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Les enjeux d’une édition consacrée aux Protocoles des Sages de Sion

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Etudes protocoliennes : les enjeux d’une réédition

par Jacques Halbronn

A propos de la nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, faux et usages d’un faux
par Pierre-André Taguieff, Paris, Berg International-Fayard, 2004

    En 1998, Pierre André Taguieff prit connaissance de notre thèse d’Etat, le Texte Prophétique en France, formation et fortune, que nous soutinmes en janvier 1999, à Paris X, Nanterre. Une partie de notre travail concernait les Protocoles des Sages de Sion et nous avions adressé notre travail sachant que Taguieff avait dirigé un ensemble de travaux sur ce sujet (Ed. Berg), en vue d’obtenir qu’il participe à notre jury de thèse. Ce qu’il refusa en raison même de certaines critiques que nous avions portées à sa première édition de l’ouvrage dont est parue récemment une deuxième édition et qui lui paraissaient discourtoises. Quand nous apprîmes, il y a peu, qu’une nouvelle édition du dit ouvrage sortait, on conçoit notre curiosité : allait-il citer notre thèse, allait-il reprendre certaines de nos observations et conclusions, d’autant qu’en 2002, nous avions publié Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ed. Ramkat, dont un exemplaire fut déposé à la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle et un autre à la Bibliothèque Nationale de France. Or, on sait qu’avec Internet, il est de plus en plus difficile de ne pas être informé de ce qui paraît sur un sujet ou/et de la plume de tel auteur. Or, si on tape, sur google, “Protocoles des Sages de Sion 1999” ou “Protocoles des Sages de Sion 2002”, on trouve nos différents travaux protocoliens indiqués. Et ne parlons pas de nos articles sur ce sujet sur le Site Ramkat.free.fr. Ajoutons que certaines de nos recherches protocoliennes avaient déjà fait l’objet d’une communication en 1997, dans le cadre des Congrès mondiaux d’Etudes Juives, qui se tiennent tous les 4 ans à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il est vrai que la revue Politica Hermetica ne signala pas la parution de notre ouvrage dans son édition de 2002 ni dans celle de 2003 alors que nous leur en avions assuré un service de presse, malgré un article de Michael Hagemeister paru dans cette même revu en 1995.

Donc, après nous être procuré la nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, faux et usage d’un faux, nous commençames à regarder si notre nom figurait dans l’index des noms cités. Il ne s’y trouvait point. Cela nous rendit quelque peu perplexe mais nous pensions que Taguieff n’avait pu ignorer certaines données bibliographiques que nous avions signalées, notamment concernant les premières éditions des Protocoles en langue allemande et en langue tchèque mais aussi en langue russe, ce qui rend sa nouvelle recension dépassée avant même de paraître. Or, aucun des éléments que nous avions fournis n’avait été repris par Taguieff, à l’occasion de sa réédition de 2004 ! Comme si Taguieff s’était contenté des éléments apportés depuis 1992 concernant Mathieu Golovinski, venant confirmer que c’est à Paris que lesProtocoles avaient été fabriqués. Tout se passe comme si Taguieff avait décidé de n’attacher aucune importance à notre thèse d’Etat ni à quoi que ce soit émanant de nous.

Nous examinerons la chronologie protocolienne de Taguieff ainsi que sa bibliographie en montrant jusqu’à quel point il n’a pas su ou voulu tenir compte de nos travaux, ce qui est tout de même assez rare dans le domaine de l’érudition, tant et si bien que les reproches que nous lui formulions en 1998 restent toujours valables. Nous nous servirons essentiellement de notre livre Le Sionisme et ses avatars etc (opus cité).

Première observation : Taguieff propose une chronologie commentée (pp. 289 à 323) qui ne figurait pas dans la première édition, formule que nous avions, pour notre part, adoptée tant dans notre thèse d’Etat que dans Le sionisme et ses avatars (pp. 417 à 431). Dans cette chronologie, Taguieff prend la peine de mentionner à plusieurs reprises Herzl :

“1896 : Theodor Herzl. Der Judenstaat (Leipzig et Vienne, M. Breitenstein) ” (p. 294)
“1897 : 29-31 août Premier Congrès Sioniste, organisé à Bale” (p. 295)
“1902 : 8 août Premier entretien de Herzl avec Plehve” (p. 296)
“1903 : 23 août Ouverture du 6e Congrès sioniste à Bâle” (p. 296)
“1904 : 25 janvier Pie X déclare à Herzl “Les Juifs n’ont pas reconnu etc”
“1904 : 3 juillet Mort de Herzl” (p. 297)

 

Ce couplage des activités sionistes et de Herzl avec la chronologie des Protocoles est tout de même assez frappant quand on sait que notre ouvrage paru en 2002 ne cesse de rapprocher ces deux plans.1 Curieusement, il ne semble pas que Taguieff s’explique sur ce rapprochement dans le corps de son livre, il est vrai fort peu remanié. On notera en tout cas le rôle du Paris des années 1899 comme cadre de la rédaction tant de l’Etat Juif que des Protocoles.

En fait, en 2004, la représentation de la diffusion des Protocoles hors de Russie est inchangée en dépit de nos contributions. On en reste à la position décrite par Michael Hagemeister, dans son article paru dans The Holocaust Encyclopaedia de W. Laqueur (Yale University Press, 2001) : les Protocoles seraient restés inconnus hors de Russie – “hitherto unknown outside Russia” (p. 501) avant la Révolution d’Octobre/Novembre 1917. Nous avons montré que cette observation était erronée et que des traductions tchèque et allemande avaient eu lieu autour de 1910, soit bien avant la dite Révolution d’Octobre, “The Protocols were discovered only in the wake of the Bolshevik Revolution”, précise Hagemeister.

La “Bibliographie des Protocoles”2 est très peu satisfaisante : on ne cite pas l’article de Novoie Vriémia du mois d’avril 1902, signé Menchikoff et qui fait état d’un manuscrit, probablement achevé à la fin de 1901.3 Nous avons publié la traduction de cet article dans Le Sionisme et ses avatars (pp. 367 et seq.).

Rien sur la première traduction tchèque de la version Boutmi des <Protocoles ni de sa traduction allemande paraissant dans les compte rendus de séances du Parlement de Vienne sous couvert de traduction du français d’un ouvrage de Roger Gougenot des Mousseaux, Le Juf, le judaïisme et la judaïsation des peuples chrétiens. On en reste toujours en 1919 pour la première traduction allemande, soit à dix ans d’écart par rapport à ce qui s’est véritablement produit. Rappelons que dès 1991, un chercheur slovaque, R. Helebrandt, avait signalé ces premières occurrences en langue allemande (Kniezata zloby (Protokoly sionskych mudrcov), étude conservée à la BNF.

Quant au personnage de Golovinski, il convient de ne pas en surestimer l’importance. S’il importe d’insister sur le fait que les Protocoles des Sages de Sion, sous ce titre, ne circulèrent pas avant 1901 et non, comme l’écrivait Taguieffe dans sa première édition, dans “les années 1897-1898”, cela tient notamment à ce qu’il ne faille pas négliger l’influence des Congrès Sionistes dont le premier eut lieu à Bâle durant l’Eté 1897. Si les Protocoles avaient été rédigés juste à ce moment là, cela eut été un peu court pour faire apparaître une influence alors qu’en 1900-1901, la tenue annuelle de Congrès Sionistes est un fait bien connu et qui marque les esprits.

Cela dit, de quoi réellement Golovinski est-il l’auteur ? Admettons qu’il soit l’auteur du document final, la question reste posée de ses sources et des documents dont il s’est servi. Selon nous, il est fort probable que Golovinski ait recyclé des faux antérieurs antimaçonniques lesquels avaient notamment plagié Joly et nous attendons donc des preuves qu’il serait lui-même l’auteur du plagiat en question. Tout au plus, Golovinski aura remanié un faux, aura renforcé son caractère judaïque et aura éventuellement donné son nom au faux en question sur le modèle des Congrès Sionistes. Rappelons que le terme Protocoles était utilisé alors pour décrire précisément les débats d’un Congrès. Par ailleurs, il aura pu interpoler quelques éléments récents comme la référence au scandale de Panama.

Taguieff ne cite ni Mordvinov, ni Mentchikoff, ni Diomtchenko – auteurs que nous avons mis en avant – et d’une façon générale son travail était et reste relativement faible en ce qui concerne la période pré 1917 des Protocoles. Il ne semble pas, au demeurant, que Taguieff ait exploité les fonds de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine de Nanterre sur le campus de l’Université (Paris X) où nous avons soutenu notre thèse en janvier 1999, donc avant la parution des informations concernant Golovinski; dans le Figaro Magazine (août 1999) et dans L’Express (novembre 1999).

Nous voudrions revenir sur des éléments qui nous font largement douter de la paternité de Golovinski sur les Protocoles, sinon à un stade terminal. Les Protocoles ne se réduisent pas au Dialogue aux Enfers entre Machiavel et Montesquieu de Joly, il ne faudrait pas l’oublier. Il est bien possible que Golovinski ait utilisé des documents d’origine allemande, eux-mêmes puisant dans certains cas, dans des textes traduits du français, ce qui était le cas de l’ouvrage de Joly. En effet, où Golovinski aurait-il trouvé à Paris certaines citations hébraïques attribuées aux protagonistes juifs ? Une certaine littérature antijuive, retournant le Talmud contre les Juifs, lui était-elle accessible4 ? Certes, en 1888, comme le note Paul Airiau5, l’ouvrage du chanoine August Rohling, Der Talmudjude, qui doit beaucoup à l’Entdecktes Judentumd’Eisenmernger, connaissait deux traductions françaises, avec force citations du Talmud mais il ne nous semble pas que cela soit là, au regard des citations, une source directe des Protocoles. En vérité, Golovinski aura plutôt fait oeuvre de deuxième voire de troisième main et aura traduit d’allemand en russe différents documents mais il n’aura pas constitué des faux de toutes pièces. Il n’en avait ni le temps, ni les moyens, pas plus d’ailleurs qu’il n’était allé étudier directement le Talmud. Il n’est donc pas l’auteur de faux, il est plus simplement un plagiaire de faux ! Il n’est donc nullement certain que Golovisnki ait su qu’il utilisait le texte de Joly, il est probable qu’il n’eut accès qu’à une adaptation de Joly, déjà sensiblement remaniée.

Nous avons montré le caractère maçonnique du matériau utilisé par les Protocoles.6 Nous ne pensons pas que l’on ait transformé directement le Dialogue de Joly en texte antisémite. Il est probable qu’on en ait d’abord fait un texte dénonçant les manigances maçonniques avant que Golovinski ne le transpose, à son tour, en un texte visant les Juifs. Et encore, nos analyses nous conduisent à penser que les Protocoles furent retouchés entre les premières versions non conservées et les suivantes et il serait bon que l’on puisse étudier le “manuscrit” d’origine qui aurait été conservé dans certaines archives conservées à Prague puis transférées à Moscou. En attendant, nous pensons que la première mouture des Protocoles – d’où la formule que nous choisîmes en tête du Sionisme et ses avatars - “Protocoles anciens et actuels (des Sages de Sion) de la Société Universelle des Francs-Maçons (1901-1907)” – était à caractère antijudéo-maçonnique et que la dimension judaïque fut accentuée par la suite, comme le décalage entre les chapeaux introductifs et le corps des sessions tend à le montrer.

Le rôle de l’historien des textes est de déterminer ce qui s’est passé et en l’occurrence ici de limiter sensiblement le rôle de Mathieu Golovinski, qui n’aura fait, selon nous, que puiser dans une littérature antimaçonnique et antijuive qui le précède et dont il se sert abondamment; il n’est qu’un chaînon assez modeste dans le processus qui conduisit aux Protocoles.7 L’approche journalistique est ici assez flagrante : “l’auteur est enfin identifié”, écrit Eric Conan, dans le magazine L’Express.

Le travail de réédition de Taguieff, outre quelques lignes d’introduction (pp. 9-10) et la “chronologie commentée” dont il a déjà été question, se réduit grosso modo à l’interpolation d’un paragraphe, au chapitre II (pp. 56-59) intitulé “Le témoignage étouffé et le faussaire oublié : la princesse Catherine Radziwill et Matthieu Golovinski”. Cette princesse avait appris de la bouche même de Golovinski son “forfait”, elle l’avait signalé mais bien plus tard, en 1921, en se trompant dans les dates, ce qui rendait son témoignage suspect.8 Il est pour le moins fâcheux que les études protocoliennes françaises en ce début de XXIe siècle, n’aient point, par la négligence de P. A. Taguieff à notre égard, brillé davantage au regard des travaux italiens, russes et anglo-saxons au lieu de sembler être à la remorque de la recherche étrangère. Nous verrons bien combien de temps il faudra encore pour remanier certaines bibliographies obsolètes et qui perdurent d’une édition à l’autre.

Ajoutons que les éditions Berg International qui publient l’étude sur les Protocoles de Taguieff avaient pris connaissance, aux fins de publication – de notre thèse d’EtatLe texte prophétique en France, laquelle comporte une partie importante sur les dits Protocoles et que notre thèse avait été notamment par les soins des dites éditions communiquée à Paul Airiau, lequel y publia plusieurs ouvrages qui ne sont pas sans rapport avec celle-ci.9

Jacques Halbronn
Paris, le 4 décembre 2004

Notes

Cf. Le Sionisme et ses avatars, pp. 417 et seq. Retour

Cf. Taguieff, Deuxième ed., pp. 325 et seq. Retour

Cf. Le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp 145-150. Retour

Cf. Le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp .189-202, cf. aussi article de R. Benazra, “L’élaboration de mythes pseudo-théologiques à partir du Talmud et du Shoulhan Arouh”, Encyclopaedia Hermetica, rubrique Antisemitica, Site ramkat.free.fr. Retour

Cf. L’antisémitisme catholique, en France, aux XIX et XXe siècles, Paris, Berg, 2002, pp. 73-74. Retour

Cf. le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp. 223-236. Retour

Cf. notre quatrième de couverture. Retour

Cf. V. Loupan, “L’affaire des “Protocoles des Sages de Sion”, le faussaire enfin démasqué”, Le Figaro Magazine, 7 août 1999, p. 22. Retour

Cf. Eglise et L’apocalypse du XIXeme siecle a nos jours, Paris, 2000, p. 199. Retour

 

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