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Réception de Mein Kampf en France et influence des Protocoles des Sages de Sion

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Réception de Mein Kampf en France
et influence des Protocoles des Sages de Sion

par Jacques Halbronn

    Selon J. P. Daix1, Hitler, pour rédiger Mein Kampf se serait inspiré de l’ouvrage de Moeller van de Bruck, Das Dritte Reich (le Troisième Reich). Mein Kampf serait-il un plagiat comme le furent les Protocoles, par rapport à l’ouvrage de Maurice Joly ?

En 1925, les Protocoles des Sages de Sion avaient en effet trouvé un nouveau support avec le premier volume de Mein Kampf, eine Abrechnung, d’Adolf Hitler qui paraît à Munich, chez F. Eher.2 L’accession de celui-ci en 1933 au pouvoir, comme chancelier, conduisit très vite les Français à relire Mein Kampf, ouvrage qui revêtirait désormais une toute autre importance. Dès 1933, un Charles Appuhn, aux penchants d’ailleurs antisémites; avait publié un Hitler par lui-même, d’après son livre “Mein Kampf” Paris, J. Haumont.3 Début 1934, paraît une traduction française, sous le titre Mein Kampf (en lettres gothiques). Mon combat (de J. Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes) non autorisée par l’auteur, aux Nouvelles Editions Latines, de Fernand Sorlot, début 1934, sans que l’on puisse, tant la présentation y est ambiguë, y voir nécessairement un signe d’adhésion de la part de l’éditeur aux thèses hitlériennes ni d’ailleurs l’inverse. Vignon (La doctrine hitlérienne, Ed. 1962, p. 7) signale que le journal communiste L’Humanité diffusa, à la parurtion, des extraits de la traduction parue chez Sorlot. Le 20 novembre 1934 (n° 13122), on peut y lire, en première page, un texte signé Marcel Cachin, directeur du journal, au titre ironique “Le pacifiste Hitler” : “Hitler a exposé ses idées pacifistes dans son livre “Mon combat” dont la lecture est imposée comme un catéchisme à tous les jeunes Allemands. ” Le pacifisme hitlérien s’y formule ainsi : “Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable”. Cela n’empêchait pas L’Humanité de mettre en avant les plans d’un Staline.4

Il ne semble pas, jusques à plus ample informé, que l’on se soit intéressé en France à Mein Kampf avant que son auteur ait accédé au pouvoir. L’éditeur veut simplement faire connaître les “promesses et les prédictions” de ce livre si lu outre Rhin, et qui annonce une “guerre sanglante” avec la France. A cette date, c’est d’abord la dimension anti-française de Mein Kampf que l’on retient. L’ouvrage sera interdit à la vente par le Tribunal de commerce de Paris (Première chambre), à la demande de l’éditeur allemand.5 En fait, il semblerait6 qu’il y ait eu une première édition, peut-être dès 1933, sans mention du nom des traducteurs, aux Ed. Fernand Sorlot suivie très vite, début 1934, d’une autre, avec leur mention, aux Nouvelles Editions latines du même Sorlot.

Cette interdiction apparaît comme une erreur aux yeux de certains, comme dans Mein Kampf (Mon combat) par Adolf Hitler ou le Livre interdit aux Français. Analyse du Livre interdit par Ch. Kula et E. Bocquillon, parue dans CGC (mensuel de la Confédération de Groupements de Contribuables, en mai 1934.7

Une édition autorisée – nous signala M. Kumperdinck, conservateur de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, faite d’extraits de Mein Kampf, ainsi que de discours et de lettres était parue en 1938, chez A. Fayard, dans la collection Les grandes études politiques et sociales, sous le titre de Ma doctrine dans une traduction de F. D. Auture (alias Henri Lèbre) et G. Blond, Paris.8 La table des matières est révélatrice (p. VII) :

“1924, la France nation impérialiste est l’ennemi mortel de l’Allemagne (…) 1938 : La frontière entre l’Allemagne et la France est définitivement fixée. Les peuples français et allemands égaux en droit ne doivent plus se considérer comme ennemis héréditaires mais se respecter réciproquement”. L’intention est claire: montrer que les positions de Hitler ont changé en quinze ans.

Dans le même genre, un ouvrage, bien disposé à l’égard d’ Hitler, intitulé Mein Kampf – Mon combat et comportant sur sa couverture la photo du Führer paraissait à Paris (Ed. R. Simon), constitué d’extraits et d’un résumé par L. Claudel.9 Signalons aussi une édition abrégée (par Marcel de Firs) de Mein Kampf, désormais sans titre en français, aux Ed. G. Ratier10, avec en couverture la croix gammée plaquée sur Mein Kampf. Signalons cette brochure Mein Kampf. Ce qui ne figure pas dans les Editions françaises publiées par les amis du Führer.11

Mein Kampf - Mon Combat -

   Signalons aussi, dès 1936, un recueil paru chez Grasset, Adolf Hitler, Principes d’action.12 Dans un avertissement, Bernard Grasset, par ailleurs éditeur des Protocoles des Sages de Sion, en français, dès le début des années Vingt, précise : “Voici le premier exposé de la doctrine nationale-socialiste par le Chancelier Hitler, publié avec son autorisation”. Cet ouvrage paru avec l’accord de Franz Eher, éditeur de Mein Kampf, ne comporte pas Mein Kampf mais divers discours moins compromettants à l’égard de la femme.

Les adversaires de Mein Kampf étaient cependant les plus nombreux et on publie en français un texte autrichien antinazi, du à Irène Harand, Son combat, Réponse à Hitler (titre original : Sein Kampf. Antwort an Hitler, Vienne, 1935.13 Signalons aussi l’adaptation du livre d’A. Stein, paru en allemand à Karlsbad, sur Hitler et lesProtocoles des Sages de Sion, par R.. Blank.14 Une curiosité, une édition bilingue, en arabe et en français, parue à Paris, composée d’extraits illustrés de Mein Kampf, sous le titre Le racisme et l’Islam, d’A.R. Fitrawe et qui témoigne à la veille du conflit d’une certaine hostilité arabe aux thèses racistes du livre de jeunesse du chancelier Hitler, devenu best seller. Précisons que c’est à cette époque que paraît, en 1937, la première édition de l’ouvrage de Paul Le Cour, L’ère du verseau.15

Réponse à Hitler

Les Protocoles des Sages de Sion dans Mein Kampf

   Voici la traduction du texte de Mein Kampf relatif aux “Sages de Sion” à savoir une partie du Ch. 11, “Volk und Rasse”, pp. 325 – 326, Ed. 1925) :

“Les Protocoles des Sages de Sion que les Juifs renient officiellement avec une telle violence ont montré d’une façon incomparable combien toute l’existence de ce peuple repose sur un mensonge permanent. “Ce sont des faux” riposte en gémissant la Gazette de Francfort et elle cherche à en persuader l’univers : c’est la meilleure preuve qu’ils sont authentiques. Ils exposent clairement et en connaissance de cause ce que beaucoup de Juifs peuvent exécuter inconsciemment. C’est l’important. Il est indiffèrent de savoir quel cerveau juif a conçu ces révélations ; ce qui est décisif, c’est qu’elles mettent au jour, avec une précision qui fait frissonner le caractère et l’activité du peuple juif et avec toutes leurs ramifications les buts derniers auxquels ils tendent. Le meilleur moyen de juger ces révélations est de les confronter avec les faits. Si l’on passe en revue les faits historiques des cent dernières années à la lumière de ce livre, on comprend immédiatement pourquoi la presse juive pousse de tels cris. Car le jour où il sera devenu le livre de chevet d’un peuple, le péril juif pourra être considéré comme conjuré.” (p. 307)

En 1939, Fernand Sorlot publiera, aux éditions qui portent son nom (et non aux Nouvelles Editions Latines dont il est le directeur) une édition expurgée et sensiblement abrégée Mon combat (Mein Kampf), avec en couverture la formule du maréchal Lyautey, sous le portrait de Hitler16 : “Tout français doit lire ce livre”. Le passage sur lesProtocoles est désormais édulcoré (p. 61) : “Les Protocoles des sages de Sion répudiés avec imagination (sic !) par les juifs paraissent donner l’explication des méthodes juives, l’indication de leurs buts. Si ce livre était inconnu (sic), le danger juif disparaîtrait”. On pense au chapitre sur les juifs, figurant dans la Pronosticatio de Lichtenberger, à la fin du XVe siècle17 et qui sera traduit en français au siècle suivant, quatre cents ans avant Mein Kampf.

Hitler à Vienne

   Quand Adolf Hitler (1889 – 1845), auteur à succès de Mein Kampf - cela lui permit de renoncer à son traitement de chancelier – prit-il connaissance des Protocoles des Sages de Sion ? On serait tenté de répondre quand il parvint en Allemagne. D’ailleurs, dira-t-on, les dits Protocoles étaient-ils accessibles, en allemand, avant 1919 ? Hitler qui vient de servir dans l’armée allemande a alors, au sortir de la Grande Guerre, 30 ans. En effet, depuis 1913 – à l’âge de 24 ans – Hitler vit à Munich, en Bavière catholique, décision importante qui est le résultat d’une certaine évolution. J. Pitois, dans une étude18 qu’il lui consacre signale : “Il assiste à des séances publiques du Parlement de Vienne” Cela eut lieu dans les années 1908 – 1909 où sévissait notamment, sous forme d’obstructions diverses, dans cette assemblée le nationalisme socialiste tchèque.19

Or, nos travaux ont mis en évidence le fait que les Protocoles des Sages de Sion parurent dans les Actes du dit Parlement autrichien, entre 1906 et sous une forme plus ample en 1909, en précisant le rôle central de certains députés tchèques dans la transmission de ce texte.20

On pourrait raisonnablement supposer que l’antisémitisme des députés tchèques, inspirés par les Protocoles des Sages de Sion, traduits de russe en tchèque, puis de là en allemand, a pu joue un certain rôle dans la formation idéologique du jeune Hitler, qui avait alors une vingtaine d’années. Ce qui est sûr, c’est qu’en 1923 – 24 quinze ans plus tard, dans la prison où il rédige Mein Kampf, dont le second volume (1927) – le premier paraît dès 1925 – traite notamment de la période viennoise, Hitler mentionne les Protocoles. En fait, le caporal Hitler en aurait rédigé une première esquisse dès 1919, sous le titre de Die germanische Revolution, resté à l’état de manuscrit.21

En fait, Hitler avait mis en place son programme très tôt et probablement au début de sa vingtaine : “C’est à cette époque (celle de son séjour à Vienne) que se sont formés en moi une image et une conception du monde qui sont devenues la base granitique de mon action. Je n’ai rien eu à ajouter par l’étude à ce que je m’étais ainsi crée à l’époque et je n’ai rien eu à y changer.”22

La “protocolisation” de Mein Kampf

   Si les Protocoles des Sages de Sion continuent à paraître dans les années Trente, en France, ils cohabitent avec les ouvrages consacrés à Mein Kampf, “la Bible de l’Allemagne Moderne”. Et d’une façon générale, la publication de cet ouvrage en France ainsi que les commentaires qui en sont donnés, sont le fait d’adversaires de ce qu’on appelle alors l’hitlérisme.

Par protocolisation de Mein Kampf, il faut entendre ici d’abord que l’on retourne un texte contre son auteur ou son présumé / prétendu auteur (individuel ou collectif). Hitler a annoncé / dévoilé ses intentions, ses plans, dans un texte antérieur à son avènement et il ne souhaite pas que le public français en prenne connaissance23 tout comme les juifs étaient supposés, à la même époque, tout faire pour empêcher la diffusion de “leurs” Protocoles ou pour en minimiser la signification et l’actualité.

Cette littérature anti-Mein Kampf devient un genre qui ne mobilise nullement des antisémites : On relèvera, notamment, la présentation de Français, connaissez-vous Mein Kampf ?, campant un nazi, à table devant une mappemonde, une svastika à l’arrière plan. Une telle scène aurait pu aussi bien faire figurer un Juif.

Voilà quelques titres :

Français, connaissez-vous Mein Kampf ? Préface de Léon Mabille, Ed Paix et liberté.24

- H. Drouillet, Réponse d’un Français à l’auteur de “Mein Kampf”.25

- G. Sorbets, Le péril extérieur. L’hitlérisme, Paris, Sorlot26), d’abord paru dans La Petite Illustration, (12 novembre 1938)

- Le Franc Gaulois, Alerte : La paix ? La guerre ? Que veut Hitler ? Ce que promettait le Chancelier allemand dans “Mein Kampf” en 1926… et ce qu’il tient en 1936.27

La paix ? La guerre

   - A. Hitler, Mein Kampf. Edition abrégée de “Mon combat”, Pages choisies et commentées par N. Marceau, Paris, Ed. Du comité Thaelmann, 1938.28

- A. Hitler, Mein Kampf, ce qui ne figure pas dans les éditions françaises publiées par les amis du Führer, Paris, Le Comité de défense républicaine et française.29

Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938.

- Abder Rahman Fitrawe, Le racisme et l’Islam, Paris, (édition bilingue français-arabe).30

- R. Morvilliers, Face à Hitler et à Mein Kampf, Paris, chez l’auteur, 1939.31

- Benoist- Méchin, Eclaircissements sur Mein Kampf d’Adolf Hitler. Le livre qui a changé la face du monde, Paris, Albin Michel, 1939.32

- Iréne Harand, Son combat. Réponse à Hitler, Vienne & Bruxelles, 1936.33

- Alexander Stein, Adolf Hitler, Schüler der “Wesien von Zion”, Karlsbad, Ed. Graphia, 1936.34

- M. L. Michel, A. Hitler, Mein Kampf (mon combat). Extraits de Mein Kampf, Paris, Les Belles Editions.

Mein Kampf, étudié par un français moyen, Paris, Longin.35

- R. De Beauplan, “Un problème de l’heure. Le drame juif”, La Petite Illustration, 4 février 1939; p. 18.

Prenons le cas de l’ouvrage de Ruben Blank (Marcovitch), préfacé par le russe Paul Milioukov.36 On y parle des “confessions” d’Hitler en notant :

“Son livre Mein Kampf écrit dans la solitude de la prison contient assurément plus que ses déclamations sur la place publique. Bien que dix années se soient écoulées, depuis la composition de ce livre ; son auteur n’en a rien retiré, ni rien changé dans ses éditions innombrables qu’il en a fait paraître depuis.”

Préface de Milioukov

   On notera que le préfacier n’est autre que le russe Milioukov, lequel, au début des années 1920, avait participé à un ouvrage dirigé contre les Protocoles des Sages de Sion, paru en 1922, à Paris, en langue russe, aux éditions de la Presse franco-russe, Pravda o Sionskikh Protokolihn, la vérité sur les Protocoles de Sion (ou sionistes) mais qui beaucoup plus récemment (1935) avait, en cette qualité, témoigné au Procès de Berne.

Ailleurs, on parle de l’ “aveu” de Hitler, c’est là que l’on connaîtra ses vrais intentons derrière des discours parfois lénifiants (Français, connaissez-vous Mein Kampf ?). Léon Mabille, dans la préface affirme ainsi :

“Les porte parole d’Hitler en France essayent de masquer les menaces d’Hitler. Ils nous disent : Mein Kampf, littérature désuète, livre du passé”. Non Mein Kampf n’est pas une oeuvre périmée, c’est l’expression de la politique permanente du pangermanisme (…) Les discours d’Hitler sont toujours démentis par ses actes, tous les actes d’Hitler ont confirmé Mein Kampf” (pp. I et II)

Dans un autre pamphlet anti-hitlérien37, la protocolisation de M. K. est particulièrement flagrante, les procédés sont identiques à ceux des commentateurs des Protocoles: il ne s’agit pas de montrer au regard des faits actuels leur authenticité mais leur actualité : “Mein Kampf, c’est, on le sait, le bréviaire du pangermanisme, sans les Habsbourg, (…)Voici les textes confrontés aux faits les plus récents (…) Il fallait rappeler ces textes qui sont le point de départ et le plan originel de la politique extérieure du Chancelier allemand en 1926.”

En 1936, une attaque contre les Protocoles paraîtra en allemand, à Paris, aux Ed. du Carrefour38 : Was soll mit den Juden geschehen ? Praktische Vorschläge von Julius Streicher und Adolf Hitler. “Que va-t-il advenir des juifs? ” demandent l’auteur contraint de publier hors d’Allemagne. On y reprend la thèse (p. 45) d’un faux de l’Okhrana et on y signale la condamnation en première instance, lors du procès de Berne, en date du 14 mai 1935, sans oublier de signaler le passage de Mein Kampfsusmentionné, dans son édition de Munich, NSDAP, 1935, p. 337.39

Ce serait donc peut-être un mauvais procès intenté à Fernand Sorlot (dont un des fils, Bertrand, directeur des Editions de l’Albatros, publiera, en 1979, Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau40, que d’avoir publié, Mein Kampf, étant donné qu’il s’agissait de sa protocolisation, mais ne peut-il s’agir d’une façon quelque peu hypocrite de diffuser certaines thèses dont on est finalement assez proche ? D’ailleurs, le même libraire ne publiera-t-il pas l’ouvrage de G. Sorbets, Le péril extérieur. L’hitlérisme ?(L’hitlérisme d’après Mein Kampf, pp.13 et seq) L’expression “péril extérieur” fait pendant à celle de “péril juif”, associée aux Protocoles des Sages de Sion.

Exégèse d’un texte prophétique

   Le texte de Mein Kampf nous semble avoir été prophétisé, c’est-à-dire qu’on lui aura conféré un statut de prophétie. Un cas remarquable est celui d’un certain M. L. Michel (Extraits de Mein Kampf) qui publie plusieurs commentaires – faute d’en pouvoir publier une édition française complète – réajustés au fil des événements. Le commentateur rappelle, dans l’édition en date de mars 1939, que “lors de la première édition de ce recueil d’extraits, ainsi que le passage ci-après le fera bien comprendre, j’avais commenté “Mon combat” sans haine, sans parti-pris : objectivement (…) Ainsi donc, par ce dernier coup de force (en Tchécoslovaquie, au lendemain des Accords de Munich) Hitler poursuit la réalisation de “Mein Kampf” (…) La bible nationale-socialiste, dont les extraits nous montreront (…) Combien elle avait prévu (sic) les événements actuels, deviendra à la suite de quelque nouveau “Diktat” la bible de l’Europe, en attendant de devenir le livre Saint du monde.” (p. 11)

On comprend que Hitler, en définitive, en appliquant à la lettre son texte soit parvenu à lui conférer un certain caractère prophétique dépassant, en quelque sorte, sa propre personne comme si son ouvrage avait été inspiré par quelque prescience du futur. Mais, face aux commentaires de MK, notamment en France, on ne peut s’empêcher de penser au destin des Centuries nostradamiques41 également objet de tant d’interprétations conduisant à une sensation de surdétermination, notamment sous la Révolution.42

Les Protocoles retournés contre l’Allemagne

   Mais la polémique anti-hitlérienne va plus loin. Ce sont les Protocoles des Sages de Sion eux-mêmes qui seraient une clef pour comprendre la stratégie nazie : “Les Protocoles (…) peuvent être considérés comme le bréviaire politique des dirigeants du Troisième Reich.”43

Nous en reproduisons d’assez longs passages (à partir des pages 199 à 205), on est au lendemain du Procès de Berne (1935) qui avait vu traîner devant les tribunaux suisses les éditeurs d’une version en langue allemande des Protocoles. Il s’agit en fait de l’adaptation française d’un ouvrage, d’Alexander Stein, Adolf Hitler, Schüler der “Weisen” von Zion, paru en 1936, c’est-à-dire “Hitler, disciple des Sages de Sion”.

Blank, suivant Stein, pose la question : “Qu’est-ce donc qui l’intéresse (Hitler) si puissamment dans les Protocoles des Sages de Sion qu’il en a fait, paraît-il, son livre de chevet ? ” A cette question une réponse frappante a été donnée par l’expert suprême au Tribunal de Berne, M. C. A. Loosli : “Les Protocoles des Sages de Sion (…) correspondent non pas à l’esprit des Juifs mais à l’esprit de l’Allemagne d’aujourd’hui (…) La similitude de l’idéologie politique de M. Hitler avec celle des Protocoles des Sages de Sion est indéniable. Cela ne signifie pas, cependant, que le fondateur du “Troisième Reich” ait emprunté ses principes politiques au pamphlet de la police politique des tsars mais indique seulement une parenté spirituelle (qui) éclate avec une clarté particulière quand on compare l’activité politique de M. Hitler comme chef d’Etat avec le programme politique des Protocoles des Sages de Sion. (dont les préceptes) ont été suivis (…) depuis son avènement au pouvoir avec une fidélité telle qu’on pourrait soupçonner qu’il soit lui-même un Sage de Sion.” Et Blank de préciser avec un certain mordant : “Nous savons pourtant qu’il (Hitler) n’a rien de commun avec Sion. Mais nous savons aussi que les Protocoles des Sages de Sion sont totalement étrangers à l’ancienne patrie d’Israël, que leurs auteurs étaient en réalité des “Sages” de Saint-Petersbourg.”

Réponse du berger à la bergère : non seulement, dans les années 1934 – 1939, en France, Mein Kampf, ouvrage au demeurant beaucoup plus ample, de près de 700 pages, est-il protocolisé mais, en quelque sorte, les Protocoles des Sages de Sion sont “meinkampfisés”. Il ne emble pas que les tenants et les aboutissants des rapports entre Protocoles et Mein Kampf aient été signalés par les historiens actuels ni dans les ouvrages consacrés à Hitler , ni dans ceux consacrés aux Protocoles des Sages de Sion.44

On notera que la vente tant de Mein Kampf que des Protocoles des Sages de Sion est de nos jours respectivement contrôlée et interdite en France. Le Mein Kampf qui fut diffusé en France par les Allemands était un faux édulcoré et tronqué mais dont l’auteur était bien Hitler. L’interdiction qui frappe cet ouvrage de nos jours n’est plus le fait des éditeurs de Hitler mais parce qu’à l’instar des Protocoles, il véhicule des positions antisémites mais à l’époque Hitler cherchait moins à occulter son antisémitisme que sa francophobie. En supprimant des passages de son ouvrage, on ne l’en dénaturait pas moins. Ce faisant Hitler cherchait à persuader les Français qu’il ne les attaquerait pas et concentrerait son effort à l’Est de l’Allemagne, où il comptait élargir ses frontières, tout en diffusant massivement un Mein Kampf inchangé dans son pays, ce qui lui permettait un double jeu, ses discours successifs devant être resitués par rapport à cet ouvrage clef.

Bibliographie des sources secondaires

   - J. Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002.

- J. Halbronn, La vie astrologique, années Trente-Cinquante, Paris, Trédaniel, 1995.

- J. Halbronn, “The term Protocols from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion, and the reception of the russian Protocols in Central Europe before 1917”, Proceedings of the Twelfth World Congress of Jewish Studies, Jérusalem, 2001.

- J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Préface H. Gabrion, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002.

- J. Putois, “Les voies contemporaines de la Barbarie“, (II), Revue Yerushalaim, 31, 2002 – 2003.

- B. Hamann, La Vienne d’Hitler. Les années d’apprentissage d’un dictateur, trad. de l’allemand, Paris, Ed. des Syrtes, 2002.

- H. Hannoun, Le nazisme, fausse éducation, véritable dressage, Presses Universitaires du Septentrion, 1997.

- E. Jäckel, Hitler idéologue, trad. de l’allemand, J. Chavy, Paris, Gallimard, 1995.

- B. Zehnpfennig, Hitlers mein Kampf: eine Interpretation, Munich, W. Fink, 2000.

- G. Mendel, La révolte contre le père. Une introduction à la sociopyschanalyse, Paris, Payot, 1968.

- W. Maser, Mein Kampf d’Adolf Hitler, Paris, Plon, 1966.

- Th. Féral, Le “combat” hitlérien. Eléments pour une lecture critique, Paris, La Pensée Universelle, 1981.

- H. Staudinger, The inner nazi. A critical analysis of Mein Kampf, Louisiana State University, 1981.

- Marc de Launay, “Lecture de Mein Kampf”, Les Cahiers de la Shoah, 3, Paris; Liana Lévi, 1996.

Jacques Halbronn
Paris, le 25 mars 2003

Notes

Cf. Hitler est-il l’auteur de la doctrine de Mein Kampf, texte dactylographié, conservé à la Bibl. de Documentation Internationale Contemporaine, Q pièce 8164, mai 1939. Retour

Cf. BNF, Res pM 278(1). Retour

Cf. BNF, 8 M24413. Retour

Cf. BNF; 8° M 24413. Retour

Cf. Hitler et sa doctrine, Paris; Ed. de l’ère nouvelle, fin 1934, p. 5. Voir BNF, 8° M Pièce 6820. Retour

Cf. Th. Féral, Le “combat” hitlérien. Eléments pour une lecture critique, p. 33. Retour

Cf. BNF, Z Barrès 21287 . Retour

Cf. BNF, Z Barrès 20798. Retour

Cf. Bibl. Alliance, U 1016. Retour

10 Cf. BNF, 8°M 25686. Retour

11 Cf. BNF, 8°M Pièce 6795. Retour

12 Cf. Bibl. Documentation Internationale Contemporaine, S 48866. Retour

13 Cf. Bibl. de Documentation Internationale Contemporaine, Q pièce 2164. Retour

14 Cf. infra. Retour

15 Cf. notre étude sur cet auteur, sur le Site du Cura. Free.fr et sur le Site Ramkat.free.fr. Retour

16 Cf. BNF, 8° M 25633. Retour

17 Cf. notre étude consacrée au Mirabilis Liber sur le Site Cura.free.fr. Retour

18 Cf. “Les voies contemporaines de la Barbarie”. Retour

19 Cf. B. Hamann, La Vienne d’Hitler. Les années d’apprentissage d’un dictateur, pp. 157 – 158. Retour

20 Cf. J. Halbronn, “The term Protocols from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion, and the reception of the russian Protocols in Central Europe before 1917” ; J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle ; J. Halbronn, Le texte prophétique en FranceRetour

21 Cf. W. Maser, Mein Kampf de Adolf Hitler, p. 160 ; Marc de Launay, “Lecture de Mein Kampf”. Retour

22 Cf. Mein Kampf, d’après l’article de M. De Launay, op. cit., p. 15. Retour

23 Cf. supra. Retour

24 Cf. BNF, 8°R 25170. Retour

25 Cf. BNF, 8° R 22374. Retour

26 Cf. BNF, 8° G 13961. Retour

27 Cf. BNF, 8 ° M 8542. Retour

28 Cf. BNF, 8° M 25600. Retour

29 Cf. BNF 8°M 6795. Retour

30 Cf. Bibl. Alliance, U 1031. Retour

31 Cf. Bibl. De Documentation Contemporaine, Nanterre, S 61034. Retour

32 Cf. BNF 8°M 25801. Retour

33 Cf. Bibl. Alliance. Retour

34 Cf. Bibl. Alliance Israélite Universelle, I 3630. Retour

35 Cf. Bibl. Documentation Internationale Contemporaine, S 23177. Retour

36 Cf. “Le racisme & l’antismétisme”); Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938. Retour

37 Cf. Le Franc Gaulois, Alerte: La paix? La guerre ? Que veut Hitler? Ce que promettait le Chancelier allemand dans “Mein Kampf” en 1926… et ce qu’il tient en 1936Retour

38 Cf. BNF, 8° M 24964. Retour

39 Cf. BNF, 8° M 26122. Retour

40 Cf. rubrique Aquarica sur le Site Ramkat. free.fr. Retour

41 Cf. notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002. Retour

42 Cf. notre ouvrage, Le texte prophétique en FranceRetour

43 Cf. Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938. Retour

44 Cf. les deux volumes parus sur le sujet chez Berg, en 1992, sous la direction de P. A. Taguieff. Retour

 


 

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