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L’entrée de Herzl dans le mouvement sioniste et le congrès de Bâle

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Herzl et le sionisme

par Jacques Halbronn

   Herzl est généralement présenté comme le fondateur du sionisme. Or, on observe que les mots “sionisme”, “sioniste” ne figurent pas dans son ouvrage le plus en rapport avec ce sujet, L’Etat Juif (dans la version allemande, Der Judenstaat, 1896). Et l’ouvrage n’a jamais été remanié dans ce sens, au lendemain du Congrès “sioniste” de Bâle, du mois d’août 1897.

Ceux qui ne connaissent pas le sujet soutiendront que Herzl a forgé le mot “sionism” après avoir publié le Judenstaat, en février 1896. Or, il n’en est rien il y avait des gens qui se disaient sionistes bien avant cette date et notamment ceux que l’on appelait les Amants de Sion (Hovevey Tsion). Il semble donc que Herzl ne souhaita pas au départ se présenter sous la bannière du sionisme. Mais il es tout aussi vrai qu’il changea d’avis au lendemain de la publication de son ouvrage relatif à un certain rassemblement des Juifs qui ne visait pas nécessairement la Palestine, puisque y est aussi évoquée la solution argentine. Mais sionisme est-il nécessairement synonyme de retour en Palestine ?

On peut certes soutenir que Herzl fut d’abord sioniste sans en adopter le nom puisque, en pratique, c’est bien de sionisme qu’il s’agit. Mais il n’en reste pas moins que Herzl a voulu se démarquer du mouvement sioniste tel qu’il existait alors au point de ne même pas mentionner ce terme. Tout laisse à penser que Herzl chercha à lancer un mouvement qui aurait d’autres bases que le sionisme organisé tel qu’on le connaissait alors et qui englobait les colonies du baron Edmond de Rothschild en Palestine.

La grande idée de Herzl, c’était – n’oublions pas qu’il était juriste de formation – d’obtenir une sorte de charte d’établissement d’une présence juive et non pas simplement profiter d’une certaine tolérance informelle des autorités. Herzl pensait que le Droit était “la solution de la question juive” (sous titre de son livre). Cet importance accordée au Droit n’était pas nouvelle : l’avenir des juifs semblait depuis un siècle, passer par l’obtention de droits et, pour leur part, les antisémites – notamment en Russie – exigeaient que les Juifs n’aient pas les mêmes droits que le reste de la population. Par la suite, sous Vichy, les Juifs seront privés de certains de leurs droits de citoyens français. Entre temps, en 1917 avec la Déclaration Balfour et dans les Traités qui la ratifièrent, un mandat sera accordé à la Grande Bretagne pour qu’elle aménage un Foyer pour les Juifs en Palestine et il n’était alors nullement question de réaliser un Etat arabe sur ce même territoire, idée qui ne sera exprimée qu’en 1947. Autrement dit, la communauté internationale fut plus généreuse envers les Juifs en 1920 qu’en 1947 et ce malgré la Shoah !

Comment donc Théodore Herzl fut-il conduit à se rallier à un sionisme sur le terrain et surtout à finir par se déclarer Sioniste, sans ambages ? Après avoir cherché en vain à transformer le sionisme rothschildien en une structure plus politique, Herzl fera en quelque sorte de l’entrisme au sein du mouvement sioniste existant et cette fois non sans un certain succès. Car il importe de comprendre que Herzl ne se contenta pas de rallier l’idée sioniste mais il s’inscrivit dans les structures mêmes du mouvement sioniste existant.

Pour commencer, il se mit en rapport avec les sionistes autrichiens et plus spécifiquement ceux de Vienne. Autrement dit, il finit par acquérir un certain leadership dans la ville où il travaillait en tant que journaliste à la Neue Freie Presse.

Ce faisant, Herzl fut impliqué peu à peu dans l’organisation du sionisme d’expression allemande, ce qui incluait, outre la partie germanophone de l’Autriche, l’Allemagne Impériale, depuis 1871 et une partie de la Suisse. C’est ainsi que des rencontres eurent lieu entre responsables sionistes de Berlin et de Vienne, avec la participation de Herzl. C’est dire qu’on est bien loin d’un Herzl fondateur du sionisme !

Et cela est d’autant plus frappant dans le cas du Congrès de Bâle ! On s’imagine que c’est Herzl qui le convoqua. Il n’en fut rien ! L’idée d’un Congrès devant se tenir à la fin du mois d’août 1897 n’est pas de lui. Ce sont les Amants de Sion qui, périodiquement, se réunissaient dans telle ou telle ville, en ce qu’ils appelaient, de façon pittoresque, des Tentes.

Au demeurant, ce n’est pas Bâle qui avait été choisie initialement mais une autre ville de Suisse allemande, Zürich. Et entre temps, on avait parlé de Münich, capitale de la Bavière. Et finalement on s’était fixé sur Bâle. Il ne fait pas de doute, certes, que Herzl avait fini par acquérir une certaine autorité au sein du mouvement sioniste de langue allemande mais ce n’est pas Herzl qui lança le mouvement ou qui rassembla, en 1897 en tout cas, les troupes. Congrès qui ne rassembla que quelques centaines de délégués1. Mais Herzl réussit à conférer à cet événement qu’était un Congrès sioniste une dimension nouvelle, plus impressionnante et qui ne fut pas d’ailleurs sans générer un nouveau type d’antisémitisme, un antisionisme dans un sens différent de celui qu’on entend de nos jours.2.

Bien plus, si l’on examine les interventions qui se succédèrent, lors du Congrès de Bâle, on note que Herzl ne fait qu’ouvrir le Congrès, mais qu’il ne fait pas stricto sensu, partie des intervenants même si son discours, par la suite, sera présenté comme un moment clef. Les intervenants, à part entière, sont des représentants des différents groupes sionistes, d’où le titre du Congrès : Congrès des Sionistes (Zionisten congress). Herzl n’était alors qu’une sorte de Monsieur Loyal, de figure de proue. Mais, précisément, dans son Discours d’Accueil (Begrüssungsrede), Herzl consent à recourir aux mots Sionisme, Sionistes.

Encore convient-il de rappeler ce qui se produisit dans les années qui suivirent: lorsque la perspective de pouvoir s’installer en Palestine s’éloigna et que le Sultan ne se montra plus intéressé à négocier avec Herzl, il fallut bien rechercher un autre lieu de rassemblement, alors que la colonisation juive en Palestine se poursuivait à son rythme. Dès lors, quelques années durant, le sionisme ne fut plus associé à la Palestine – on rappellera notamment le projet d’installation en Ouganda, déjà sous la férule anglaise – et il ne semble pas que Herzl en ait été plus que cela contrarié, l’importance accordée à la Palestine ayant surtout été une concession aux Sionistes. On observa, d’ailleurs, le rôle déterminant des Anglais dans les affaires sionistes et ce bien avant la Déclaration Balfour et il ne semble pas que le gouvernement français, en dépit de son empire colonial, ait fait des propositions de ce type. C’est probablement ce qui explique que les Français, en dépit d’une présence en Méditerranée Orientale, notamment grâce à l’Alliance Israélite Universelle, n’obtinrent pas, comme ils l’auraient souhaité, le mandat sur la Palestine, après la Première Guerre Mondiale.

On voit que le terme sioniste a pu être mis à toutes les sauces et notamment une des questions qui sont à poser concernant la pensée de Herzl est de déterminer si pour lui cet “Etat Juif” ou cet Etat des Juifs, selon la formulation allemande, devait être central ou non par rapport au monde Juif . Or, il nous semble qu’au départ, le sionisme militait plutôt pour ce que Pinsker, dans son Autoémancipation, appelait, dès 1882, un “asile” (Asyl), un refuge, ce qui comporte une connotation somme toute de marginalisation. Un asile, c’est fait pour les laissés pour compte, pour les éclopés de l’Histoire, qui sont mis sur la touche. Un asile n’a vraiment rien de central ! Il s’agissait pour Herzl et pour d’autres avant lui d’empêcher que des Juifs déracinés, ne viennent déclencher de l’antisémitisme en rejoignant les minorités juives de par le monde. Il semble donc que l’on joue parfois sur les mots : rassemblement des Juifs certes, mais dans un état de détresse. Un tel rassemblement n’était alors nullement censé apparaître comme concernant autre chose qu’une frange des Juifs. Que par la suite, et du fait des vicissitudes, cette frange se soit considérablement amplifié, est une autre affaire et ce qui n’était voué qu’à n’être qu’un asile, une soupape de sécurité, allait figurer comme une fin en soi. De là à réécrire, rétrospectivement, l’Histoire du Sionisme, il n’y a qu’un pas !. Le Sionisme allait se présenter par la suite comme un centre autour duquel devraient s’organiser les “diasporas”. Mais que ce fut là le projet, la vision, de Herzl, mort en 1904, nous en doutons.

Ce qui est dramatique, c’est que ce lieu envisagé pour calmer les tensions entre juifs et non juifs et des juifs entre eux, ne joua que modérément son rôle: l’existence de cet “asile” n’évita ni l’émigration des Juifs vers d’autres lieux, on pense notamment à l’accueil des juifs d’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord, en France, qui ne semble pas obéir à une logique herzlienne. On pense aussi à la “solution finale” des nazis qui, constatant qu’ils ne pouvaient évacuer leurs juifs, en arrivèrent à décider, à la fin de 1941, à les exterminer, ce qui conduisit, du fait des victoires militaires et des annexions allemandes, à la disparition de six millions de Juifs, en l’espace de quatre ans.

Sans parler, bien entendu, de ce qui se passe sur place avec les Arabes. Il semble qu’il y ait eu un consensus, en 1917, même parmi les Arabes, à accorder aux Juifs un territoire, ne serait-ce que pour remercier l’Occident d’avoir mis fin à l’empire ottoman. Il y avait notamment une dette, semble-t-il, envers les Britanniques dont les Juifs apparaissaient alors comme leurs protégés. C’est ce consensus qui sera remis en question quand ces mêmes Britanniques, à la façon de Ponce Pilate, laissa Juifs et Arabes, face à face, en s’en lavant les mains. Bientôt, comme nous l’avons déjà noté, ce ne fut plus qu’une partie du territoire assigné aux Juifs par la Société des Nations qui le sera par l’ONU et le 29 novembre 1947 n’est pas la confirmation de la Déclaration Balfour mais plutôt sa négation, son désaveu.

Herzl aurait voulu que ce lieu fût accordé pleinement aux Juifs dans le besoin et on peut se demander si ce n’est pas le changement de cible – passant du Juif en crise au Juif partant de son propre chef – qui a fait problème et a en quelque sorte délégitimé l’idée sioniste. Au lieu d’être un lieu d’accueil pour les Juifs chassés, persécutés, Israël devenait le pôle de la vie juive dans le monde. D’où une certaine ambiguïté du discours israélien à propos de la Diaspora: une certaine insistance sur les risques d’antisémitisme – on pense notamment à certains propos tenus sur la situation en France par des responsables sionistes – allant de pair avec une idéologie de fin d’exil, où l’on tente de présenter les Juifs de la Diaspora comme de pauvres malheureux bien à plaindre. Dès lors, on assistait à un renversement : l’asile qui était un pis aller, éventuellement un lieu de transit, devenait un idéal historique et l’idéal diasporique d’une présence juive dans le monde apparaissait comme caduc.

De nos jours, d’ailleurs, on peut se demander si on n’assiste pas à une nouvelle étape quant aux avatars du rêve herzlien. Le cas des Juifs russes nous interpelle en effet – nous voulons parler de ceux issus des alyas des années 1970 – 1990 et non de ceux de la fin du XIXe siècle. Ces juifs sont-ils véritablement les victimes d’un antisémitisme dans les pays de l’ancienne URSS ? Sont-ils pour autant porteurs d’un idéal historico-religieux ? Ou bien sont-ils en voie de constituer une sorte de Birobidjan, dont les liens avec la métropole russophone restent puissants, notamment par le jeu des nouvelles technologies de communication, et dont ils ne seraient qu’un satellite, dans tous les sens du terme. Qui ne voit que la centralité pour ces Juifs Russes, dont la présence linguistique et culturelle en Israël va croissant, c’est bel et bien Moscou ou Kiev ? Or, faut-il souligner le fait, rappelé par de nombreux Arabes, que cette russification d’Israël, renforce le clivage en quelque sorte ethnique entre juifs et arabes. D’une part parce que l’hébreu, langue sémitique, est abandonné ou marginalisé au profit du russe, d’autre part parce que les juifs russes ressemblent sensiblement moins que leurs frères séfarades, à la population arabe environnante.

Nous dirons qu’il y eut trois courants d’alyas principaux :

- une alya de type “asile”
- une alya de type “nationaliste”
- une alya de type “régionaliste”, si l’on considère que le monde russophone est situé à proximité et que la Russie a toujours cherché à s’implanter3 en Méditerranée. Et c’est bien ce qui ressort aujourd’hui : Israël est un pays en proie à des problèmes régionaux, ceux du monde russe et ceux du monde arabe. Et il est possible que l’avenir d’Israël dépende, au cours du XXIe siècle, des relations russo-arabes.

Herzl écrivit, quelque part, qu’une des raisons de sa tiédeur à propos de l’installation des Juifs en Palestine, c’était précisément la trop grande proximité du pays avec l’Europe en général et avec la Russie en particulier.

Jacques Halbronn

Notes

Cf. notre article dans la Voix de la Communauté sur Herzl et les Protocoles. Retour

Cf. nos analyses in Le Sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002 et le site du CERIJ. org. Retour

Cf. notamment la Guerre de Crimée, déjà sous les tsars. Retour

 

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