numéro 76 d’Astres 54, du mois d’août, on pouvait lire :

Un ordre des astrologues est crée

« Rappelons qu’à la demande de très nombreux amateurs, chercheurs ou professionnels astrologues tant français qu’étrangers un Ordre des Astrologues a  été légalement constitué le 2 juin dernier »

D’où un milieu astrologique écartelé au point que Volguine appartiendra simultanément aux deux mouvances. Il y a aura notamment des procès en diffamation par voie de presse, contre Raclet et Astres (ce qui augure d’un autre procès en diffamation, cette fois contre Barbault et la revue L’Astrologue en 1976-78) Les esprits finiront par se calmer avec la phase descendante de l’Astrocyclon. En 1958, le CIA conclura un partenariat avec les Cahiers Astrologiques qui durera jusqu’à l’affaire Astroflash (cf. notre étude dans la même série) laquelle placera Barbault dans la situation même de ceux qu’il dénonce (cf. sa Défense et Illustration de l’astrologie, Ed  Grasset  1955, pp. 269  et seq)

Barbault avait l’intention de poursuivre sur le front des congrès : « Dans Astrologie moderne n° 12, nous avons fait état d’un projet de Congrès National qui se tiendrait à Paris, congrès spécial consacré exclusivement aux statistiques et probabilités, à la Cosmobiologie, ainsi qu’aux rapports entre la Cosmobiologie et l’Astrologie. Nous pensions qu’un tel congrès aurait pu se réaliser dans le courant de 1955 » (Uranie, n°1, premier trimestre 56, qui succède à Astrologie Moderne, p.35  mais on n’en connait qu’un seul numéro). Un tel congrès n’eut lieu qu’en 1978  sous l’égide du MAU, plus de 20 ans plus tard. Force est de constater que par la suite, on n’aura pas connaissance d’une relance de la dynamique des années 53-54 du côté de la FFA ou de l’une de ses composantes. En revanche, Raclet développera son concept de « congrès international permanent » qui le conduira à interviewer et à enregistrer l’élite des astrologues européens. (On se demande ce que sont devenues toutes ces bandes magnétiques du plus haut intérêt !). En fait, Raclet était en mesure d’apporter une dynamique au mouvement astrologique français et fut entravé par un certain cénacle astrologique qui l’ostracisait mais qui ne faisait pas grand-chose. On sait que dans le domaine statistique, l’astrologie française brilla grâce  à Gauquelin et non grâce  à André Barbault  Raclet fut invité à de nombreux congrès étrangers, tant à Aalen (chez Ebertin) qu’à Vienne, en Autriche, notamment par la Comtesse Wassilko Serecki qui avait initié le congrès de Paris de 1953, auquel Raclet n’avait pas été convié.  Nul n’est prophète en son pays. En ce sens, avec ses interviews au magnétophone, Raclet était le précurseur de la télévision astrologique du MAU, à cinquante ans de distance. Les « bureaux » régionaux qu’il institua et auxquels participèrent, entre autres, Minerve,Dupeyron (futur vice-président du MAU), Christiaen (futur président du RAO), annoncent les cercles locaux du GERASH (dans les années 70 et suivantes) et du RAO (dans les années 90 et suivantes) et la politique de balisage systématique menée par le MAU par le biais de ses congrès de province (depuis s création en 1975). Pour la petite histoire, signalons que nous avons été formés à l’astrologie par Myriam Dussy dans le cadre de coirs donnés sous l’égide de la revue Astres, dans les années soixante, au Musée Social, lieu où se déroulaient également les sessions du CIA., lequel CIA, quand il renouera sous le nom de SFA avec la pratique des congrès optera pour la Salle des Centraux, rue Jean Goujon qui accueillait les conférences de Raclet dans les années cinquante. Le monde est petit. Quant au CAF, nous l’avons connu dans les années soixante –dix par certains membres des Amis de Dom Néroman, regroupés autour de Danièle Claude (ils se réunissaient dans une librairie, rue des Quatre Vents, près de l’Odéon, à Paris) comme Jacques Moine et Max Duval (mais aussi Kervella (alias Armor), cf. plus tard l’association Regulus (avec Arthur Le Bau et Duval) qui annonçait ses réunions dans l’Astrologue de Barbault). Ils étaient porteurs d’un esprit réformateur que Néroman avait ainsi résumé en se distinguant des autres astrologues.

« Leur guide comme le nôtre est la Tradition ; sacro-sainte pour ceux qui n’imaginent  pas qu’elle ait pu s’altérer au cours des millénaires ou qu’elle doive évoluer lentement  avec la lente  révolution du pont vernal dans les étoiles ;  révisible (sic)  pour ceux qui ont compris que, en l’abordant, nous n’entrons pas dans un temple merveilleusement entretenu et conservé intact mais dans un lacis de ruines et de ronces à partir duquel nous devons retrouvé le plan de l’édifice démantelé ».

De fait, chacun avait ses remèdes pour « sauver «  l’astrologie.  Bientôt Barbault  se ferait plus réformateur dans les années soixante.   Il aurait alors compris que le débat ne se situait pas tant en aval qu’en amont, pas tant au niveau déontologique qu’à celui des modèles, ce qui déplace singulièrement le débat. Il ne suffit plus d’apprendre l’astrologie mais de la rebâtir, ce qui concerne plus une certaine élite que des praticiens aussi chevronnés soient-ils.(cela n’est toujours pas compris à la FDAF et les codes de déontologie passent largement à côté des vrais enjeux immédiats qui exigeraient un moratoire sur l’astrologie le temps qu’un nouvel outil soit entériné) .Le principal reproche que l’on peut faire à Louis-Marie Raclet, c’est  d’avoir pris l’astrologie dont il avait connaissance pour argent comptant et ce faisant d’avoir brûlé les étapes. Raclet avait réagi avec horreur au congrès de Paris de 53 :   « Des années d’effort anéanties ». Il était trop porté à vouloir donner une image parfaitement  maîtrisée de l’astrologie au public  et ne supportait pas que Barbault reconnaisse que l’astrologie devait plus à l’analogie qu’à la logique et exprime des doutes sur le caractère scientifique de l’astrologie, ce qui le déconsidérait, à entendre Raclet, comme porte-parole des astrologues. Mais n’était-il pas  préférable de laisser les astrologues débattre entre eux comme ce fut le cas à Strasbourg en 1954 quand le public n’était pas au rendez-vous (cf. le compte rendu de Bray, dans Astrologie Moderne n° 12, décembre 54).  ?  Il eut fallu concilier ces différents talents en les conjuguant. Que l’astrologie ait à considérer à terme le public comme cible semble assez juste mais prématuré à moins comme le proposait Néroman de lui offrir une astrologie dégagée de ses scories (Les Présages à la lumière des lois de l’évolution  1937) : « Ce livre ne s’adresse pas spécialement aux Astrologues. Il expose, pour un large public, la condition humaine telle que l’astrologie la révèle   ceux qui la pratiquent.  Force est de constater que la presse avait accordé au Congrès de Paris de la fin d’année 53 une attention extraordinaire qui retombera par la suite. Certains astrologues dont Barbault firent aux média des déclarations téméraires notamment sur la prochaine fin du capitalisme. Un tel congrès (dont les actes parurent en  novembre 55 mais pas  ceux du Congrès de Strasbourg)  avait eu lieu trop tôt.  Encore beaucoup d’eau devait couler  sous les ponts et un demi-siècle plus tard, l’astrologie n’est pas encore tout à fait mûre d’autant qu’entre temps, elle aura largement régressé et la qualité de ses chercheurs aura décliné, à de rares exceptions près : on est loin d’avoir atteint un nouveau consensus et le consensus actuel est largement un retour à une tradition qui ignore les apports obtenus depuis les années trente. On en est resté au lendemain de la découverte de Pluton et depuis l’astrologie n’a rien appris ni rien oublié… La quadrature du cercle en astrologie consiste selon nous à prôner une astrologie populaire mais fondée sur un modèle obéissant à un nouveau design, débarrassé d’un symbolisme abscons.

 

 

 

 

 

Jhb

30  11   13

 

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