Heurs et malheur de l’astrologie mondiale au XXe siècle

Posté par nofim le 22 janvier 2014

 

Heurs et malheurs de l’astrologie mondiale française au XXe siècle
(De Paul Le Cour à André Barbault)
par Jacques Halbronn

L’Histoire de l’astrologie connaît un tabou, celui de se prolonger jusqu’au XXe siècle. Une thèse de doctorat sur le sujet est censée ne pas dépasser la Révolution Française, sauf à se situer dans le champ sociologique. Dans le cas de la théorie précessionnelle, on fait cependant exception et un Paul Le Cour peut faire l’objet d’une thèse qui nous conduit jusqu’à l’Ere du Verseau.

En revanche, on imagine assez mal un historien de l’astrologie, honorablement connu, qui se hasarderait à étudier de quelle façon les astrologues du XXe siècle ont tenté de gérer la question des planètes transsaturniennes.(cf « L’évolution de la pensée astrologique face aux découvertes des nouvelles planètes du système solaire ( 1781-1930) communication au Congrès des Sociétés Savantes, Nancy, 1978, sciences, fasc. V, pp/ 145-156) C’est cependant ce que nous nous sommes proposé de faire dans cette étude qui clôture un ensemble de travaux s’étalant du XVe siècle au XIXe siècle.

La question zodiacale

On analysera donc l’émergence d’une astrologie ayant intégré les nouvelles planètes dans son discours et nous verrons comment un André Barbault, frère d’astrologue (Armand Barbault alias Rumélius, qui l’initia dès 1935) s’efforça, dans les années Soixante, de renouveler l’astrologie mondiale en prenant en compte les dites planètes, soit dans le cadre du cycle Saturne/Neptune appliqué à l’Histoire du communisme soit en mettant en place un « indice de concentration des planétes lentes », comportant les dites planètes transsaturniennes, en rapport notamment avec les grands conflits mondiaux. Le père de ce graphique, qui n’incluait pas encore Pluton, en astro-histoire est Henri Gouchon, auteur à la Libération dePrévisions annuelles malheureusement introuvables à la BNF (cf A. Barbault, Les astres et l’Histoire, op. Cit., pp. 32-33), dans lesquelles le dispositif est exposé:  » A moins, écrit Gouchon, d’un concours extraordinaire de circonstances, on dirait bien qu’il existe, en effet, une relation entre ce graphique et les périodes de bouleversements mondiaux, surtout économiques, comme on peut le voir en 1914 -1918 et 1938-1945: Chaque dépression ne correspond pas à une guerre mais elle cadre toujours avec quelque anomalie d’ordre économique (…) Ce graphique est établi en mesurant au début de chaque année astrologique l’arc de cercle qui englobe toutes les planétes lentes de Jupiter à Neptune »

Ces travaux que nous décrirons sont à l’évidence des témoignages d’hommes ayant été imprégnés par l’Histoire de leur temps et cherchant à l’ expliciter au moyen de certaines combinatoires célestes. Peut-on , au demeurant, reprocher à des chercheurs de ne pas accorder quelque importance à ce qui se déroule sous leurs yeux dans la mesure même où cela leur donne le sentiment parfois illusoire que l’astrologue n’est pas enfermé dans sa tour d’ivoire et qu’il est bel et bien en prise sur les événements, avec à la clef l’espoir d’une reconnaissance de leur démarche, quitte à pactiser avec le diable! Si l’astrologue était moins seul, il serait peut être mieux à l’abri de certaines tentations.

Dans les deux cas de figure, on ne peut d’ailleurs parler stricto sensu d’astrologie mais plutôt d’astro-histoire.(cf notre étude sur ce site) On observe en effet que le champ de l’astrologie mondiale est plus propice à l’innovation que celui de l’astrologie horoscopique, c’est à dire que les données astronomiques utilisées ne recouvrent pas celles de l’astrologie traditionnelle. Quelque part, l’astrologie mondiale et l’on pense notamment à la théorie des grandes conjonctions en constitue une remise en question.

Les deux auteurs que nous avons choisis représentent certes des orientations extrêmement différentes. Si Paul Le Cour tend à ne pas tenir compte des planètes et ne se réfère qu’au zodiaque, que ce soit le tropical ou le sidéral, selon les cas, en revanche, l’astrologie mondiale selon André Barbault semble « oublier » totalement la structure zodiacale, qu’elle soit saisonnière ou stellaire, pour ne considérer que les aspects et autre interrelations – leur concentration ou leur dispersion sur l’écliptique mais sans prise en compte d’un quelconque découpage zodiacal – entre planètes du système solaire. Ce faisant, André Barbault rompt avec la théorie des grandes conjonctions (Jupiter-Saturne), déjà évoquée, articulée autour de la répartition des signes, selon le découpage tropicaliste, entre les Quatre Eléments. En fait, à y regarder de près, le cycle planétaire auquel recourt A. B. avec sa conjonction, son carré, son opposition, constitue bel et bien un « zodiaque planétaire » dont le point de départ serait la conjonction des deux planètes constitutives du cycle, la quadrature correspondant analogiquement avec l’axe solsticial, l’opposition avec l’axe équinoxial et ainsi de suite; Dans ce système, autant de cycles, autant de zodiaques. En fait, il n’y a pas d’astrologie sans une quelconque forme de zodiaque, dans la mesure où c’est la zodiacalisation de l’espace, quel que soit le critère adopté, qui permet de déterminer des phases en procédant à une structuration de l’espace-temps.

Signalons en passant, que les travaux de Michel Gauquelin, dans les années 1950-1960, font également abstraction – non sans recourir à un découpage du mouvement circadien qui rappelle celui des maisons- des positions zodiacales à la naissance, à la différence d’un Paul Choisnard, au tournant du XXe siècle, intéressé par les signes ascendants dans ses statistiques (notamment les ascendants en signe d’air chez certaines catégories de personnes) alors qu’au contraire ceux d’un Jean-Pierre Nicola, qui n’est pas un spécialiste d’astrologie mondiale, dans les années 1960-1970, visent en partie à légitimer le découpage tropicaliste (zodiaque réflexologique). La question zodiacale nous semble ainsi être un enjeu majeur de la recherche astrologique française au XXe siècle. On appellera zodiacalisation toute tentative de découper la courses des astres.

Pour reprendre le texte d’un dialogue humoristique que nous avions écrit pour L’astrologue face à son client (Ed. La Grande Conjonction, 1994) l’astrologue a un modèle dont il ne sait pas de quoi il traite et le « non astrologue » a une vie à laquelle il aimerait conférer une structure. Il importe en effet de ne pas confondre les signes avant coureurs avec l’exposition d’un système prévisionnel. Nous avons voulu montrer, par cette étude, que l’astrologue, quel que soit son genre, est marqué par les idéologies de son temps et cela était déjà vrai, bien entendu, pour le phénomène Nostradamus, au cours de la seconde moitié du XVIe siècle (cf notre étude sur ce site consacré aux nostradamologues). Partir du postulat selon lequel l’astrologue ne s’appuie que sur un savoir transcendantal revient à commettre selon nous un contresens du point de la méthodologie de l’Histoire des textes. En fait, l’astrologue ou le prophète se nourrissent des attentes et des espérances dont ils sont les témoins. On ne peut reprocher son antisémitisme à Le Cour ni son communisme à André Barbault, ils n’ont fait que mettre en musique (des sphères) de tels thèmes porteurs, le problème, c’est qu’ils ont été conduits à focaliser les techniques dont ils disposaient sur ces enjeux au point de porter atteinte à l’intégrité du savoir astrologique. Un Jean-Paul Sartre ne fut-il pas tenté, à la même époque, par une certaine synergie entre sa/la philosophie et le marxisme politique?

Les deux auteurs auxquels nous consacrons cette étude, Paul Le Cour, né en 1871 et André Barbault, né en 1921, soit à cinquante ans d’écart, ont recouru à des modèles et se sont efforcé de leur trouver des justifications au niveau des événements dont ils étaient les témoins, ils ont pratiqué, avec plus ou moins de bonheur, une astrologie – ce que nous préférons donc appeler une astro-histoire, le terme astrologie renvoyant à un savoir relativement figé – en prise avec l’actualité parfois la plus immédiate. L’astrologie mondiale nous apparaît bel et bien comme un espace de créativité qui échappe à la discipline et à la rigidité horoscopiques et il semble bien que le renouvellement de l’astrologie passera par elle. Malgré la différence d’âge- un demi -siècle, leurs pronostics se sont croisé de peu et en tout état de cause Barbault a pris le relais de Le Cour comme chroniqueur des grands événements politiques dans la mesure même où c’est au moment où Le Cour meurt, en 1954, que l’étoile de Barbault monte au firmament. Tous deux ont fait l’objet d’un certain culte passant par le rite de la biographie.

Tous deux ont pratiqué une forme d’astrologie mondiale, l’une plutôt axée sur le zodiaque des étoiles, l’autre sur une sorte de zodiaque planétaire mais par delà leurs différences de modèles, ils furent confrontés à un même défi, à savoir mettre le monde qui se déployait sous leurs yeux en équation, l’indexer sur le ciel. Et pour ce faire, ils ont du choisir leur camp. Barbault les communistes contre les Américains, et avant lui, Le Cour l’Europe continentale contre l’Angleterre. Tout se passe comme si l’astrologie mondiale française avait canalisé une certaine hostilité au monde anglo-saxon et qu’à chaque reprise, ce soit l’adversaire anglo-saxon qui l’ait emporté.

. Tout se passe comme si les astrologues peinaient à apprécier la durée d’un processus. Leur échec tient presque toujours à ce qu’ils n’ont pas su annoncer l’échec, la fin, la chute, de ceux dont ils analysaient l’ascension, au fait qu’ils n’ont pas su déterminer la durée d’une expérience. Leur pronostic est juste s’il reste ponctuel, il correspondait à une certaine apparence des choses, sur le moment, mais l’astrologie ne saurait s’en contenter et se doit de limiter dans le temps toute expérience…

Le Cour a parié, en son temps – et quoi qu’en dise Evelyne Latour (« L’Ere du Verseau comme projet de société », Actes du Colloque Astrologie et Pouvoir) – du moins à partir de l’invasion allemande de 1940- pour les temps nouveaux auxquels appelait un Hitler alors que Barbault a souscrit aux perspectives lumineuses brossées par un N. Krouchtchev, à la fin des années Cinquante, un Monsieur K qui symbolisera, à partir de 1956, la rupture avec l’époque de Staline, comme une sorte de Gorbatchev avant l’heure. Choix courageux puisque d’une certaine façon ils ont l’un et l’autre choisi le challenger, celui qui prétendait incarner un ordre nouveau et peut -être l’astrologie est-elle stratégiquement amenée à de telles options. Disons les choses autrement, avec quelque euphémisme.

Ce qui nous intéressera par delà l’engouement de ces deux auteurs pour leurs « poulains » respectifs, c’est aussi la façon dont ils en traiteront face à l’échec patent des dits poulains, qui sera aussi le leur. Dans le cas de Le Cour, nous interpellerons aussi son alter ego et successeur, Jacques d’Arés, qui procédera à des éditions « corrigées », et dans le cas de Barbault, nous analyserons ses propres « relectures », jusque dans les années 1990.

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I.- Paul Le Cour ou l’aquarisme

Paul Le Cour ( 1871-1954) occupe une place particulière dans l’histoire de l’astrologie du XXe siècle. Il est à coup sûr l’auteur d’un des ouvrages les plus célèbres de la littérature astrologique contemporaine de langue française. Son Ere du Verseau, parue dans les années Trente, est un monument, elle a connu de nombreuses rééditions, à partir des années Quarante et dans le genre, on ne peut guère la comparer, toutes proportions gardées, qu’aux Centuries, avec les remaniements et les ajustements de rigueur. Mais comment doit-on lire cet ouvrage que nous désignerons sous le sigle EVAG (Ere du Verseau. Avènement de Ganyméde)? Est ce que seul le titre est prophétique ou également son contenu?

En vérité, nous risquons fort d’ébranler ou de choquer nos lecteurs, tant il est vrai que Le Cour apparaît comme une des grandes références astro-prophétiques mais combien de Le Cour y a-t-il, quel est le « vrai » Le Cour?

Bien entendu, par delà le cas Le Cour, nous interpellerons ceux qui lui ont consacré des travaux ou du moins qui ont traité de l’Ere du Verseau, à commencer par ceux qui ont collaboré à la fin des années Soixante-dix au projet ANEV. (Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau) dont nous fûmes au demeurant le maître d’oeuvre, à l’époque assez naïf. Signalons que certains textes de l’ANEV paraîtront, en 1981, à notre instigation en collaboration avec Krista Leuck, au sein du Grand Livre des Prédictions, Paris, Ed. Balland, ouvrage de futurologie en partie traduit de l’anglais, dans une section intitulée « L’âge d’or ou la fin des temps », pp. 141 – 225)

Y a -t-il un après Paul Le Cour? Le changement à observer relève, nous semble-t-il, de la différence d’implication. Dans les années trente-quarante, le discours astrologico-prophétique était directement en prise avec les enjeux de l’époque, avec la réalité ambiante socioculturelle, socio-religieuse, bref, il comportait une dimension polémique, pouvait espérer peser sur certaines représentations ( pour une description de la littérature astrologique prévisionnelle à cette époque, cf A. Barbault, L’Avenir du monde par l’astrologie, Paris, Ed. Du Félin, 1993, et J. Halbronn, La vie astrologique, années Trente-Cinquante, Paris, Trédaniel, 1995))

En revanche, à la fin des années soixante-dix, l’astrologie française a refoulé ses engagements d’avant guerre, autour de l’Ere du Verseau, autour de Pluton, autour de la question juive. Elle a pris du recul, dans tous les sens du terme. La preuve en est que celui qui va diriger le congrès et le livre consacré à la question est un jeune juif qui n’a alors aucune conscience de l’usage qui fut fait précédemment de cette idée du Verseau, chacun, autour de lui, citant Paul Le Cour avec révérence et ne signalant pas le caractère sulfureux de son propos. Mais participent à ce collectif des personnes proches d’Atlantis, comme Jacques d’Arés, Robert Amadou, Jean Phaure- qui vient de décéder – ou encore Andrée Petibon, qui évoque la fondation de la revue.On trouvera des notices sur les astrologues contemporains cités dans ce travail dans notre Guide Astrologique,Paris, Ed. O. Laurens, 1997.

Mais qu’est ce alors que l’Ere du Verseau, au début du dernier quart du XXe siècle(cf de Culver & Ianna, « The age of Aquarius » in The Gemini Syndrome, New York, 1984, pp. 67 et seq)? Probablement l’annonce de la fin du christianisme en tout cas de la papauté, ce qui expliquerait le succès du message aquarien dans des pays de culture protestante.

Or, tel n’était nullement la position de Le Cour pour qui c’était au contraire le Second Avènement de Jésus, comme si, finalement, Le Cour avait voulu empêcher qu’il y ait rupture de la tradition chrétienne, quitte à prôner sa déjudaïsation. Le Cour ne prenait-il pas ainsi à contre-pied les astrologues anglo-saxons? Après Le Cour, les astrologues qui ont récupéré l’Ere du Verseau qui était restée jusque là aux marges de l’astrologie, en raison notamment de son sidéralisme, n’ont pas le bagage théologique voulu et préfèrent, tout simplement, annoncer l’avènement d’un nouveau culte, lié aux valeurs du Verseau telles que l’astrologie moderne les a reformulées, passant d’ailleurs étrangement du dieu Poséidon, cher à Le Cour à l’astre Ouranos/Uranus, nouveau maître du signe.. Si l’on considère le zodiaque comme typique de l’approche horoscopique, le fait d’interpréter l’ère du Verseau (constellation) selon la représentation que l’on se fait du signe nous apparaît comme une récupération par cette dernière.

Les signes « avant coureurs« 

Certes; Le Cour a-t-il fixé un terme encore assez lointain pour l’avènement de Ganyméde- selon son expression- mais cela ne l’empêche nullement de tenir, dans sa revue Atlantis - comme le fera Barbault dans sa revue L’Astrologue fondée quarante ans plus tard- une sorte de chronique aquarienne de son temps. Son livre L’Ere du Verseau ne fait d’ailleurs en partie que reprendre des développements précédemment parus dans la dite revue et eux mêmes intitulés « L’Ere du Verseau », et déjà pourvus du dessin de l’échanson qui se retrouvera en frontispice du livre.

Son ouvrage fonde ce que nous proposerons d’appeler l’aquarisme français, ce qui correspond peu ou prou au New Age (cf Michel Lacroix,L’idéologie du New Age, Paris, Flammarion, 1996, pp. 79-80) marqué par un très grand sentiment de liberté et de libération face aux anciens clivages.

L’EVAG, ouvrage assez mal ficelé, où la préface fait suite étrangement à l’introduction, dans l’édition de 1937, est un catalogue des notations les plus diverses, censées révéler une convergence, un inventaire à la Prévert. On peut d’ailleurs inscrire l’EVAG dans la tradition des recueils prophétiques qui va du Mirabilis Liber (cf notre étude sur ce site) aux productions du XIXe siècle, émanant souvent des milieux ecclésiastiques.

Parmi les signes avant coureurs, selon la formule de Le Cour, il faut compter la prophétie des papes qui, rappelons-le, est une liste parue en 1595 (cf Le Texte prophétique en France) qui avec chaque pape qui décède voit se rapprocher la « fin du monde », la venue de l’Antéchrist., dans un compte à rebours nécrologique. Le Cour et à sa suite Jacques d’Arés semblent accorder la plus grande importance à ce phénomène qui fait ainsi de l’Eglise et de son chef un présage vivant .Chaque nouveau pape nous rapprocherait de la nouvelle ère. Cette prophétie des papes faussement attribuée à Saint Malachie nous fait songer à ces chronologies prophétiques qui contribuèrent à l’écroulement de la civilisation précolombienne.

En 1945, Le Cour fait une analyse de la situation qui – on s’en aperçoit rétrospectivement – accordait apparemment trop d’importance au ressenti immédiat si bien que les « réussites » prévisionnelles sont parfois redoutables en ce qu’elles se fondent sur une certaine interprétation des « faits » – et l’astrologue – on le verra avec André Barbault – n’échappe pas à cet écueil, où l’on fait flèche de tout bois: il n’y a jamais de faits bruts. N’oublions pas que même une horloge arrêtée marque deux fois par jour la bonne heure! Dans un chapitre intitulé « L’ère du Verseau », PLC écrit en 1943-1945, en plein bombardement des villes : « Ceux qui ne croient pas que notre religion chrétienne, avec ses magnifiques cathédrales, soit parvenue au terme de sa durée et qu’elle sera remplacée par une autre en rapport avec les progrès de la pensée humaine devraient songer aux sanctuaires abandonnés de l’Egypte, de la Grèce, de l’Asie, de l’Amérique (…) Seuls les touristes curieux errent au milieu de leurs ruines (…) Il y aura toujours nécessité de se grouper autour d’un symbole qui ne sera plus l’image du Christ souffrant fixé sur une croix mais quelque autre signe rempli de dynamisme (comme la double hache) correspondant au Christ-Roi » La douleur que nous éprouvons à voir s’écrouler les monuments religieux, merveilles léguées par les siècles précédents, doit donc être atténuée par (notre) vision de l’avenir ». (Dieu et les dieux. Dieu existe-t-il?,Bordeaux, Ed. Bière, 1945, pp. 192 et seq) Avec le recul de plus d’un demi siècle, alors que tout a été reconstruit depuis belle lurette, ces signes « avant coureurs » semblent un peu trop « datés », ils ont fait long feu..

On voit donc que si le paradigme précessionnel, astronomique, est posé d’entrée de jeu, en revanche, les signes sont à rechercher partout, à tous les niveaux: tension entre la cause unique et les effets multiples..

P. Lecquet (« Le Hiéron du Val d’Or et l’ésotérisme chrétien autour de Paray le Monial ») et E. Latour (« L’ère du verseau ») se sont intéressés (cfPolitica Hermetica, 1998) à la place des prophéties précessionnelles dans les années 1880-19004, et dont Paul Le Cour serait l’héritier et le vulgarisateur. Il s’agirait du milieu ésotérisant de Paray Le Monial (Saône et Loire)

Dans son recueil de 1937, certes, Paul Le Cour cite à plusieurs reprises Paray le Monial (sur Atlantis et les recherches du Baron de Sarachaga « qui envisageait pour l’an 2000 le 4° cycle du Graal », cf P. Lecquet, « Le Hiéron du Val d’Or etc », op. Cit. pp. 95-96; J. Halbronn, Le texteprophétique en France, I, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002, pp. 329-330 ) mais c’est pour souligner le fait que les cultes qui s’y pratiquent sont annonciateurs de l’Ere du Verseau et non pour affirmer qu’il a trouvé dans ce groupe l’exposé de la théorie des ères. C’est toute la différence entre le signifiant et le signifié. Paray le Monial annonce, de facto, le Verseau, pense Le Cour, mais cela ne signifie nullement qu’on y propose un exposé circonstancié comme le fait Brunton (cf « Newton et le précessionalisme », sur ce site).

Pour Le Cour, le culte du Christ Roi, cher à Paray le Monial, annonce un nouveau stade du christianisme, c’en est fini du Christ représenté sur la Croix. Mais s’il mentionne ces pratiques, c’est que précisément elles émanent de personnes ignorant la précession des équinoxes. Car que vaudrait leur témoignage si elles en connaissaient le mécanisme?

C’est donc commettre un grave contresens que de laisser entendre que Paul Le Cour aurait reconnu, en quoi que ce soit, qu’il se serait appuyé sur les computations propres aux gens de Paray Le Monial. Pour Le Cour, les spéculations qui furent développées dans ce cercle ne l’impliquent nullement, elles sont l’expression d’un processus qu’il explicite mais qu’il n’attribue pas, stricto sensu, aux protagonistes. En d’autres termes, le mode de calcul prôné par Le Cour n’est pas celui de Paray le Monial lequel vient recouper, ponctuellement, et coïncider avec la Précession des Equinoxes. A trop vouloir prouver on ne prouve rien: une chose est d’observer que telle personne a tel comportement qui vient corroborer nos thèses, une autre d’attribuer à cette même personne la connaissance précise des dites thèses car, à ce moment, là on ne peut être juge et partie: si la personne connaît le système, son comportement ne vaudra plus comme preuve.

En réalité, Le Cour n’a aucune prétention d’innovateur en ce qui concerne la description du mécanisme précessionnel et, citant tel ou tel auteur, il note ainsi, qu’il n’apporte rien de bien intéressant, avouant ainsi reprendre un sujet dans le vent. C’est ainsi qu’en 1929, dans la revueAstrosophie, fondée à Carthage (Tunisie) par l’anglais Francis Rolt-Wheeler, dans la lignée de la revue Modern Astrology d’Alan et Bessie Leo (cf La vie astrologique il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992), on trouve un article muni d’un schéma, extrait de l’ouvrage d’Edouard Carpenter, consacré aux croyances païennes et chrétiennes (Pagan and Christian Creeds (1920, British Library, 045503 g 51). Cet article paru au mois de mars 1929 est immédiatement, dès le mois de mai de cette même année par Le Cour dans Atlantis ( « La date de l’entrée dans le signe du verseau », n°18) : « un article d’une revue nouvelle de Carthage luxueusement éditée et intitulée l’Astrosophie ». Cette revue de l’Institut Astrologique de Carthage – affilié à l’Institut Astrologique de Londres, « fondé en 1890 par Alan Leo », s’installera ensuite, de l’autre côté de la Méditerranée, à Nice, sur la Côte d’Azur. Cet extrait paraît donc dans le numéro 1 de l’Astrosophie, revue d’astrologie ésotérique et exotérique etc (BNF, Jo 75607, microfilm) sous le titre « Le symbolisme de l’Equinoxe » d’Edward Carpenter (pp. 38-40). Donnons quelques passages de ce texte qui fit partie des lectures de Le Cour: « Beaucoup de gens pensent que l’association de l’Agneau Divin et de la Croix provint du fait que la constellation du Bélier se trouvait à cette époque sur la Croix Céleste (le croisement de l’Ecliptique et de l’Equateur) à la place précise où le Soleil-Dieu devait passer avant son triomphe final. Justin Martyr, dans son « Dialogue avec Trypho » (un juif) fait allusion à une vieille pratique juive consistant à rôtir un agneau sur les bâtons placés en forme de croix ». La croix serait une sorte de barbecue! Pour Carpenter, chaque ère dure carrément 2000 ans et non pas 2160 ans. L’auteur anglo-saxon poursuit: (Astrosophie, p. 40)  » En 1936, le Soleil entrera dans la constellation du Verseau, le signe de l’électricité, de l’air, de l’éther et en religion, des êtres surnaturels, des esprits, des fantômes; beaucoup de monde pensent voir en ce moment, dans les découvertes matérielles comme les vagues éthériques de la T. S. F. ( = radio) et dans les recherches psychiques et spirites de notre temps le commencement du nouveau signe sur l’équinoxe du printemps ». On rapprochera 1936 (dans Atlantis, le 3 semble manquer et on trouve la forme 19 6!) de la parution de l’ouvrage de Le Cour en 1937. Il reste que Carpenter s’exprime avec une certaine prudence :  » En considérant que le signe des Poissons vient aussitôt après le Taureau et le Bélier dans la succession des signes du zodiaque de l’équinoxe du printemps et que c’est actuellement (l’ouvrage date de 1920) la constellation dans laquelle le Soleil se tient à cette époque de l’année, il ne semble pas impossible que le changement astronomique ait été la cause déterminante de l’adoption de ce nouveau symbole » Mais le propos reste ambigu: est-ce une influence cosmique directe ou bien une initiative humaine: « Il est facile d’imaginer que le changement du culte du Taureau en culte de l’Agneau qui incontestablement eut lieu chez les différents peuples fut seulement une modification rituelle émanant des prêtres en vue de rétablie l’harmonie avec la situation astronomique ». Question importante si l’on sait que le passage d’un culte à un autre apparaît pour nombre d’astrologues modernes comme la validation par excellence du symbolisme zodiacal.

L’apport de PLC semble devoir se situer ailleurs: peut être dans certaines corrélations qu’il propose entre l’avènement du Verseau et certains événements de son temps. Quand on sait ce qui marque les années Trente et quel « ordre nouveau » est ainsi proposé, on ne peut voir en Le Cour qu’un homme fasciné de plus en plus par ce qui vient d’Italie et d’Allemagne.

Quel serait donc le véritable apport de PLC à la question précessionnelle? Il faudrait pour cela parfaitement identifier toutes ses sources, celles qu’il cite et celles qu’il ne cite pas. On peut dire qu’il a su sensibiliser certains milieux français à ce système et qu’il a mis ce système au service de certaines idées de son époque. C’est d’ailleurs moins l’EVAG qui aura joué ce rôle qu’Atlantis et ce dès les années Vingt et il ne faudrait pas oublier la personnalité de Le Cour, son enseignement oral, dans le cadre de l’association du même nom, tant dans la région parisienne (Paris/Vincennes) qu’à Arès, sur le bassin d’Arcachon..

La déjudaïsation selon Le Cour

En 1937, Paul Le Cour adoptait encore une position classique judéochrétienne. Un de ses chapitres, qui disparaîtra par la suite, ne s’intitule-t-il pas « Juifs et Chrétiens d’accord’?

Mais cinq ans plus tard, Le Cour remanie sensiblement son texte: la France a été vaincue ou plutôt comme il le note mise en réserve, puisqu’elle ne participe pas aux combats. Désormais, Le Cour maniera volontiers l’opposition des aryens aux sémites – trouvant que Jésus a un type aryen, japhétien (de Japhet -fils de Noé – un des frères de Sem, dont le nom servit à forger le mot sémite) – tient les propos suivants, avec quelque ingénuité : « Pour résoudre le « problème juif », il suffit (sic) de considérer les Juifs comme des étrangers ». (Hellénisme et christianisme, pp. 1106-107) et les persécutions les aideront à aller là où il est écrit qu’ils doivent aller. Dans cet ouvrage qui paraît en 1943 puis est réédité sans retouche, chez Dervy, en 1953, Le Cour précise certains aspects de l’Ere du Verseau, mais en en accentuant le caractère antijuif – occupation nazie oblige puisque pour Le Cour rien n’arrive par hasard – comme il le reconnaît lui-même: on peut, dit-il, être contre le judaïsme tout en n’étant pas contre les Juifs, à condition, toutefois qu’ils deviennent un peuple comme les autres, rassemblé sur un seul et même point du globe. Il est en faveur du statut des Juifs octroyé par le régime de Vichy et qui servira à ce que les Juifs ne s’attachent pas trop à la France. Pour Le Cour, l’Ere du verseau annonce une hellénisation du christianisme et sa déjudaïstion. Il conviendrait plutôt à propos de Le Cour de parler de déjudaïsation plutôt que d’antisémitisme.

En fait, Le Cour ne fait pas mystère de ce qu’il doit à Rohling, dont le nom figure dans son Ere du Verseau de 1937, réputé, au XIXe siècle, pour l’érudition de son antitalmudisme, auteur par ailleurs d’un ouvrage prônant le retour des Juifs à Sion (cf notre ouvrage: Le sionisme et ses avatars,au tournant du XXe siècle, chez Ramkat). Le Cour serait ainsi parvenu à relier antisémitisme et mouvement aquarien, chacun consolidant et justifiant l’autre. On ne peut nier une certaine fascination de Le Cour pour le fascisme italien et il célèbre, dans l’Ere du Verseau, la prise de l’Ethiopie, en 1931, comme l’annonce des temps nouveaux, puisque le roi d’Italie, grâce à Mussolini, devient, de ce fait, empereur et il en sera ainsi, au fil des rééditions de l’ouvrage, sans parler d’Hellénisme et Christianisme, paru à Bordeaux, en 1943 qui en est le complément anti-judéo-chrétien.

De fait, l’Ere du Verseau, version 1937, est jugée par trop complaisante, par les temps qui courent, envers le judaïsme et il va d’agir, dans les éditions suivantes, d’élaguer certains développements qui ne sont plus de mise et il n’y aura pas de retour, après guerre; aux positions antérieures, même si l’on ne réédite plus après la mort de Le Cour, en 1954, Hellénisme et Christianisme.. Pour la petite histoire, le siège d’Atlantis passera sous l’Occupation de Vincennes à Paris, dans le Quartier Latin pour revenir à la Libération à Vincennes. La raison semble en avoir été que les dits locaux parisiens auraient été la demeure de Juifs qui les auraient réintégrés, contraignant ainsi Atlantis à l’exode. Atlantis ne cesse donc nullement ses activités et en 1943, on nous précise que si « la revue est actuellement suspendue (elle est) remplacée par un bulletin d’informations, mais on peut se procurer les anciens numéros non encore épuisés. Des conférences ont lieu régulièrement au siège d’Atlantis » (Hellénisme et Christianisme, op. cit. pp. 126-127). Les raisons de cette suspension ne sont vraisemblablement pas à chercher dans la ligne de la revue mais tiennent probablement à des considérations plus matérielles..

Un chapitre incriminé sera donc supprimé: « Juifs et chrétiens d’accord » qui va disparaître mais la BNF a conservé la version 1937 ou du moins l’une d’entre elles.

Le Cour commençait alors imprudemment ce chapitre par la formule suivante: « Un des grands événements de l’Ere du Verseau doit être logiquement la réconciliation des juifs et des chrétiens. Les premiers chrétiens et Jésus lui-même étaient juifs.(…) il y a identité entre la révélation judaïque et celle du Christ. » D’ailleurs, Le Cour annonce la conversion des juifs au christianisme à l’heure du Verseau:

« Dans le temple de Salomon restauré on verra donc entrer par la même porte les fils de la synagogue et ceux des diverses églises chrétiennes ».

Et (le premier) Le Cour de méditer sur une telle perspective:

 » Que peut-il résulter d’un accord entre juifs et chrétiens? Sans doute, une grande force spirituelle qui se dressera en face du matérialisme (…) Nous voyons déjà d’esquisser un rapprochement entre l’Eglise et la Maçonnerie qui, l’une et l’autre, condamnent les deux extrémismes anti-religieux, fascisme et communisme ».

Or, six ans plus tard – en 1943 et l’on conçoit que Le Cour n’ait pas aussitôt réédité son Ere du Verseau, reparue en 1942, vu qu’entre temps, il a opéré un certain revirement – les premières pages de son petit livre Hellénisme et Christianisme, parues chez l’imprimeur bordelais Bière, qui avait déjà imprimé l’édition de 1937 de l’Ere du Verseau (L’avènement de Ganiméde(sic) - il s’agit d’une coquille car Le Cour avait annoncé dès 1929 (p. 123) la parution de « L’avénement de Ganyméde dans les Cahiers d’Atlantis » – sont les suivantes:

« S’il est une opinion profondément accréditée chez les Chrétiens, c’est celle de l’origine uniquement judaïque de leur religion.(..) Il est devenu d’usage courant d’appeler judéo-christianisme la religion née il y a 2000 ans sur les bords du Jourdain.. En réalité, précise Le Cour – et c’est ce que je voudrais tenter de démontrer ici – le christianisme a sa source non dans le judaïsme mais dans l’hellénisme »

Le livre obtient l’autorisation des autorités, ce qui signifie un certain regain d’activité pour Atlantis, ce qui se conçoit en raison des thèses collaborationnistes, anglophobes, et racistes qui y sont développées.

Antisémitisme et astrologie faisaient d’ailleurs, depuis longtemps, bon ménage (cf J. Halbronn, « Antisémitisme et occultisme en France aux XIXe et XXe siècles« , Revue des Etudes Juives, Paris, 1991) en tant que systèmes explicatifs interdits mais d’autant plus fascinants, en tant que contre-culture déstabilisants- pour des esprits marginaux et asociaux et le mouvement sioniste – remède pire que le mal – mentionné par Le Cour, dans son Ere, n’aura fait qu’apporter de l’eau au moulin de l’antisémitisme, en transformant un malaise (névrose) – les juifs parmi nous – en un délire (psychose)- les juifs ailleurs et pourquoi pas dans l’au-delà?. C’est qu’en effet, les astres et les juifs peuvent être instrumentalisés et diabolisés pour rendre compte de certains déboires, personnels ou/et collectifs, avec des effets déculpabilisants. (cf Cahiers du CERJ, L’instrumentalisation des Juifs, voir site CERIJ. Org)

Le Cour parle d’une « curieuse unité des traditions mythologiques, judaïques et chrétiennes ainsi que les données de l’astrologie religieuse » alors que dans une version plus tardive, il remplace mythologique par hellénique, terme qui désormais sera au coeur de son propos, notamment avec l’ouvrage Hellénisme et Christianisme (1943). Autant, la mythologie n’était -elle pas un concept suffisamment puissant pour asseoir le christianisme, autant ce sera, aux yeux de Le Cour, le cas en ce qui concerne l’hellénisme.

On ne saurait pour autant qualifier une telle position d’antisémite: en effet, si le christianisme ne dérive pas du judaïsme, il lui a pour le moins beaucoup emprunté et se serait en quelque sorte judaïsé, ce qui est source de confusions qu’il convenait en effet de dénoncer.

Le syncrétisme Le Courien

Paul Le Cour semble n’avoir que des connaissances de seconde main en ce qui concerne la précession des équinoxes à tel point qu’il ne semble même pas se rendre compte de ce qu’il se réfère au zodiaque tropique quand il évoque les événements marquants, selon lui, qui se déroulent chaque année quand le soleil séjourne dans le signe du verseau, en tropique.

C’est ainsi, dans l’Ere du Verseau, que pour « prouver » que l’ère précessionnelle du Verseau approche, Le Cour s’arrête sur ce qui se passe en février (et notamment en février 34). Evelyne Latour (« L’Ere du verseau », Politica Hermetica, n°12, p. 205) fera le même amalgame lorsqu’elle attribuera à tel auteur un intérêt pour l’Ere du Verseau uniquement parce qu’il traite du signe du Verseau: « L’ère du Verseau passionnait aussi les savants (comme) Pierre-Maxime Schuhl qui en traitait dans un article (que nous n’avons pas retrouvé.) consacré à la Ive Eglogue de Virgile ». De même, tout ce qui se trouve dans l’ouvrage intitulé L’Ere du Verseau ne concerne pas ipso facto le processus même de l’ère du Verseau, au sens précessionnel du terme, mais peut n’être mentionné en tant que recoupement.

En ce qui concerne la durée des ères, s’il reconnaît que l’ère du Verseau ne commencera que 2160 après J. C., Le Cour n’hésite pas pour autant à dater le début de l’ère du bélier vers -2000. Ce nombre 2000 le fascine.

Certes, au niveau symbolique, on peut tout comparer mais il est regrettable que Le Cour ne s’en soit pas davantage expliqué. D’ailleurs, c’est dans la façon que Le Cour recherche des « signes » avant coureurs venant confirmer l’avènement de Ganyméde, que son ouvrage est original mais fortement marqué par la vie politique de son temps. Quel décalage, en effet, entre d’une part les considérations sur des transformations s’étalant sur des siècles et des observations presque au jour le jour: exercice éminemment périlleux et qui fait songer à la façon dont un Piobb, dans les années 1920, commentait la vie parlementaire en se servant des Centuries. Ces textes là vieillissent souvent mal

La prise de conscience de 1936

Qu’est-ce qui pousse Le Cour à publier enfin ses travaux en 1937? Il s’en explique dans son Introduction, et l’idée subsiste d’une mouture à l’autre: il comprend enfin que la nouvelle Ere correspond au Second Avènement du Christ-Ganyméde- à rapprocher du titre du livre L’Avènement de Ganiméde (sic), personnage mythologique – ce qui était apaisant en ce que ses calculs ne débouchaient pas ainsi sur l’annonce d’une nouvelle religion. En tant que chrétien, Le Cour se trouvait ainsi apaisé. De fait, l’idée d’un retour de Jésus était un leitmotiv dans certains milieux catholiques, ce qui apparemment n’était pas le cas à Paray Le Monial car dans ce cas pourquoi Le Cour aurait-il du attendre jusqu’en 1936?

A Paray le Monial, l’idée d’un second avènement est bien connue mais Le Cour n’avait probablement pas fait le lien entre cette attente adventiste et ère zodiacale, notion qui n’était pas usitée, stricto sensu, dans cette communauté de Bourgogne, quoi qu’ait pu laissé entendre Evelyne Latour.(pour une étude des périodiques de Paray le Monial, cf également C. Lazarides, dans Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?,1989)

. Certes, comme le note E. Latour, il y est fort question de la précession des équinoxes dans un article de la revue Politicon (Huitième Protocole, 1902, BNF, 4° R 1842) de Francis-André (Mme Bessonnet-Favre), mais d’une façon fort différente de celle de Paul Le Cour. En effet, l’auteur de « Géodésie Politique. Les sept Eglises d’Asie ou révélations de la Mercaba des Chrétiens ». La sixième période précessionnelle (25920/7 et non /12) est celle de l’ »Ere chrétienne en laquelle nous sommes ». Reste une septième période « où se manifeste l’Esprit qui n’est pas encore venu et qui découvre l’occulte et dévoilera le caché » . Il est vrai qu’un peu plus loin, il est question de « la période de rétrocession d’un signe du zodiaque en vertu de la précession des équinoxes » à propos de la rencontre de Saturne et de l’étoile gamma de la Vierge, le Ier mars 228 avant notre ère: « il y a par conséquent 2130 ans. Si le même phénomène se produisait dans une trentaine d’années( donc vers 1932), le passage de l’astre dont le nom est synonyme de temps (Kronos) marquerait juste les 2160 ans ». L’auteur semble ne pas avoir parfaitement assimilé la notion de point vernal et ignorer que Saturne repasse tous les trente ans au même endroit du ciel (cf notre étude sur ce site consacrée à Brunton, « Newton et l’école française etc « ). En bref, nous croyons ne pas devoir souscrire au jugement d’E. Latour selon laquelle Francis-André « est le véritable créateur de l’Ere du Verseau. Le Cour n’a trouvé que le titre (…) Elle devance de plus de 20 ans les Anglo-saxons dans ce domaine » ( « L’Ere du Verseau »,Politica Hermetica, op. Cit.; p. 213)., alors qu’elle n’emploie jamais le mot verseau, à la différence d’un Dupuis ou d’un Brunton. Francis-André ferait plutôt partie des « précurseurs de l’Ere du Verseau », pour reprendre le titre d’un ouvrage de la québécoise Marie-France James, elle greffe en effet sur la chronologie précessionnelle des spéculations religieuses mais elle ne fait même pas référence à Dupuis et à sa théorie de la succession astrale des cultes qui reste la matrice du courant dans lequel s’inscrit Le Cour. Signalons que les thèses de Dupuis connurent une diffusion en diverses langues et notamment en anglais, comme en témoigne, dès 1799, l’ouvrage de Joseph Priestley (« Remarks on Mr Dupuis’s Origin of all religions » à la suite de « A comparison of the Institutions of Moses with those of the Hindus etc, Northumberland, BNF A 14154) et l’on peut raisonnablement penser que c’est à partir des thèses de Dupuis que les anglo-saxons se familiarisèrent avec le système que Le Cour, après un long détour, adoptera..

En tout état de cause, la piste française n’est probablement pas la plus pertinente en ce qui concerne la dimension prophétique de la théorie précessionnelle du Verseau; Il reste que Le Cour a probablement pu récupérer certaines idées émises par les gens de Paray le Monial autour du précessionalisme.. Si nous avons souligné l’existence de publications précessionnelles dans la France des années 1870, il semble bien que Le Cour puise dans une littérature anglo-saxonne (cf l’article de David Williams, » le Verseau du XIXe siècle », dans ANEV), ce qui pourrait sembler paradoxal dans la mesure même où notre auteur développera des thèses hostiles au monde anglo-saxon. Or, il semble bien que les ouvrages – probablement dans la mouvance protestante, antipapale – dont il ait pris connaissance aient vu les choses sensiblement autrement qu’il ne le fera.

L’édition de 1942 de l’EVAG

La Bibliothèque Nationale n’a pas l’édition parisienne de 1942 et la bibliothèque d’Atlantis est actuellement indisponible. Heureusement, nous avions eu l’occasion, antérieurement, d’en reproduire quelques pages.(Cote SA 23) et notamment un paragraphe qui ne figurait pas en 1937 et qui ne sera pas conservé par la suite.(pp. 30-31); il est intitulé: « La doctrine de la « Rénovation » du chanoine Chabauty »; auteur bien connu de textes antisémites, de la seconde moitié du XIXe siècle. Le Cour cite dans ce même développement un autre chanoine, le « sioniste » chrétien, August Rohling, haute figure de l’antisémitisme allemand, dont Drumont avait rédigé une préface à son Juif du Talmud, et dont Le Cour cite un ouvrage paru en 1901 - Auf nach Zion oder die grosse Hoffnung Israels und aller Menschen (AIU J 3867a) et publié l’année suivante en français sous le titre d’En route pour Sion ou la grande espérance d’Israël et de toute l’humanité, Paris, P. Lethielleux (AIU, J 4054 ) et qui, note Le Cour, fut « retiré du commerce à la demande de la Congrégation de l’Index, en 1909″.. Que lit-on dans En route pour Sion? On y regrette la position antisioniste de l’abbé Lehmann, juif converti au catholicisme. Rohling analyse ainsi la situation et ce d’une façon que semble approuver Le Cour, quarante ans plus tard: « Beaucoup de juifs ne veulent certainement rien savoir de ce Retour, pour le moment, parce qu’ils se sont amassé de la fortune à l’étranger(sic) et qu’ils préfèrent leurs aises aux fatigues qu’il leur faudrait d’abord affronter pour cultiver leur patrie devenue stérile » (p. IX). Rohling semble d’ailleurs reprendre une argumentation propre à l’Etat Juif (der Judenstaat) de Herzl, parue en allemand, cinq ans plus tôt: « Mais même ces Juifs aisés aimeront tout de même à y aller à leur tour, après que les éléments les plus pauvres et les plus énergiques auront de nouveau rendu habitable le sol de leurs Pères. Et ceux qui ne voudront pas y aller de leur plein gré y seront forcés plus tôt qu’ils ne pensent par la force sans cesse croissante des événements ». C ‘est ce prophétisme rohlingien que Le Cour prend à son compte.

Signalons parmi d’autres auteurs mentionnés dans les bulletins d’Atlantis sous l’occupation, celui de René Irle, La Guerre de l’Apocalypse. Bientôt…? Notre sublime délivrance, ouvrage qui paraîtra, à deux reprises, à Bordeaux, ville où était alors publié Hellénisme et Christianisme.Irle est notamment concerné par le bolchevisme juif combattu par le nazisme: « Antéchrist sera un produit (sic) JUIF, il s’agira donc d’un grand Chef juif (ou pro-juif) provenant des milieux bolchevistes » ( Ed. 1944, p. 85)

Enfin, que penser de cette déclaration de Le Cour en 1945 (Dieu et les Dieux, op. Cit. p.111) : « Il y a lieu d’ajouter maintenant l’action du précurseur Jean ou Ioan, lequel s’efforce, comme il y a 2000 ans, de préparer les voies à Celui qui doit revenir ». Le Cour ne pensait-il pas être un nouveau Jean-Baptiste? Il nous semble que l’oeuvre de Le Cour sera revue dans un sens apologétique, de façon à ce qu’elle ne soit pas trop datée et marquée par un certain contexte qui servira plus tard de repoussoir, ce qui n’est guère recommandé dans le cadre d’une telle opération vouée à rassembler toutes les bonnes volontés. Aucune oeuvre prophétique n’échappe d’ailleurs à un pareil traitement. Au moins, en ce qui concerne l’Ere du Verseau n’a-t-on pas, à notre connaissance, produit d’ éditions contrefaites et antidatées, comme cela a pu se produire, en ce qui concerne les Centuries (cela dit, le dépôt légal de la BNF est loin de posséder l’ensemble des éditions successives) Mais il est d’autres façons de procéder…

Les retouches de Jacques d’Arés

L’historien des textes est privilégié lorsqu’il parvient à se faire une idée de ce que l’auteur étudié – ou ses successeurs et disciples, tentent de dissimuler. L’exégèse a le plus souvent comme première motivation de brouiller les pistes ou en tout cas de faire dire au texte ce qu’il ne disait pas initialement voire de lui faire dire le contraire de son propos initial.

Le cas Le Cour est un cas d’école, tant il est évident que certaines de ses déclarations ont gêné, parce qu’elles ne correspondaient plus vraiment à ce qui était bien pensant, intellectuellement correct. L’astrologue reste l’homme de son temps, avec ses mirages et ses fausses évidences.. Jacques d’Arés (en fait, Jacques Anjourand (cf Arès, un siècle de vie culturelle, Arès, 1999, pp. 20 et seq) dont le nom de plume est issu du village d’Arés (Gironde), situé sur le bassin d’Arcachon, donnant sur l’Océan Atlantique où Paul le Cour avait créé, avant guerre, un centre de villégiature (camping), dont la mère de Jacques d’Arés, Suzanne Anjourand-Langlois était un pilier jusqu’à sa mort dans les années Soixante-dix (la « Pignada Atlantis », au 60, rue du 14 juillet, que nous avons visitée en août 2002 et qui existe toujours; occupée par des personnes qui furent proches de Le Cour, contrairement aux allégations d’E. Latour, même si elle n’a plus les activités d’antan), à partir de 1962, huit ans après la mort de Le Cour - »l’homme de l’Atlantide » – a eu l’occasion de corriger le tir, il l’a fait à sa manière. Cette présence de Le Cour, sur le bassin d’Arcachon, lieu ponctué par un jeu complexe de marées, dont la circulation en bateau dépend étroitement, pourrait avoir joué un rôle dans sa réflexion cyclique Notons que l’organisation Atlantis repose géographiquement sur trois pôles: la région parisienne (Paris, Vincennes, avec la bibliothèque, les bureaux de la revue), la région d’Arcachon (Arés avec la Pignada Atlantis) et la région de Blois-Amboise (berceau des deux principaux animateurs qui se sont succédé, Jacques d’Arés n’ayant qu’une trentaine d’années à la mort de PLC, la « succession » de ce dernier, pourtant de son vivant, au profit du « jeune » Jean-Marc Savary, en 1993, s’étant, elle, assez mal déroulée)..

Nous étudierons ainsi la façon dont J. d’Arés s’y prit, étant évident qu’il chercha, avec plus ou moins de réussite, à masquer les passages de Le Cour qui auraient pu choquer certains lecteurs, en donnant le change.

Dans certains cas, d’Arés parvint à ses fins, en supprimant telle ou telle formule, dans d’autres, par négligence ou désinvolture, il laissa certaines lignes compromettantes mais il pouvait tabler sur le manque de culture de ses lecteurs.

Certes d’Arés, d’entrée de jeu, reconnaît-il, sans les énumérer, ses ajustements mais est-ce que cela lui donne le droit, par exemple, de retoucher les préfaces de Le Cour? Par ailleurs, il ne restitue pas le premier Le Cour, plutôt philosémite, ne rétablit pas certains passages favorables aux Juifs. A quoi parvient-il? A un texte plutôt inconsistant, fait de diverses strates.

Quand Jacques d’Arés récapitule les ouvrages de Le Cour, à l’occasion de son centenaire, il prend quelque liberté: il indique pour 1937 : L’Ere du Verseau, le secret du zodiaque et le proche avenir de l’humanité (2e Ed 1941) etc (p; 332) alors que le titre d’origine est L’Ere du Verseau (l’avènement de Ganiméde (sic) » . Il est vrai que seule l’édition de 1937 porta une référence à Ganyméde, celle de 1942 s’appelle simplement L’Ere du Verseau et elle ne date pas de 1941 mais de 1942. Idem pour la troisième édition, en 1949 et pour celle de 1962. C’est en fait le titre de 1971 (5e édition) lors du centenaire, que Jacques d’Arés impose cette année là dans sa bibliographie. Dans son Que sais-je (« Le New Age, PUF, 1992, p. 39) Jean Vernette cite ce sous-titre de 1971 comme figurant dès 1937! Par ailleurs, Vernette attribue à Le Cour tout le travail de repérage entrepris avant ce dernier, incapable d’en signaler les précurseurs.

En 1971, en effet, Atlantis ne pouvait pas ne pas célébrer le centenaire de son fondateur. Outre une nouvelle édition, à l’Omnium Littéraire, del’Ere du Verseau, reprenant celle de 1962, la revue, dans son n° 263, allait s’y consacrer: « A la rencontre d’un maître Paul Le Cour ».

Un ensemble assez « lissé » mais avec tout de même deux fausses notes.

D’une part, le rappel des incidents de 1946, avec le départ de Le Cour, au bout de 4 ans, du 40, rue des Ecoles, à proximité de cette Sorbonne où il avait mis, vingt ans plus tôt, son association sur les fonts baptismaux, « expulsé (…) à la suite d’un procès invraisemblable » (J. d’Arés, p. 333). Cette expulsion, nous en trouvons le détail dans plusieurs numéros de la revue, pour l’année 1946: il s’agissait de restituer l’appartement dans le cadre de l’ordonnance de novembre 1944, « en faveur de la réintégration d’israélites » (n°125). En tout état de cause, Le Cour, au lendemain de la guerre, continuait à considérer, dans sa revue Atlantis, que les principales puissances étaient « l’Amérique, la Russie et Israël », il mourra d’ailleurs en ayant assisté aux prémisses du rapprochement franco-allemand des années Cinquante.(cf, en 1955, son témoignage posthume, Ma vie mystique)

D’autre part, dans un article du même numéro du centenaire, l’abbé Jean Fonda écrit

‘Un jour de 1954 (alors qu’il savait que son départ était proche (.) il ne regrettait rien car il prévoyait le déchaînement des forces sataniques qui veulent empêcher le retour du démiurge solaire. Pour la première fois, j’entendis parler des « PROTOCOLES »; je les ai lus depuis et j’ai compris ce qu’il voulait dire quand il parlait du détraquement de l’esprit humain » (« Ma rencontre avec Paul Le Cour », p. 384) On aura compris que Le Cour s’était référé aux Protocoles des Sages de Sion, la bible de l’antisémitisme du XXe siècle (voir notre ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002) mais comment encore en 1971 a-t-on pu laisser paraître un tel témoignage qui en dit long?

On peut parler d’un antisémitisme le Courien, avec ses spécificités, son programme dont les thèmes principaux sont: que les juifs se rassemblent en Israël, que l’on cesse de relier le christianisme au judaïsme, Jésus n’étant de toute façon pas juif, pas plus d’ailleurs, affirme-t-il, que Nostradamus (cf Atlantis, n°125, septembre 1946) dont le nom même, n’est-ce pas, est révélateur de sa christianité et qui, à la Centurie VIII s’en prend à la synagogue (cf notre ouvrage Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ramkat, 2002).. Evelyne Latour qui reconnaît « une certaine violence dans l’Ere du Verseau, qui emprunte au Hièron certain…antisémitisme, dirait-on, mais plutôt faut-il comprendre « antijudaisme », « antipharisianisme » (…) Dans l’Ere du Verseau, Le Cour oscille sans cesse entre Jésus écrasé sur sa croix, symbole d’une ère périmée et le Dieu vindicatif et cruel des Hébreux » ( « L’ère du verseau », op. Cit., p.222). Nous ne partageons pas cet avis: Le Christ Roi de Le Cour n’est pas censé revenir au Dieu des Hébreux, appartenant à une ère de longue date révolue, celle du Bélier. Le Cour verra en 1943/1945 dans l’astrologie des astrologues un savoir hébraïque: « l’astrologie dite judiciaire, qui a tant de fervents est rattachée aux doctrines des kabbalistes hébreux, comme le prouve (sic) l’importance accordée au Bélier, signe zodiacal de la religion de Moïse et le rôle secondaire donné au soleil mis au même rang que les six autres planètes » ( Dieu et les dieux., Bordeaux, 1945, p. 153). PLC et plus loin, il précise: « Quant à l’hébraïsme, son ésotérisme se trouve renfermé dans la Kabbale qui est un mélange d’astrologie, de magie et de spéculations métaphysiques qui touchent à l’occultisme, si souvent maléfique « ( op. Cit., p. 288) Par ailleurs, l’antisémitisme de Le Cour n’en est pas moins marqué par une opposition entre aryens et sémites, qui ne relève plus de l’antijudaïsme religieux. C’est ainsi que Le Cour traite d’Albert Einstein dont les travaux débouchèrent sur la bombe atomique: « Celui -ci qui appartient à la race juive, ce qu’il revendique avec fierté, se montre ainsi un des agents involontaires les plus actifs de cette puissance du mal »(L’évangile ésotérique de Saint Jean, Paris, Dervy, p. 222 ). On notera que les éditions Dervy ont accueilli de Le Cour dans les années Cinquante des textes comme Hellénisme et Christianisme que la présence allemande n’est plus là pour excuser mais aussi une édition de l’Ere du Verseau comme le révèle un extrait du catalogue, figurant en quatrième de couverture des Manifestations posthumes. Mes rapports avec les invisibles etc, 1908-1918, de P. Le Cour, ouvrage paru chez Dervy en 1950. Nous n’avons pas eu à notre disposition cet exemplaire; en revanche, nous possédons la copie de la troisième édition de 1949, parue aux Editions A.L.S.A., dans le Ixe arrondissement, sous le nom de L’Ere du Verseau. Il semble donc que peu après l’ouvrage soit paru chez Dervy puisqu’un ouvrage daté de 1950, on l’a vu, s’y réfère en en résumant ainsi le contenu: « L’ERE DU VERSEAU. Le secret du Zodiaque et le proche avenir de l’humanité. Comment tous les deux mille ans (sic) les religions et les civilisations changent. La seconde venue du Christ. Les signes avant coureurs de la transformation qui se prépare. La prophétie de Saint Malachie. Ceux qui seront épargnés, etc ». Cette notice montre bien que la durée des ères tend à passer, pour des raisons qui sont très vraisemblablement liées à l’approche de l’an 2000, de 2160 ans à 2000 ans.

A la mort de Le Cour alias Pelekus (terme qui signifie en latin francisque, symbole de Vichy), en 1954, l’Ere du Verseau, revue par Jacques d’Arés, paraîtra à l’Omnium Littéraire, (1962, 1971) puis c’est à nouveau chez Dervy que sortiront les dernières éditions (1977, année du Congrès sur l’Ere du Verseau, 1995), et que sera édité Atlantis mais aussi l’ouvrage de Jean Phaure, Le cycle de l’humanité adamique, préfacé par Jacques d’Arès (1973, 1975, 1983) qui déclare que l’ouvrage de Le Cour peut lui servir d’introduction.

Cette fois, l’ouvrage comportera un sous titre qui n’est autre que le début du descriptif du catalogue Dervy de 1950: L’Ere du Verseau. Le secret du zodiaque et le proche avenir de l’Humanité. En ce qui concerne les liens qui unirent, tout au long du dernier demi-siècle Dervy et Atlantis, avec une interruption d’un quart de siècle environ, il convient de préciser que la mère de Jacques d’Arés avait participé à la fondation de cette maison d’édition, après la guerre.

Le temps du nouvel Aquarius

En 1979, nous avons publié Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, aux Editions de l’Albatros, dirigées par Bertrand Sorlot dont le père avait édité Mein Kampf, d’un certain Adolf Hitler, aux Editions Latines, avant guerre. Mais nous n’avions pas accordé plus d’importance que cela à une telle filiation tout comme ceux qui se servent de Pluton ne pensent pas que cet astre intéressa avant tout les astrologues allemands, dans l’attente d’un Ordre Nouveau, au cours des années Trente. (cf La vie astrologique, années trente-cinquante, Paris, 1995) L’astrologie n’a pas d’odeur!

La lecture de notre présentation d’alors, reproduite en annexe, « Le sphinx des astrologues », révèle une certaine méconnaissance des tenants et des aboutissants de ce à quoi avait servi, quelques décennies plus tôt, la théorie des ères précessionnelles mais trahit aussi un certain embarras à une époque où nous étions encore victime du préjugé antisidéraliste. Cependant, on trouve dans notre introduction une mise en garde, plus propre au sociologue qu’à l’historien:

« Il est probable que dans le cas de l’Ere du Verseau, chacun est enclin à projeter ses intuitions personnelles: se sent-on en divorce par rapport au monde moderne et celui-ci est dès lors chargé de connotations apocalyptiques, catastrophalistes. Au contraire, entretient-on une image d’une génération en pleine possession de ses moyens (l’aventure spatiale par exemple et non plus Hiroshima), cela montrera, sans doute, que des temps bénis et attendus sont enfin arrivés (…) Il n’est pas toujours facile de distinguer entre une période de crise, provoquée par un changement, un enfantement d’un nouvel âge et qui n’augure pas de l’époque qui s’annonce et entre une phase particulièrement sombre et dans laquelle on s’installerait pour des siècles » (p. 17)

En tant que juif, nous n’avions nullement conscience, alors, du lien qui avait pu exister chez Le Cour, la figure emblématique de l’aquarisme en France avec des processus qui allaient déboucher sur la Shoah, selon un engrenage que l’on ne pouvait guère prévoir – Le Cour le premier – et quelle que soit la valeur, par ailleurs, de leur philosophie politique. Disons que, pour le moins, la naissance du précessionnalisme aquarien, en France, épousait l’antisémitisme des années Trente qui se projetait ainsi dans sa formulation. Il va de soi qu’il n’y a pas de raison pour que cette théorie des ères ne se concilie pas, tout au contraire, sous le signe d’Aquarius, avec une nouvelle mission des Juifs, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Saint Yves d’Alveydre. Cela dit, Le Cour incarne, pour le pire et le meilleur, une eschatologie chrétienne qui passe par l’avènement de l’Antéchrist et le retour du Christ, un tel bagage faisant souvent défaut aux astrologues d’aujourd’hui, ce qui les conduit à se projeter sur l’avenir plutôt qu’à assumer les promesses et les menaces d’antan.

Est-ce que l’ANEV continue à véhiculer un certain antijudaïsme voire un certain antisémitisme? Il semble bien que rien de tout cela n’est plus désormais avouable car la France des années Soixante-Dix s’interdit certains propos. En outre, le passé quelque peu sulfureux de l’ouvrage de Le Cour n’est pas signalé par les diverses contributions à ce collectif. On préféra y parler du passé lointain que du passé proche. .

On notera en tout cas que ceux qui traitèrent, dans l’ANEV, de l’ère du Verseau évitèrent scrupuleusement de recourir à la question juive pour mettre en perspective leurs prévisions, ce dont Le Cour, on l’a vu, ne s’était pas privé. Il semble que le temps des polémiques antichrétiennes et antijuives ait été révolu et que les astrologues de la fin des années Soixante-dix aient cherché à jouer plutôt la carte technologique qu’idéologique. A chaque génération ses mythes.

La référence, dans les années Soixante-dix, à Le Cour n’implique pas qu’on l’ait lu et encore moins compris: parmi ceux qui prôneront alors l’ère du verseau combien se situent dans une perspective chrétienne, combien envisagent le retour du Christ? Pour notre part, nous ne nous serions certainement pas « mouillé » en nous associant à ce thème qui d’ailleurs à l’époque ne nous était pas familier. Or, force est de constater que la véritable contribution de Le Cour à la question des ères précessionnelles réside dans un tel rapprochement qui rend cette théorie astrologique acceptable par les Chrétiens et qui, en outre, annonce que les Juifs, enfin, quitteront les terres chrétiennes, alliant ainsi sionisme et second avènement de Jésus Christ (Christ, en grec oint, messie). Tout s’emboîte désormais à merveille: les Juifs se hâtent vers Sion comme il est dit dans les Ecritures et Jésus va revenir. Il semble qu’il aura fallu une telle exaltation des esprits catholiques et antisémites, à la fin des années Trente, suscitée par la défaite de la France, pour que l’idée du Verseau prenne tout son élan. Par la suite, une version édulcorée, où chacun projettera ce que bon lui semble s’imposera. En pratique, schéma tripartite: avant l’ère chrétienne, pendant l’ère chrétienne, après l’ère chrétienne,. de là naîtra le New Age. Dire comme le soutiendra par la suite Jacques d’Arés que personne en 1937 n’avait entendu parler de l’Ere du Verseau constitue un contresens car c’est la lecture chrétienne ou néo-chrétienne que fait Le Cour de la précession qui constitue un événement, l’astrologie se mettant ainsi au service de l’eschatologie chrétienne. Il est un fait que l’approche le courienne a pu familiariser et intéresser au précessionalisme un milieu social plus large, en une sorte de positivisme religieux, où science et religion semblaient pouvoir enfin se conjuguer.. Signalons en 1939, la traduction française par Colombelle de The Gospel of Aquarius, de Dowling alias Lévi (1844-1911), sous le titre de l’Evangile du Verseau,expression que l’on retrouvera dans les éditions arésiennes de l’Ere du Verseau. Cet ouvrage selon l’historique de C. Lazarides ( Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?, 1989, op. Cit., p. 64), daterait de 1908-1909. On en a conservé une édition, à la BNF (8° D2 455), datant de 1920 et dont le titre complet est The Aquarian Gospel of Jesus the Christ. The philosophic and pratical basis of the religion of the Aquarian Age of the World and of the Church Universal. Les Anglo-saxons ont forgé l’adjectif aquarian et même piscean, alors qu’en France, signe d’un moindre impact, le zodiaque n’est guère adjectivé. Lazarides signale notamment de H. Künkel, Das grosse Jahr, 1922. On notera que, sur le plan prophétique, les années Vingt sont plus déterminantes que les années Trente: elles font suite au carnage de la Grande Guerre, à la Révolution d’Octobre et au mandat britannique sur la Palestine dont la vocation est de rassembler les juifs du monde entier. C’est également, dans cette décennie, que les Protocoles des Sages de Sion vont paraître en français et en anglais.

Le Cour au prisme de l’ANEV

Deux collaborateurs proches d’Atlantis ont contribué à l’ANEV, en 1979, vingt cinq ans après la mort de Le Cour: Jacques d’Arés, né en 1925, et depuis 1953, secrétaire général de l’association (loi de 1901) Atlantis et Jean Phaure.. Comment ont-ils abordé l’oeuvre de PLC, en ont-ils, pour la bonne cause, occulté certains aspects au lieu de les assumer ? Nous reproduisons leurs contributions en annexe.

Jacques d’Arés (« L’ère du Verseau. L’héritage de Paul Le Cour »).

Ce qui frappe, dans ce texte, c’est que l’on a l’impression que Le Cour a tout inventé, qu’il n’y avait rien avant lui, l’auteur ne cite aucun antécédent au précessionalisme le courien.

Désormais, on passe sur la dimension idéologique du message de Le Cour pour lui attribuer – ce qui n’est nullement son dû – un mérite au niveau de la modélisation : « Il mit en lumière le rapport existant entre la représentation des signes zodiacaux et le symbolisme religieux des périodes correspondantes » (p. 28) « Quel rapport avec l’astrologie? Il appartiendra à Paul Le Cour (…)de découvrir, de manière magistrale, le lien extraordinaire qui demeurait invisible ». On a l’impression que Jacques d’Arés n’a jamais lu l’Origine de tous les cultes de Dupuis, pourtant maintes fois réédité mais ouvrage auquel Atlantis - du temps de Le Cour et après – n’accorda guère d’attention.

Insistant à juste titre sur le rôle de la revue et de son impact bien avant 1937, date à laquelle parait l’ouvrage auquel d’Arés attribue un titre qui n’était pas le sien mais celui que lui-même élabora bien plus tard, après la mort de l’auteur: L’Ere du Verseau. Le secret du zodiaque et le proche avenir de l’humanité.

Jean Phaure, « Panorama de la fin des temps »

Né en 1928, son nom est mis en avant dans son article de l’ANEV par Jacques d’Arès qui rappelle que ses ouvrages ont d’abord été des articles dans Atlantis. D’entrée de jeu, Phaure se réfère à René Guénon( cf R. Guénon, « Atlantis et Hyperborée », Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Paris, Gallimard, 1970) qui fut fort maltraité par Le Cour, en raison de son penchant pour l’Orient. En revanche, on trouve dans le propos de Phaure des intonations le couriennes lorsqu’il parle de la présence du mal dans le monde. Phaure est plus proche de la vérité que Jacques d’Arès quand il situe l’apport de Le Cour sur le plan christique: « C’est ce dont Paul Le Cour a tant parlé dans l’Ere du Verseau, c’est le Grand Avènement du Verbe sur la Terre, non plus Jésus crucifié mais le Christ triomphant, le Christ en gloire, tel que depuis mille ans nous le voyons sculpté sur le tympan de nos églises romanes ».. Certes, l’ère du Verseau selon Le Cour s’inscrit dans une tradition catholique alors quel’Aquarius Age anglo-saxon et non sans rapport avec les spéculations des Témoins de Jéhovah, serait plutôt protestant.

Avant et après l’ANEV

Quelle aura été, en définitive, la contribution de ce collectif de 34 textes ( à paraître sur ce site en 2003) à la question précessionnelle en général et aquarienne en particulier, le paradoxe étant que la plupart des contributeurs étaient des tropicalistes, ce qui les conduisit à privilégier le caractère virtuel du symbole Verseau sur le substrat astronomique? Autrement dit, ne sommes-nous pas là en plein syncrétisme, les mêmes signifiants ne renvoyant pas aux mêmes signifiés, ce qui fait le jeu des partisans d’une astrologie non physiciste? On notera que l’argument anti-astrologique de la précession des équinoxes se voit ainsi intégré – exorcisé? – par la pensée astrologique contemporaine. L’Ere du Verseau serait un enterrement de première classe du sidéralisme, dans la mesure où personne n’est disposé à basculer vers un stellarisme du moins dans sa pratique horoscopique, ce qui vient, en quelque sorte, renforcer le clivage entre une astrologie mondiale et une astrologie individuelle, l’une qui serait peu ou prou sidéraliste ou du moins non-zodiacale, l’autre, l’horoscopique, tropicaliste.

Robert Amadou – qui exigera de l’éditeur une édition séparée et corrigée de son texte- « La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique » -et qui plus est ne faisant plus référence à l’ouvrage (ANEV) mais seulement au congrès du MAU de 1977 – est parfaitement à son aise pour faire le grand écart et concilier par l’absurde des postures doctrinales – tropicalisme et sidéralisme – apparemment incompatibles. Peut-on pour autant affirmer que la précession des équinoxes était connue bien avant Hipparque puisque les cultes auraient évolué avec celle-ci, notamment, au troisième millénaire avant l’ère chrétienne, lors du passage du Taureau vers le Bélier, dans des temps bien plus reculés(cf l’article de l’astronome Filipoff, dans la Revue Scientifique, 1931, accusé par Le Cour de s’être inspiré de lui sans le citer, d’avoir utilisé un de ses textes paru dans Atlantis d’avril 1930 sur « Virgile et l’énigme de la IVe Eglogue », à propos de la précession) qui, selon nous, aurait conduit à faire attribuer l’exaltation du soleil non plus au Taureau, mais au Bélier – d’où une permutation des fiefs des luminaires – tout en laissant son domicile au Lion au lieu de passer au Cancer, le dispositif des dignités/ maîtrises, et à sa suite celui des aspects, s’en trouvant ainsi tout chamboulé? Il se trouve que nous n’avions pas, à l’époque, fait le rapprochement entre ce que nous écrivions, dès 1976, dans Clefs pour l’Astrologie et le problème de la précession.

O combien, en effet, il apparaîtrait, la tradition astrologique antique aurait-elle été affectée par la prise en compte, ne serait-ce qu’empirique, de la précession des équinoxes? Mais affirmer que les hommes auraient construit leurs cultes sur l’évolution du point vernal ne va-t-il pas à l’encontre d’une astrologie qui s’imposerait inconsciemment, à son insu, à l’humanité; est-ce que cela ne vient pas apporter de l’eau au moulin de la thèse projectionniste, chère à Bachelard, sauf à admettre que ce changement de repère zodiacal se serait imposé à la psyché humaine?

On est frappé par cette oscillation constante, chez les « membres » de l’ANEV entre repère astronomique et historique: tantôt, les temps sont venus parce que c’est inscrit dans le ciel, tantôt, les événements politiques démontrent que l’on change d’ère précessionnelle. Et cela est d’autant plus patent que l’on a affaire à un référentiel astronomique assez flou, à savoir la frontière entre deux constellations, aux contours arbitraires. D’ailleurs, le passage d’un signe zodiacal à l’autre est des plus délicats en astrologie, y compris chez les tropicalistes: car si les étoiles et les planètes sont une réalité, voire même les saisons, qu’en est-il d’une division en douze, dès lors que l’on ne s’appuie pas explicitement sur le cycle soli-lunaire? Nous avons toujours été incommodé par ce couperet qui fait que telle planète, à une minute d’arc près, est considérée comme étant dans un signe ou dans le suivant. C’est là que l’on saisit la tension entre les exigences et les contraintes du langage et la fluidité, la porosité, du réel, entre le cloisonnement des signes et la souplesse des orbes entre planètes, sans oublier le phénomène de la rétrogaradation. En tout état de cause, une chose est de localiser le repère, une autre de déterminer à partir de quand l’approche du dit repère exerce des effets, par anticipation, d’où des notions comme la « rivière du Verseau », « l’aube du verseau ».(cf notamment, les textes de Brahy, « Le monde du verseau », et de A. Delalande, « Le temps urnal », ANEV).

Réflexion faite, les astrologues sidéralistes n’ont que faire de la précession des équinoxes: ils en restent à calculer le découpage des douze signes à partir d’une étoile de la constellation du Bélier, à l’instar des astrologues de l’Inde. Or, il semble bien qu’initialement, en Inde, c’est une étoile de la constellation du Taureau qui jouait ce rôle. Dès lors, le fait est qu’en pratique, les astrologues occidentaux articulent désormais leur zodiaque sur une étoile située à la frontière entre la constellation des Poissons et celle du Verseau, étant entendu que l’étoile de repère change au fur et à mesure que le point vernal terrestre se déplace par rapport à la sphère céleste..

Les inventeurs de l’ »Ere du Verseau« 

Quel aura été, en fin de compte, l’apport de Paul Le Cour à l’ »idée de l’Ere du Verseau » qui, selon E. Latour, « remonte au début du XXe siècle et se développe dans les années 1920, grâce à Alice Bailey, Van de Kerckhove dit S. U. Zanne, Francis Rolt-Wheeler, Paul Le Cour, entre autres » (« L’Ere du verseau », Politica Hermetica, op. Cit., p. 205)? D’emblée, il est évident que les calculs consacrés à la date de la période précessionnelle du Verseau datent de la fin du XVIIIe siècle. En ce qui concerne, en revanche, ce que l’on a projeté sur cette nouvelle ère, notamment dans une perspective chrétienne voire plus spécifiquement catholique, il semble que (cf J. Halbronn, La vie astrologique, années trente cinquante, op. cit pp. 68-77. Sur Alice Bailey, cf J. Vernette, Que sais-Je sur Le New Age, Paris, 1992, pp. 42 et seq. ), le basculement se fait lorsque l’on s’efforce de transformer une théorie qui valait surtout pour le passé et qui signalait surtout que les religions s’étaient laissé délibérément influencer par le référentiel céleste en une prophétie pour l’avenir, à caractère transcendantal et inconscient. C’est cetteprophétisation de la précession des équinoxes en général et de la période du Verseau, en particulier, qui est en effet à situer au début du XXe siècle. En tout état de cause, ce sont d’abord, des deux côtés de l’Atlantique, les milieux protestants aux Etats Unis et catholiques en France, notamment, qui auront participé à une telle prophétisation, dans la première moitié du XXe siècle, avant que l’Ere du Verseau ne devienne, dans la seconde partie du XXe siècle, l’emblème de marginaux, étrangers, le plus souvent, aux institutions religieuses établies, en un mouvement répertorié sous le nom de Nouvel Age et dégagé des spéculations antéchristiques et antisémites qui avaient marqué l’émergence de la prophétie de l’Ere du Verseau.. On peut donc dégager, sur deux siècles, trois étapes: la première, chronologique, rétrospective, s’inscrivant dans les études d’Histoire des Religions, autour de Charles François Dupuis à Thomas Brunton (sur ce dernier cf notre étude « Newton et l’école précessionaliste française » sur ce site) la deuxième, théologique, liée aux attentes messianiques, recourant aux grands thèmes de l’eschatologie chrétienne, et dont Le Cour est, certes, une figure significative, la troisième, utopiste, appropriée, récupérée, d’une façon que l’on pourrait qualifier de syncrétique, en raison de la juxtaposition des référentiels tropicalistes et sidéralistes, par les milieux astrologiques, comme en témoigne l’ANEV, jouant sur des variations symboliques, mythologiques voire néo-paganistes. On notera que l’on tend de nos jours à associer le début de la nouvelle ère avec la fin du XVIIIe siècle – surtout chez ceux qui ont attribué Uranus, découvert en 1781, à ce signe. Or, c’est bien alors que l’on commence à aborder la dimension cultuelle et culturelle de la précession des équinoxes. Mais Dupuis, au travers de son système, adopte une posture franchement antichrétienne et en tout cas relativiste, dans la mesure où il tente de démontrer la permanence des représentations célestes et ce quel que soit le culte.

Ainsi cet extrait de l’Origine de tous les Cultes (1794), reparu en 1904, à Papeete (Polynésie française), Christolatrie équinoxiale. Explication de la fable faite sur le soleil adoré sous le nom de Christ » (BNF, D2 17609) qui comporte les lignes suivantes: « Après avoir, j’ose dire, démontré que l’incarnation du Christ est celle du soleil, que sa mort et sa résurrection ont également le soleil pour objet et qu’enfin les chrétiens ne sont dans le fait que des adorateurs du soleil comme les Péruviens (…) je viens à la grande question de savoir si Christ a existé oui ou non. Si dans cette question, on entend demander si le Christ, objet du culte des chrétiens est un être réel ou un être idéal, évidemment il est un être réel puisque nous avons fait voir qu’il est le soleil (..) Si l’on demande s’il a existé un homme, charlatan ou philosophe, qui se soit dit être Christ (…) peu importe à notre travail qu’il ait existé ou non. Néanmoins, nous croyons que non » (p. 72) Paul Le Cour, un siècle et demi plus tard, à l’instar de Dupuis, militera en faveur d’un dieu solaire dont les avatars, les manifestations, seraient zodiacaux.

Il nous semble donc que c’est bien à la veille de la Révolution Française que la théorie précessionnelle aura été la plus prégnante, la plus active, qu’elle aura, éventuellement, influé sur les esprits tandis que son rôle dans les années Trente du XXe siècle n’aura consisté qu’à orchestrer un processus politique probablement d’ailleurs imité peu ou prou du modèle de 1789 alors même que le christianisme a intégré les forces qui étaient censées le déstabiliser: Le Cour n’incarnerait alors qu’une sorte de « contre-réforme » face à un Dupuis qui serait une sorte de Calvin. Auguis, son biographe, (Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis, en tête de l’édition de 1822 de l’Origine de tous les Cultes, p. XI) rapporte: « L’abbé Leblond (par ailleurs collaborateur de De l’aulnaye, cf La vie astrologique, il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992., L. Winckler,L’ère du verseau. Défis pour les temps à venir, Auxerre, Ed. Des trois monts, 1999 ) alla au club des Cordeliers annoncer l’Origine des cultes, comme un ouvrage dont la publication intéressait l’esprit humain. (..) C’est sous les auspices de la tourmente révolutionnaire que parutl’Origine des cultes » en trois volumes in 4° et un atlas mais aussi en douze volumes in 8°, la même année 1794. Un Club qui comporta notamment Danton, Marat, Desmoulin, Hébert et qui péricliterait d’ailleurs peu après la parution de l’ouvrage de Dupuis. Signalons que l’ouvrage aurait pu paraître à Berlin, à la demande de Frédéric II de Prusse, mais celui-ci mourut en 1786, ce qui montre qu’il était probablement déjà prêt à cette époque. En tout cas, Dupuis va bientôt figurer, en bonne place, comme un des pourfendeurs du christianisme, comme en témoigne, en 1858, un article paru dans la Revue de l’Anjou et du Maine, III, « Monothéisme du peuple juif, ses explications: Voltaire, Dupuis, Cousin, Renan, Littré » (BNF A 8468)

On sait que l’on accuse(cf les thèses d’un Barruel) les francs maçons d’avoir préparé la Révolution: Dupuis était lié à ces milieux; Son système a pu tout à fait contribuer à persuader les esprits qu’astronomiquement, il était temps de passer à autre chose, ce qui est le sens propre du mot « révolution », emprunté à l’astronomie et qui signifie fin de cycle et donc début d’un nouveau. Dupuis, certes, ne raisonnait pas comme un astrologue: il n’affirmait pas que le changement était inscrit dans le Ciel comme une fatalité mais qu’il y avait comme une sorte de Loi des cultes que les hommes avaient toujours respectée, à laquelle il convenait de se conformer, et qu’il appelait Religion Universelle. Et, le tableau de Delaulnaye, qui en est contemporain, montre à l’évidence que ces temps nouveaux étaient bel et bien désignés comme étant ceux du Verseau. Que par la suite, on ait repoussé la date d’un tel changement ne saurait surprendre l’historien du prophétisme: le texte prophétique est, en effet, à la fois, voué à être antidaté et à se situer dans une logique déterminée longtemps à l’avance, ce qui est ici le cas d’une théorie qui s’appuie sur une pratique religieuse plurimillénaire, remontant à la nuit des temps et à la fois de préserver une certaine force prédictive, alimentant ainsi une tension, une attente. En ce sens, l’Ere du Verseau de 1937 se situerait dans la lignée de l’Origine de tous les cultes de 1794, publiée au lendemain de l’exécution de Louis XVI mais dont des éléments étaient parus dès les années 1777-1781, donc avant la Révolution. On ne peut d’ailleurs ignorer ce qui rapproche ces deux époques qui virent les frontières de la vieille Europe balayées comme si la nouvelle ère exigeait aussi la fin des cloisonnements nationaux et la résorption de la question juive, selon des procédés, il est vrai, fort différents. Et bien entendu seront filles du révolutionisme français les révolutions russes de 1905 et de 1917. (sur la dimension prophétique de cette période charnière, voir notre ouvrage, le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002)

Cela dit, comme le montre Lazarides, marqué par l’anthroposophie de Rudolf Steiner, il y a bien des façons de décoder le ciel et de décoder l’Histoire et il semble bien que Sepp dont l’abbé Lacuria s’inspirera (cf R. Amadou, articles in Cahiers Astrologiques, années 1980-1981) ait été surtout connu à travers une traduction fautive de l’allemand. C’est également, selon Lazarides, à travers le pseudo Sepp que Madame Blavatsky aurait évoqué la question dans la Doctrine Secréte. En effet, Sepp, dans sa Leben annonçait le passage dans les Poissons pour le milieu du XIXe siècle et non dans le Verseau! Ce serait, a montré Lazarides (texte à paraître), le traducteur Sainte Foy alias Jourdain qui aurait, peut -être délibérément, modifié le texte.

II.- André Barbault et la Guerre Froide

Le communisme a joué un rôle important dans la recherche en astrologie mondiale d’André Barbault; on peut même dire que c’est par cet angle là que l’on pénètre le mieux ses méthodes de travail, le traitement sémantique des textes qu’il produit, pour le pire et pour le meilleur. On peut d’ailleurs raisonnablement supposer que c’est sur ce sujet que Barbault aura connu ses plus grandes joies et ses plus grandes déconvenues… Si Le Cour fut le chantre de la construction de l’Europe à l’Ouest, Barbault, pour sa part, fut celui du grand défi de l’Europe à l’Est.

On suivra Barbault, sur près de cinquante ans, depuis 1945, avec l’Astrologie Agricole, qui comporte un appendice sur les cycles et où il aborde le cycle Saturne-Neptune jusqu’aux approches immédiates de l’An 2000. Il est rare, pour l’historien du texte prophétique que nous sommes, de pouvoir suivre un astrologue ou un prophète sur une aussi longue durée, commentant ainsi lui-même ses propres textes, reflétant inévitablement les enjeux idéologiques de son temps, en tout cas de sa génération.

Une mort providentielle: 1953

Devant rédiger un article pour la fin de l’année 1952, dans le quotidien, l’Yonne Républicaine, le journal qu’A. B. lisait déjà avant guerre, celui-ci fait remarquer que la conjonction Saturne-Neptune va -formule qu’on appréciera plus loin – se reproduire. Or c’était, note A. B., cette même configuration qui s’était formée en 1917, année de la Révolution d’Octobre. Pourquoi, dès lors, ne pas annoncer un événement important pour la Russie, en 1953? Trois mois plus tard -puisque l’article considéré paraît pour le premier de l’an, Staline mourrait. C’est ce que l’on peut appeler une prévision à court terme avec des outils à long terme. Cela dut être pour Barbault, qui venait de franchir le cap de la trentaine, une grande satisfaction encore que nous n’avons pu vérifier s’il s’en était vanté dans les mois qui suivirent dans une revue. 1953 qui correspond à un an près à la mort de Paul Le Cour, est, pour Barbault, qui est au début de sa trentaine, celle d’une ascension qui se manifestera notamment avec une série de publications chez des éditeurs renommés, Bernard Grasset (éditeur qui avait publié, dans les années 1920/1030, les Protocoles des Sages de Sion) et Le Seuil, sans parler du titre de l’accès Vice-président du Centre International d’Astrologie, fondé en 1946 ( CI) qu’il arborera quinze années durant et qui figure encore sur la quatrième de couverture de son Traité Pratique d’Astrologie, ou de son poste de responsabled’Astrologie Moderne, organe de l’association, sans oublier son rôle joué lors du 7e Congrès International de Paris à la fin de 1953.

Cependant, la lecture des journaux de l’époque permettait de se rendre compte que les choses bougeaient et pourraient aboutir à quelque changement en Russie, même sans la mort de Staline qui n’est même pas un assassinat et qui en soi échappe peu ou prou à l’astrologie. Car qu’est ce que cet astrologue « moderne » qui croit que la mort « naturelle » est inscrite dans les astres? Il aurait été en réalité plus convaincant si Staline avait été déchu.

Toujours est-il que, dès lors, Barbault fera figurer la date de 1953 au même titre que celle de 1917 comme étant « la » date importante depuis la Révolution d’Octobre.

En réalité, la conjonction s’était d’abord déjà formée en 1952 et l’année suivante, elle se reforme du fait des rétrogradations. D’ailleurs quand AB publie en 1945 son Astrologie agricole, il avance la date de 1952 et non de 1953. Autrement dit, le pronostic pour 1953 sent déjà le réchauffé. Il concernait initialement l’année précédente. A aucun moment A. B. ne s’en est expliqué! On peut d’ailleurs se demander pourquoi il n’a pas donné l’année 1952…Tout se passe comme si A. B. s’était aperçu, au vu des événements qui se préparaient alors à Moscou, qu’il serait judicieux de se brancher finalement sur la « queue » de cette conjonction. Peut-être – qui sait?- A. B. n’avait-il pas eu l’opportunité de publier son travail plus tôt?

Au demeurant, il faudra encore quelque temps, notamment le XXe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS) de 1956 pour que l’on puisse vraiment parler d’un nouveau cycle. Quant au moment où ce cycle, historiquement sinon célestement, va s’achever, cela est largement sujet à débat. Mais reconnaissons que sur le moment et sans recul cette mort de Staline a pu frapper les lecteurs et plus encore l’astrologue A. B. qui en fait une affaire personnelle. De là à faire de cette mort l’événement principal entre 1917 et 1989, il n’y avait qu’un pas! En effet, par la suite, on peut être surpris que cette date reste en évidence dans les travaux de Barbault non pas comme une fin de cycle, mais comme « la » fin du cycle engagé en 1917 – la maladie et la mort de Lénine ont eu un effet également marquant, qui aboutit précisément à l’avènement de Staline – d’autant que son système exige une certaine précision, en raison des subdivisions mises en oeuvre, sur la base des aspects. 1953 n’est pas 1956. L’histoire de l’Union Soviétique comporte d’autres échéances d’importance au moins égale. 1953 ne revêt cette importance que parce qu’elle fonde le cycle Saturne-Neptune! et parce que A. B. s’est impliqué dans son processus.

En réalité, on a quelque mal à comprendre ce que peut vouloir signifier un pronostic de la fin décembre 1952 concernant un événement se produisant tous les 36 ans! S’il s’agit d’une périodicité aussi longue, il va de soi qu’elle se sera probablement manifestée déjà en 1952 de la même façon que A. B. attribue les événements de 1848 à cette même conjonction survenue deux ans plus tôt! Que signifie dès lors un pronostic aussi tardif alors que l’astrologue est censé déjà vivre en cette nouvelle période: qu’a-t-il à annoncer qu’il ne connaisse déjà?

On le conçoit: s’il avait rappelé que cette date lui tenait particulièrement à coeur, on lui en aurait fait le reproche. En revanche, en présentant cette date « à froid » comme une évidence historique rétrospective, cela passait mieux. Après 1989, A. B. baisse la garde et reconnaît son investissement personnel de façon à constituer un « doublé ». A. B. aura donc annoncé et pas seulement expliqué après coup et 1953 et 1989. En réalité, ce pronostic de décembre 1952 corrige celui de 1945.

La prophétie du plan septennal

En 1963, A. B. publie un petit livre, chez Albin Michel, qui annonce la prochaine suprématie de l’URSS ou plus exactement la confirmation d’un processus en cours, symbolisé par l’industrie spatiale soviétique. C’est la Crise mondiale de 1965. Prévisions astrologiques avec comme date de référence 1964., paru fin 1963. On y notera la présence d’une terminologie spécifique: « La guerre révolutionnaire? » (p. 31), « Une nouvelle ère révolutionnaire » (p. 59)

C’est justement et cela n’est nullement un hasard-ce qu’affirme un Nikita Khrouchtchev dans son Rapport au XXIe congrès extraordinaire du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS) et notamment dans un texte intitulé « Les chiffres de contrôle du développement de l’économie nationale de l’URSS pour 1959-1965″. Texte prospectif dont A. B. fait son beurre.

Comment Barbault a-t-il pu croire que les dates avancées par Khrouctchev pouvaient être pertinentes sur le plan astrologique? Car il ne saurait bien entendu s’agir d’une coïncidence, Barbault a bien calqué sa prophétie sur celle du plan septennal, qui ne fut décrété qu’en 1959. Un texte traduit en français paraissait dans la Collection « Etudes Soviétiques »: le Septennat soviétique (1959-1965) » et ce n’était point là un ouvrage rétrospectif.

Reverchon, dans son étude critique, Valeur des jugements et pronostics astrologiques, fascicule bilingue qui porte aussi un titre anglais, Value of the astrological judgements and forecasts » (Département 91, Yerres) souligne, en 1971, ce rapprochement sans préciser que A. B. a purement et simplement emprunté à Mr K. Un assez piètre calcul, au demeurant car soit le pronostic s’avérait juste et on aurait pu reprocher à A. B. d’avoir fondé sa prévision sur une autre prévision bien assurée, soit – comme ce fut le cas – le pronostic était démenti par les faits et l’astrologie n’en sortait pas grandie. En réalité, rien d’étonnant: pourquoi l’astrologue ne ferait-il pas alliance avec le politique ou l’économique pour étayer son propos prévisionnel, quitte à commettre un délit d’initié? Qu’est ce que ne seraient pas prêts à faire certains pour prouver qu’ils ont bien servi l’astrologie?

La décennie Soixante débute dans l’euphorie dans le camp communiste – la crise de Cuba, en 1962, il y a quarante ans, montre bien que la Russie est devenue une superpuissance militaire- et Barbault est emporté par cet enthousiasme aux relents prophétiques. Il reprend mot pour mot, date pour date, l’argumentation soviétique et communiste, pensant ainsi crédibiliser, avant et surtout après coup, son pronostic concernant le trigone Saturne-Neptune.

Il lui faudra assez vite déchanter et il passera sous silence ce grand rendez-vous de 1965 qui aurait du correspondre à un dépassement économique des USA par l’URSS, selon les termes mêmes de Khrouchtchev. On sait qu’il n’en fut rien et que ce sont les américains et non les russes qui débarquèrent les premiers en 1969 sur la Lune, malgré la prédiction de Barbault. Ce spectacle à la télévision a du sonner un temps le glas de ses vaticinations. Encore en 1967, dans les Astres et l’Histoire (p. 309), il tient le pari de la victoire communiste. Pour cette étape d’antithèse – de 1965 à 1972 - » Mais ni le trigone Saturne-Neptune, ni l’opposition Saturne-Neptune ne parviendront à inverser les rapports de force entre les deux super puissances.

En 1989, dans L’Astrologue, Barbault cite divers textes concernant sa prédiction. Or, curieusement, il omet de mentionner le texte suivant: pp. 308-30, paru dans Les Astres et l’Histoire):

« A la thèse, nous savons que les deux partants Américains et Russes posés, le premier avec une supériorité et une avance, le second une infériorité et un retard, dans la finalité d’une domination mondiale. A la synthèse nous avons vu se présenter la perspective de l’enfantement d’une société nouvelle, issue de cette double évolution mais où, en tant que tendance, le second partant aurait l’avantage sur le premier »

Il lui en préfère un autre, figurant dans le même ouvrage:

« Ces deux partants sont en fin de course, l’un l’autre, pour la dernière destination de 1988-1989, à l’échéance de laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société »

Cette dernière formule est reprise après 1989 :

« Or, ces deux partants arrivent ici en fin de course au même point et au même moment, comme pour se fondre en un unique courant. Cette destination commune et unique de 1989, c’est l’échéance à laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société » ( L’avenir du monde, p. 145)

Le choix par A. B. des textes qui attestent de sa prédiction n’est nullement innocent. Dans un cas, il s’agit bien de la victoire annoncée de l’Union Soviétique sur les USA en termes économiques et il est typique que A. B. ne cite aucun passage de sa Crise mondiale de 1965:

« Tout donne finalement à penser qu’à l’arrivée de l’opposition de 1971-72, l’URSS vivra (…) un temps de dépassement en ayant « doublé » les USA. » (p. 98)

Dans l’autre cas, il est vaguement question d’une nouvelle société à l’échelle mondiale….Ce qui ne mange pas de pain. A. B. en évacuant ses propres formules malheureuses sur la prochaine victoire du communisme trahit ainsi son malaise.

Décidément, l’opposition Saturne-Neptune ne donne pas grand chose. Entre 1953 et 1989, on obtient 1971 et c’est alors que Reverchon, dans un texte bilingue, fait un constat d’échec….Certes, 1989 rachètera… 1971. Mais, il ne s’agit pas de jouer au casino, surtout si l’on se sert d’un même cycle: un succès ne saurait dans ce cas compenser un échec! L’astrologie n’est pas du tir à l’arc! Comme William Lilly, André Barbault a du opérer des revirements, il a assisté à la victoire de ceux dont il avait annoncé la défaite, écrite dans les astres. Lilly a assisté au retour des Stuarts sur le trône d’Angleterre, lui qui avait prédit la fin historique du régime monarchique en Europe Occidentale; Barbault aura été le témoin du retour des nations dans cette Europe Orientale, avalés par l’URSS puis recrachée par un Saturne en la personne d’un successeur de Staline. Mais n’est-il pas logique que l’astrologie annonce une chose et son contraire dans la mesure où l’Histoire n’est qu’une succession perpétuelle de revirements?

En tout état de cause, dans quel état d’esprit se trouvait A. B. au lendemain de cette opposition Saturne-Neptune si décevante tant pour les communistes suivant la ligne de Khrouchtchev que pour les astrologues suivant la ligne de Barbault?

Pudiquement, dans ses Entretiens (Pierre Horay) avec Michèle Reboul, A. B. note en 1978:

« Une large confirmation de corrélations successives ayant été obtenue, nous nous sentons autorisés (sic) à pronostiquer une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne Neptune de 1989 et une crise préalable sous le carré de ces astres qui se produira en 1980″ (p. 86)

A cette date, il n’est pas disposé à reconnaître son échec. Il en sera différemment en 1989 dans l’Astrologue:

« Par contre, autant reconnaître que j’ai trébuché sur l’opposition de 1971-1972 (180°) estimée pouvoir correspondre à un dépassement de la puissance économique américaine(!) » (p. 4) Mais comment se fait-il qu’AB ne propose pas une autre lecture de cette opposition? Il ne suffit pas de déclarer que l’on a trébuché, il eut convenu de corriger le tir! Sinon, c’est réduire l’astrologie à une série de coups prévisionnels.

André Barbault semble obnubilé par l’idée que l’URSS et les USA fassent au moins jeu égal. Faute pour l’URSS de dépasser l’Amérique, il annonce encore en 1987( L’Astrologue n°80) la confrontation entre les deux « empires » et ce précisément pour les années 1988-92, années de la conjonction Saturne Neptune mais aussi de celle de Saturne et d’Uranus et d’Uranus-Neptune mais là encore le déclin de l’URSS empêchera que cela se produise et d’ailleurs en 89, les Etats Unis ne joueront qu’un rôle assez secondaire. Et inversement quant à 1991, les russes ne seront eux-mêmes que des spectateurs forcés à la neutralité dans la Guerre du Golfe.
L’ère Gorbatchev

Fin 1987, alors que Gorbatchev est déjà au pouvoir, A. B. publie un article dans sa revue. Il y est question pour 1989 des relations russo-américaines puisque en cette année là deux cycles se rejoignent. Or, le paradoxe, c’est que c’est précisément à partir de 1990 et de la Guerre du Golfe que l’on considère qu’il n’y a plus désormais qu’une seule super puissance! Barbault lui aussi a complètement perdu son pari! Dans son « Histoire d’une Prévision » (L’Astrologue, 4e trimestre 1989), A. B. ne sait pas encore que quelques mois plus tard, la marginalisation de l’URSS va se confirmer de façon éclatante sur la scène mondiale.

Certes, il se passe des choses importantes dans le bloc communiste autour de 1989 mais exactement en sens inverse de ce que Barbault avait annoncé.. Pour donner l’impression qu’il a réussi, il est obligé de réduire son propre discours à un propos insignifiant: on passe d’un dépassement des USA par l’URSS à… une date importante dans l’histoire de l’URSS puis pour la paix du monde!!! Mais alors, la question reste posée: est-ce que dans son ensemble le cycle Saturne-Neptune est ou non valable? Car ce pronostic pour 1989 n’a de sens, du point de vue astrologique, que s’il s’inscrit dans une série passé et à venir satisfaisante.

Il y aurait donc réussite dans les dates et échec dans le pronostic de ce à quoi ces dates correspondraient. Mais si l’événement annoncé n’a pas eu lieu, quel sens pourrait avoir de dater un non événement ou un contre-événement? Imaginons l’effet qu’un tel pronostic pourrait avoir à l’échelle individuelle.

Il n’y a même pas eu de guerre, avec un vainqueur et un vaincu, c’est le bloc communiste qui est tombé tout seule, de ses propres contradictions. Encore faudrait-il situer cela au sein d’un cycle des décolonisations et des indépendances. Au fond, A. B. aurait eu la chance que la date annoncée coïncide avec un autre cycle qu’il n’a jamais étudié!

Bien plus, peut-on sérieusement, rétrospectivement, faire un lien entre 1989 et 1953? Est-ce que la mort de Staline mit fin alors à la domination de l’URSS sur l’Europe de l’Est? Dès 1956, la répression soviétique en Hongrie démontrait le contraire et il faudra attendre précisément jusqu’en 1989 pour que les choses changent!

Prédiction ou prévision? En ce qui concerne la date avancée de 1989 s’agit-il d’une prévision articulée sur un système cohérent ou bien d’une date obtenue par hasard voire par on ne sait quelle intuition ne relevant pas stricto sensu de l’astrologie?

Dix ans après 1989, force est de constater que cette date n’a pas constitué le début d’un nouveau cycle pour la Russie. Il n’y a pas eu après la déstalinisation qui aurait débuté à la mort de Staline en 1953, un nouveau régime militaire, par exemple. 1989 n’a pas été marqué par une entente entre l’URSS et les USA pour le gouvernement du monde. Depuis l’époque de Gorbatchev, dans les années Quatre Vingt, la Russie n’a pas, avec Eltsine et Poutine, changé de régime quinze ans plus tard! Le pouvoir n’est pas passé aux mains des généraux du type Lebed.

Il semble bien que les événements des années 88 – 89 appartiennent à un autre cycle que celui d’Uranus Neptune. Ceux-ci relèveraient, bien plus tôt, on l’a dit, de la décolonisation, ce qui n’est nullement propre aux dates de ce cycle, comme on l’a montré.. Ce processus frappe alternativement tel ou tel empire. Et d’ailleurs, la meilleure preuve que les événements ne sont pas propres à la Russie est qu’ils ont lieu ailleurs comme ce fut le cas en 1988 en Israël avec l’Intifada.(voir notre article in Ayanamsa 2000) Car le problème de cette affirmation d’un cycle réservé à un seul pays est que cela est falsifiable, cela exige que l’onde de choc s’arrête aux frontières.

L’avenir du cycle Saturne-Neptune

En bonne logique, A. B. aurait du tout tabler sur ce cycle, le seul qui ait vraiment fait ses preuves et même consacrer un livre entier à ce seul cycle. Or, il n’en est rien. Bien au contraire, lorsque A. B. parle du début du XXIe siècle, il n’accorde au cycle Saturne-Neptune qu’une place bien modeste parmi d’autres cycles pourtant moins bien validés. Attitude somme toute surprenante comme si n’aurait pas suffi à sa gloire la mise en évidence de la réalité d’une influence planétaire sur l’Histoire des hommes. Mais peut-être pense-t-il que c’est tout ou rien et que si tel cycle « marche », il doit en être de même de tous les autres. C’est ainsi qu’ astrologue, marqué par la Ive République (1946-1958), avec sa valse chronique de ministères, A. B. crut y trouver, quinze ans d’affilée, son pain bénit, confirmation écrasante et répétée de son approche cyclique mais on peut se demander ce qu’il en aurait été s’il avait été formé sous la Ve République, aux changements ministériels soudainement beaucoup plus rares. Existe-t-il une astrologie différente pour chaque République?

En tout état de cause, l’’astrologue n’a-t-il point besoin d’un certain recul? En 1989, sous l’excitation de la réussite, A. B., dans le N° 89 del’Astrologue (p. 19) n’hésite pas, en effet, à baliser les vingt ans à venir sur la base du cycle Saturne-Neptune. Mais il ne semble pas qu’il ait eu le sentiment d’avoir réussi ses pronostics car il ne s’en fera pas l’écho dix ans plus tard, en 1998, dans ses Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire » (p. 192):

« Ce cycle (Saturne-Neptune) qui avait incarné l’idéal communiste d’une population laborieuse revient donc à la charge sous un jour nouveau de type coopératif; là où le marxisme d’Etat a tragiquement échoué… »

Mais déjà en 1993, dans l’Avenir du Monde (Editions du Félin), le discours s’était édulcoré:

« la conjonction Saturne-Neptune est surtout (sic) expressive d’une promotion des couches inférieures de la population mondiale etc « (p. 202)

On tombe dans l’insignifiance! Exit la Russie, bonjour la générosité sociale: on est passé du communisme au socialisme bon teint! Or la Russie existe toujours, on le sait avec le recul que n’avait pas encore A. B. qui réagit trop souvent à chaud, parfois plus en journaliste qu’en historien.

Parallèlement, A. B., à partir des Astres et l’histoire, traite de l’indice de concentration planétaire et annonce une très grave conflagration pour la première moitié des Années 1980. Sur la quatrième de couverture de l’Astrologie Mondiale, en 1979- parue la même année que notre ANEV – , il est indiqué:

« Que nous réservent les années 1980? Une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne-Neptune de 1989. De 1981 à 1984, cinq conjonctions se renouvelleront entre les cinq planètes lentes, en 1982-1983, seront rassemblées en une zone d’exceptionnelle concentration : celle-ci qui se reproduit tous les cinq siècles (..) annonce une phase particulièrement importante de l’histoire du monde ». L’ouvrage paraît chez Fayard qui avait publié en 1973 un ouvrage de Raoul Auclair, La fin des temps.

Or, que penser dès lors de la prévision pour 1989 qui fait suite à ces années annoncées comme catastrophiques et qui le seront beaucoup moins que Barbault a voulu le laisser entendre? Est-ce que ces années de concentration planétaire n’étaient pas a priori susceptibles de marquer l’URSS plus encore que cette année 1989? C’est un peu comme ce prophète qui annonce la fin du monde et qui traite de l’avenir au delà de cette date comme si de rien n’était! Barbault a-t-il annoncé que la troisième guerre mondiale du début des années 80 épargnerait l’URSS? C’était hautement improbable. Si les choses s’étaient passé comme prévu par A. B. nul doute que l’URSS eut aussi traversé des heures graves. On voit donc là cohabiter plusieurs échéances liées à des systèmes prévisionnels distincts chez le même auteur et élaborés à différentes époques de sa vie. Le pronostic russe d’AB appartiendrait au fond à une phase plus ancienne, celle du jeune Barbault tandis que le pronostic Troisième Guerre Mondiale, relèverait d’une nouvelle étape.

A ce propos, quand on signale à A. B. que la troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu et elle aurait du avoir lieu avant l’échéance de 1989 qu’il avait posée à une époque où il n’avait pas encore recouru à l’indice de concentration planétaire, il a coutume de répondre, encore récemment, qu’il y eut une longue guerre entre l’Irak et l’Iran, tout au long des années Quatre Vingts. Mais une guerre mondiale ne se caractérise-t-elle pas précisément par un embrasement à partir d’un conflit local – que l’on songe à l’affaire de Sarajevo en 1914, pour la Première Guerre Mondiale, par l’invasion allemande de la Pologne en 1939 pour la Seconde Guerre Mondiale – ce qui ne s’est précisément pas produit. Rappelons que l’indice de concentration est un modèle qui a été mis en place a posteriori, et qui n’ a guère été confirmé pour l’avenir. On dira donc qu’au bout du compte, si l’on fait le bilan prédictif des années 1980, le « jeune » Barbault; celui du début des années Cinquante, est venu, syncrétiquement, à la rescousse du Barbault des années Soixante ( Les Astres et l’Histoire ( 1967). En vérité, comment pourrait-on attribuer à un indice de concentration planétaire reflétant une évolution céleste ayant toujours existé un phénomène aussi spécifique qu’un conflit mondial, propre au XXe siècle?

En fait, pour la pensée astrologique mondiale des années Quarante, les deux guerres mondiales non annoncées – alors que tant d’autres échéances qui avaient été fixées semblaient comparativement dérisoires – apparaissaient comme la remise en cause des schémas célestes existants, la faillite de certains modèles comme cela avait été le cas trois siècles plus tôt, en 1649, au lendemain de l’exécution de Charles Ier d’Angleterre. Il devenait dès lors urgent de refonder l’astrologie mondiale de façon à ce qu’une nouvelle lecture du ciel intégrât ces événements majeurs, avec à la clef, bien entendu, la possibilité d’annoncer la prochaine échéance d’une ampleur comparable. Mais est-ce que de telles « révolutions » pouvaient ainsi se représenter à intervalles relativement brefs? Mais comme dit l’adage, jamais deux sans trois….

Une révolution oubliée: 1905

Comment un historien du communisme réagit-il quand il voit l’historique proposé par Barbault concernant son étude du cycle Saturne-Neptune puisque c’est ce cycle que Barbault assigne au communisme et qui serait la clef de son devenir?

Nous avons eu l’occasion d’étudier la question des deux révolutions à propos des Protocoles des Sages de Sion, dans notre thèse d’Etat, leTexte prophétique en France,(cf J/ Halbronn, « The term Protocols, from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion and the reception of the Russian Protocols in Central Europe before 1917″; Proceedings of the 12th World Congress of Jewish Studies, Division E, Jérusalem, 2001). C’est en réalité autour de la Révolution de 1905 (F.X. Coquin. La révolution russe manquée, Paris, Ed. Complexe, 1985) et Colloque « 1905. La première révolution russe », Paris, 1986.) qui aboutit notamment à la création d’une Douma que l’on considéra d’abord que ce texte antisémite revêtait un caractère prophétique. Par la suite, l’on se reporta sur celle d’Octobre 1917 qui en était la répétition à une autre échelle.(cf J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002)

Donnons d’abord la parole à A. B. narrant les grandes étapes du communisme, et faisons abstraction des correspondances astronomiques qu’il place en vis à vis.: A. B. décrète qu’un nouveau cycle pour la Russie commence en 1917. Mais il prend ses désirs pour des réalités, tout simplement en raison de la conjonction Saturne-Neptune, l’Histoire n’a qu’à suivre:

« 1882…. 1917….1952  » et il poursuit: « Donc 1917, c’est la conjonction et avec elle la prise de pouvoir »

En 1973, dans le Pronostic expérimental en astrologie (Payot), A. B. pariait encore sur les étapes successives – et pas seulement la conjonction et l’opposition – du cycle Saturne Neptune. Il ne s’y essaiera plus avant 1989.

Ce qui frappe le lecteur, c’est qu’à propos de ce cycle (pp. 149-150), A. B. ne dit rien pour 1971-1972 alors que l’ouvrage parait en 1973 et pour les années à venir, il se contente d’énumérer les aspects mais ne donne aucun pronostic. Bizarre! On sent quand même une gêne dont il s’expliquera… en 1989 sur la déception de l’opposition pour 1971. En 1973, A . B. ne veut pas encore faire le bilan et constater l’échec alors il préfère ne rien inscrire. Quant à sa prévision du dépassement des USA par l’URSS, il ne reste plus qu’une modeste note: sextil (1959): « période d’essor économique sans précédent et de supériorité technique et scientifique ». Mais cette période, combien de temps dure-t-elle? Est-ce une « longue » ou une « courte » période? A. B. navigue entre les phases de 36 ans et celles de 2/3 ans. C’est selon. Cela permet de limiter les dégâts des extrapolations: oui en 1959, il y avait un essor extraordinaire et c’est d’ailleurs pour cela qu’AB a fantasmé sur 1971. Il traite de l’économique comme du politique alors que l’économique est à long terme! Mélange des genres! Exit en fait l’économique qui est trop casse cou, bonjour le politique avec ses revirements constants, ce qui limite les dégâts. Quand on se trompe de tendance, c’est toujours par anticipation en politique alors qu’en économie, cela risque d’être rédhibitoire de façon définitive.

Tout se passe comme si, à lire Barbault, la Révolution de 1905 n’avait pas existé, comme si elle n’avait pas été une répétition générale. Comment A. B. peut-il faire abstraction dans son descriptif de cette date? Comment, en fait, peut-il délimiter son étude à 1917? Comment une Michèle Reboul, en 1978, dans ses Entretiens, ne lui fait-elle pas remarquer une telle lacune? Cette éclipse de la révolution de 1905 n’a jamais été signalée, à notre connaissance ni par Barbault, ni par ses lecteurs, ce qui en dit long sur l’esprit critique de ce public.

Comment ignorer que les deux révolutions sont couplées et que l’une prépare en quelque sorte la seconde? Un Trotsky, notamment, a participé aux deux révolutions et la première fut, selon l’expression même de Lénine, une répétition générale de la seconde. L’affaire du Potemkine, reprise par S. Eisenstein, dans un film, est de 1905.

Plus grave, si 1917 est l’aboutissement de 1905, il n’y a pas à chercher d’aboutissement pour 1917! La boucle est bouclée et un nouveau cycle commence dont les enjeux seraient à définir. La mort de Lénine aurait assez bien convenu pour déterminer une nouvelle phase, qui pourrait être appelée stalinienne. Or, Yves Lenoble, dans son ouvrage sur les cycles (Ed. de l’ARRC), commentant Barbault, veut faire démarrer cette période stalinienne à 1917, ce qui permettrait de donner du sens à l’échéance de 1953.

Refuser la dualité 1905-1917, c’est ne pas comprendre que l’astrologie a pour vocation de situer une activité au sein d’un cycle, avec en effet une phase préparatoire, une phase de maturation et une phase de conclusion et de renouvellement.

Si l’astrologie a un discours à tenir sur l’Histoire, c’est bien celui de la répétition. (cf P. L. Assoun, La répétition historique chez Marx, PUF, Reed 1999). D’autant que Barbault va retenir des événements infiniment moins importants pour correspondre aux aspects successifs qui rythment le cycle Saturne-Neptune. En dépit des publications successives que A. B. va consacrer à l’astrologie mondiale, il ne parviendra- ou ne tentera – jamais d’ insérer 1905 dans son tableau! Ce qui montre le carcan du système utilisé (cf notre article in La lettre des Astrologues, 2000)

Or, entre 1881 et 1917, s’il fut une date importante, c’est bien celle de 1905. Malheureusement, elle ne correspond pas à l’opposition intermédiaire qui a lieu en 1897….Notons d’ailleurs 1881- 36 ans avant 1917 qu’ A. B. aurait pu, au demeurant, citer l’assassinat du tsar Alexandre II. Il ne l’a pas fait.

L’expansion soviétique en Europe

La Russie n’a nullement disparu en 1989! Et c’est l’URSS qui a éclaté et non la Russie qui en est de très loin la partie centrale et la plus massive, d’autant que les anciennes républiques de l’URSS en restent largement dépendantes., échappant pour l’heure à l’attraction de l’Union Européenne. Si les Etats d’Europe de l’Est ont retrouvé une indépendance perdue au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la Russie reste ce qu’elle est et son destin ne s’est pas arrêté.. A ce propos, si 1989 a vu certains pays s’émanciper du joug soviétique, on aurait pu s’attendre à ce que le même cycle ait fixé le moment de leur asservissement et ce ne fut pas 1953 mais plutôt les années 1946-1948, en raison de l’occupation soviétique liée à la fin de la Seconde guerre mondiale. La domination soviétique en Europe de l’Est n’a pas commencé ni encore moins cessé en 1953 – les événements de Hongrie en 1956 et de Tchécoslovaquie en 1968 en témoignent – et par conséquent 1989 ne saurait faire pendant à cette date. Il faudrait la dater du reflux de l’armée allemande après Stalingrad, en 1942.

On aura probablement grossi l’importance pour l’avenir de 1989. Cela n’est pas plus important, en tout cas, que la perte par la France de ses colonies! Or, voilà que Barbault décide que le communisme s’est effondré et qu’il n’y a donc plus de se servir du cycle Saturne Neptune à son endroit!

Logiquement, les astres se doivent de fixer le début et la fin d’un processus. A vrai dire, il nous semble que ces deux dates de 1917 et de 1953 sont des dates intermédiaires ou en tout pas des dates de commencement de cycle: 1917 vient à la suite de 1905 qui devrait donc être « conjonctionnel » et 1953 est bien moins pertinent par rapport à 1989 que les années 1940 (1942-1948) point de départ de la domination soviétique qui s’achève précisément en 1988-1989.

Avec un recul de dix ans, on est amené à relativiser l’importance de cette perte des pays satellites pour la Russie, et la révolution de 1917 – tout comme celle de 1905 – concernait la seule Russie. 1989 n’a pas sonné le glas de la Russie, n’a pas non plus placé la Russie sur le même plan que les Etats Unis, n’a pas davantage rapproché l’une de l’autre. Aucun des scénarios envisagés par Barbault ne s’est réalisé.

On ne peut mélanger Russie et bloc communiste et surtout il ne faut pas lier les événements du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale avec ceux du début du XXe siècle. A vrai dire si l’on revient sur le pronostic de l’Yonne Républicaine, du Ier janvier 1953, que faut-il comprendre de la formule: « Du fait que le parti communiste russe est né sous la conjonction de 1881 et qu’il a pris le pouvoir à celle de 1917, on doit penser que l’année 1953 sera capitale pour l’URSS »

A la rigueur, on pourrait considérer l’expansion du communisme soviétique au delà des frontières de la Russie comme un étape essentielle mais… elle n’eut pas lieu en 1953. Comment A. B. ne s’est-il pas rendu compte qu’il ne prenait pas en compte ce qui s’était passé sous ses yeux au cours des dernières années? La réponse est simple: il ne voulait voir l’Histoire qu’au travers les lunettes d’une certaine astrologie.

Etrangement A. B. semble ne pas accorder toute son importance à l’expansionnisme soviétique dès 1939 à moins qu’il ne souhaite pas signaler cette affaire délicate du rapprochement entre Hitler et Staline qui perturba les communistes français: pas un mot de l’invasion conjuguée de la Pologne, du fait du pacte germano-soviétique ni d’ailleurs des « révolutions » communistes en Europe de l’Est, à la fin des années 1940, qui sont l’expression d’une véritable conquête. (voir La crise mondiale, pp. 92-93). Or, c’est bien cela qui justement sera remis en jeu en 1989! On nous parle de la fin de quelque chose dont on n’a pas bien situé l’origine.

Certes, A. B. s’est également consacré à une typologie événementielle, avec l’indice de concentration. Mais est-ce que la dialectique guerre/paix est vraiment pertinente? Ne vaut-il pas mieux classer les conflits en plusieurs catégories? Cette polarisation sur la « paix » relève presque d’une vision mythique de l’Histoire et on rappellera que la propagande russe a très fortement investi le mot « paix », ses adversaires apparaissant toujours comme ceux qui menacent la paix du monde. Toujours la rhétorique communiste

Il importe que le chercheur en astrologie mondiale commence par analyser le terrain avant de chercher une corrélation planétaire: tout se passe comme si A. B. avait défini d’une part une philosophie cyclique de l’Histoire, faite d’étapes successives et de l’autre un modèle planétaire, sans être parvenu à ajuster ces deux niveaux.

Barbault utilise une grille qui fait alterner les moments de crise et les moments de progression et ce un an sur deux environ, par le jeu des aspects. N’est-ce pas là un rythme trop rapide et qui reste à la surface des choses?

L’auto- bilan de Barbault

Il semble bien que Barbault, dans les années Cinquante, de même qu’il a souhaité relier l’astrologie à la psychanalyse freudienne, a été tenté de se servir du marxisme pour refonder l’astrologie mondiale.

Il est assez remarquable de voir Barbault commenter son propre texte sur Saturne-Neptune et s’accorder un satisfecit. Apparemment, c’est « le » pronostic de sa carrière. Pour aucun autre, A. B. n’aura fait une telle rétrospective. Il lui aura fallu attendre l’âge de 70 ans ou presque pour enfin toucher dans le mille! Il revient de loin, depuis la déconvenue de 1971 et plus généralement, par delà l’erreur de date, la croyance utopique du dépassement historique des USA par l’URSS vouée à ne jamais se réaliser! Il y a ceux qui se trompent dans la date d’une guerre mais au moins la guerre existe mais A. B. lui annonce un non-événement! Qu’est ce qui est pire: annoncer un événement qui n’aura pas lieu – comme Barbault pour la Troisième Guerre Mondiale – ou ne pas annoncer un événement qui aura lieu. Barbault s’est beaucoup moqué de ces astrologues d’avant guerre – pas la sienne, mais la vraie – qui ont manqué le conflit. Mais la question reste ouverte: cette guerre était-elle inévitable et définitivement écrite dans le ciel? Comment peut-on reprocher quelque chose qui aurait pu être évité? De même, d’ailleurs, que rien ne prouve que la première Guerre Mondiale était inévitable. C’est là une vision somme toute assez naïve de l’Histoire. C’est justement le syndrome de la recherche rétrospective qui conduit à rechercher une justification de ce qui s’est finalement passé. Il importe que le chercheur connaisse de très près tous les tenants et aboutissants et pas seulement ce qui s’est produit au bout du compte.

Mais d’un autre côté, est-ce une si bonne chose de faire des prévisions en astrologie mondiale plutôt que de rendre compte de la succession des événements? Il est à craindre que l’astrologue ne s’implique trop personnellement et cherche ensuite à n’importe quel prix à interpréter ce qui se produit dans le sens de sa prévision. Par ailleurs, encore faudrait-il user, pour qualifier les rendez-vous annoncés, d’un langage un peu moins simpliste que le terme « important »; on préférerait une typologie un peu plus élaborée. Il conviendrait que le chercheur en astrologie mondiale soit en mesure de fournir un modèle non plus seulement astronomique mais relevant d’une cyclologie socio-politique un tant soit peu sophistiquée : si l’on . Quant à l’attribution de tel cycle/totem à tel pays, cela nous laisse perplexe: nous ne croyons pas à un tel compartimentage matricialiste, au sens où l’entend P. Guinard. Il semble bien qu’à certains moments, les frontières entre pays s’estompent (empires, unions) et qu’à d’autres, elles se figent, la notion de « pays », d’ »Etat » devrait donc être contextualisée, elle ne saurait servir de fondement à l’astrologie mondiale mais seulement d’illustration. Montrer ainsi qu’à la même époque, les mêmes processus ont lieu dans des pays différents nous paraît plus concevable que de se polariser sur un seul et unique espace.

Dès 1976, dans Clefs pour l’astrologie, parues chez Seghers (pp.158-160), nous avions avancé la date de 1988 comme devant correspondre à une période de décolonisation, à la mise à mal des empires.! Donc, nous proposions alors que le passage de Saturne au début du Cancer et du Capricorne correspondît toujours à une phase de 7 ans environ de démembrement des empires, de par le monde. Or, en 1988, Saturne entrait en Capricorne! Nous ne désignions certes pas l’URSS pour 1988 mais notre système « prévoyait » le type d’événements auxquels l’URSS fut confrontée. Déjà, il y a près de 30ans, nous avions rejeté l’idée d’une combinatoire entre planètes, en faveur d’un rapport planète/soleil et planète/points zodiacaux, sans avoir encore, toutefois, formulé la dialectique étoile & planète comme c’est le cas désormais et ce, comme si le mélange planétaire relevait d’une refus de l’altérité avec un élément d’une autre nature. Que, de temps à autre, les différentes approches se croisent et se recoupent doit nous mettre sur nos gardes en ce qu’un pronostic peut être réussi du fait d’un concours de circonstance: il y a bien eu un effet céleste, et l’événement ne s’explique pas sans s’y référer, mais pas celui que l’on croit. Et c’est pour cette raison qu’en astrologie, il importe de vérifier une méthode sur bien plus que quelques rencontres, aussi frappantes puissent-elles être.

Importance du double clivage

Une étude de cycle doit gérer une dialectique de l’alternance (diachronie) et de l’alternative (synchronie). On ne peut pas parler de l’avenir d’une société sans décrire son fonctionnement interne, ses clivages. Une société qui n’est pas structurée en au moins deux pôles peut-elle passer par des phases qui maintiendrait au pouvoir un seul et même pôle. Il faut bien qu’il y ait une certaine relève, une majorité et une opposition. André Barbault oppose certes, dans les années soixante les deux superpuissances que sont alors l’URSS aux USA en compétition pour la domination mondiale, notamment à l’époque de la crise des missiles de Cuba et du premier vol spatial de Youri Gagarinemais il ne les intègre pas au sein d’un seul et même cycle mais dans deux cycles différents, relevant de planètes différentes et donc avec des chronologies qui ne peuvent que se chevaucher sans s’articuler l’une par rapport à l’autre. Or, nous pensons que c’est au sein d’un même cycle qu’il convient de situer l’alternance entre deux pôles. Par ailleurs, en ce qui concerne les significations accordées à la conjonction ou au carré, nous pensons qu’elles ne sont pas univoques – le raisonnement par analogie a ses limites (cf A. Barbault, Prévisions astrologiques sur le troisième millénaire, Dangles, 1998, tableau p. 53; Y. Lenoble, Initiation à la pratique des cycles planétaires, Poissy, Ed. ARRC, 1994) et la recherche de corrélations nous apparaît comme plus prudente – et ne peuvent être cernées que selon une certaine phénoménologie extra-astrologique en quelque sorte. Enfin, nous avions refusé -déjà en 1976 , dans Clefs pour l’astrologie - l’idée d’une division du cycle planétaire en plus de deux phases distinctes et nous avions prôné d’assimiler l’opposition à une conjonction bis, nous inspirant des travaux de Reinhold Ebertin (Kosmobiologie) rencontré en 1971 à Aalen, lors d’un Congrès de l’ISAR. Or, André Barbault, avec son indice de concentration planétaire incluant les planètes transsaturniennes, « lourdes », (cfLes hommes et les astres) oppose radicalement le cas d’un ensemble de planètes en conjonction à un ensemble de planètes en opposition, y voyant une dialectique entre une situation de tension (conjonction) et de détente (opposition) alors que le véritable conflit d’influences entre aspects se situerait plutôt entre d’une part les quadratures, elles-mêmes en opposition les unes par rapport aux autres, et les conjonctions/oppositions, d’autre part.. En effet, il nous semble avisé de relier le cycle à une alternance de deux phases bien différenciées, correspondant à une exigence de structuration sociétale, à savoir successivement d’ordre horizontal (intégration/quadrature) et d’ordre vertical.(hiérarchisation/conjonction/opposition)

La légende dorée de Barbault

André Barbault aux yeux d’un grand nombre, personnifie, à n’en pas douter, l’ »astrologue » -qui est le titre de sa revue – et pas seulement en France. L’Italie, notamment, aura beaucoup compté pour Barbault, à la fin des années soixante dix et au début des années Quatre Vingt alors qu’il tend à être marginalisé en France, du fait de certains rapports de force qui ne jouent pas en sa faveur au sein des groupes astrologiques, en raison d’une relève qui vient trop tôt, au lendemain de Mai 68.: à 50 ans, en pleine maturité, il est en quelque sorte mis à la retraite, ce dont témoigne son absence de l’ANEV (1979) et des grands congrès francophones de l’époque (1975-1985), par de jeunes loups qui ont vingt cinq ans de moins que lui et notamment un d’origine juive dont l’émergence le prendra au dépourvu (cf notre mémoire Le milieu astrologique, ses membres, ses structures, sur le site du CURA). Barbault trouvera en Italie des compensations qui culmineront, en octobre 2001, date de son 80e anniversaire, avec un numéro spécial de la revue Ricerca ’90 de Ciro Discepolo dont les intitulés sont édifiants tel cet « André Barbault, un gigante dell’astrologia contemporanea », d’Enzo Barilla.

L’événement ou la phase?

Il semble qu’André Barbault que nous avons entendu à deux reprises, encore, en 2002, à Montpellier, au Congrès de la FAES (Fédération des Astrologues de l’Europe du Sud) en juillet, et à Paris aux Quatrièmes Journées de l’astrologie, en septembre, oscille entre l’annonce d’un événement bien daté correspondant à une configuration astrale, également bien datée – ce qui relève de ce que l’on pourrait appeler une forme de syncrétisme chronologique rapprochant deux phénomènes fort différents mais décrits selon un même code – et l’annonce d’une période se déployant dans une certaine durée et constituée ipso facto d’une série, d’une « constellation », en quelque sorte, d’événements à appréhender dans un certain contexte. Or, le passage d’une phase à une autre s’opère-t-il du fait de tel événement qui déterminerait nettement son commencement ou au contraire sa conclusion.? Rien n’est moins sûr vu que le début et la fin des choses, à l’instar des saisons, ne sont pas nécessairement frappants. Cette astrologie-couperet nous semble relever d’une philosophie de l’astrologie qui voudrait que l’on passât brusquement d’un signe zodiacal à un autre. Seule une approche statistique nous paraît en la circonstance recevable, à savoir est-ce que tel type d’événement est plus fréquent en telle phase qu’en telle autre ou dans tel ensemble de phases -sur la longue durée- que dans tel autre. En astrologie mondiale, comme ailleurs, unévénement- hirondelle ne fait pas le printemps. En outre, le travail de l’astrologue ne consiste pas tant, selon nous, à tomber sur un événement significatif et d’en manquer d’autres mais de couvrir toute une série d’événements de même orientation.

Bien plus, n’est-ce pas l’idée même d’Histoire qui est à réviser? L’Histoire que Barbault tente d’indexer sur l’astronomie est une Histoire événementielle, contingente, liée à une région donnée, à un parti donné. Or, l’astro-histoire a-t-elle sérieusement pour mission de légitimer, d’épouser, de focaliser sur un seul camp aussi prometteur soit-il et sur un seul événement aussi frappant soit-il? Les anti-astrologues ont beau jeu de rappeler, contre une telle approche partisane, que dans une bataille, on est deux et que les astres profitent nécessairement à l’un ou à l’autre camp à moins -comme durant la Guerre de Troie – de supposer que telle divinité/planéte favorise telle cause et ainsi tout à l’avenant? Il reste que le mérite d’ A. B. est d’avoir maintenu vivace le projet astro-historique, c’est à dire la voie de la recherche expérimentale extra-horoscopique.

André Barbault, dans ses différents travaux en astrologie mondiale, ne cite jamais, à notre connaissance (cf sa bibliographie in Astrologie Mondiale, Paris, Fayard, 1979, pp. 329 et seq), un Pierre Bayle ( 1647-1706) et ses Pensées diverses sur la Comète, pourtant régulièrement rééditées jusqu’à nos jours. C’est ainsi que l’ouvrage majeur d’Elisabeth Labrousse, paru dès 1974, à La Haye, L’Entrée de Saturne au Lion (cf supra), ne semble pas lui être connu. .En fait, pour les textes antérieurs au XXe siècle, A. B. reprend des listes anciennes figurant dans diverses compilations prophétiques du XIXe siècle concernant l’annonce de la Révolution Française (cf Avenir du monde, op. cit. pp. 16- 25 ) Dans cet ouvrage paru en 1682, cet historien protestant consacre de nombreuses pages à étudier les corrélations entre le passage de comètes et certains types d’événements. Ce qui vaut pour les comètes vaut, en vérité, à plus d’un titre, en ce qui concerne d’autres phénomènes propres à l’astrologie mondiale. Bayle conclue: « Tout cela me fait dire que les grands événements qui bouleversent le genre humain sont attachés à des circonstances si casuelles qu’il n’est pas possible que le cours de la nature nous en fournisse quelque présage assuré » (p. 205, Pensées Diverses sur la comète,Ed. Critique A. Prat et P. RétatSociété des Textes Français Modernes, 1994). C’est là en tout cas tout le décalage entre démarche inductive et déductive: si c’est bien à partir d’événements marquants que l’on est conduit à élaborer un modèle, en revanche, le dit modèle ne déterminera pas forcément d’événements aussi marquants. On ajoutera qu’en ce qui concerne les travaux Gauquelin, une chose est l’élaboration de son modèle constitué à partir de cas de réussites exceptionnelles, une autre son application à des populations beaucoup plus larges, comportant les mêmes configurations que le groupe de référence. Il y aurait là un mauvais procès intenté l’astrologie du collectif, amenée à passer du particulier au général et du hasard à la nécessité.

Conclusion

L’astrologie aura été mise au service de toutes les idéologies, notamment les plus radicales. Peut-elle en faire l’économie? Pour l’historien de l’astrologie, force est de reconnaître que lorsque l’astrologie s’émancipe de toute appartenance politique, elle risque fort de perdre son assise sociale. Il y a là un dilemme: soit l’astrologie occupe une position ancillaire, au service d’une cause, d’un parti face à un autre, et dans ce cas là elle est soutenue peu ou prou par le dit parti, soit elle se veut neutre, purement objective, « scientifique », et elle n’a plus comme horizon que l’alcôve, le cabinet et est reléguée au rang des amusements de salon.

On ne saurait donc jeter la pierre aux deux « horlogers » que sont Le Cour et Barbault qui, d’un certain point de vue, ont cherché à redorer le blason de l’astrologie, « religieuse », pour l’un, « mondiale », pour l’autre. Ils ont fait participer l’astrologie aux grandes aventures du XXe siècle, à celle du fascisme et à celle du communisme. Ont-ils contribué par leurs prédictions et leurs interprétations des signes, dans tous les sens du terme, à l’essor de ces idéologies? Le cas de Barbault est remarquable en ce qu’il a accompagné d’abord les communistes dans leur surenchère face aux Américains avant d’apparaître comme celui qui aurait annoncé, prophétiquement, leur chute finale, c’est dire à quel point le destin professionnel de Barbault aura été intimement lié et ce sur plusieurs décennies au mouvement communiste en général et à l’Union Soviétique en particulier. On pense avoir affaire à un discours universel, non partisan mais, en réalité, un tel discours n’aura été initialement mis sur orbite que parce qu’il servait des intérêts politiques bien précis, même si ensuite, avec le temps, à force d’être récupéré par les uns et par les autres, il a accédé à une autre dimension.

En vérité, les astrologues ne sont-ils pas condamnés à prendre en compte les événements dont ils sont les témoins et qui marquent leur époque? En effet, comment pourraient-ils s’abstraire de la quête de certains signes avant coureurs assez forts? Il n’est quand même peut être pas indifférent que certains auteurs aient pris le parti des extrêmes comme si l’astrologie ne cessait de jouer son rôle de contre-culture. Certes, que dire une fois que la grande aventure se sera épuisée alors qu’on aura mis le discours astrologique à son service?

Souvent, un texte astrologique ou/et prophétique qui semble plutôt neutre a été lancé sous des auspices assez particulières que souvent l’on tentera d’évacuer ou d’élaguer par la suite. Il n’en revient pas moins à l’historien de l’astrologie de rappeler dans quelles circonstances a émergé le dit texte.

Comment évaluer un travail prévisionnel en astrologie? Il faut distinguer le fond et la forme: sur le fond, nos deux astrologues- et ils le sont dans des contextes fort différents – ont rendu compte des espérances de leurs époques respectives, celle des années Trente-Quarante pour Le Cour, celle des années Cinquante-Soixante pour Barbault. A chaque époque ses rêves et ses fantasmes, avec leurs ombres et leurs lumières. Et l’astrologue a-t-il autre vocation que de raconter toujours et encore la même histoire, celle de l’ émergence d’un nouveau pole face à l’establishment? En ce sens, Le Cour et Barbault auront rempli leurs contrats; celle d’accompagner l’événement. En revanche, sur la forme, Paul Le Cour n’hésite pas à présenter son temps comme charnière, comme valant pour des siècles: il est vrai que ses outils de travail brassent large, en siècles et plutôt en millénaires! Quant à Barbault, il n’hésite pas à attribuer tel cycle planétaire au communisme, ce qui tend à conférer à cette idéologie une sorte de légitimité cosmique. Il faudrait éviter, quand même, de basculer dans le messianisme, même si les protagonistes, sur le terrain, adoptent une certaine phraséologie. Il serait plus sage pour les astrologues de penser en termes d’alternance et de ménager successivement le succès de chaque partie en présence. Ajoutons qu’il y a deux postures astrologiques: celle de l’observateur qui travaille plutôt dans l’après coup et dans la probabilité et celle de l’individu averti qui sait profiter de la conjoncture astrale et tirer son épingle du jeu..

Si Paul Le Cour réédite constamment le même ouvrage, quitte à en modifier certains passages ou à compléter par d’autres écrits, André Barbault, en revanche, préfère le plus souvent produire régulièrement de nouveaux textes, en astrologie mondiale – une exception: la réédition d’Astrologie Mondiale - ce qui rend plus difficile la mise en évidence de retouches..

On peut accorder à l’un et à l’autre d’avoir tout fait, dans la mesure de leurs moyens, pour qu’il n’en soit pas ainsi mais il reste que la fin des années quarante pour l’un et des années soixante pour l’autre, durent avoir un goût amer, en tant qu’hommes, en tant qu’européens, et en tant qu’astrologues. Le piège dans lequel tomberait la plupart des astrologues saisis par le politique serait paradoxalement de vouloir en quelque sorte arrêter le temps: on passerait ainsi d’une cyclicité impliquant une altérité diachronique, une alternance cyclique, à une sorte de fin des temps, ou plutôt de fin du temps, au fantasme d’un temps aboli préservant indéfiniment ce qui a été annoncé. Deux cas de figure se présentent: soit on veut affirmer que demain ne sera pas comme aujourd’hui, ce qui met l’époque où l’on vit en perspective, soit au contraire qu’aujourd’hui est déjà demain, soit un refus d’altérité, de dualité, de cyclicité. Cette attitude nous semble avoir été celle de Paul Le Cour qui voyait dans son époque la préfiguration de ce qu’allait être l’Ere du Verseau, en cherchant à se démarquer du passé. En ce qui concerne André Barbault, qui eut plus le temps de jauger son pronostic, étant entré dans la carrière astrologique beaucoup plus jeune, on peut dire que son regard sur le communisme de l’après guerre était certainement marqué par une posture préfigurative des temps nouveaux. Par la suite, il lui fallut bien reconnaître que la cyclicité devait reprendre ses droits et que l’astrologue n’avait pas pour vocation de légitimer, toujours d’ailleurs aux dépens de son art, l’avènement de quelque idéologie que ce soit. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes confrontés à un phénomène d’ésotérisation (cf notre article consacré à l’Esotérisme sur ce site) puisque des éléments en soi non astrologiques, non ésotériques ( d’ordre politique, historique, préhistorique etc) tendent à le devenir, s’inscrivant ainsi au sein d’un discours astro-cyclique..

Le problème, c’est que le langage utilisé est tellement flou que l’on peut, à loisir, décréter qu’une prévision est vraie ou fausse. L’astrologie ne peut progresser sans une certaine rigueur au niveau des sciences politiques. On observe ainsi qu’A. B. ne prend jamais la peine de consacrer un chapitre à la phénoménologie de l’Histoire, qu’il reste au niveau de Monsieur Tout le monde quant à ses catégories. Barbault s’efforce de philosopher sur l’Astrologie mais il n’a pas de philosophie de l’Histoire. Comme le proposa Yves Lenoble, lors des Quatrièmes Journées de l’Astrologie (septembre 2002), l’astrologue se doit d’exposer une certaine conception géopolitique avant de passer au stade des corrélations célestes. Les seuls repères auxquels on puisse s’accrocher dans son propos sont ceux des dates et des lieux, autrement dit la question du contenu événementiel est évacuée et il suffit qu’il se passe « quelque chose d’important » en un endroit X et à une date Y indiqués pour que la prévision soit considérée comme « bonne ». A force de pratiquer le vague, on peut en effet considérer que le nombre de prévisions « justes » augmentera en proportion. D’autant qu’ensuite, il est loisible à l’astrologue de montrer, après coup, combien l’événement arrivé correspondant est déterminant par rapport à d’autres qui n’ont pas été annoncés, ce qui, au demeurant, peut faire l’objet de diverses appréciations, avec plus ou moins de recul.

Si la consultation astrologique individuelle, dans sa dimension divinatoire que, en ce qui nous concerne, nous avons évacuée depuis des décennies, tend à se fixer sur des événements majeurs de la vie (cf les techniques de rectification de l’heure de naissance) en revanche, l’astrologie mondiale ne peut se constituer que sur un grand nombre de recoupements à travers le temps et l’espace. La double activité d’A. B. explique peut-être une telle confusion des genres. Encore faut-il élaborer une typologie pertinente des événements, en dehors de la terminologie astrologique dans la mesure où nous renoncerions à ce que chaque événement corresponde à une configuration astrale qui lui serait chronologiquement spécifique selon la règle implicite « un événement égale un aspect », pour une approche englobante: au sein d’une phase, se produisent divers événements de même caractère, selon la règle: « une configuration céleste égale un climat événementiel ». Il est peut être temps que l’astrologie mondiale renonce à vouloir accrocher à chaque événement un aspect spécifique, différent du suivant et du précédent, et à chaque aspect spécifique un événement. Le type même de faux problème en astrologie mondiale n’est-il pas celui de la localisation d’une prévision? En principe, une phase donnée se manifeste partout où il y a des sociétés humaines, si l’on admet que la sensibilité aux astres est universelle. S’il est un fait que le processus peut apparaître plus fortement en tel endroit qu’en tel autre, il n’en reste pas moins que ses expressions sont à rechercher en tout lieu, sous une forme ou sous une autre, quitte à tenter d’expliquer ce qui a conféré plus ou moins de résonance au dit processus ici qu’ailleurs. Quant à la solution qui consiste à assigner tel astre ou tel signe à tel pays - chorographie, selon l’expression technique en vigueur- elle nous paraît singulièrement vaine car il conviendrait, pour le moins, de classer déjà les pays selon une typologie et non de constituer leur totémisation individuelle; or, d’une certaine façon, les recherches d’A. B. pourraient être qualifiées de projet de renouvellement chorographique, consistant en gros à remplacer un référentiel zodiacal (sur la base d’un certain découpage tropicaliste ou sidéraliste) par un référentiel planétaire (mono ou poly-planétaire).

Le philosophe anglais des sciences, Francis Bacon (1561-1626), opposait, sous le règne d’Elisabeth, l’araignée et la fourmi, la première tisse sa toile à partir d’une sécrétion de son propre corps, la seconde, au contraire, ramasse, recueille ici et là. L’astrologue nous ferait souvent plutôt penser à une araignée, ce serait un Spiderman qui chercherait à tout prix à caser sa marchandise, c’est à dire sa vision du monde, faite d’une multitude de cycles se croisant, se superposant – ce que Luc Bigé, lors des Quatrièmes journées de l’astrologie, organisées par la Librairie Astres, appelle, une courbe granulaire, ce qui casse la courbe sinusoïdale. Plus le monde est perçu comme chaotique, fait de constants revirements, et plus la toile d’araignée astrologique s’avère convenir. C’est pourquoi il semble désormais préférable, pour la recherche astrologique, de commencer par regarder le monde sans lunettes astrologiques, quitte ensuite à évacuer une partie de l’attirail d’aspects planétaires: faut-il préciser que le terme « aspect » a deux sens: il renvoie d’une part aux planètes ainsi combinées (par exemple un aspect ou cycle par exemple Saturne-Uranus) et d’autre part au nombre de configurations entre les dites planètes (conjonction, sextile, carré, trigone etc entre, par exemple, Saturne et Uranus), ce qui conduit à une démultiplication d’une structure qui pourrait n’être, éventuellement, que binaire. L’idée d’associer un aspect planétaire à une religion – et le communisme en est/fut une d’une certaine façon – n’est pas nouvelle; ainsi, les aspects de Jupiter aux diverses planètes du système solaire alors connues, étaient encore à la Renaissance censés correspondre, chacun, à un culte particulier.

Autrement dit, il est urgent d’appauvrir le référentiel astrologique ne débouchant que sur un émiettement du réel. Contrairement à ce qu’écrit A. B. Les « répétitions célestes » – tous astres confondus et en prenant de surcroit en compte les aspects astrologiques traditionnels – ne doivent pasnécessairement correspondre à des « répétitions historiques » (Astres et Histoire, p. 262) . On ne peut, davantage, comme l’a fait A.B., à propos de la Russie, considérer un cycle comme une série de dates éloignées entre elles de quelques dizaines d’années du seul fait que ces dates ponctuelles relèvent d’un seul et même modèle astro-chronologique, en sacrifiant la notion de phase qui permettrait que l’on passât progressivement de l’une à l’autre, ce qui aboutit à une Histoire désarticulée et qui ne fait sens que pour une astrologie arachnéenne. Au vrai l’astrologie nous fait aussi penser, selon la fable de La Fontaine, à une cigale dont se moquerait la fourmi…

Le millénarisme en perspective

Dans le cas de PLC, l’enjeu est un peu différent: il s’agit de montrer que l’événement annoncé est non seulement « important » mais « définitif », c’est à dire irréversible à moyen terme, puisque la démarche de cet auteur offre une certaine linéarité, tant la périodicité cyclique est longue: or il semble bien qu’une telle vision à sens unique de l’Histoire soit fort discutable en soi et ne puisse donc qu’être vouée, d’entrée de jeu, à l’échec.

Avec le recul, on est en droit de s’interroger – ce qui est quand même l’essentiel – sur la pertinence des modèles astronomiques à vocation cyclique – relevant d’un projet astro-historique- utilisés tant par PLC que par AB. Entre le tout sidéral de Le Cour, qui ne dispose que d’une quasi-fixité, avec la très lente précession des équinoxes, qui consiste à montrer que ce qui semble fixe ne l’est pas alors que précisément pour les Anciens, avant Hipparque, cette fixité était un postulat fondamental, d’où l’anachronisme du précessionnalisme et le tout planétaire – AB suscitera, dans le cadre du CIA(Centre International d’Astrologie), en octobre 1972, un opuscule La précession des équinoxes et l’astrologie, chez « son » éditeur (les Ed. Traditionnelles, successeur de Chacornac) qui fait fi de toute référence stellaire fixe – position tout aussi anachronique, car ne respectant pas la dualité du fixe et du mobile qui est au coeur de la pensée astrologique antique – nous pensons que nous avons affaire à des approches astronomico-historiques qui ne dépasseront guère le cadre du XXe siècle. (cf notre étude sur ce site consacrée à Newton et le précessionalisme). Ne sommes-nous pas entrés dans une ère post-2000 où ont été exorcisées bien des attentes? Car c’est bien, par delà la diversité des techniques, dans la perspective, dans le cadre de l’approche en filigrane – en « arrière-temps »- du troisième millénaire, qu’il faut situer les travaux qui ont fait l’objet de cette étude. Le XXIe siècle cherchera-t-il à réchauffer d’anciennes prophéties – y compris celle du communisme qui avait pris l’avènement du XXe siècle pour signe – aboutissement de bien des computations, relatives à la fin des temps ou bien s’orientera-t-il vers une cyclicité courte mieux intégrée dans la Cité et marquée par les valeurs non linéaires d’alternance et d’alternative? Il est temps, désormais, de renoncer, au linéarisme, à toute idée de finalité, d’illusion du définitif, qui ne peut que plomber la pensée astrologique.

Iconographie

J. N. Sepp, Das Leben Jesu Christi (enlarge) J. N. Sepp, Das Leben Jesu Christi (enlarge) J. N. Sepp, La vie de N. S. Jésus-Christ, 1861 (enlarge) J. N. Sepp, La vie de N. S. Jésus-Christ, 1861 (enlarge)
Le passage en allemand, comme le note C. Lazarides, parle, pour 1830-1840 du début de l’ère des Poissons (en allemand, Fische) /… …/ tandis que la traduction française parle, au même endroit de celle du Verseau! Le traducteur, Charles Sainte-Foi, semble avoir en effet souhaiter rapprocher la chronologie précessionnelle de Sepp de celle dont il avait eu connaissance, probablement par la lecture de Dupuis ou de Volney. C’est à partir de ce passage remanié que Robert Amadou, en 1980, /… …/ dans les Cahiers Astrologiques fait, à tort, suivant en cela l’abbé Lacuria, un « précurseur de l’ère du verseau ». Il existait alors non pas une mais plusieurs écoles précessionnelles qui ne proposaient pas le même calendrier.

 

Edward Carpenter, Edward Carpenter, Edward Carpenter,
Dans la nouvelle revue, Astrosophie, au printemps 1929, près de Tunis, paraissait la traduction française d’un passage de l’ouvrage d’E. Carpenter, Pagan and Christian Creeds. Cette traduction partielle sera signalée par P. Le Cour, dans sa revue Atlantis. Le schéma qui y figure montre l’intersection de l’axe équinoxial avec la constellation du Bélier, à mi chemin entre celle /… …/ du Taureau et celle des Poissons, formant comme une sorte de croix du fait du croisement avec l’écliptique. Le directeur de cette revue, le Dr F. Rolt-Wheeler, était né à Londres en 1876.(cf Herbais de Thun, Encyclopédie du Mouvement Astrologique de langue française, Bruxelles, avril 1944, ouvrage paru alors que la Belgique n’était pas encore libérée). On peut dire /… …/ que Le Cour a implanté en France un schéma qui circulait largement dans la littérature astro- théosophique anglo-saxonne du début du XXe siècle, laquelle avait ses entrées en France, tant il est vrai que la renaissance de l’astrologie populaire, sinon scientifique, en France, à cette époque, doit beaucoup aux traductions des manuels d’Alan Léo.

 

Portrait Paul Paul
Le Cour a une soixantaine d’années quand il commence à publier sur l’Ere du Verseau et son Ere du Verseau.. Bien plus que celui qui annonce les temps nouveaux, Le Cour est celui qui les identifie et les qualifie en en reconnaissant la manifestation sous ses yeux. En ce sens, Le Cour serait plus un exégète de la littérature aquarienne que le prophète d’une nouvelle ère puisque celle-ci se présente. Autrement dit, Le Cour se refuse à repousser davantage le moment où l’humanité entrera dans une nouvelle Ere. Cet ouvrage publié par la revue Atlantis, connaîtra de nombreuses rééditions, remaniées, tant du vivant de Le Cour (1942, 1949) que par la suite, par les soins de Jacques d’Arés, qui en changera le sous-titre. L’ouvrage sort dans le contexte particulier des années qui précédent la Seconde Guerre Mondiale et la découverte par les astronomes puis par les astrologues de la planète très vite baptisée Pluton. Le choix du titre est heureux car nous avons là le cas d’un livre portant le nom des temps qu’il annonce. Cet ouvrage de Paul Le Cour paru sous l’Occupation, à Bordeaux, complète l’Eredu Verseau. Il comporte la vignette de Neptune/Poséidon, en accord avec l’image de la revue Atlantis. Bien que cette revue ait cessé de paraître alors, il existe bien une Collection « Atlantis », comme on peut le voir sur la page de titre. Il est vrai que son contenu est assez bien dans la ligne allemande.

 

André Barbault, Défense et Illustration de l’astrologie (enlarge) André Barbault, Défense et Illustration de l’astrologie (enlarge) Les Chiffres de contrôle du Développement (...) pour 1959-1965 (enlarge) Rapport au XXIe Congres extraordinaire du P.C.U.S. (enlarge)
En 1955, donc au lendemain de la parution de son article dans l’Yonne Républicaine,André Barbault, élu depuis peu au poste de Vice-président du CIA, présente dans cetteDéfense et Illustration un tableau chronologique comportant les trois dernières échéances: 1917- 1953/953 et 1989, année suivie d’un point d’interrogation… Cette collection était dirigée /… …/ chez Grasset qui avait publié Maurice Privat avant la Guerre, par Raymond Abellio. Cet ouvrage connaîtra une fortune particulière, notamment dans l’Avenir du Monde (1993), au lendemain de la chute du Mur de Berlin car il comporte un tableau qui avait été plutôt négligé dans les trois premiers ouvrages de Barbault voués spécifiquement à l’astrologie mondiale. Les Chiffres de contrôle du Développement (…) pour 1959-1965.., ont dû constitué selon nous l’arrière – plan des prévisions de /… …/ l’André Barbault de l’époque, annonçant que l’URSS allait prochainement rejoindre les USA, au niveau de la richesse économique nationale.

 

André Barbault, La crise mondiale de 1965 (enlarge) André Barbault, Les Astres et l’Histoire (enlarge) André Barbault, L’Astrologie Mondiale (enlarge) André Barbault, L’Avenir du Monde selon l’astrologie (enlarge)
Dans les trois premiers ouvrages,La crise mondiale de 1965,  Les Astres et l’Histoire, L’Astrologie Mondiale, parus respectivement en 1964, 1967 et 1979 (réédition 1982), André Barbault ne revient guère sur son pronostic « russe » pour 1989. /… …/ Il a d’autres sujets de préoccupation: la rivalité soviéto-américaine, la concentration planétaire des Années Quatre-vingt qui se rapproche. D’où le sous-titre de L’Astrologie Mondiale. Le grand déséquilibre planétaire de 1982-1983. » Il faudra en fait attendre /… …/ le début des événements en Europe Orientale pour ressortir les travaux des années Cinquante. Sur la couverture de l’ouvrage de 1967, paru chez Pauvert, le graphique correspond à l’indice de concentration planétaire de Gouchon (1946-1948), repris par Barbault, vingt ans plus tard. /… …/ Le dernier ouvrage, L’Avenir du Monde selon l’astrologie, paraît, en 1993, après son « succès » prévisionnel de 1989 et est un clin d’oeil, par son titre, à son frère Armand, qui avait publié avant guerre dans un périodique alsacien intitulé L’Avenir du Monde.

 

Jacques Reverchon, Valeur des jugements et pronostics astrologiques, 1971, click to enlarge Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, 1979, click to enlarge
La brochure de Reverchon, « Valeur des jugements et pronostics astrologiques » (Value of the astrological judgements and forecasts), parue au tout début des années Soixante-dix (et rééditée par le CURA, Mars 2003) , sous une forme bilingue (français/anglais) fait essentiellement le bilan, à l’époque, du travail en astrologie mondiale d’André Barbault. Actes du Colloque du Congrès de 1977, organisé par le M.A.U. (Mouvement Astrologique Universitaire), la revue l’Autre Monde (Dir. Roger Faloci) et la Nouvelle Acropole (Dir. Fernand Schwarz, d’origine argentine). L’ouvrage paraît en 1979 et comporte des contributions de tout le « gratin » astrologique de l’époque. Cet ouvrage révèle une certaine carence concernant la genèse de la question des ères.

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