La suffixation du futur

Posté par nofim le 28 décembre 2013

 

 

 

 

 

 

 

Réflexions sur la formation du futur. Le cas des formes en « ble ».

 

Par  Jacques Halbronn

 

D’un point de vue sociolinguistique et sémantique, il nous a semblé intéressant, vu l’intérêt que nous avons par ailleurs pour la cyclicité et la projection sur le futur, de  rechercher des signes d’une telle interrogation dans la formation des langues, et plus précisément dans la suffixation adjectivale et donc substantivale qui en dérive.

Récemment, nous avions consacré une étude à la dimension cyclique et dialectique de « up and down », faisant suite à une étude plus ancienne sur le préfixe « re » (cf. aussi.

Nous nous attacherons ici  au suffixe  en « able » qui vient du latin habilis. Si je dis que je me sens « capable » d’accomplir tel travail, cela n’engage-t-il pas en effet l’avenir ? N’est-ce pas une forme de futur ? Si je dis que telle chose est « probable », est-ce que   cela ne relève pas d’une certaine supposition qui sera (ou non) validée par la suit, tout comme le mot « valable » d’ailleurs

A contrario, le participe passé  traite de ce qui est acquis et n’est pas réellement en prise sur le futur.  Ce qui a été prouvé ne sera pas dit « probable » et ainsi de suite. Able serait une sorte de participe futur (à venir, à être).

On pourrait ainsi énumérer une longue liste de ces « futurs » comme c’est jouable, c’est tenable, c’est faisable, c’est payable (c’est-à-dire que l’on attend que cela soit payé), c’est rentable, jetable, calculable, préférable, envisageable, appréciable, agréable, adorable, exécrable, perméable, blâmable, acceptable, excitable, stable, mangeable, avouable, coupable, buvable, durable, passable, réparable, glissable,  transportable, coupable (celui que l’on peut inculper),  responsable (ce dont on aura à répondre) etc.

La variante en «ible »  a le même statut : comestible, lisible, risible, visible, audible, admissible, pénible,  sensible, compressible, réversible, traduisible. Ces deux suffixes sont liés à des verbes. Mais qu’en est-il de capable qui semble être le terme ayant servi à constituer le suffixe ?

Dans bien des cas, ce suffixe « able » est complété par « abilité » : aimable, amabilité, probable- probabilité,  mais vraisemblable donne vraisemblance. Inversement, si l’adjectif est précédé d’un suffixe négatif ou d’une négation, il y a là un refus de tabler, de parier sur l’avenir. (Invisible, invraisemblable, inévitable etc.)  Parfois, seule la forme négative aura survécu comme pour indicible, intraitable.

Cela dit, l’usage n’est pas systématique : c’est ainsi que le verbe écrire n’a pas droit à l’un de ces suffixes. On ne dit pas écrivable ou écrivible.

Ces formes « able », « ible «  ainsi que leurs toujours possibles négations témoignent du poids du futur dans le langage usuel, par-delà la conjugaison stricto sensu.

On rappellera que le futur est marqué en français par un suffixe et ne fait pas l’objet de préfixe si ce n’est dans les formes comportant les verbes aller (going) ou vouloir voire pouvoir/  Je vais(veux, peux) le faire.

Le futur français se construit par suffixation  à partir de la forme infinitive à la différence du futur germanique qui implique une préfixation verbale (cf. supra) devant l’infinitif. C’est un trait du français qui n’a pas été exporté des langues latines vers les langues germaniques. Idem pour le conditionnel qui renvoie aussi à ce qui pourrait advenir. Ce conditionnel se construit avec l’imparfait du subjonctif : j’aimerais que tu fîsses. Le terme d’imparfait du subjonctif pose problème car il correspond non pas à l’imparfait mais au passé simple. D’ailleurs, le passé simple est un « imparfait », c’est-à-dire ce qui n’est pas achevé (inachevé) Ce qu’on appelle usuellement imparfait est un prétérit. Nous pensons que lorsque la forme « imparfait du subjonctif » s’est imposée dans la terminologie grammaticale, ce qu’on appelle imparfait désignait notre passé simple, lequel ressemble de façon flagrante à  l’imparfait du subjonctif au niveau du signifiant. (cf notre étude  « Le français comme langue matricielle » parue dans la Revue française d’Histoire du Livre, livraison 2011, n ° 132)..

 

 

 

 

Jhb

27  12  13

 

 

 

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