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Les enjeux d’une édition consacrée aux Protocoles des Sages de Sion

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Etudes protocoliennes : les enjeux d’une réédition

par Jacques Halbronn

A propos de la nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, faux et usages d’un faux
par Pierre-André Taguieff, Paris, Berg International-Fayard, 2004

    En 1998, Pierre André Taguieff prit connaissance de notre thèse d’Etat, le Texte Prophétique en France, formation et fortune, que nous soutinmes en janvier 1999, à Paris X, Nanterre. Une partie de notre travail concernait les Protocoles des Sages de Sion et nous avions adressé notre travail sachant que Taguieff avait dirigé un ensemble de travaux sur ce sujet (Ed. Berg), en vue d’obtenir qu’il participe à notre jury de thèse. Ce qu’il refusa en raison même de certaines critiques que nous avions portées à sa première édition de l’ouvrage dont est parue récemment une deuxième édition et qui lui paraissaient discourtoises. Quand nous apprîmes, il y a peu, qu’une nouvelle édition du dit ouvrage sortait, on conçoit notre curiosité : allait-il citer notre thèse, allait-il reprendre certaines de nos observations et conclusions, d’autant qu’en 2002, nous avions publié Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ed. Ramkat, dont un exemplaire fut déposé à la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle et un autre à la Bibliothèque Nationale de France. Or, on sait qu’avec Internet, il est de plus en plus difficile de ne pas être informé de ce qui paraît sur un sujet ou/et de la plume de tel auteur. Or, si on tape, sur google, “Protocoles des Sages de Sion 1999” ou “Protocoles des Sages de Sion 2002”, on trouve nos différents travaux protocoliens indiqués. Et ne parlons pas de nos articles sur ce sujet sur le Site Ramkat.free.fr. Ajoutons que certaines de nos recherches protocoliennes avaient déjà fait l’objet d’une communication en 1997, dans le cadre des Congrès mondiaux d’Etudes Juives, qui se tiennent tous les 4 ans à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il est vrai que la revue Politica Hermetica ne signala pas la parution de notre ouvrage dans son édition de 2002 ni dans celle de 2003 alors que nous leur en avions assuré un service de presse, malgré un article de Michael Hagemeister paru dans cette même revu en 1995.

Donc, après nous être procuré la nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, faux et usage d’un faux, nous commençames à regarder si notre nom figurait dans l’index des noms cités. Il ne s’y trouvait point. Cela nous rendit quelque peu perplexe mais nous pensions que Taguieff n’avait pu ignorer certaines données bibliographiques que nous avions signalées, notamment concernant les premières éditions des Protocoles en langue allemande et en langue tchèque mais aussi en langue russe, ce qui rend sa nouvelle recension dépassée avant même de paraître. Or, aucun des éléments que nous avions fournis n’avait été repris par Taguieff, à l’occasion de sa réédition de 2004 ! Comme si Taguieff s’était contenté des éléments apportés depuis 1992 concernant Mathieu Golovinski, venant confirmer que c’est à Paris que lesProtocoles avaient été fabriqués. Tout se passe comme si Taguieff avait décidé de n’attacher aucune importance à notre thèse d’Etat ni à quoi que ce soit émanant de nous.

Nous examinerons la chronologie protocolienne de Taguieff ainsi que sa bibliographie en montrant jusqu’à quel point il n’a pas su ou voulu tenir compte de nos travaux, ce qui est tout de même assez rare dans le domaine de l’érudition, tant et si bien que les reproches que nous lui formulions en 1998 restent toujours valables. Nous nous servirons essentiellement de notre livre Le Sionisme et ses avatars etc (opus cité).

Première observation : Taguieff propose une chronologie commentée (pp. 289 à 323) qui ne figurait pas dans la première édition, formule que nous avions, pour notre part, adoptée tant dans notre thèse d’Etat que dans Le sionisme et ses avatars (pp. 417 à 431). Dans cette chronologie, Taguieff prend la peine de mentionner à plusieurs reprises Herzl :

“1896 : Theodor Herzl. Der Judenstaat (Leipzig et Vienne, M. Breitenstein) ” (p. 294)
“1897 : 29-31 août Premier Congrès Sioniste, organisé à Bale” (p. 295)
“1902 : 8 août Premier entretien de Herzl avec Plehve” (p. 296)
“1903 : 23 août Ouverture du 6e Congrès sioniste à Bâle” (p. 296)
“1904 : 25 janvier Pie X déclare à Herzl “Les Juifs n’ont pas reconnu etc”
“1904 : 3 juillet Mort de Herzl” (p. 297)

 

Ce couplage des activités sionistes et de Herzl avec la chronologie des Protocoles est tout de même assez frappant quand on sait que notre ouvrage paru en 2002 ne cesse de rapprocher ces deux plans.1 Curieusement, il ne semble pas que Taguieff s’explique sur ce rapprochement dans le corps de son livre, il est vrai fort peu remanié. On notera en tout cas le rôle du Paris des années 1899 comme cadre de la rédaction tant de l’Etat Juif que des Protocoles.

En fait, en 2004, la représentation de la diffusion des Protocoles hors de Russie est inchangée en dépit de nos contributions. On en reste à la position décrite par Michael Hagemeister, dans son article paru dans The Holocaust Encyclopaedia de W. Laqueur (Yale University Press, 2001) : les Protocoles seraient restés inconnus hors de Russie – “hitherto unknown outside Russia” (p. 501) avant la Révolution d’Octobre/Novembre 1917. Nous avons montré que cette observation était erronée et que des traductions tchèque et allemande avaient eu lieu autour de 1910, soit bien avant la dite Révolution d’Octobre, “The Protocols were discovered only in the wake of the Bolshevik Revolution”, précise Hagemeister.

La “Bibliographie des Protocoles”2 est très peu satisfaisante : on ne cite pas l’article de Novoie Vriémia du mois d’avril 1902, signé Menchikoff et qui fait état d’un manuscrit, probablement achevé à la fin de 1901.3 Nous avons publié la traduction de cet article dans Le Sionisme et ses avatars (pp. 367 et seq.).

Rien sur la première traduction tchèque de la version Boutmi des <Protocoles ni de sa traduction allemande paraissant dans les compte rendus de séances du Parlement de Vienne sous couvert de traduction du français d’un ouvrage de Roger Gougenot des Mousseaux, Le Juf, le judaïisme et la judaïsation des peuples chrétiens. On en reste toujours en 1919 pour la première traduction allemande, soit à dix ans d’écart par rapport à ce qui s’est véritablement produit. Rappelons que dès 1991, un chercheur slovaque, R. Helebrandt, avait signalé ces premières occurrences en langue allemande (Kniezata zloby (Protokoly sionskych mudrcov), étude conservée à la BNF.

Quant au personnage de Golovinski, il convient de ne pas en surestimer l’importance. S’il importe d’insister sur le fait que les Protocoles des Sages de Sion, sous ce titre, ne circulèrent pas avant 1901 et non, comme l’écrivait Taguieffe dans sa première édition, dans “les années 1897-1898”, cela tient notamment à ce qu’il ne faille pas négliger l’influence des Congrès Sionistes dont le premier eut lieu à Bâle durant l’Eté 1897. Si les Protocoles avaient été rédigés juste à ce moment là, cela eut été un peu court pour faire apparaître une influence alors qu’en 1900-1901, la tenue annuelle de Congrès Sionistes est un fait bien connu et qui marque les esprits.

Cela dit, de quoi réellement Golovinski est-il l’auteur ? Admettons qu’il soit l’auteur du document final, la question reste posée de ses sources et des documents dont il s’est servi. Selon nous, il est fort probable que Golovinski ait recyclé des faux antérieurs antimaçonniques lesquels avaient notamment plagié Joly et nous attendons donc des preuves qu’il serait lui-même l’auteur du plagiat en question. Tout au plus, Golovinski aura remanié un faux, aura renforcé son caractère judaïque et aura éventuellement donné son nom au faux en question sur le modèle des Congrès Sionistes. Rappelons que le terme Protocoles était utilisé alors pour décrire précisément les débats d’un Congrès. Par ailleurs, il aura pu interpoler quelques éléments récents comme la référence au scandale de Panama.

Taguieff ne cite ni Mordvinov, ni Mentchikoff, ni Diomtchenko – auteurs que nous avons mis en avant – et d’une façon générale son travail était et reste relativement faible en ce qui concerne la période pré 1917 des Protocoles. Il ne semble pas, au demeurant, que Taguieff ait exploité les fonds de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine de Nanterre sur le campus de l’Université (Paris X) où nous avons soutenu notre thèse en janvier 1999, donc avant la parution des informations concernant Golovinski; dans le Figaro Magazine (août 1999) et dans L’Express (novembre 1999).

Nous voudrions revenir sur des éléments qui nous font largement douter de la paternité de Golovinski sur les Protocoles, sinon à un stade terminal. Les Protocoles ne se réduisent pas au Dialogue aux Enfers entre Machiavel et Montesquieu de Joly, il ne faudrait pas l’oublier. Il est bien possible que Golovinski ait utilisé des documents d’origine allemande, eux-mêmes puisant dans certains cas, dans des textes traduits du français, ce qui était le cas de l’ouvrage de Joly. En effet, où Golovinski aurait-il trouvé à Paris certaines citations hébraïques attribuées aux protagonistes juifs ? Une certaine littérature antijuive, retournant le Talmud contre les Juifs, lui était-elle accessible4 ? Certes, en 1888, comme le note Paul Airiau5, l’ouvrage du chanoine August Rohling, Der Talmudjude, qui doit beaucoup à l’Entdecktes Judentumd’Eisenmernger, connaissait deux traductions françaises, avec force citations du Talmud mais il ne nous semble pas que cela soit là, au regard des citations, une source directe des Protocoles. En vérité, Golovinski aura plutôt fait oeuvre de deuxième voire de troisième main et aura traduit d’allemand en russe différents documents mais il n’aura pas constitué des faux de toutes pièces. Il n’en avait ni le temps, ni les moyens, pas plus d’ailleurs qu’il n’était allé étudier directement le Talmud. Il n’est donc pas l’auteur de faux, il est plus simplement un plagiaire de faux ! Il n’est donc nullement certain que Golovisnki ait su qu’il utilisait le texte de Joly, il est probable qu’il n’eut accès qu’à une adaptation de Joly, déjà sensiblement remaniée.

Nous avons montré le caractère maçonnique du matériau utilisé par les Protocoles.6 Nous ne pensons pas que l’on ait transformé directement le Dialogue de Joly en texte antisémite. Il est probable qu’on en ait d’abord fait un texte dénonçant les manigances maçonniques avant que Golovinski ne le transpose, à son tour, en un texte visant les Juifs. Et encore, nos analyses nous conduisent à penser que les Protocoles furent retouchés entre les premières versions non conservées et les suivantes et il serait bon que l’on puisse étudier le “manuscrit” d’origine qui aurait été conservé dans certaines archives conservées à Prague puis transférées à Moscou. En attendant, nous pensons que la première mouture des Protocoles – d’où la formule que nous choisîmes en tête du Sionisme et ses avatars - “Protocoles anciens et actuels (des Sages de Sion) de la Société Universelle des Francs-Maçons (1901-1907)” – était à caractère antijudéo-maçonnique et que la dimension judaïque fut accentuée par la suite, comme le décalage entre les chapeaux introductifs et le corps des sessions tend à le montrer.

Le rôle de l’historien des textes est de déterminer ce qui s’est passé et en l’occurrence ici de limiter sensiblement le rôle de Mathieu Golovinski, qui n’aura fait, selon nous, que puiser dans une littérature antimaçonnique et antijuive qui le précède et dont il se sert abondamment; il n’est qu’un chaînon assez modeste dans le processus qui conduisit aux Protocoles.7 L’approche journalistique est ici assez flagrante : “l’auteur est enfin identifié”, écrit Eric Conan, dans le magazine L’Express.

Le travail de réédition de Taguieff, outre quelques lignes d’introduction (pp. 9-10) et la “chronologie commentée” dont il a déjà été question, se réduit grosso modo à l’interpolation d’un paragraphe, au chapitre II (pp. 56-59) intitulé “Le témoignage étouffé et le faussaire oublié : la princesse Catherine Radziwill et Matthieu Golovinski”. Cette princesse avait appris de la bouche même de Golovinski son “forfait”, elle l’avait signalé mais bien plus tard, en 1921, en se trompant dans les dates, ce qui rendait son témoignage suspect.8 Il est pour le moins fâcheux que les études protocoliennes françaises en ce début de XXIe siècle, n’aient point, par la négligence de P. A. Taguieff à notre égard, brillé davantage au regard des travaux italiens, russes et anglo-saxons au lieu de sembler être à la remorque de la recherche étrangère. Nous verrons bien combien de temps il faudra encore pour remanier certaines bibliographies obsolètes et qui perdurent d’une édition à l’autre.

Ajoutons que les éditions Berg International qui publient l’étude sur les Protocoles de Taguieff avaient pris connaissance, aux fins de publication – de notre thèse d’EtatLe texte prophétique en France, laquelle comporte une partie importante sur les dits Protocoles et que notre thèse avait été notamment par les soins des dites éditions communiquée à Paul Airiau, lequel y publia plusieurs ouvrages qui ne sont pas sans rapport avec celle-ci.9

Jacques Halbronn
Paris, le 4 décembre 2004

Notes

Cf. Le Sionisme et ses avatars, pp. 417 et seq. Retour

Cf. Taguieff, Deuxième ed., pp. 325 et seq. Retour

Cf. Le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp 145-150. Retour

Cf. Le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp .189-202, cf. aussi article de R. Benazra, “L’élaboration de mythes pseudo-théologiques à partir du Talmud et du Shoulhan Arouh”, Encyclopaedia Hermetica, rubrique Antisemitica, Site ramkat.free.fr. Retour

Cf. L’antisémitisme catholique, en France, aux XIX et XXe siècles, Paris, Berg, 2002, pp. 73-74. Retour

Cf. le Sionisme et ses avatars, op. cit., pp. 223-236. Retour

Cf. notre quatrième de couverture. Retour

Cf. V. Loupan, “L’affaire des “Protocoles des Sages de Sion”, le faussaire enfin démasqué”, Le Figaro Magazine, 7 août 1999, p. 22. Retour

Cf. Eglise et L’apocalypse du XIXeme siecle a nos jours, Paris, 2000, p. 199. Retour

 

Publié dans HISTOIRE, judaîsme | Pas de Commentaire »

Réception de Mein Kampf en France et influence des Protocoles des Sages de Sion

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Réception de Mein Kampf en France
et influence des Protocoles des Sages de Sion

par Jacques Halbronn

    Selon J. P. Daix1, Hitler, pour rédiger Mein Kampf se serait inspiré de l’ouvrage de Moeller van de Bruck, Das Dritte Reich (le Troisième Reich). Mein Kampf serait-il un plagiat comme le furent les Protocoles, par rapport à l’ouvrage de Maurice Joly ?

En 1925, les Protocoles des Sages de Sion avaient en effet trouvé un nouveau support avec le premier volume de Mein Kampf, eine Abrechnung, d’Adolf Hitler qui paraît à Munich, chez F. Eher.2 L’accession de celui-ci en 1933 au pouvoir, comme chancelier, conduisit très vite les Français à relire Mein Kampf, ouvrage qui revêtirait désormais une toute autre importance. Dès 1933, un Charles Appuhn, aux penchants d’ailleurs antisémites; avait publié un Hitler par lui-même, d’après son livre “Mein Kampf” Paris, J. Haumont.3 Début 1934, paraît une traduction française, sous le titre Mein Kampf (en lettres gothiques). Mon combat (de J. Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes) non autorisée par l’auteur, aux Nouvelles Editions Latines, de Fernand Sorlot, début 1934, sans que l’on puisse, tant la présentation y est ambiguë, y voir nécessairement un signe d’adhésion de la part de l’éditeur aux thèses hitlériennes ni d’ailleurs l’inverse. Vignon (La doctrine hitlérienne, Ed. 1962, p. 7) signale que le journal communiste L’Humanité diffusa, à la parurtion, des extraits de la traduction parue chez Sorlot. Le 20 novembre 1934 (n° 13122), on peut y lire, en première page, un texte signé Marcel Cachin, directeur du journal, au titre ironique “Le pacifiste Hitler” : “Hitler a exposé ses idées pacifistes dans son livre “Mon combat” dont la lecture est imposée comme un catéchisme à tous les jeunes Allemands. ” Le pacifisme hitlérien s’y formule ainsi : “Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable”. Cela n’empêchait pas L’Humanité de mettre en avant les plans d’un Staline.4

Il ne semble pas, jusques à plus ample informé, que l’on se soit intéressé en France à Mein Kampf avant que son auteur ait accédé au pouvoir. L’éditeur veut simplement faire connaître les “promesses et les prédictions” de ce livre si lu outre Rhin, et qui annonce une “guerre sanglante” avec la France. A cette date, c’est d’abord la dimension anti-française de Mein Kampf que l’on retient. L’ouvrage sera interdit à la vente par le Tribunal de commerce de Paris (Première chambre), à la demande de l’éditeur allemand.5 En fait, il semblerait6 qu’il y ait eu une première édition, peut-être dès 1933, sans mention du nom des traducteurs, aux Ed. Fernand Sorlot suivie très vite, début 1934, d’une autre, avec leur mention, aux Nouvelles Editions latines du même Sorlot.

Cette interdiction apparaît comme une erreur aux yeux de certains, comme dans Mein Kampf (Mon combat) par Adolf Hitler ou le Livre interdit aux Français. Analyse du Livre interdit par Ch. Kula et E. Bocquillon, parue dans CGC (mensuel de la Confédération de Groupements de Contribuables, en mai 1934.7

Une édition autorisée – nous signala M. Kumperdinck, conservateur de la Bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle, faite d’extraits de Mein Kampf, ainsi que de discours et de lettres était parue en 1938, chez A. Fayard, dans la collection Les grandes études politiques et sociales, sous le titre de Ma doctrine dans une traduction de F. D. Auture (alias Henri Lèbre) et G. Blond, Paris.8 La table des matières est révélatrice (p. VII) :

“1924, la France nation impérialiste est l’ennemi mortel de l’Allemagne (…) 1938 : La frontière entre l’Allemagne et la France est définitivement fixée. Les peuples français et allemands égaux en droit ne doivent plus se considérer comme ennemis héréditaires mais se respecter réciproquement”. L’intention est claire: montrer que les positions de Hitler ont changé en quinze ans.

Dans le même genre, un ouvrage, bien disposé à l’égard d’ Hitler, intitulé Mein Kampf – Mon combat et comportant sur sa couverture la photo du Führer paraissait à Paris (Ed. R. Simon), constitué d’extraits et d’un résumé par L. Claudel.9 Signalons aussi une édition abrégée (par Marcel de Firs) de Mein Kampf, désormais sans titre en français, aux Ed. G. Ratier10, avec en couverture la croix gammée plaquée sur Mein Kampf. Signalons cette brochure Mein Kampf. Ce qui ne figure pas dans les Editions françaises publiées par les amis du Führer.11

Mein Kampf - Mon Combat -

   Signalons aussi, dès 1936, un recueil paru chez Grasset, Adolf Hitler, Principes d’action.12 Dans un avertissement, Bernard Grasset, par ailleurs éditeur des Protocoles des Sages de Sion, en français, dès le début des années Vingt, précise : “Voici le premier exposé de la doctrine nationale-socialiste par le Chancelier Hitler, publié avec son autorisation”. Cet ouvrage paru avec l’accord de Franz Eher, éditeur de Mein Kampf, ne comporte pas Mein Kampf mais divers discours moins compromettants à l’égard de la femme.

Les adversaires de Mein Kampf étaient cependant les plus nombreux et on publie en français un texte autrichien antinazi, du à Irène Harand, Son combat, Réponse à Hitler (titre original : Sein Kampf. Antwort an Hitler, Vienne, 1935.13 Signalons aussi l’adaptation du livre d’A. Stein, paru en allemand à Karlsbad, sur Hitler et lesProtocoles des Sages de Sion, par R.. Blank.14 Une curiosité, une édition bilingue, en arabe et en français, parue à Paris, composée d’extraits illustrés de Mein Kampf, sous le titre Le racisme et l’Islam, d’A.R. Fitrawe et qui témoigne à la veille du conflit d’une certaine hostilité arabe aux thèses racistes du livre de jeunesse du chancelier Hitler, devenu best seller. Précisons que c’est à cette époque que paraît, en 1937, la première édition de l’ouvrage de Paul Le Cour, L’ère du verseau.15

Réponse à Hitler

Les Protocoles des Sages de Sion dans Mein Kampf

   Voici la traduction du texte de Mein Kampf relatif aux “Sages de Sion” à savoir une partie du Ch. 11, “Volk und Rasse”, pp. 325 – 326, Ed. 1925) :

“Les Protocoles des Sages de Sion que les Juifs renient officiellement avec une telle violence ont montré d’une façon incomparable combien toute l’existence de ce peuple repose sur un mensonge permanent. “Ce sont des faux” riposte en gémissant la Gazette de Francfort et elle cherche à en persuader l’univers : c’est la meilleure preuve qu’ils sont authentiques. Ils exposent clairement et en connaissance de cause ce que beaucoup de Juifs peuvent exécuter inconsciemment. C’est l’important. Il est indiffèrent de savoir quel cerveau juif a conçu ces révélations ; ce qui est décisif, c’est qu’elles mettent au jour, avec une précision qui fait frissonner le caractère et l’activité du peuple juif et avec toutes leurs ramifications les buts derniers auxquels ils tendent. Le meilleur moyen de juger ces révélations est de les confronter avec les faits. Si l’on passe en revue les faits historiques des cent dernières années à la lumière de ce livre, on comprend immédiatement pourquoi la presse juive pousse de tels cris. Car le jour où il sera devenu le livre de chevet d’un peuple, le péril juif pourra être considéré comme conjuré.” (p. 307)

En 1939, Fernand Sorlot publiera, aux éditions qui portent son nom (et non aux Nouvelles Editions Latines dont il est le directeur) une édition expurgée et sensiblement abrégée Mon combat (Mein Kampf), avec en couverture la formule du maréchal Lyautey, sous le portrait de Hitler16 : “Tout français doit lire ce livre”. Le passage sur lesProtocoles est désormais édulcoré (p. 61) : “Les Protocoles des sages de Sion répudiés avec imagination (sic !) par les juifs paraissent donner l’explication des méthodes juives, l’indication de leurs buts. Si ce livre était inconnu (sic), le danger juif disparaîtrait”. On pense au chapitre sur les juifs, figurant dans la Pronosticatio de Lichtenberger, à la fin du XVe siècle17 et qui sera traduit en français au siècle suivant, quatre cents ans avant Mein Kampf.

Hitler à Vienne

   Quand Adolf Hitler (1889 – 1845), auteur à succès de Mein Kampf - cela lui permit de renoncer à son traitement de chancelier – prit-il connaissance des Protocoles des Sages de Sion ? On serait tenté de répondre quand il parvint en Allemagne. D’ailleurs, dira-t-on, les dits Protocoles étaient-ils accessibles, en allemand, avant 1919 ? Hitler qui vient de servir dans l’armée allemande a alors, au sortir de la Grande Guerre, 30 ans. En effet, depuis 1913 – à l’âge de 24 ans – Hitler vit à Munich, en Bavière catholique, décision importante qui est le résultat d’une certaine évolution. J. Pitois, dans une étude18 qu’il lui consacre signale : “Il assiste à des séances publiques du Parlement de Vienne” Cela eut lieu dans les années 1908 – 1909 où sévissait notamment, sous forme d’obstructions diverses, dans cette assemblée le nationalisme socialiste tchèque.19

Or, nos travaux ont mis en évidence le fait que les Protocoles des Sages de Sion parurent dans les Actes du dit Parlement autrichien, entre 1906 et sous une forme plus ample en 1909, en précisant le rôle central de certains députés tchèques dans la transmission de ce texte.20

On pourrait raisonnablement supposer que l’antisémitisme des députés tchèques, inspirés par les Protocoles des Sages de Sion, traduits de russe en tchèque, puis de là en allemand, a pu joue un certain rôle dans la formation idéologique du jeune Hitler, qui avait alors une vingtaine d’années. Ce qui est sûr, c’est qu’en 1923 – 24 quinze ans plus tard, dans la prison où il rédige Mein Kampf, dont le second volume (1927) – le premier paraît dès 1925 – traite notamment de la période viennoise, Hitler mentionne les Protocoles. En fait, le caporal Hitler en aurait rédigé une première esquisse dès 1919, sous le titre de Die germanische Revolution, resté à l’état de manuscrit.21

En fait, Hitler avait mis en place son programme très tôt et probablement au début de sa vingtaine : “C’est à cette époque (celle de son séjour à Vienne) que se sont formés en moi une image et une conception du monde qui sont devenues la base granitique de mon action. Je n’ai rien eu à ajouter par l’étude à ce que je m’étais ainsi crée à l’époque et je n’ai rien eu à y changer.”22

La “protocolisation” de Mein Kampf

   Si les Protocoles des Sages de Sion continuent à paraître dans les années Trente, en France, ils cohabitent avec les ouvrages consacrés à Mein Kampf, “la Bible de l’Allemagne Moderne”. Et d’une façon générale, la publication de cet ouvrage en France ainsi que les commentaires qui en sont donnés, sont le fait d’adversaires de ce qu’on appelle alors l’hitlérisme.

Par protocolisation de Mein Kampf, il faut entendre ici d’abord que l’on retourne un texte contre son auteur ou son présumé / prétendu auteur (individuel ou collectif). Hitler a annoncé / dévoilé ses intentions, ses plans, dans un texte antérieur à son avènement et il ne souhaite pas que le public français en prenne connaissance23 tout comme les juifs étaient supposés, à la même époque, tout faire pour empêcher la diffusion de “leurs” Protocoles ou pour en minimiser la signification et l’actualité.

Cette littérature anti-Mein Kampf devient un genre qui ne mobilise nullement des antisémites : On relèvera, notamment, la présentation de Français, connaissez-vous Mein Kampf ?, campant un nazi, à table devant une mappemonde, une svastika à l’arrière plan. Une telle scène aurait pu aussi bien faire figurer un Juif.

Voilà quelques titres :

Français, connaissez-vous Mein Kampf ? Préface de Léon Mabille, Ed Paix et liberté.24

- H. Drouillet, Réponse d’un Français à l’auteur de “Mein Kampf”.25

- G. Sorbets, Le péril extérieur. L’hitlérisme, Paris, Sorlot26), d’abord paru dans La Petite Illustration, (12 novembre 1938)

- Le Franc Gaulois, Alerte : La paix ? La guerre ? Que veut Hitler ? Ce que promettait le Chancelier allemand dans “Mein Kampf” en 1926… et ce qu’il tient en 1936.27

La paix ? La guerre

   - A. Hitler, Mein Kampf. Edition abrégée de “Mon combat”, Pages choisies et commentées par N. Marceau, Paris, Ed. Du comité Thaelmann, 1938.28

- A. Hitler, Mein Kampf, ce qui ne figure pas dans les éditions françaises publiées par les amis du Führer, Paris, Le Comité de défense républicaine et française.29

Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938.

- Abder Rahman Fitrawe, Le racisme et l’Islam, Paris, (édition bilingue français-arabe).30

- R. Morvilliers, Face à Hitler et à Mein Kampf, Paris, chez l’auteur, 1939.31

- Benoist- Méchin, Eclaircissements sur Mein Kampf d’Adolf Hitler. Le livre qui a changé la face du monde, Paris, Albin Michel, 1939.32

- Iréne Harand, Son combat. Réponse à Hitler, Vienne & Bruxelles, 1936.33

- Alexander Stein, Adolf Hitler, Schüler der “Wesien von Zion”, Karlsbad, Ed. Graphia, 1936.34

- M. L. Michel, A. Hitler, Mein Kampf (mon combat). Extraits de Mein Kampf, Paris, Les Belles Editions.

Mein Kampf, étudié par un français moyen, Paris, Longin.35

- R. De Beauplan, “Un problème de l’heure. Le drame juif”, La Petite Illustration, 4 février 1939; p. 18.

Prenons le cas de l’ouvrage de Ruben Blank (Marcovitch), préfacé par le russe Paul Milioukov.36 On y parle des “confessions” d’Hitler en notant :

“Son livre Mein Kampf écrit dans la solitude de la prison contient assurément plus que ses déclamations sur la place publique. Bien que dix années se soient écoulées, depuis la composition de ce livre ; son auteur n’en a rien retiré, ni rien changé dans ses éditions innombrables qu’il en a fait paraître depuis.”

Préface de Milioukov

   On notera que le préfacier n’est autre que le russe Milioukov, lequel, au début des années 1920, avait participé à un ouvrage dirigé contre les Protocoles des Sages de Sion, paru en 1922, à Paris, en langue russe, aux éditions de la Presse franco-russe, Pravda o Sionskikh Protokolihn, la vérité sur les Protocoles de Sion (ou sionistes) mais qui beaucoup plus récemment (1935) avait, en cette qualité, témoigné au Procès de Berne.

Ailleurs, on parle de l’ “aveu” de Hitler, c’est là que l’on connaîtra ses vrais intentons derrière des discours parfois lénifiants (Français, connaissez-vous Mein Kampf ?). Léon Mabille, dans la préface affirme ainsi :

“Les porte parole d’Hitler en France essayent de masquer les menaces d’Hitler. Ils nous disent : Mein Kampf, littérature désuète, livre du passé”. Non Mein Kampf n’est pas une oeuvre périmée, c’est l’expression de la politique permanente du pangermanisme (…) Les discours d’Hitler sont toujours démentis par ses actes, tous les actes d’Hitler ont confirmé Mein Kampf” (pp. I et II)

Dans un autre pamphlet anti-hitlérien37, la protocolisation de M. K. est particulièrement flagrante, les procédés sont identiques à ceux des commentateurs des Protocoles: il ne s’agit pas de montrer au regard des faits actuels leur authenticité mais leur actualité : “Mein Kampf, c’est, on le sait, le bréviaire du pangermanisme, sans les Habsbourg, (…)Voici les textes confrontés aux faits les plus récents (…) Il fallait rappeler ces textes qui sont le point de départ et le plan originel de la politique extérieure du Chancelier allemand en 1926.”

En 1936, une attaque contre les Protocoles paraîtra en allemand, à Paris, aux Ed. du Carrefour38 : Was soll mit den Juden geschehen ? Praktische Vorschläge von Julius Streicher und Adolf Hitler. “Que va-t-il advenir des juifs? ” demandent l’auteur contraint de publier hors d’Allemagne. On y reprend la thèse (p. 45) d’un faux de l’Okhrana et on y signale la condamnation en première instance, lors du procès de Berne, en date du 14 mai 1935, sans oublier de signaler le passage de Mein Kampfsusmentionné, dans son édition de Munich, NSDAP, 1935, p. 337.39

Ce serait donc peut-être un mauvais procès intenté à Fernand Sorlot (dont un des fils, Bertrand, directeur des Editions de l’Albatros, publiera, en 1979, Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau40, que d’avoir publié, Mein Kampf, étant donné qu’il s’agissait de sa protocolisation, mais ne peut-il s’agir d’une façon quelque peu hypocrite de diffuser certaines thèses dont on est finalement assez proche ? D’ailleurs, le même libraire ne publiera-t-il pas l’ouvrage de G. Sorbets, Le péril extérieur. L’hitlérisme ?(L’hitlérisme d’après Mein Kampf, pp.13 et seq) L’expression “péril extérieur” fait pendant à celle de “péril juif”, associée aux Protocoles des Sages de Sion.

Exégèse d’un texte prophétique

   Le texte de Mein Kampf nous semble avoir été prophétisé, c’est-à-dire qu’on lui aura conféré un statut de prophétie. Un cas remarquable est celui d’un certain M. L. Michel (Extraits de Mein Kampf) qui publie plusieurs commentaires – faute d’en pouvoir publier une édition française complète – réajustés au fil des événements. Le commentateur rappelle, dans l’édition en date de mars 1939, que “lors de la première édition de ce recueil d’extraits, ainsi que le passage ci-après le fera bien comprendre, j’avais commenté “Mon combat” sans haine, sans parti-pris : objectivement (…) Ainsi donc, par ce dernier coup de force (en Tchécoslovaquie, au lendemain des Accords de Munich) Hitler poursuit la réalisation de “Mein Kampf” (…) La bible nationale-socialiste, dont les extraits nous montreront (…) Combien elle avait prévu (sic) les événements actuels, deviendra à la suite de quelque nouveau “Diktat” la bible de l’Europe, en attendant de devenir le livre Saint du monde.” (p. 11)

On comprend que Hitler, en définitive, en appliquant à la lettre son texte soit parvenu à lui conférer un certain caractère prophétique dépassant, en quelque sorte, sa propre personne comme si son ouvrage avait été inspiré par quelque prescience du futur. Mais, face aux commentaires de MK, notamment en France, on ne peut s’empêcher de penser au destin des Centuries nostradamiques41 également objet de tant d’interprétations conduisant à une sensation de surdétermination, notamment sous la Révolution.42

Les Protocoles retournés contre l’Allemagne

   Mais la polémique anti-hitlérienne va plus loin. Ce sont les Protocoles des Sages de Sion eux-mêmes qui seraient une clef pour comprendre la stratégie nazie : “Les Protocoles (…) peuvent être considérés comme le bréviaire politique des dirigeants du Troisième Reich.”43

Nous en reproduisons d’assez longs passages (à partir des pages 199 à 205), on est au lendemain du Procès de Berne (1935) qui avait vu traîner devant les tribunaux suisses les éditeurs d’une version en langue allemande des Protocoles. Il s’agit en fait de l’adaptation française d’un ouvrage, d’Alexander Stein, Adolf Hitler, Schüler der “Weisen” von Zion, paru en 1936, c’est-à-dire “Hitler, disciple des Sages de Sion”.

Blank, suivant Stein, pose la question : “Qu’est-ce donc qui l’intéresse (Hitler) si puissamment dans les Protocoles des Sages de Sion qu’il en a fait, paraît-il, son livre de chevet ? ” A cette question une réponse frappante a été donnée par l’expert suprême au Tribunal de Berne, M. C. A. Loosli : “Les Protocoles des Sages de Sion (…) correspondent non pas à l’esprit des Juifs mais à l’esprit de l’Allemagne d’aujourd’hui (…) La similitude de l’idéologie politique de M. Hitler avec celle des Protocoles des Sages de Sion est indéniable. Cela ne signifie pas, cependant, que le fondateur du “Troisième Reich” ait emprunté ses principes politiques au pamphlet de la police politique des tsars mais indique seulement une parenté spirituelle (qui) éclate avec une clarté particulière quand on compare l’activité politique de M. Hitler comme chef d’Etat avec le programme politique des Protocoles des Sages de Sion. (dont les préceptes) ont été suivis (…) depuis son avènement au pouvoir avec une fidélité telle qu’on pourrait soupçonner qu’il soit lui-même un Sage de Sion.” Et Blank de préciser avec un certain mordant : “Nous savons pourtant qu’il (Hitler) n’a rien de commun avec Sion. Mais nous savons aussi que les Protocoles des Sages de Sion sont totalement étrangers à l’ancienne patrie d’Israël, que leurs auteurs étaient en réalité des “Sages” de Saint-Petersbourg.”

Réponse du berger à la bergère : non seulement, dans les années 1934 – 1939, en France, Mein Kampf, ouvrage au demeurant beaucoup plus ample, de près de 700 pages, est-il protocolisé mais, en quelque sorte, les Protocoles des Sages de Sion sont “meinkampfisés”. Il ne emble pas que les tenants et les aboutissants des rapports entre Protocoles et Mein Kampf aient été signalés par les historiens actuels ni dans les ouvrages consacrés à Hitler , ni dans ceux consacrés aux Protocoles des Sages de Sion.44

On notera que la vente tant de Mein Kampf que des Protocoles des Sages de Sion est de nos jours respectivement contrôlée et interdite en France. Le Mein Kampf qui fut diffusé en France par les Allemands était un faux édulcoré et tronqué mais dont l’auteur était bien Hitler. L’interdiction qui frappe cet ouvrage de nos jours n’est plus le fait des éditeurs de Hitler mais parce qu’à l’instar des Protocoles, il véhicule des positions antisémites mais à l’époque Hitler cherchait moins à occulter son antisémitisme que sa francophobie. En supprimant des passages de son ouvrage, on ne l’en dénaturait pas moins. Ce faisant Hitler cherchait à persuader les Français qu’il ne les attaquerait pas et concentrerait son effort à l’Est de l’Allemagne, où il comptait élargir ses frontières, tout en diffusant massivement un Mein Kampf inchangé dans son pays, ce qui lui permettait un double jeu, ses discours successifs devant être resitués par rapport à cet ouvrage clef.

Bibliographie des sources secondaires

   - J. Halbronn, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002.

- J. Halbronn, La vie astrologique, années Trente-Cinquante, Paris, Trédaniel, 1995.

- J. Halbronn, “The term Protocols from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion, and the reception of the russian Protocols in Central Europe before 1917”, Proceedings of the Twelfth World Congress of Jewish Studies, Jérusalem, 2001.

- J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Préface H. Gabrion, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002.

- J. Putois, “Les voies contemporaines de la Barbarie“, (II), Revue Yerushalaim, 31, 2002 – 2003.

- B. Hamann, La Vienne d’Hitler. Les années d’apprentissage d’un dictateur, trad. de l’allemand, Paris, Ed. des Syrtes, 2002.

- H. Hannoun, Le nazisme, fausse éducation, véritable dressage, Presses Universitaires du Septentrion, 1997.

- E. Jäckel, Hitler idéologue, trad. de l’allemand, J. Chavy, Paris, Gallimard, 1995.

- B. Zehnpfennig, Hitlers mein Kampf: eine Interpretation, Munich, W. Fink, 2000.

- G. Mendel, La révolte contre le père. Une introduction à la sociopyschanalyse, Paris, Payot, 1968.

- W. Maser, Mein Kampf d’Adolf Hitler, Paris, Plon, 1966.

- Th. Féral, Le “combat” hitlérien. Eléments pour une lecture critique, Paris, La Pensée Universelle, 1981.

- H. Staudinger, The inner nazi. A critical analysis of Mein Kampf, Louisiana State University, 1981.

- Marc de Launay, “Lecture de Mein Kampf”, Les Cahiers de la Shoah, 3, Paris; Liana Lévi, 1996.

Jacques Halbronn
Paris, le 25 mars 2003

Notes

Cf. Hitler est-il l’auteur de la doctrine de Mein Kampf, texte dactylographié, conservé à la Bibl. de Documentation Internationale Contemporaine, Q pièce 8164, mai 1939. Retour

Cf. BNF, Res pM 278(1). Retour

Cf. BNF, 8 M24413. Retour

Cf. BNF; 8° M 24413. Retour

Cf. Hitler et sa doctrine, Paris; Ed. de l’ère nouvelle, fin 1934, p. 5. Voir BNF, 8° M Pièce 6820. Retour

Cf. Th. Féral, Le “combat” hitlérien. Eléments pour une lecture critique, p. 33. Retour

Cf. BNF, Z Barrès 21287 . Retour

Cf. BNF, Z Barrès 20798. Retour

Cf. Bibl. Alliance, U 1016. Retour

10 Cf. BNF, 8°M 25686. Retour

11 Cf. BNF, 8°M Pièce 6795. Retour

12 Cf. Bibl. Documentation Internationale Contemporaine, S 48866. Retour

13 Cf. Bibl. de Documentation Internationale Contemporaine, Q pièce 2164. Retour

14 Cf. infra. Retour

15 Cf. notre étude sur cet auteur, sur le Site du Cura. Free.fr et sur le Site Ramkat.free.fr. Retour

16 Cf. BNF, 8° M 25633. Retour

17 Cf. notre étude consacrée au Mirabilis Liber sur le Site Cura.free.fr. Retour

18 Cf. “Les voies contemporaines de la Barbarie”. Retour

19 Cf. B. Hamann, La Vienne d’Hitler. Les années d’apprentissage d’un dictateur, pp. 157 – 158. Retour

20 Cf. J. Halbronn, “The term Protocols from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion, and the reception of the russian Protocols in Central Europe before 1917” ; J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle ; J. Halbronn, Le texte prophétique en FranceRetour

21 Cf. W. Maser, Mein Kampf de Adolf Hitler, p. 160 ; Marc de Launay, “Lecture de Mein Kampf”. Retour

22 Cf. Mein Kampf, d’après l’article de M. De Launay, op. cit., p. 15. Retour

23 Cf. supra. Retour

24 Cf. BNF, 8°R 25170. Retour

25 Cf. BNF, 8° R 22374. Retour

26 Cf. BNF, 8° G 13961. Retour

27 Cf. BNF, 8 ° M 8542. Retour

28 Cf. BNF, 8° M 25600. Retour

29 Cf. BNF 8°M 6795. Retour

30 Cf. Bibl. Alliance, U 1031. Retour

31 Cf. Bibl. De Documentation Contemporaine, Nanterre, S 61034. Retour

32 Cf. BNF 8°M 25801. Retour

33 Cf. Bibl. Alliance. Retour

34 Cf. Bibl. Alliance Israélite Universelle, I 3630. Retour

35 Cf. Bibl. Documentation Internationale Contemporaine, S 23177. Retour

36 Cf. “Le racisme & l’antismétisme”); Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938. Retour

37 Cf. Le Franc Gaulois, Alerte: La paix? La guerre ? Que veut Hitler? Ce que promettait le Chancelier allemand dans “Mein Kampf” en 1926… et ce qu’il tient en 1936Retour

38 Cf. BNF, 8° M 24964. Retour

39 Cf. BNF, 8° M 26122. Retour

40 Cf. rubrique Aquarica sur le Site Ramkat. free.fr. Retour

41 Cf. notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002. Retour

42 Cf. notre ouvrage, Le texte prophétique en FranceRetour

43 Cf. Adolf Hitler, ses aspirations, sa politique, sa propagande et les Protocoles des Sages de Sion, Paris, M. Beresniak, 1938. Retour

44 Cf. les deux volumes parus sur le sujet chez Berg, en 1992, sous la direction de P. A. Taguieff. Retour

 


 

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Une mise en boite satirique de l’astrologue (en anglais) avec des dessins

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Astrologer meets client : Tricks of the trade

by Jacques Halbronn

 

    An abridged translation of Jacques Halbronn,
L’astrologue face à son client : les ficelles du métier,
2nd edition, Editions de la Grande Conjunction, Paris 1995

Abstract

   The present emphasis on tradition, techniques, and speculation, should be reduced in favour of making astrologers more aware of what happens during a chart reading. Astrologers should not be deceived by the apparent success of their experiences. Such success is due not to any inherent truth in astrology but to their strategies and tricks of the trade, or what scientific researchers would call artifacts. We should avoid training astrologers who become entrapped by bad habits.

Preface

   This work is about astrological consultation and tricks of the trade. For you, astrology may now lose its magic. But astrological consultation is more a massage of the client’s ego than a message from the stars. Tricks of the trade are needed to keep the client happy.

   There are three parts – the underlying astronomy, astrology as knowledge, and the consultation itself – with a postscript on teaching. The text is addressed to astrologers and students of astrology. Ten cartoons drawn by Larissa Halbronn to my captions illustrate the key issues.

ASTRO 1 1
Client : I have a life without meaning.
I need a model I can identify with.

Astrologer : I have a model that does not correspond to anything. I need the experience of life to give it meaning.

1. The underlying astronomy

   Astrology as divination could have developed without the stars. But as an organised “speech encyclopedia” it had to have an organised structure based on astronomy, which continues today. But what men say does not have a source in the stars. Astrology merely imposes a cosmic dimension on what is happening. An astrological speech introduces the stars via the birth chart into an environment in which they are normally absent.

The birth chart is both your badge of authority and a necessary component of astrological speech. Today this trick of the trade is calculated by computer, which avoids your becoming too emotional about it. It also makes you look erudite in a field that is not strictly astrological. The jargon, the cabalistic signs on paper, its actual validity, none of these matter provided the client is led to believe that the service you provide depends on the care you have taken in preparing his birth chart.

If necessary you must of course display your knowledge of astronomy, even though this is mere rhetoric, for you are not concerned with astronomy as a science, only with astronomy as something to distinguish you from the fortune-teller. What matters is your public image, what the client perceives. Without astronomy, the astrologer is naked. You are purveying a reassuring well-regulated universe whose truth is good or bad to hear, a parallel world that your client wants to be truer than the real world.

   An important part of the trick is your attitude to astrology. You must understand that astrology is a means of communication, not a source of knowledge. The chart tells you only that your client shows an interest in astrology and is open to any speech that pretends to be based on astrology. So the important thing is not your ability to read charts but your ability to exploit this interest. You must understand why people want to believe that such an irrational tool can allow a certain psychic intimacy. Your aim is to be trusted by your client as an astrologer. As we explain below, there are many more tricks for achieving this.

ASTRO 2 2
I have spent 3 hours on this chart. I know this person as if I had known her forever.

Who cares if what he says is true or not just love the way he talks about me.
Such intimacy ! I could almost believe it !

The need for precision

   Nowadays the computer has made astrology calculations accessible even to those unable to add up a grocery list. This precision is a valuable trick. It provides a focus to distract the client from more serious deficiencies. It is a little powder around the eyes necessary to maintain credibility.

Another trick is to discuss the precision of time, the nature of time zones, and so on, in front of your client so that he smells confidence in your abilities. For example you need to point out that although France for one century had only one time zone except during the Occupation, the hour in Strasbourg in the east is not the same as the hour in Brest in the west. The task of finding the “true” hour hidden under time zones, daylight savings, and other compromises is highly symbolic for the client, who sees this as further reinforcement of your abilities. Of course the more books you can consult the better for your image.

   Customer satisfaction is further improved by your finally managing to complete his cosmic portrait. Even though it is not yet interpreted, the fact that it is now known is already a moment of philosophical significance and a great psychic relief. It prompts the client to see you as an all-knowing astrologer even if you have no skills.

The freedom to manoeuvre

   Until now, the trick has been to emphasise precision. You now tackle the question of combining the various factors. You stress that there are many factors to choose from and many ways they can be combined, so the reading of a topic can vary from one astrologer to another, and also, for the same topic, from one client to another. The tricks here are numerous.

For example you can make it known that house position is not as simple as sign position. Not only are there differences between house systems, it is generally allowed that a house influence can extend beyond its cusp. Against this sudden imprecision you can mention that aspects are not a concept invented by astrologers. They can be found during centuries in the treatises of astronomy, where they make it possible to locate one star compared to another. And so on.

   Your freedom to manoeuvre allows you to configure the topic to your advantage without letting the client know, because you have the privilege of “forgetting” to interpret any particular factor. This trick is especially valuable. It is normal to use it constantly.

ASTRO 3 3
Please sir, just tell me, which astrologer is suitable for me ?

Her question is OK. But which method should I use to answer it ?
(He can use stars, clairvoyance, tarot, I Ching, dice, hands…)

2. Astrology as knowledge

   Here we enter the scientific field where our message is addressed to astrologers who wish to avoid mystical interpretations.

Clients want to know what parts of astrology are reliable. Some astrologers believe this cannot be known because astrology cannot pass systematic examination. Some even think it necessary to inform their clients of this. We disagree. We think you should behave as if you had extraordinary knowledge along with your astronomical and mathematical luggage.

The trick here is to use whatever reliable knowledge you have, supplanted by the panoply of astrology. Here a planetary typology is useful because it looks rigorous and scientific, and need not be based on the birth chart. You merely identify the planet that best matches the client.

For example, if you reformulate the findings of Michel Gauquelin, you can allocate Saturn to the organiser, Moon to the artist, Jupiter to the leader, and Mars to the controller. Or you can simply rely on current language, where Mars people are martial, Jupiter people are jovial, and so on. Or you can match planets to age, where faster planets are the first part of life, and slower planets the second.

   This matching of planets to what is already known is an infinitely better trick than using signs, which have the defect of not satisfying tests of validity. Better to use something that cannot fail than use something devoid of any utility except that your client knows about it. It is also better to present as specific for your client that which applies to everybody, since this will spare his ego.

ASTRO 4 4
With your Mars retrograde in Gemini it is normal for you to have problems in communication.

I don’t understand a word but it seems very exact.

Signs and houses

   Signs and planets are well known to the cultivated layman, but houses make sense only to the initiate. For example why should the 8th house of death be above the horizon ? Nevertheless houses are an indispensable trick because they allow a whole range of activities to be mentioned when no particular question is asked, thus reinforcing your claim to extraordinary knowledge.

   Despite what we said above, the client often requires you to say more about signs. But once again this can be done without approaching the birth chart. Thus the sign can be seen as the need for membership, not for individuality, which is the birth chart itself. That is to say, as a model to be followed rather than a reality to be explored. In astrology you have to be pragmatic.

The act to expect

   Astrology as we conceive it must evacuate a great part of its traditional postulates. This means that you should not explain your working methods because your model may then seem too general and too simple. Your claim to extraordinary knowledge will be eroded.

We must always distinguish between nature and nurture. To us the birth chart cannot be a viable scientific reference even if it remains an excellent focus for conversation. Nevertheless you will locate your client within the cosmic framework, which will require the various indications to be combined so that individually they disappear, leading to a Harlequin suit, a costume made up of all the individual colours.

But here we leave the scientist for the artist, for you have an embarrassment of tricks for mixing the colours and making them gleam in front of your client. It is a question of alluring the client with a drop of Bull, a slice of Lion, a pinch of Capricorn. The cocktail is made ready to drink.

   You must explain to your interlocutor that it is never a case of Lion or Scorpion with clean characteristics. You must scramble the tracks, note the contradictions, play the subtle planetary mixtures, and choose whatever best fits the client. In this way a discreet mixing will enable you to avoid the reproach of uniformity and generality.

ASTRO 5 5
Please drink this little cocktail of planets and zodiac made specially for you, which nobody has tasted before.

This is a nice change from tested mass production. It is good to absorb something special once a year. But if it has not been tested can it be trusted ?

3. The astrological consultation

   Here we arrive at the final stage, the intelligent management of astrology. Our first two parts are frankly not useful enough to provide the consultation your client awaits, even though they contain the tricks needed to confer a certain legitimacy on your actions. What matters now is your ability to engage personally with your client while preserving your horoscopic frontage. You have to avoid appearing too general and not specific enough, yet you want to focus on overall truth rather than individual truth since it is much easier and safer.

   The astrologer is not a soothsayer even if perceived to be one by the client regardless of what you say. So it is at the same time necessary to be and not to be. You need to be an actor who acts in accordance with the popular image of the astrological profession, one that promotes divination, while strenuously avoiding it. A true dilemma !

ASTRO 6 6
I am using this lady to test my new theory of Jupiter transits.

What I like about astrology is that it never changes over the centuries.

Astrology as language

   Of course you have to learn a certain astrological language, but only as a foreign language is learned. It is not itself truth, only a means to be better heard by your client, a means of saying the same things differently for better or worse. To release yourself from a certain intellectual terrorism, you have to speak astrology but not think astrology.

You have to say more than can be seen in the birth chart, but in such a way that the customer has the feeling of being in good hands, as when calling a client martial or jovial, even when this does not correspond to anything in the birth chart. You must deform the astrological language and make it serve his impressions, so it is merely a way of saying things and ceases to be an access to a transcendental knowledge.

   Do not forget that your client will read into whatever you say as if it applied only to him. So do not search for specifics but instead try general philosophies that he can build on. In this way he will know of what you speak! Do not send your client on a “great adventure” !

ASTRO 7 7
Madam, everything I tell you is in your chart. I invent nothing.

I love people who do not blurt out whatever is on their mind. (She does not realise she is now a prisoner of her chart.)

Profile of the client

   You should learn as much as possible about your client so you need not rely on astrology to give answers. On one side of the table is the astrologer who speaks astrology, on the other side is the client who speaks his problems. What the client wants is not astrology but relief from his problems. It is an antiseptic, if not dehumanised, situation.

   In short, the client needs protection against astrology. He needs to explain his request for astrology so that you can deal with it in terms of psychology. For example some event may have happened to explain his attraction for astrology, and knowledge of the event may be more helpful than knowledge of astrology.

Profile of the astrologer

   You are not there to project on to astrology your own problems or to use it as a means of personal expression. You are the priest of a religion in need of close supervision. And you need to be credible. Here certain tricks are at your disposal. First, you must admit to using certain basic methods, shared with others, before claiming any originality.

   Next, you should not crush your client under a flood of words. Just because he came to you with a certain aim does not authorise you to go beyond what was wished or what was imagined, wrongly or rightly. The only thing that matters is client satisfaction. You are seen as someone with particular assets that could possibly justify confidence. You are the interlocutor of the last chance before despairing of living in the world.

ASTRO 8 8
So madam, this is your portrait when you were born, your life story, before society puts its imprint on you.

Alas, I have changed a lot. I’m not Dorian Gray.

Profile of a consultation

   First, make sure you can be seen to deliver what the client wants. A certain minimum behaviour is needed to persuade your client that they are dealing with traditional astrology. So receive your client surrounded by astrological symbols and complicated documents. Be warm, be smiling, and do not hurry the preliminaries. If they are well carried out, the remainder will follow easily.

Remember that the client needs the strangeness of your astronomy and mathematics and extraterrestrial links, to agree to listen to you. Just receiving the birth chart can be more decisive than its interpretation, see Part 1. But the birth chart cannot tell you about a client. At best, it merely provides a focus that allows therapy by conversation to proceed, in the same way as the idea of previous lives might do.

Another trick. The astrologer should not be as negative as his client. It is vital for you to have a positive philosophy that will cope with the client instead of leaving it to astrology. Without imposing morals on your client, you are there to reconcile him with the world of men, not to reconcile him with the stars. In fact you should here ignore astrology altogether.

So start by talking about the problems of living, its loneliness, its uncertainty, and anything else that you have found to apply generally to clients. Stress that, thanks to astrology, such problems are well encircled and solvable. Start a conversation and keep it going until feedback is occurring. That way you will know in advance what the client wants to know and what the answer should be. You do not want to be dependant on astrology.

Of course, you avoid giving this impression, and you avoid giving the impression that you have done it all before with other clients. Your client needs to feel special. Once his confidence has been obtained by your general attitude, astrology can gradually grow blurred, leaving you to focus on the feedback. Soon you and your client will be closely joined in a dialogue, and astrology can mostly be ignored except as a convenient means of changing the subject.

   In this way, by excavating the past, your goal is not to prove the validity of astrology but to locate the traumas that will reinforce his interest in astrology. The unknowing client will see this as exorcising his past, leaving him free at last and very satisfied with the consultation.

ASTRO 9
9
My astrologer is going to tell me who I am and what is going to happen, which are things I have no idea about.

I hope she understands what I am saying because I certainly don’t.

Postscript : Teaching astrology

   What of those who wish to teach ? The difference between consulting and teaching is quite distinct. In consulting, the client receives information in a more or less passive way, and there is generally only one meeting. In teaching, the pupil actively wants to learn and ask questions, and there are generally many meetings. In the former the relation is with an astrologer, in the latter with astrology. In both cases it is advisable to respect a certain appearance. The teacher must thus have the same luggage as described in Part 1.

Just as the client wants the astrologer to have extraordinary knowledge, so the pupil expects astrology to solve the mysteries of Man and Life. But because astrology cannot do this, it is important to resort to pretence. You pretend that the fit between chart and person (which can always be found even if they are unrelated) is remarkable and striking. You pretend that any interpretative failure is the fault not of the stars but of the astrologer. Such pretences prove exceedingly positive for the dynamics of the course.

Astrology is mainly an imaginary science. It is a pseudo-competence resting on tricks of the trade. To us, many teachers seem dangerous, irresponsible, and unconscious of what they convey, because their personal relation with astrology is too strong. They are a fanatic of astrology. They see reality where there should be pretence, so they lack antidotes. They should revise their values and give up their naivety.

The problem is that the majority of astrologers are unable to hold such views. For twenty years we have organised conferences devoted to rebalancing their views, but with little effect. The paradox is that such rebalancing would establish their detachment and credibility. Had they been trained properly in the first place they would not have developed such bad habits.

   We plead for a homeopathic low-dose astrology, whereas most astrologers give their clients and even more their pupils an extreme high dose. We should avoid training astrologers with bad habits who become trapped by situations for which they are not prepared. Astrological consultation is more a massage of the client’s ego by an involved caring astrologer than an all-knowing message from the stars. What matter is the astrologer not the astrology.

ASTRO 10 10
Strikes, paralysis !
No mail, no public transport !

It’s all due to Saturn !

Further reading

   Alexander C. Rae. Bluff Your Way in Astrology & Fortune Telling. Revised edition, Ravette Books, West Sussex 1992. The way to instant erudition without having to know anything. Has “enough details to pass yourself off as an expert and to allow you to charge extortionate fees for your readings. ”

Adaptation anglaise sous la direction de Geoffrey Dean (Australie),
terminée le 17 août 2003

 


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Astrologer meets client : Tricks of the trade. Une mise en

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Astrologer meets client : Tricks of the trade

by Jacques Halbronn

 

    An abridged translation of Jacques Halbronn,
L’astrologue face à son client : les ficelles du métier,
2nd edition, Editions de la Grande Conjunction, Paris 1995

Abstract

   The present emphasis on tradition, techniques, and speculation, should be reduced in favour of making astrologers more aware of what happens during a chart reading. Astrologers should not be deceived by the apparent success of their experiences. Such success is due not to any inherent truth in astrology but to their strategies and tricks of the trade, or what scientific researchers would call artifacts. We should avoid training astrologers who become entrapped by bad habits.

Preface

   This work is about astrological consultation and tricks of the trade. For you, astrology may now lose its magic. But astrological consultation is more a massage of the client’s ego than a message from the stars. Tricks of the trade are needed to keep the client happy.

   There are three parts – the underlying astronomy, astrology as knowledge, and the consultation itself – with a postscript on teaching. The text is addressed to astrologers and students of astrology. Ten cartoons drawn by Larissa Halbronn to my captions illustrate the key issues.

ASTRO 1 1
Client : I have a life without meaning.
I need a model I can identify with.

Astrologer : I have a model that does not correspond to anything. I need the experience of life to give it meaning.

1. The underlying astronomy

   Astrology as divination could have developed without the stars. But as an organised “speech encyclopedia” it had to have an organised structure based on astronomy, which continues today. But what men say does not have a source in the stars. Astrology merely imposes a cosmic dimension on what is happening. An astrological speech introduces the stars via the birth chart into an environment in which they are normally absent.

The birth chart is both your badge of authority and a necessary component of astrological speech. Today this trick of the trade is calculated by computer, which avoids your becoming too emotional about it. It also makes you look erudite in a field that is not strictly astrological. The jargon, the cabalistic signs on paper, its actual validity, none of these matter provided the client is led to believe that the service you provide depends on the care you have taken in preparing his birth chart.

If necessary you must of course display your knowledge of astronomy, even though this is mere rhetoric, for you are not concerned with astronomy as a science, only with astronomy as something to distinguish you from the fortune-teller. What matters is your public image, what the client perceives. Without astronomy, the astrologer is naked. You are purveying a reassuring well-regulated universe whose truth is good or bad to hear, a parallel world that your client wants to be truer than the real world.

   An important part of the trick is your attitude to astrology. You must understand that astrology is a means of communication, not a source of knowledge. The chart tells you only that your client shows an interest in astrology and is open to any speech that pretends to be based on astrology. So the important thing is not your ability to read charts but your ability to exploit this interest. You must understand why people want to believe that such an irrational tool can allow a certain psychic intimacy. Your aim is to be trusted by your client as an astrologer. As we explain below, there are many more tricks for achieving this.

ASTRO 2 2
I have spent 3 hours on this chart. I know this person as if I had known her forever.

Who cares if what he says is true or not just love the way he talks about me.
Such intimacy ! I could almost believe it !

The need for precision

   Nowadays the computer has made astrology calculations accessible even to those unable to add up a grocery list. This precision is a valuable trick. It provides a focus to distract the client from more serious deficiencies. It is a little powder around the eyes necessary to maintain credibility.

Another trick is to discuss the precision of time, the nature of time zones, and so on, in front of your client so that he smells confidence in your abilities. For example you need to point out that although France for one century had only one time zone except during the Occupation, the hour in Strasbourg in the east is not the same as the hour in Brest in the west. The task of finding the “true” hour hidden under time zones, daylight savings, and other compromises is highly symbolic for the client, who sees this as further reinforcement of your abilities. Of course the more books you can consult the better for your image.

   Customer satisfaction is further improved by your finally managing to complete his cosmic portrait. Even though it is not yet interpreted, the fact that it is now known is already a moment of philosophical significance and a great psychic relief. It prompts the client to see you as an all-knowing astrologer even if you have no skills.

The freedom to manoeuvre

   Until now, the trick has been to emphasise precision. You now tackle the question of combining the various factors. You stress that there are many factors to choose from and many ways they can be combined, so the reading of a topic can vary from one astrologer to another, and also, for the same topic, from one client to another. The tricks here are numerous.

For example you can make it known that house position is not as simple as sign position. Not only are there differences between house systems, it is generally allowed that a house influence can extend beyond its cusp. Against this sudden imprecision you can mention that aspects are not a concept invented by astrologers. They can be found during centuries in the treatises of astronomy, where they make it possible to locate one star compared to another. And so on.

   Your freedom to manoeuvre allows you to configure the topic to your advantage without letting the client know, because you have the privilege of “forgetting” to interpret any particular factor. This trick is especially valuable. It is normal to use it constantly.

ASTRO 3 3
Please sir, just tell me, which astrologer is suitable for me ?

Her question is OK. But which method should I use to answer it ?
(He can use stars, clairvoyance, tarot, I Ching, dice, hands…)

2. Astrology as knowledge

   Here we enter the scientific field where our message is addressed to astrologers who wish to avoid mystical interpretations.

Clients want to know what parts of astrology are reliable. Some astrologers believe this cannot be known because astrology cannot pass systematic examination. Some even think it necessary to inform their clients of this. We disagree. We think you should behave as if you had extraordinary knowledge along with your astronomical and mathematical luggage.

The trick here is to use whatever reliable knowledge you have, supplanted by the panoply of astrology. Here a planetary typology is useful because it looks rigorous and scientific, and need not be based on the birth chart. You merely identify the planet that best matches the client.

For example, if you reformulate the findings of Michel Gauquelin, you can allocate Saturn to the organiser, Moon to the artist, Jupiter to the leader, and Mars to the controller. Or you can simply rely on current language, where Mars people are martial, Jupiter people are jovial, and so on. Or you can match planets to age, where faster planets are the first part of life, and slower planets the second.

   This matching of planets to what is already known is an infinitely better trick than using signs, which have the defect of not satisfying tests of validity. Better to use something that cannot fail than use something devoid of any utility except that your client knows about it. It is also better to present as specific for your client that which applies to everybody, since this will spare his ego.

ASTRO 4 4
With your Mars retrograde in Gemini it is normal for you to have problems in communication.

I don’t understand a word but it seems very exact.

Signs and houses

   Signs and planets are well known to the cultivated layman, but houses make sense only to the initiate. For example why should the 8th house of death be above the horizon ? Nevertheless houses are an indispensable trick because they allow a whole range of activities to be mentioned when no particular question is asked, thus reinforcing your claim to extraordinary knowledge.

   Despite what we said above, the client often requires you to say more about signs. But once again this can be done without approaching the birth chart. Thus the sign can be seen as the need for membership, not for individuality, which is the birth chart itself. That is to say, as a model to be followed rather than a reality to be explored. In astrology you have to be pragmatic.

The act to expect

   Astrology as we conceive it must evacuate a great part of its traditional postulates. This means that you should not explain your working methods because your model may then seem too general and too simple. Your claim to extraordinary knowledge will be eroded.

We must always distinguish between nature and nurture. To us the birth chart cannot be a viable scientific reference even if it remains an excellent focus for conversation. Nevertheless you will locate your client within the cosmic framework, which will require the various indications to be combined so that individually they disappear, leading to a Harlequin suit, a costume made up of all the individual colours.

But here we leave the scientist for the artist, for you have an embarrassment of tricks for mixing the colours and making them gleam in front of your client. It is a question of alluring the client with a drop of Bull, a slice of Lion, a pinch of Capricorn. The cocktail is made ready to drink.

   You must explain to your interlocutor that it is never a case of Lion or Scorpion with clean characteristics. You must scramble the tracks, note the contradictions, play the subtle planetary mixtures, and choose whatever best fits the client. In this way a discreet mixing will enable you to avoid the reproach of uniformity and generality.

ASTRO 5 5
Please drink this little cocktail of planets and zodiac made specially for you, which nobody has tasted before.

This is a nice change from tested mass production. It is good to absorb something special once a year. But if it has not been tested can it be trusted ?

3. The astrological consultation

   Here we arrive at the final stage, the intelligent management of astrology. Our first two parts are frankly not useful enough to provide the consultation your client awaits, even though they contain the tricks needed to confer a certain legitimacy on your actions. What matters now is your ability to engage personally with your client while preserving your horoscopic frontage. You have to avoid appearing too general and not specific enough, yet you want to focus on overall truth rather than individual truth since it is much easier and safer.

   The astrologer is not a soothsayer even if perceived to be one by the client regardless of what you say. So it is at the same time necessary to be and not to be. You need to be an actor who acts in accordance with the popular image of the astrological profession, one that promotes divination, while strenuously avoiding it. A true dilemma !

ASTRO 6 6
I am using this lady to test my new theory of Jupiter transits.

What I like about astrology is that it never changes over the centuries.

Astrology as language

   Of course you have to learn a certain astrological language, but only as a foreign language is learned. It is not itself truth, only a means to be better heard by your client, a means of saying the same things differently for better or worse. To release yourself from a certain intellectual terrorism, you have to speak astrology but not think astrology.

You have to say more than can be seen in the birth chart, but in such a way that the customer has the feeling of being in good hands, as when calling a client martial or jovial, even when this does not correspond to anything in the birth chart. You must deform the astrological language and make it serve his impressions, so it is merely a way of saying things and ceases to be an access to a transcendental knowledge.

   Do not forget that your client will read into whatever you say as if it applied only to him. So do not search for specifics but instead try general philosophies that he can build on. In this way he will know of what you speak! Do not send your client on a “great adventure” !

ASTRO 7 7
Madam, everything I tell you is in your chart. I invent nothing.

I love people who do not blurt out whatever is on their mind. (She does not realise she is now a prisoner of her chart.)

Profile of the client

   You should learn as much as possible about your client so you need not rely on astrology to give answers. On one side of the table is the astrologer who speaks astrology, on the other side is the client who speaks his problems. What the client wants is not astrology but relief from his problems. It is an antiseptic, if not dehumanised, situation.

   In short, the client needs protection against astrology. He needs to explain his request for astrology so that you can deal with it in terms of psychology. For example some event may have happened to explain his attraction for astrology, and knowledge of the event may be more helpful than knowledge of astrology.

Profile of the astrologer

   You are not there to project on to astrology your own problems or to use it as a means of personal expression. You are the priest of a religion in need of close supervision. And you need to be credible. Here certain tricks are at your disposal. First, you must admit to using certain basic methods, shared with others, before claiming any originality.

   Next, you should not crush your client under a flood of words. Just because he came to you with a certain aim does not authorise you to go beyond what was wished or what was imagined, wrongly or rightly. The only thing that matters is client satisfaction. You are seen as someone with particular assets that could possibly justify confidence. You are the interlocutor of the last chance before despairing of living in the world.

ASTRO 8 8
So madam, this is your portrait when you were born, your life story, before society puts its imprint on you.

Alas, I have changed a lot. I’m not Dorian Gray.

Profile of a consultation

   First, make sure you can be seen to deliver what the client wants. A certain minimum behaviour is needed to persuade your client that they are dealing with traditional astrology. So receive your client surrounded by astrological symbols and complicated documents. Be warm, be smiling, and do not hurry the preliminaries. If they are well carried out, the remainder will follow easily.

Remember that the client needs the strangeness of your astronomy and mathematics and extraterrestrial links, to agree to listen to you. Just receiving the birth chart can be more decisive than its interpretation, see Part 1. But the birth chart cannot tell you about a client. At best, it merely provides a focus that allows therapy by conversation to proceed, in the same way as the idea of previous lives might do.

Another trick. The astrologer should not be as negative as his client. It is vital for you to have a positive philosophy that will cope with the client instead of leaving it to astrology. Without imposing morals on your client, you are there to reconcile him with the world of men, not to reconcile him with the stars. In fact you should here ignore astrology altogether.

So start by talking about the problems of living, its loneliness, its uncertainty, and anything else that you have found to apply generally to clients. Stress that, thanks to astrology, such problems are well encircled and solvable. Start a conversation and keep it going until feedback is occurring. That way you will know in advance what the client wants to know and what the answer should be. You do not want to be dependant on astrology.

Of course, you avoid giving this impression, and you avoid giving the impression that you have done it all before with other clients. Your client needs to feel special. Once his confidence has been obtained by your general attitude, astrology can gradually grow blurred, leaving you to focus on the feedback. Soon you and your client will be closely joined in a dialogue, and astrology can mostly be ignored except as a convenient means of changing the subject.

   In this way, by excavating the past, your goal is not to prove the validity of astrology but to locate the traumas that will reinforce his interest in astrology. The unknowing client will see this as exorcising his past, leaving him free at last and very satisfied with the consultation.

ASTRO 9
9
My astrologer is going to tell me who I am and what is going to happen, which are things I have no idea about.

I hope she understands what I am saying because I certainly don’t.

Postscript : Teaching astrology

   What of those who wish to teach ? The difference between consulting and teaching is quite distinct. In consulting, the client receives information in a more or less passive way, and there is generally only one meeting. In teaching, the pupil actively wants to learn and ask questions, and there are generally many meetings. In the former the relation is with an astrologer, in the latter with astrology. In both cases it is advisable to respect a certain appearance. The teacher must thus have the same luggage as described in Part 1.

Just as the client wants the astrologer to have extraordinary knowledge, so the pupil expects astrology to solve the mysteries of Man and Life. But because astrology cannot do this, it is important to resort to pretence. You pretend that the fit between chart and person (which can always be found even if they are unrelated) is remarkable and striking. You pretend that any interpretative failure is the fault not of the stars but of the astrologer. Such pretences prove exceedingly positive for the dynamics of the course.

Astrology is mainly an imaginary science. It is a pseudo-competence resting on tricks of the trade. To us, many teachers seem dangerous, irresponsible, and unconscious of what they convey, because their personal relation with astrology is too strong. They are a fanatic of astrology. They see reality where there should be pretence, so they lack antidotes. They should revise their values and give up their naivety.

The problem is that the majority of astrologers are unable to hold such views. For twenty years we have organised conferences devoted to rebalancing their views, but with little effect. The paradox is that such rebalancing would establish their detachment and credibility. Had they been trained properly in the first place they would not have developed such bad habits.

   We plead for a homeopathic low-dose astrology, whereas most astrologers give their clients and even more their pupils an extreme high dose. We should avoid training astrologers with bad habits who become trapped by situations for which they are not prepared. Astrological consultation is more a massage of the client’s ego by an involved caring astrologer than an all-knowing message from the stars. What matter is the astrologer not the astrology.

ASTRO 10 10
Strikes, paralysis !
No mail, no public transport !

It’s all due to Saturn !

Further reading

   Alexander C. Rae. Bluff Your Way in Astrology & Fortune Telling. Revised edition, Ravette Books, West Sussex 1992. The way to instant erudition without having to know anything. Has “enough details to pass yourself off as an expert and to allow you to charge extortionate fees for your readings. ”

Adaptation anglaise sous la direction de Geoffrey Dean (Australie),
terminée le 17 août 2003

 


Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

Le médecin Jean Taxil et la comète de 1607

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Le médecin Jean Taxil
et la polémique autour de la comète de 1607

par Jacques Halbronn

    Les cas où un astrologue est pris à partie par un “anti-astrologue” et prend la peine de lui répondre sont assez rares tout comme d’ailleurs ceux où un anti-astrologue réplique aux arguments qu’un astrologue a développés en réponse à ses attaques. On pourrait citer Pic de la Mirandole s’en prenant aux travaux astro-historiques d’un Pierre d’Ailly, lorsque ceux-ci firent l’objet d’une impression à la fin du XVe siècle.1 On pourrait également citer, à la fin du XVIe siècle, l’astrologue toulousain Auger Ferrier face à un Jean Bodin, qui l’avait interpellé dans sa République, et qui répondra au dit Ferrier, l’ayant mis en cause à son tour, dans un Advertissement à M. Jean Bodin sur le quatrième livre de sa République, Toulouse, 15802 sous le nom de René Herpin, à savoir dans une Apologie ou réponse pour la République de Bodin, Paris, 1581, texte qui sera désormais adjoint aux multiples éditions tant françaises qu’étrangères des Six Livres de la République.

Avertissement à M. Jean Bodin       République de Jean Bodin

 

    Au début du siècle suivant, nous rencontrons le cas du médecin astrologue Jean Taxil, natif des Sainctes Maries, médecin en Arles – auquel les Cahiers Astrologiquesd’A. Volguine consacrèrent une étude rédigée par Suzanne Nelli, “Jean Taxil, un médecin astrologue du début du XVIIe siècle”, Septembre 1958, n° 76, mais sans prendre en compte la polémique dont il s’agit ici – dont le Discours des comètes, Lyon, C. Morillon, 1608, avait suscité une critique en règle de la part d’un auteur qui préféra garder l’anonymat, c’est le Discours en général contre les Pronostics des Comettes et particulièrement de celle de l’année mil six cents & sept, s. l. n. d. Taxil y répliqua au sein de son Astrologie et Physiognomie en leur splendeur, Tournon, 1614, par un “Fléau de l’anonyme présomptueux contenant la défence du traicté des Comètes & de l’honneur & dignité de l’astrologie”. Taxil, médecin et astrologue3, comme le furent au XVIe siècle, un Michel de Nostredame de Salon de Provence, un Auger Ferrier de Toulouse, un Claude Dariot de Beaune4, un Antoine Mizauld, de Montluçon. Signalons aussi l’échange entre le Père Jésuite Nicolas Caussin, avec saLettre à une personne illustre sur la curiosité des Horoscopes, Paris5 et la Responce en faveur de l’astrologie à la lettre du R P. Nicolas Caussin, Paris.6 Il faudrait ajouter à un tel corpus ces Epîtres dédicatoires supposées répondre à la requête de quelque correspondant sur la question de l’astrologie.

Lettre à une personne illustre       Réponse en faveur de l'Astrologie

    Parfois, ce type de querelle est mis en scène dans le cadre d’entretiens où se trouvent campés un astrologue et un anti-astrologue. C’est le cas du Mantice de Pontus de Tyard7 c’est celui de Théophraste Orthodoxe, à l’occasion de l’Eclipse de 1654, Entretiens curieux sur l’éclipse solaire du 12 aoust 16548, c’est aussi celui de Pierre Bayle, dans sa série sur les Comètes, répondant aux objections réelles ou supposées de ses correspondants et de l’abbé Laurent Bordelon, avec son De l’astrologie judiciaire. Entretien curieux etc, Paris, 1689.

Mantice       Entretiens curieux sur l'Eclipse

De l'Astrologie - Entretiens curieux

    Une des polémiques les plus retentissantes entre un astrologue et un anti-astrologue, si on en reste à la France – à l’étranger, il faudrait citer les démêlés d’un Kepler – reste celle qui opposa, au milieu du XVIIe siècle, un Jean-Baptiste Morin dit de Villefranche et un Pierre Gassendi, de Digne, tous deux titulaires de chaires au Collège Royal, l’actuel Collège de France. On sait aussi que le Père Jésuite Jean François constitua sa critique de l’astrologie9 à la lecture du Traité des Jugements Généthliaques, dont la traduction française venait de paraître, du danois H. Rantzau mais Rantzau n’était plus là pour lui répondre.

Quant aux polémiques entre astrologues, elles ne furent pas si fréquemment publiées et là encore Jean-Baptiste Morin se doit d’être cité pour sa publication – lesRemarques Astrologiques sur le Commentaire du Centiloque de Bourdin parues en 165410 - à l’encontre de Nicolas Bourdin, marquis de Vilennes. Encore ne faudrait-il pas oublier de citer les attaques que dut subir un Michel de Nostredame, de la part notamment d’un Laurent Videl ou d’un Antoine Couillard, réagissant à ses prédictions / prophéties astrologiques, et auxquelles il prit d’ailleurs la peine de répliquer assez vertement.11

Le recours à l’anonymat ou au pseudonyme, dans la production astrologique ou anti-astrologique du XVIIe siècle est assez marqué, notamment dans les milieux religieux : rappelons le cas de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus (1656), qu’il faut attribuer au dominicain Giffré de Rechac et qui comporte une apologie de Nostradamus ainsi que celui d’un Yves de Paris, Capucin, défendant, devant le Parlement de Rennes, son Fatum Universi (1654) paru sous le nom de Petrus Allaeus. (Ad illustrissimos viros amplissimi Senatus Armorici In librum de Fato Universi nuper editum, dissertatio). Dans ce dernier cas, l’ironie tient au fait que l’avocat était aussi l’auteur de l’oeuvre condamnée, sans qu’apparemment les juges en aient eu conscience.

Le passage d’une comète nous apparaît, au demeurant, tel un théâtre privilégié, propice aux confrontations, encore que l’annonce d’une éclipse ou d’une grande conjonction aient également défrayé la chronique.12

Le réformé Pierre Bayle publiera anonymement ses Pensées sur la comète de 1680 en se présentant comme catholique et s’adressant à quelque Docteur en Sorbonne (alors Faculté de Théologie). Pourquoi tant de dissimulation, le recours fréquent à des initiales, chez les uns et les autres, notamment lors de l’annonce de l’éclipse de 1654 ?13 Il semble qu’il faille distinguer les brefs pamphlets – souvent anonymes en effet – des oeuvres plus importantes, comme les massifs traités des Jésuites, notamment Jacques de Billy14 et Jean François, parus sous leur nom.. C’est apparemment lorsque le texte est directement en prise sur l’actualité que certaines précautions sont prises.

Reconstitution d’une polémique

   Nous avons donc pu reconstituer les différentes étapes de cette polémique laquelle s’inscrivait au départ dans le cadre d’une recension de la littérature sur les comètes.15D’une part, nous disposions, à la BNF du gros livre de Taxil intitulé Astrologie et Physiognomie en leur splendeur, dont on connaît deux éditions, l’une non datée, l’autre de 1614, chez le même libraire de Tournon, qui faisait écho aux attaques de ce que l’auteur appelait “l’anticométiste”.16 Puis ce fut le tour du Discours des Comètes du même Taxil qui était conservé à la Bibliothèque de Lyon La Part Dieu (cote 373231), ouvrage qui avait déclenché précisément l’ire de l’anticométiste. Et enfin, nous retrouvâmes à la Bibliothèque Ceccano d’Avignon (cote 8° 7056) le travail anonyme de l’anticométiste, le Discours en général contre les Pronostics des Comètes et particulièrement de celle de l’année mil six cents & sept (s. L. N. d.). C’est dire que la recherche bibliographique exige une certaine persévérance et une approche systématique et extensive des collections existantes, surtout quand on ignore si nom de l’auteur il y a ou non. Entendons par là que c’est en conduisant une recherche au champ sensiblement plus large que l’on peut se permettre d’écumer les bibliothèques, parce qu’on y trouve toujours quelque perle. En revanche, avec une perspective trop étroite, on risque de se décourager beaucoup plus vite, en raison du faible retour sur investissement. En outre, l’apologie du traité de Taxil sur son Discours des Comètesfigure au sein d’un ouvrage qui ne le mentionne pas en son titre, ce qui signifie que l’on ne peut se contenter de se fonder sur les titres des ouvrages pour rédiger une monographie, que ce soit sur les Comètes ou sur Nostradamus.

Discours des comètes

    H. Drévillon, dans son mémoire de DEA17Les traités des comètes de 1577 à 1683 : les révolutions d’un signe, sous la direction de Roger Chartier, semble tout ignorer de cette polémique, pourtant au coeur de la période qu’il prétend étudier, n’ayant apparemment pas pris connaissance de notre communication au Colloque de Bayeux de 1986, laquelle, il est vrai, ne parut, avec quelque retard, qu’en 1991 : “Les variations d’impact des “comètes” en France. Etude bibliographique (fin XVe- fin XVIIIe siècles), La comète de Halley et l’influence sociale et politique des astres”, Bayeux, 1991 (pp. 74 – 75) C’est ainsi (p. 89) qu’il ne signale même pas Taxil parmi les médecins s’étant occupé des comètes. En revanche, Taxil sera bien présent, en 1996, dans sa thèse parue sous le titre Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610 – 1715), Seyssel, Ed. Champ Vallon (p. 42) quand il parle “de la réponse de Jean Taxil à un détracteur”. Il est vrai que la controverse en question se situe à l’échelle régionale. Si le Discours des Comètes parait à Lyon, en 1608, chez Claude Morillon lequel en 1610 publiera un Commentaire d’Henri de Linthaut (Lindhout) sur le Trésor des Trésors de Claude Gamon, en revanche, la suite de l’affaire se déroulera dans des villes de moindre importance, comme Arles. La formule “à Tournon pour R. Reynaud libraire à Arles”, signifie vraisemblablement que l’ouvrage fut imprimé à Tournon mais écoulé à Arles (cf. infra). Cette comète de 1607 est au demeurant célèbre en ce qu’il ne s’agit ni plus ni moins de la comète de Halley, lors de son passage qui précéda celui de 1682 et de 1759 – c’est alors qu’on attendit son retour – et dont les dernières occurrences survinrent en 1910 et 1986. A partir de Halley, les comètes allaient perdre leur aura de signes venant du ciel, au gré de Dieu pour ne plus être qu’un corps céleste parmi d’autres, c’est-à-dire parfaitement prévisible.

On notera, en passant, que ce qui distingue la littérature consacrée aux comètes de celle visant les éclipses, est que la première traite du phénomène céleste après coup alors que la seconde l’anticipe, souvent, de plusieurs années.18

Nous ignorons qui est l’auteur de ce Discours en général contre les pronostics des Comètes et particulièrement ceux de l’année mil six cents & sept (s.l.), mais il y a de fortes chances que ce soit un collaborateur de l’archevêque d’Arles, dont le nom n’est pas fourni, auquel l’ouvrage est dédié :

“Qu’il vous plaise cependant me départir cette faveur que je taise mon nom aux fins que chacun sache que seulement pour obeyr à vostre Seigneurie & non par vanité j’ay produit ce libelle (…) Il n’y a remède, Messieurs les astrologues & naturalistes il faut que j’esvente & publie librement les secrets de votre art pour donner le retour à ce maistre faiseir d’invectives.“

 

Discopurs contre les pronostics des Comètes

    Ce sera l’occasion pour Taxil de se moquer de cet adversaire qui s’avance masqué comme l’avait fait Auger Ferrier19, dans un Advertissement à M. Jean Bodin sur le IVe Livre de sa République, Toulouse, Colomiez, 158020, face à ce René Herpin derrière lequel se dissimulait un Jean Bodin21, texte qui accompagnera désormais les éditions de la République. Par la suite, un Jean-Baptiste Morin, dans ses Remarques Astrologiques, s’interrogera sur l’identité des auteurs d’attaques contre les pronostics relatifs à l’Eclipse d’août 1654, y pressentant la marque d’un Gassendi.22 A l’origine, donc, de l’affaire qui se prolongera jusqu’en 1614 – il y a une édition non datée23 - la parution en 1608 du Discours des Comètes contenant plusieurs belles & curieuses questions sur ce subject & particulièrement de celles qu’on a veu au mois de septembre dernier 1607. Avec la prognostication & presages d’icelles, dédié à Jaques (sic) de Boche, gentilhomme de la Chambre du Roy. L’astrologue y est contraint de présenter ses réflexions de type astronomique plus qu’astrologique sur la nature des comètes, il y est notamment discuté des thèses de l’italien Jérôme Cardan (pp. 42 et seq). L’astrologue est également amené à se situer sur le plan théologique avant même d’aborder l’aspect proprement astrologique : “Que ce n’est pas sans cause que les hommes craignent les impressions célestes, d’autant qu’elles ne sont pas seulement naturelles mais quelques fois miraculeuses ou prodigieuses” (ch. X, pp. 67 et seq.) Déjà alors, on signalait que le mexicain Montezuma avait été la victime de pronostiqueurs animés par le diable pour conduire à sa perte (p. 72).

Taxil s’appuie fortement sur les historiens car toutes les corrélations que l’astrologue peut établir ne dépendent-elles pas essentiellement des chroniques conservées et rapportées ? Bien plus, les historiens, ce faisant, sont amenés à fonder leur science, y compris dans le domaine climatique et agricole (ce qui semble annoncer un Braudel), sur certaines récurrences cosmiques, ce que nous avons appelé “astro-histoire”.24 Comme plus tard Bayle, le médecin d’Arles, esquisse une approche à caractère statistique : “Et je vous prie, n’a-t-on point vu mourir de Roys sans que de vingt ans après leur mort se soyent appareues des Comètes ? (…) Ces historiens ont confondu ainsi ce mot de Signe, les uns disant que les Comètes signifient la mort des Roys, les autres qu’elles les causent, entre lesquels est Cardan” (p. 102).

A la lecture de ce Discours d’environ 140 pages va donc répondre, en avril 160925, imprimé par un certain Estienne du Plessier, un autre Discours, anonyme celui là, dédié à l’Archevêque d’Arles, “libelle” de 150 pages environ et qui ne portera pas davantage sur l’aspect proprement astrologique. D’ailleurs, on peut se demander si un tel débat touche véritablement à l’astrologie stricto sensu, vu qu’il n’y est guère question de planètes, de signes zodiacaux et du fait du caractère non prévisible, alors, des comètes.. L’anonyme s’efforce de dissocier – ce que Taxil refusera (cf. infra) astrologie et astronomie : “nos astrologues (…) sous la faveur de l’astronomie (relèvent) leurs vanités.” (p. 31) Ce même auteur constate que la mort de ceux qui sont morts, après une comète était tout à fait naturelle et non point “violente”. (p. 143) Il faudrait selon lui que les comètes produisissent des effets qui leur seraient propres, en sus d’une éventuelle corrélation chronologique. Il est également reproché à Taxil d’associer des pronostics relatifs à des phénomènes sans rapport entre eux comme guerre et peste, ou contradictoires comme pluie et siccité, c’est-à-dire sécheresse (p. 156).

A la fin de l’ouvrage, on apprend que des prédictions circulaient alors sur la mort prochaine du pape, ce qui pourrait expliquer cette initiative dédiée à l’archevêque d’Arles, ville proche d’Avignon. En réalité, Paul V, élu en 1605 ne mourra qu’en 1621 !

Taxil répliquera à cette attaque selon une démarche à l’évidence apologétique et qui annonce l’Apologie qui paraîtra, dix ans plus tard, en 1624, en tête de l’Usage des Ephémérides d’Antoine de Villon.26 Dans le cas de Villon, on ignore à qui précisément il réplique ; cependant, le jésuite Jean François, dans son Traité des Influences célestes, bien plus tard, en 1657, évoque Villon : “Je fis cette offre d’une dispute publique à Antoine de Villon qui a imprimé deux tomes en leur faveur, lequel me dit par après en particulier qu’il n’estoit pas si fou de s’exposer de la sorte.” (p. 237)

“Mon dessein, déclare Taxil, n’ayant esté (entreprenant cest oeuvre) d’insèrer icy toute l’astrologie ains seulement de faire voir à tout le monde qu’il est permis au Chrestien & Médecin de se servir de l’astrologie, qui ne surpasse les vrayes bornes de la science naturelle.
Si les astrologues ne prévoyent toujours tous les accidens qui nous doivent arriver, il n’en faut pas pourtant blasmer l’art” (p. 64)

 

On s’arrêtera sur la seule référence de Taxil à Nostradamus :

“il n’est pas besoin que je face icy plus particulière mention du grand nostradamus puis que les merveilles qu’il a fait par la voye de l’astrologie sont encore toutes fraiches en la mémoire de ceux qui vivent27

 

Comment comprendre un tel propos ? Le médecin d’Arles, auteur, en 1602, d’un Traité de l’Epilepsie, à Lyon, pour Robert Renaud, libraire de la ville d’Arles en Provence28, le même libraire qui publiera l’Astrologie en sa splendeur, semble évoquer Nostradamus comme si son oeuvre appartenait au passé. Aurait-il pu s’exprimer ainsi, en 1614, si des éditions des centuries étaient reparues depuis peu ? Nous sommes en effet en 1614 : “et dieu veuille qu’au mois de septembre de l’année précédente mil six cens treize etc.” (p. 15)

Traité de l'Epilepsie

    Toujours sur un point qui intéresse la recherche nostradamologique, on signalera cet autre passage : “Le grand Henry, feu nostre bon Roy eut en sa nativité les deux luminaires aux signes violents (…) Et quant à la huictiesme (maison), en estant proche de moins de cinq degrez, où y avoit une des estoiles violentes; scavoir celle qu’on appelle caput Algol, comme j’ay veu par l’horoscope que j’en au autrefois dressé etc.”, ce qu’il résume en latin, en marge Henricus Magn. Rex noster habuit caput Algol in domo mortis & Lunam in conjiunctione cum ipso.“29

Ce passage est en effet à rapprocher de celui figurant dans les Significations de l’Eclipse de 1559 (…) par maistre Michel Nostradamus :

“Or, il faut entendre que voyant Mars principal dominateur de l’éclipse occupant la 8. Maison non esloignée d’Antare qui est une estoile fixe de la seconde grandeur la plupart de sa nature est martiale du tout, qui vient à menasser (…) la mort violente & subite ioint avec morts publiques etc.”30

 

Témoignage de l’importance accordée aux étoiles fixes – Algol et Antarés – dans la mort violente notamment des souverains et qui ici semble vouloir rendre compte de la mort d’Henri II, survenue en 1559.

Signalons que Taxil revient aussi sur la mort d’Henri II :

“Henry second, Roy de France, eut en sa nativité les deux luminaires aux signes violents & Saturne, estant disposé comme il estoit, signifioit selon Ptolomée, une offence mortelle à la teste ; la nativité duquel ayant esté dressée & supputée par Lucas Gauricus, grand Prélat & grand Astrologue luy prédit ce genre de mort dix ans auparavant qu’il luy arrivast.“31

La réplique à l’ “Anticométiste” dans l’Astrologie et Phsyiognomie

Astrologie et Physionomie

    Nous étudierons de quelle façon la polémique avec l’auteur du Discours en général aura envahi l’oeuvre de Taxil, laquelle couvre près de 400 pages et qui est introduite par une épître, non datée, dédiée à Guillaume du Vair, premier président au Parlement de Provence. Un tel ensemble peut d’une certaine façon constituer une réponse à l’ouvrage de Claude Duret, paru à la fin du seizième siècle, le Discours de la Vérité des causes et effects des décadences etc, Lyon, Benoist Rigaud, 1595.32

A peine Taxil a-t-il adressé quelques mots “au lecteur” qu’apparaît un “Recueil de partie des erreurs et contradictions de l’Anticométiste en son libelle” L’expression “anticométiste” est significative, un peu comme de nos jours celle d’ “anti-astrologue”, présentée comme une sorte de fixation quelque peu maladive contre les comètes ou contre l’astrologie, ce qui revient, en quelque sorte, à renverser les rôles. Cette réponse précède la “Table des Chapitres de l’Astrologie en sa splendeur”, on dirait de nos jours la table des matières. Mais même dans le corps de l’ouvrage, Taxil relance la polémique avec le dit Anticométiste, qui tourne autour d’une comète apparue sept ans plus tôt : “Ce que toutesfois notre Anticométiste maintenant va niant” (p. 34) et cela continue (pp. 36 et 60) avec chaque fois une indication en marge et la mention de la pagination du Discours en général On a vraiment affaire à des commentaires croisés. A la page 170, Taxil l’interpelle à nouveau : “Que dira le Critique de cecy : croira-t-il toujours que les astrologues sont les plus grands gueux du monde puisqu’on lui fait voir que tant de Seigneurs, de Rois & de monarques par tiltre d’honneur se sont qualifiez du nom d’Astrologues.”

Taxil achève son volet sur l’Astrologie – le second étant sur la Physiognomie- par un vibrant hommage à Galilée, “la perle des astrologues de ce siècle” (pp. 173 et seq) et à son Nonce Céleste. Taxil mentionne les “quatre nouvelles planètes lesquelles suivent de fort près Iupiter” – Galilée recourut à la lunette à partir de 1609 – et l’on comprend que pour Taxil, sous le terme Astrologie, il implique également ce que nous appelons astronomie. Et de revenir à l’Anticométiste inconnu : “Ne vous étonnez donc plus Anticométiste si l’Astrologie n’est abolie (…) Que dis-tu adversaire ? Dis le vray, tu aimerais mieux courir après quelque Empirique enfumé ou après quelque endiablé Zoroastres qu’après un Clavius, qu’après tant de Ptolomée, des Alphonses (Alphonse de Castille), des Tychons (Tycho Brahé) & tels autres illustres Astrologues ? C’est le propre de l’ignorance que de voler bas etc.” (p. 180, 181 – 184)

On voit donc à quel point en 1614, un Taxil peut encore se permettre de faire l’amalgame entre astrologie et astronomie mais il est vrai que l’astronomie, elle aussi, est vouée aux attaques comme le montrera, quelques années plus tard, le procès de son cher Galilée (1633).

On croit alors que Jean Taxil en a fini avec son Anticométiste dès lors que l’on aborde le volet de “La Physiognomie en sa splendeur”, avec une nouvelle pagination. Mais dès la page 20, Taxil en revient à son adversaire lequel aurait mis astrologie et physiognomie dans le même sac et voudrait qu’on les chassât des Républiques l’une et l’autre. Sous le terme de Physiognomie, Taxil entend notamment la Métoposcopie, chère à Cardan, divination par les lignes du front. Et d’évoquer le visage d’Henri IV en rapport avec son théme natal (pp. 49 – 50). On trouve d’ailleurs, dans ce second traité, un visage avec les légendes, p. 80. Mais la Physiognomie comporte aussi la Chiromantie, troisiéme partiede la Physiognomie (ch. VII, pp. 112 et seq) alors que la deuxième partie concerne la “Physiognomique” (ch. V, p. 81) qui concerne l’ensemble du corps.

Et ne voilà-t-il pas qu’à la page 129, Taxil nous présente un “Fléau de l’Anonyme présomptueux contenant la Défense du traicté des Comètes & de l’honneur & dignité de l’Astrologie”, sur 18 pages comme si cela n’avait pas suffit !

Il semble même que ce soit là sa première réaction :

“C’est trop fait, je perds patience. Il faut que j’abatte la voix & le souffle à cet insolent. Blasmer l’astrologie, déchirer par injures ceux qui la traitent ? C’est trop faict, il faut qu’il le sente. Il serait donc loisible , sous le couvert d’un masque, de medire à plaisir sans crainte du retour ? Donc il seroit permis de semer des erreurs & les mettre en crédit, abusant du nom de nos Archevêques ? Il n’y a point de loy qui le veuille, c’est trop là d’irreligion & d’impiété.” (p. 129)

 

Ainsi le Recueil placé en tête nous semble être une annexe du Fléau, en ce qu’il décortique le Discours de son adversaire en signalant les pages, ce qui n’est pas le cas du dit Fléau, situé in fine.

Le ton scandalisé voire étonné de Taxil montre à quel point l’astrologie au début du XVIIe siècle est encore “droite dans ses bottes”, qu’elle ne craint pas les découvertes d’un Galilée, mais force est de constater qu’elle sera bientôt plus sur la défensive. Toujours est-il que cet Anticométiste, relève Taxil, entend “chasser de la Bergerie Chrestienne tous astrologues, physiognomes, sorciers et telle racaille de gens qui se meslent de prédire par l’inspection des astres ou plutost par la suggestion pure des esprits noirs.” (p. 143)

Dans le “Fléau de l’Anonyme”, Taxil refuse ainsi de disjoindre astronomie et astrologie : “Ces sciences (astronomie et astrologie) sont trop unies pour les pouvoir séparer sans corruption (…) Qu’est-ce autre chose l’Astrologie qu’une Astronomie parlante (…) Que serait-ce autre chose l’astronomie restreinte dans les bornes que vous luy voudriez imposer qu’une beauté muette, un soleil en éclipse, un trésor caché, une science morte qui ne servirait de rien à personne.” (p. 148)

Taxil tire parti de l’anonymat de son adversaire : “Est-ce pour cela que vous supprimez vostre nom pour n’estre chastié de vos menteries. Qui faict mal, il hait la lumière: les faiseurs de Paquils en usent ainsi” (p. 153) comme il l’avait déjà fait dans le Recueil introductif : “Ho que vous avez bien fait , mon grand amy, de demeurer derrière le rideau (…) Car vous la pouvez maintenant désavouer comme un part abortif, pour l’attribuer à quelque autre etc.”

Il reproche à cet inconnu d’écrire sous la protection de l’archevêque d’Arles : “Cet illustre Prélat lequel vous avez donné pour vostre Parrain à vostre Avorton & le nom duquel vous posez au plus haut du frontispice de votre livre, pour luy donner entrée & servir de miel à vos amertumes, vous désavouera, je n’en doute point, mal aisément pourra il souffrir de voir son autorité ainsi profanée & que vous lui fassiez porter la bannière à vos médisances (…) Si mon livre eut contenu en soi quelque chose d’erroné ou de scandaleux il n’eut pas emprunté une plume aussi vile que la vostre pour m’en reprendre, il l’eust faict luy mesme en Pasteur.”

Enfin, cet ensemle s’achève par un traité en latin (pp. 162 et seq) : Iudicium Ioannis Taxilli D. Medici De nova illa stella quae colluxit en Sagittario (…) anno sexcentesimo quinto supra millesimum, soit la nouvelle étoile de 1605, texte dédié à Peiresc. Il s’agit probablement d’un texte paru séparément en 1608 et repris au sein de cet ensemble.

Un des aspects de la polémique qui nous semble le plus intéressant concerne la question des historiens, lesquels seront sur la sellette tout au long du siècle et constituent, avec les astronomes l’autre pilier sur lequel s’appuie l’astrologie. L’anonyme semble avoir compris qu’il y avait là un enjeu d’importance, d’ailleurs n’est-ce pas au nom de l’Histoire telle que narrée dans l’Ancien Testament que l’on rejeta l’héliocentrisme, à Rome ? Dans le “Recueil de partie des erreurs” Taxil voit bien le coup venir : “Que pensiez vous en tançant tous les historiens d’ignorance, en la page 71, de votre libelle où vous dites qu’il faut avoir recours aux principes de la Philosophie (…) C’est chose asseurée et véritable que tous les Historiens disent que l’expérience (est) mère de toutes les vérités (…) Comment, pauvre ignorant, vous moquez-vous ainsi des Historiens, des observations & des expériences qu’on a faict ? Ne savez-vous pas que l’expérience a plus de force à conclure que toute sorte d’argumentation ? Cela fait penser à la formule de Jean Rostand : “si les statistiques prouvent l’astrologie alors je ne crois plus aux statistiques”, de même si les astrologues peuvent s’appuyer sur l’histoire, alors faut-il encore se fier à celle-ci ?

En cette même année 161433 paraissait, de la plume de François de Cauvigny (Colomby), à Paris, chez Toussaint du Bray, une Réfutation de l’astrologie judiciaire (…) contre les astrologues de ce temps. Dédié à la Reyne Régente, c’est-à-dire à Marie de Médicis34 ; il y est demandé, également, dans l’épître à la Reine, veuve d’Henri IV, de bannir les pratiques astrologiques. Intervention sans grand effet, il est vrai quand on sait ce que Pierre Bayle écrira encore au début du XVIIIe siècle, dans laContinuation de ses Pensées sur la Comète, quant au crédit maintenu des astrologues qu’il déplore.35

Réfutation de l'Astrologie judiciaire

    L’ouvrage de Cauvigny, constitué de trois traités aux paginations séparées pourrait bien avoir inspiré les travaux du Jésuite Jean François, parus en 1660 sous le titre deTraité des Influences Célestes, à Rennes, puis, sous le nom de R. Descartes (sic) en 1667.36 C’est notamment la question de l’expérience qui est mise en avant par ces auteurs et qui rejoint la mise en question de l’autorité de l’Histoire. Sans l’appui de textes plus ou moins douteux relatant tel ou tel succès de l’astrologie, que vaudrait, demande-t-on le crédit de l’astrologie ? C’est d’ailleurs en particulier à Nostradamus, héraut par excellence de l’astrologie semble-t-il, notamment à la suite des événements d’Angleterre, que le Père Jésuite s’en prenait.

“On les raconte autrement qu’elles n’ont esté ou prédites ou faites, bien peu ont esté composées devant l’effet, presque toutes sont racontées après et de celles-cy plusieurs ont esté composées & inventées après les accidents arrivez. C’est ainsi qu’on adjuste des quadrains à toutes les impressions de Nostradamus. Les autres qui restent sont rapportés avec tant d’amplification et de changements qu’ils sont méconnaissables (…) On attribue des prédictions aux astrologues qui ne peuvent leur convenir, toutes les prophéties de Nostradamus ont été faites sans aucun horoscope, comme il déclare au commencement d’un livre en une épître dédiée à son fils (…) On a partout en bouche ce vers de Nostradamus Sénat de Londres mettra à mort son roy, on oublie les autres.“

 

Traité des influences célestes

    Il ne faudrait pas en effet s’imaginer que les anti-astrologues ne se recopient pas : même un Calvin semble avoir puisé, pour composer son Avertissement contre l’astrologie qu’on appelle judiciaire, Geneva, 1549, dans l’oeuvre d’un David de Finarensis (alias de Finale), à savoir l’Epitome de la vraye astrologie et de la réprouvée etc, Paris, Estienne Groulleau, 154737, le chef réformé s’en prenant, quant à lui, à l’Avertisssement sur les jugements d’astrologie à une studieuse damoiselle, anonyme (en fait de Mellin de St Gelais), Lyon, Jean de Tournes, 1546.38 Ces polémiques et ces entretiens, ces apologies, sont en tout état de cause, la marque d’un certain intérêt pour les problèmes posés par la question astrologique, aux XVIe et XVIIe siècles.

Avertissemnt contre l'Astrologie       Epitome de la vraie astrologie

    Il semble bien que l’anti-astrologie du XVIIe siècle ait touché le talon d’Achille de l’astrologie, à savoir que ses fondements n’étaient pas tant astronomiques qu’historiques, que son crédit était avant tout lié à l’idée d’une transmission ininterrompue, à celle de prédictions confirmées sans que l’on soit certain du moment véritable où celles-ci furent formulées. Qu’est-ce qui alimente la foi, la confiance, en l’astrologie sinon l’idée d’une double transmission: diachronique, sur la base d’un savoir ancien qui se perpétue et synchronique, sur la base d’une influence d’astres lointains qui continue à s’exercer et à laquelle les hommes restent sensibles ? Tout cela ne renvoie-t-il pas à un passé plus ou moins immémorial ? Or, le temps des représentations mythiques des origines, et notamment, au travers des Ecritures Saintes, était alors en passe d’être révolu, la critique biblique se mettait en place notamment avec Richard Simon., auteur d’une Histoire critique du Vieux Testament (1678), tant et si bien que les idées d’alliance originelle entre hommes et astres qui sous-tendaient le statut intellectuel de l’astrologie étaient battues en brèche. En ce sens, l’astrologie allait subir le même sort que les (autres) religions, Nostradamus apparaissant comme son dernier prophète.

Jacques Halbronn
Paris, le 26 septembre 2003

Notes

Cf. notre étude “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site du Cura.free.fr. Retour

Cf. BNF *E 2063. Retour

Cf. E. Fassin, “Un oublié Jean Taxil”, Bulletin de la Société des amis du vieux Arles, janvier 1940. Retour

Cf. notre étude sur le Site du Cura. Retour

Cf. BNF D 6869. Retour

Cf. Bibliothèque Ste Geneviève, V 4° 68 Inv 544, pièce 19. Retour

Cf. l’édition de S. Bokdam, Genève, Droz, 1990. Retour

Cf. BNF V 12198. Retour

Cf. Traité des Influences Célestes, Rennes, 1660. Retour

10 Cf. notre édition, Paris, Retz, 1975. Retour

11 Cf. O. Millet, “Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle”, in Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V. Saulnier, 1987. Retour

12 Cf. notre étude sur les comètes, op. cit. Retour

13 Cf. E. Labrousse, Entrée de Saturne, op. cit. Retour

14 Cf. Tombeau de l’astrologie judiciaire, Paris,1657. Retour

15 Cf. notre étude Bayeux. Retour

16 A Tournon R. Reynaud, BNF V 29301, autre édition : BNF V 21816. Retour

17 Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1989 – 1990. Retour

18 Cf. E. Labrousse, L’entrée de Saturne au Lion. L’éclipse du 16 août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974. Retour

19 Cf notre étude sur le Site du CURA. Retour

20 Cf. BNF *E 2063. Retour

21 Cf. Apologie ou Réponse pour la République de Jea,n Bodin, Paris, Du Puiys 1581. Retour

22 Cf. notre étude “Pierre Gassendi et l’astrologie judiciaire. Approche bibliograpohique”, Annales de Haute Provence, 2 – 3e trimestres 1993. Retour

23 Cf. BNF Resaq V 21816. Retour

24 Cf. “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site CURA. Retour

25 Cf. le colophon p. 160. Retour

26 Cf. notre postface au reprint du Commentaire du Centiloque par Nicolas Bourdin, Paris, Trédaniel, 1993. Retour

27 Cf. l’Astrologie et physiognomie en leur splendeur, op. cit., p. 92. Retour

28 Cf. S. Nelli, “Jean Taxil”, op. cit., p. 236. Retour

29 Cf. l’Astrologie et Physiognomie, op. cit., p. 116. Retour

30 Cf. B. Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 451. Retour

31 Cf. Astrologie et Physiognomie, op. cit., p. 114. Retour

32 Cf. notre étude sur le CURA. Retour

33 Cf. sur cette période nos développements consacrés aux malheurs de l’astrologue Morgard in Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002, pp 145 et seq.Retour

34 Cf. BNF V 21807. Retour

35 Cf. “The importance of comets for the cause of Astrology; the case of Pierre Bayle in the years 1680 – 1705”, Colloque Astrology and the Academy, Bath, 2003, et “Astrologie et Histoire au XVIIe siècle”, Colloque Astrologie et pouvoir, Actes in Politica Hermetica, 2003. Retour

36 Cf. notre étude sur G. Bachelard et l’oeuvre de cet auteur, CURA. Retour

37 Cf. Bibl. Ste Geneviève, Paris, V 8° 635 Inv 2679 Réserve. Retour

38 Cf. O. Millet, édition de l’Avertissement de Calvin, Genéve, Droz, 1985. Retour

 

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE, Médecine | Pas de Commentaire »

Claude Duret et l’astro-histoire à la fin du XVIe siècle

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Claude Duret et le “Livre Blanc” de l’astro-histoire,
à la fin du XVIe siècle

par Jacques Halbronn 

    Quels furent les vrais enjeux de l’anti-astrologie aux XVIe et XVIIe siècles ? Il conviendrait de ne pas considérer que tous les discours astrologiques soient concernés au même titre, ne serait-ce que parce qu’ils ne se situent pas nécessairement au même niveau épistémologique. Parler donc d’une seule astrologie ou d’une seule anti-astrologie ne serait pas de bon aloi.

   Il nous semble qu’il y a en fait deux combats, un qui serait d’arrière-garde et un autre d’avant-garde.

   Le combat d’arrière-garde concernerait l’astrologie individuelle. Disons que depuis longtemps son affaire est entendue et qu’elle constitue un ensemble si enchevêtré, si touffu, que l’on ne veut plus guère s’y aventurer pour savoir ce qu’il en est. Certes, on lui lance encore quelques piques, on se gausse de ses naïvetés mais la chose est jugée; non pas qu’on lui conteste son emprise sur le public voire même une certaine efficace, mais cela se situe en dehors du champ proprement scientifique.

   Le combat d’avant-garde concerne, quant à lui, ce que nous appelons l’astro-histoire, ce que l’on appellera par la suite l’astrologie mondiale (mundane Astrology). Un Pic de la Mirandole, à la fin du XVe siècle, quand il s’en prend, dans ses Disputationes adversus astrologiam divinatricem, à l’Astrologie, au singulier, vise en réalité plus spécifiquement certaines percées de la dite astro-histoire1 et notamment les publications qui viennent de reparaître en imprimés du cardinal français Pierre d’Ailly, consacrées aux concordances entre Astronomie et Histoire, notamment. Cette question est beaucoup plus intéressante que d’autres aspects portant également le nom d’astrologie car elle est en prise, en phase, avec les perspectives scientifiques de l’époque, ce qui n’est pas le cas d’une astrologie traditionnelle et individuelle dont le corpus appartient à d’autres temps et n’a, pour l’essentiel, fait que tenter de se perpétuer. Certes, les adversaires de l’astrologie ne se font pas faute de mélanger, dans leurs attaques, les deux astrologies mais c’est surtout aux fins de discréditer l’une par l’autre, en recourant à l’amalgame, ce qui est, au fond, de bonne guerre.

   D’un côté, donc, une tradition qui ne sait plus très bien sur quoi elle repose, véritable entrelacs de recettes, c’est-à-dire de choses reçues, qui n’est en fait qu’un savoir de seconde main, dont personne n’a plus la maîtrise, ni les clefs, de l’autre, des hypothèses à la formulation relativement simple et qui sont avancées par certains chercheurs s’inscrivant dans une dynamique épistémologique jugée pertinente pour l’époque mais qui n’en doit pas moins faire ses preuves.

   Rétrospectivement, l’échec de ces deux courants ne saurait donc être apprécié pareillement, les enjeux différant sensiblement. D’une part, un discours décalé, décadent, et n’ayant plus aucune chance de s’imposer même si l’on tentera de le réhabiliter ultérieurement, notamment au XXe siècle, et d’autre part, un projet qui a ses chances, du moins sur le papier et qui ne parviendra finalement pas, à se faire reconnaître une place dans le concert scientifique du temps.

   C’est l’aventure malheureuse, du moins à terme, du dit projet qui nous semble devoir intéresser l’historien de l’astrologie du XVIIe siècle beaucoup plus que celle des horoscopes, auxquels un R. G. F. Guérin consacra, en 1997, une thèse, à l’EPHE, L’astrologie au XVIIe siècle. Etude sur la pratique des horoscopes notamment à travers ceux du Roi-Soleil. Dans un cas, nous sommes dans le domaine de l’Histoire des Sciences, dans l’autre, dans celui de l’Histoire des Mentalités.

   L’ouvrage de Claude Duret qui est au coeur de la présente étude, paru un siècle après la somme de Pic de la Mirandole, ne fait que confirmer cette bipolarisation., dans la mesure où il n’aborde même pas la question des horoscopes et s’en prend exclusivement aux rapports entre astronomie et Histoire. Nous disons astronomie plutôt qu’astrologie, dans la mesure où l’astrologie désignerait en fait un certain corpus traditionnel qui n’est pas engagé ici. Le seul rapprochement entre astronomie et histoire n’est-il pas d’ailleurs déjà tout un programme ?

   Le Discours des changements divers des Royaumes & Provinces - pour adopter non pas le titre de la page de couverture mais celui qui revient en haut de chacune des 500 pages et plus d’un ouvrage qui parut, pour la première fois, à Lyon, en 1594, chez Benoist Rigaud – nous apparaît avant tout comme une réflexion épistémologique sur l’Histoire et c’est à ce titre que l’on y passe en revue nombre de modèles astro-historiques.2 Toutefois, le titre même complet de l’ouvrage, rédigé en un style ampoulé, ne met qu’accessoirement l’accent sur les astrologues : Discours de la vérité des causes et effects des décadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Republiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes mathematiciens, astrologues, mages, philosophes, historiens, politiques & théologiens, d’autant que le terme “astrologues” peut aussi bien renvoyer aux astronomes. Ceci explique probablement pourquoi un tel traité a longtemps échappé à l’attention des historiens modernes de l’astrologie de la même façon que, un siècle plus tard, ce sera le cas des Tableaux des Philosophes d’Eustache Lenoble, au titre assez peu explicite. Le chercheur israélien Alexandre Haran ne cite Duret que pour son Thrésor de l’histoire des langues de 1613.3

Discours de la vérité       Tableaux des philosophes

 

    On peut, au demeurant, considérer ce Discours de plus de 500 pages comme un anti-Janus Gallicus; un tel texte, du au jeune avocat, aux allures de procureur, Claude Duret, bourbonnais (1570 ? – 1611), homme déjà fort érudit, qui publiera dix ans plus tard, une autre somme le Thrésor de l’Histoire des Langues de cest univers, présente une sorte de bilan des recherches astro-historiques de son temps, c’est plus du point de vue de l’Histoire que de celle de l’Astrologie. En 1594, on sort d’une période singulièrement agitée tant sur le plan politique qu’astrologique : d’une part, on est, en France, au lendemain de la conversion d’Henri IV, concluant une pénible guerre civile à caractère dynastique, de l’autre, on se souvient des prédictions astrologiques pour les années 1580 mais aussi de l’excitation née du passage de la nova de 1572 et de la comète de 1577. Duret n’est nullement le premier en France à avoir réfléchi sur les thèses proposant des corrélations entre les astres et l’Histoire – thème déjà cher à Pierre d’Ailly au début du XIVe siècle – on citera dans les décennies qui précédent le Discours de Duret les travaux de Loys Le Roy (alias Regius) et de l’angevin Jean Bodin en France.

Les juristes à l’attaque

   A la même époque, un autre juriste s’en prendra également avec vigueur aux astrologues, il s’agit du président Delalouette, conseiller du Roi & Maistre des Requestes, auteur, en 1600, des Impostures d’impiété des fausses puissances et dominations attribuées à la Lune & Planètes. Sur la naissance, vie, meurs, Etas, volonté & condition des hommes & choses inférieures du Ciel, ouvrage paru à Sedan, centre protestant, chez Jacob Salesse.4 On y retrouve peu ou prou le contenu de l’ouvrage de Duret qui paraît en cette même année 1600, à savoir son second discours, le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Réze. La publication des Impostures à Sedan dit assez cependant que l’auteur en est un réformé.

Impostures d'impiété

    Comment expliquer qu’en la même année paraissent de la plume de deux juristes, l’un catholique, l’autre réformé, une attaque qui vise notamment l’influence de la Lune non pas tant sur les personnes que sur l’environnement de l’Homme ? Pour Regius, les marées constituent le modèle même des transformations affectant l’Histoire des Etats, dès lors, s’en prendre aux marées, c’était tenter de briser un tel modèle lié à la Lune et donc de dénoncer un discours présentant les révolutions comme une nécessaire fatalité.

Le contexte du prophétisme lyonnais

   Ce qui retient notre attention, de surcroît, c’est le fait que le Discours de Duret paraît dans un contexte qui n’est peut être pas sans signification: pourquoi en effet est-il publié à une date et en un lieu qui sont déterminants pour l’historien du nostradamisme ?

   C’est en effet en 1594 que parut chez Benoît Rigaud, libraire lyonnais bien connu des bibliographes de Nostradamus, et qui parvenait alors au terme de ses activités, ceDiscours de la vérité des causes et des effects des décadences, mutations, changements, conversions, ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes Mathématiciens, Astrologues etc, ouvrage portant sur sa page de titre “Au Roy” et de fait introduit par une épître de Moulins, datée du Ier mai 1594, dédiée “au tres-chrestien, tres grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henry IIII de ce nom”, précédant celle du Janus Gallicus, du Ier juillet 1594, à Lyon, dédiée, quant à elle, “A très heureux, tres victorieux et tres Chrestien Henry IIII Roy de France et de Navarre”. On connaît deux tirages de la première édition chez Benoist Rigaud, un daté de 1594, l’autre de l’année suivante (BNF) mais la date de l’impression est la même : 1595. Cependant, leJanus Gallicus - en fait le titre français Janus François conviendrait mieux quand on cite les texte en français mais c’est le titre latin qui fera fortune au siècle suivant – comporte une pièce plus ancienne probablement d’abord parue séparément, en date du 19 février 1594, donc antérieure à l’Epître de Duret. Il s’agit de l’ “Advénenement à la Couronne de France du Roy de Navarre” (pp. 283 et seq) – en latin Henr. IIII Christ. Fran. Et Nav. Regis Benigna Fata, dédié à Alphonse Dornano. On notera que le titre français ne figure que sur les hauts de pages.

   On trouve, sur la page de titre du Discours, les armes jointes de la France et de la Navarre comme ce sera le cas au siècle suivant sur la page de titre de certains spécimens de la littérature prophétique.5 Le Discours sera réédité en 1595 et en 1598, par les Héritiers de Benoist Rigaud, suivant en cela le sort des Centuries. La famille Rigaud sera ensuite représentée par Pierre Rigaud dont la fortune nostradamique tient au fait qu’on lui attribua des éditions contrefaites, fabriquées au XVIIIe siècle et datées de 1566, année de la mort de Michel de Nostredame, et qui serviront de référence, sous le Second Empire, à Torné Chavigny et à Anatole Le Pelletier. Il reste que Pierre Rigaud publia bel et bien, à son tour, des éditions des Centuries, au lendemain de l’Edit de Nantes.

   Il semble bien, en tout cas, que ce ne soit pas par hasard que le Janus Gallicus soit sorti, à Lyon, en même temps que les éditions des Centuries de Benoist Rigaud dont ce libraire lyonnais semble, à l’époque, avoir le monopole. Sortie ô combien opportune puisque le dit Janus Gallicus se présente comme un commentaire des quatrains, une sorte de mode d’emploi, en quelque sorte. On peut d’ailleurs se demander si le dit Benoist Rigaud – qui, il est vrai, est à la fin d’une longue carrière de libraire – avait publié les Centuries antérieurement. Si on peut lui accorder une édition antérieure à 1585, au témoignage d’Antoine du Verdier, dans sa Bibliothèque parue en cette année là, et qui aurait été datée de 1568 et à mille quatrains, il est en revanche fort peu probable que Benoist Rigaud ait commencé à publier les Centuries dès 1568, quand bien même son nom figurerait sur nombre d’éditions conservées datées de cette année là. En tout état de cause, les Rigaud ne verront pas d’obstacle à publier le Discours de Duret.

   Il est d’ailleurs probable que cela ait été par le biais de la poésie que Duret aurait été publié par Rigaud. Duret en effet s’était d’abord fait connaître par des commentaires sur les textes du poète réformé languedocien et donc bien vu, au moment où la cause d’Henri de Navarre triomphe, Guillaume de Salluste Du Bartas (1544 – 1590), consacrés au récit de la Création et, les Centuries ne sont-elles pas également, du moins sous la forme des quatrains qui est la leur, de la poésie, également vouée au commentaire ? C’est chez Pierre Roussin que dès 1591, chez qui paraîtra le Janus Gallicus, que Duret avait fait publier un premier commentaire de Du Bartas, au demeurant proche de cet Auger Gaillard, dont le portrait ornera dans les années 1640 – 1660 les éditions lyonnaises des Centuries.6

   Dans les chapitres non astrologiques de son Discours, Duret aborde également la question des prophéties. Au chapitre XX, il évoque, pour les rejeter en bloc, “infinies predictions ou propheties des estats des monarchies, empires, royaumes & republiques qui sont de présent & seront à l’advenement, en cest univers lesquelles apres Methodius sont escrittes dans les oeuvres de sainct Hippolyte, Evesque de Rome & martyr, d’Ambroise Merlin, de saincte Brigide de nation Escossoise, de l’Abbé Ioachim Calabrois, d’Anselme Eveque Marsican, de Telesphorus ou Therlespherus Calabrois Hermite, de Leolhardus Allemand aussi hermite, Michel de nostradame (sic) & de plusieurs autres Astrologues Allemands modernes en leurs Ephémerides & prédictions.”7

   On aura observé que Nostradamus est ici réduit à la portion congrue (le Discours, malgré ses diverses éditions, n’est pas signalé dans les bibliographies relatives aux Centuries, pourtant friandes de la moindre mention nostradamique). L’astrologie tient encore le haut du pavé ; c’est au cours du XVIIe siècle que le phénomène Nostradamus prendra toute son ampleur. Le Discours de Duret, exact contemporain du Janus Gallicus, n’avait pas encore pu prendre la mesure du nostradamisme.

Le propos du Discours de Duret

   L’ “adresse” due à l’Imprimeur (Pierre Chastain dit Dauphin, peut-on lire à la fin de l’ouvrage) – qui précède la Préface de Duret – fournit en fait les chapitres traités dans le Discours, chacun était dédié à un aspect de l’astro-histoire :

   “Plusieurs doctes et scavants personnages aux siecles passez & présent siècle (XIVe et et XVIe siècle), se sont voulu mesler de rendre raison des Causes & Effects des decadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, qui les uns d’iceux par la doctrine & science des Horoscopes ou astres ascendants des villes premières & principales (…) qui les Autres par le cours & mouvement de l’Eccentrique du petit cercle. Aucuns autres par la radiation & constellation de la dernière estoille de la Queue de la grande Ourse du pol (sic) arctique; Autres par les horoscopes ou astres ascendants des monarques, empereurs, roys & princes d’icelles. Autres par les cours & mouvements du huictiesme ou neufiesme Cieux (…) Autres par les Eclypses de Soleil & de Lune. Autres par les cours & mouvements des grands orbes célestes, ou revolutions du (sic) Planette Saturne, ou bien par les conjonctions des Planetes hautes ou basses ou inférieures, faisants mesme les religions les sectes & les Loix (sic) de cest Univers dependre de ces cours & mouvements ou revolutions ou conionctions (…) sans que iceux personnages ayent touché la vraye & certaine Cause & Effect desdictes decadences, mutations, changements, conversions & ruines à scavoir la sagesse, providence & Justice du Dieu vivant, courroucé & irrité par nos vices & pechez.”

 

   Cette accumulation de formules dont chacune fera, au demeurant, l’objet d’un chapitre dénote bien une certaine effervescence au niveau de l’astro-histoire, une sorte de printemps où toutes sortes d’entreprises sont engagées, chacune selon un modèle différent, mais toujours avec le même objet. Ce n’est plus l’astrologie, stricto sensu, qui est ici en ligne de mire mais bien plutôt une para-astrologie, en partie née de la nouvelle astronomie et qui, d’une certaine façon, relève aussi d’une forme d’anti-astrologie s’ajoutant à l’anti-astrologie traditionnelle. Les coups de butoir des uns et des autres, pour des raisons fort distinctes, auront raison, en définitive, au cours du XVIIe siècle, du reste de crédit de l’astrologie judiciaire traditionnelle. Le fait que dès 1595 une telle attaque contre divers procédés astro-historiques – dont certains remontent à l’astrologie arabe avec les Grandes Conjonctions (Jupiter rejoignant Saturne tous les 20 ans environ) montre bien que Kepler, par ses tentatives de réforme de l’astrologie, autour de 1600, avait bien des précurseurs dont Gérard Simon, dans son ouvrage Kepler astrologue-astronome n’a guère fait mention.

   La formule finale de l’Avis de l’imprimeur résume bien en outre le souci que ces recherches historiques provoquent dans les milieux religieux. Une Histoire qui découvrirait ses propres lois s’émanciperait, en quelque sorte, de la croyance en la Providence divine et abolirait ainsi un argument essentiel en faveur du religieux, à savoir – comme il apparaît dans notamment dans l’Ancien Testament – que l’Histoire serait d’abord l’expression même de la volonté divine.

   Le Discours de Duret est ainsi organisé autour du traitement de chacun des modèles élaborés comme cela ressort de la table des matières. On ne signalera ici que les chapitres traitant de l’astro-histoire.

   Ch. V Scavoir si les sources et origines ensemble les décadences (…) proviennent des horoscopes des villes premières et principalement d’icelles.
Ch.. VI Scavoir si les décadences, mutations (…) procèdent du cours et mouvement de l’eccentricité du petit cercle.
Ch. VII Scavoir si les sources et origines des monarchies (…). procèdent de la radiation des constellations, de la dernière estoille, de la Queue de la Grande Ourse du Pol arctique ou septentrion.
Ch. VIII Si les décadences, changemens, conversions et ruines des monarchies proviennent et procèdent des horoscopes des monarchies, empereurs, roys et chefs des républiques.
Ch. IX Si les décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des monarchies (…) dépendent des cours et mouvemens du huitième ou neuvième ciel, c’est-à-dire de la huitième ou neuvième sphère céleste.
Ch. X Scavoir si les religions, les sectes et les Loix (…) proviennent et procèdent des cours et mouvemens des grands orbes célestes ou révolutions du planète Saturne ou bien des conjonctions des planètes hautes ou basses et intérieures.
Ch. XII Scavoir s’il n’y a eu et n’y aura jamais en ce monde que six religions comme aucuns astrologues l’ont osé écrire et assurent en leurs œuvres.
Ch. XIII Si les décadences, mutations, changemens (…) proviennent et procèdent des Comètes ou duplication de Soleils & de Lunes.

   Précisons cependant qu’avant d’aborder la question des astres, Duret, notamment en son Ier chapitre, nous semble adopter un point de vue anthropologique, c’est-à-dire qu’il s’efforce de décrire le fonctionnement des premières sociétés, comme en témoigne le titre du dit chapitre : “Des premières et plus anciennes sources et origines des premières et plus antiques societez & assemblées humaines, lesquelles (…) ont produit & engendré les premières & plus anciennes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques de l’Univers.”

Les arguments de Duret

   Au chapitre V, consacré aux Horoscopes des villes, Duret met en avant la diversité des solutions proposées par les uns et par les autres, ce qui conduit à penser que l’astro-histoire présentait une image assez déconcertante alors que finalement la tradition astrologique, figée, pouvait sembler mieux établie. Sa description nous semble toujours d’actualité même s’il nous semble que le débat était plus ouvert au XVIe siècle qu’en ce début de XXIe siècle : “La plus grande partie des aucteurs qui ont escrit de cette matière sont du tout contraires & dissemblables en leurs regles & fondements, aucuns d’eux disants qu’il faut principalement en calculant & dressant les horoscopes des villes qu’on bastit & édifie avoir esgard aux estoilles fixe, les autres aux planètes, les autres aux estoiles fixes, planettes & signes.” (p. 101) Autrement dit, Duret semble laisser entendre que le problème tient au fait que chaque chercheur a son idée de ce qu’est le ciel utile en astrologie.

   Au chapitre VI, Duret attribue à Copernic ou plutôt à ses disciples, à la suite de Bodin, au IVe Livre (chapitre II) de sa République, la thèse selon laquelle “les décadence, mutations, changements (doivent) dépendre & provenir de l’eccentrique du petit cercle & de son tour & mouvement”, ce qui montre bien les liens qui avaient pu être envisagés à l’époque entre la nouvelle astronomie et ce que l’on pourrait appeler une nouvelle Histoire qui fit long feu.

   On signalera tout particulièrement le recours à l’argument précessionnel au chapitre IX : (pp. 141 et seq) : “Si les décadences, mutations, changements et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques proviennent des cours & mouvements du huictieme ou neufième Ciel, c’est-à-dire, de la huitième ou neufième Sphère celeste.” Duret se fait l’écho de théories qui considèrent que le mouvement précessionnel serait une clef de l”Histoire. Or, les auteurs cités divergent quant à l’année où le décalage était nul. Pour Duret, pourrait-on dire en termes plus modernes, l’incapacité des astrologues à se mettre d’accord est le signe d’un dysfonctionnement de leur Cité scientifique.

   Au chapitre X, on relèvera un argument d’une certaine habileté: à propos de la question des éclipses de soleil et de lune :

   “Si cela estoit vray, depuis que l’univers est cree, il n’y aurait à présent aucunes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, veu qu’il ne s’est passé guere année qu’il ne se soit trouvé & rencontré en icelle quelque Eclypse de Soleil & de Lune assez bastante & suffisante selon le dire des Astrologues pour apporter & entraisner avec soy des decadences, mutations etc.” (p. 165)

 

   Sur la question des grandes conjonctions (chapitre XI), sujet qui avait défrayé la chronique, dans les années 1580, Duret s’exprime ainsi, notamment sur la base des écrits de Pierre d’Ailly (ou d’Assiac) signale que bien des astrologues reconnaissent ne pas pouvoir déterminer à quel moment Jupiter se conjoint à Saturne. Duret nous rappelle (p. 205) que les triplicités associées aux grandes conjonctions ont vocation chorographique, permettant de localiser géographiquement les événements. “Nous devons scavoir & apprendre, objecte-t-il, qu’il est presque impossible, en si peu de temps qu’il y a que le monde a eu son prince & commencement & en si peu d’observations & remarques que nous avons des Anciens, que nous puissions avoir une certaine & infaillible doctrine de ces choses etc.”

La production de Duret

   Duret est aux antipodes d’un auteur qui ne se serait consacré qu’à l’astrologie, il l’aborde plutôt en “honnête homme”, parmi bien d’autres sujets et d’ailleurs c’est moins à l’astrologie judiciaire qu’il en a qu’à diverses conceptions, plutôt extérieures à la tradition astrologique stricto sensu.

   Claude Duret, disposant en tout cas d’une fort riche bibliothèque, se fit d’abord connaître, on l’a dit, sur le plan littéraire par des commentaires de l’oeuvre du protestant Du Bartas, la Semaine où l’on note déjà son intérêt pour le ciel Son étude de 1594 sur l’Eden de la Seconde Semaine est également dédié à Henri IV auquel Duret, dit-on, “plaisait”. Toutefois, nous n’avons pas affaire un réformé, il s’inscrit bel et bien dans un milieu catholique ; c’est ainsi que Claude Feydeau, docteur en théologie en droit canon, doyen de l’Eglise Collégiale Notre Dame de Moulins sera en 1612, à la mort de Duret, le préfacier du Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc.

   En 1600, Duret publie le second volet de ses Vérités des Causes et effects à savoir le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre.

   En 1613, Duret, devenu Président, à Moulins, publie un ouvrage de linguistique de plus de mille pages dont le titre évoque étrangement celui du Discours puisqu’il y est question des décadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues, comme il était question, vingt ans plus tôt, des Causes et effects des decadences, mutations & ruines, changements, conversions & ruines des Monarchies.

Chronologie des oeuvres de Claude Duret

      1591 – Commentaire La Seconde Semaine de Du Bartas, Nevers P. Roussin, BNF Res Ye 541.

      1594 - L’Eden ou le Paradis Terrestre de la Seconde Semaine de Du Bartas etc. Au Tres chrestien Roy de France; Henry IIII de ce nom (épître de janvier 1594), Lyon, Benoit Rigaud, Mazarine 10857.

      1594 Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes et Républiques selon l’opinion et doctrine des Anciens et Modernes. Au Tres Chrestien, Très grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henri IIII de ce nom, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. Pierre Chastain), Mazarine 28131.

      1595 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changements, conversions et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques selon l’opinion et doctrine des anciens et modernes mathématiciens, mages, philosophes, historiens politiques & théologiens. astrologues. Epître au Roy, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. P. Chastain), BNF *E 3575.
Note : le nom de Lyon est rayé sur l’exemplaire de la BNF.

      1598 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, etc …, Lyon, Héritiers Benoist Rigaud, BNF R 12969.

      1600 - Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Rèze, BNF R 12970, Mazarine 28639.

      1605 - Histoire admirable des Plantes et herbes esmerveillables, par C.D.B. Dédié à Maximilien de Béthune (Sully), Paris, Nicolas Buon, Mazarine 56074.

      1613 - Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Cologne, M. Berion (pour la société caldorienne), Reprint Slatkine, 1972.

      1619 - Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Seconde édition, Yverdon, Sté Caldoresque, BNF X 1512 et Mazarine 1000 Q bis.

La postérité de Duret

   On peut comparer avec profit le Discours de Duret et les attaques qui se produiront soixante ans plus tard de la part des Jésuites, Jacques de Billy et Jean François. Au vrai, stricto sensu, Duret ne s’en prenait pas directement à l’astrologie judiciaire tandis que les deux Jésuites, également auteurs de travaux assez considérables, par leur volume, visent probablement plus une pratique qu’une science. C’est en fait plutôt au réformé Pierre Bayle des Pensées sur la Comète (1682) que nous songeons en lisant le Discours de Duret, paru un siècle plus tôt. Toutefois, le travail de Bayle se limite aux comètes et aux éclipses. On pourrait comparer utilement le chapitre XIII duDiscours avec les arguments statistiques de Bayle au sujet des comètes (cf. infra).

Portrait de Pierre Bayle

Pierre Bayle, pourfendeur de l’astro-histoire

    Mais on peut aussi voir en Duret un précurseur de Jacques Gaffarel, auteur en 1629, des Curiosités Inouïes, qui d’ailleurs cite son Histoire des langues. Les connaissances de Duret en matière de littérature et de langue judaïque n’ont en effet rien à envier à celles dont dispose un Gaffarel lequel traite longuement de l’astrologie chez les Hébreux. On ne peut exclure que Gaffarel ait puisé une partie de son érudition chez Duret qui nous apparaît comme une sorte de Pic de la Mirandole, si souvent cité par lui.

   Duret, en dépit de ses doutes sur les solutions proposées par les uns et les autres, n’en est pas moins, à l’instar d’un Bodin, en quête de quelque loi sous-jacente qui rendrait compte du cycle constaté déjà par Aristote8 qui conduit d’un régime à un autre. Le Discours truffé de références montre à quel point un tel sujet est d’importance pour la culture ambiante et la présence de chapitres ne traitant pas des astres souligne le fait que le problème posé dépasse cette seule affaire. Somme toute, on est en droit de se demander si Duret n’a a pas conscience d’un certain échec collectif qui n’incombe pas aux seuls astrologues; le fait est qu’ aucun progrès ne semble alors avoir été accompli depuis les Grecs au niveau de la science politique.

   A l’issue du XXVe et dernier chapitre, Duret annonce (pp. 539 – 540) une suite qui ne semble pas avoir été publiée si tant est qu’elle ait été rédigée et qui comprendrait notamment les “moyens & aides pour garder & conserver longuement & heureusement les Estats d’icelles Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques.”

   Claude Duret, en s’adressant ainsi au Roi de France et de Navarre, nous fait penser à Nicolas Oresme (1325 – 1382), évêque de Lisieux, conseillant Charles V et l’engageant déjà, deux siècles plus tôt, à se méfier de l’astrologie. Mais, en 1682, Pierre Bayle fera-t-il autre chose à l’endroit de Louis XIV ?9

   En effet, la Lettre - anonyme – sur la comète, adressée par un Catholique prétendu – étrange subterfuge – à un Docteur de Sorbonne, qui changera son nom, quand l’ouvrage paraîtra sous le nom du réformé Pierre Bayle, en Pensées Diverses sur la comète, s’achève sur une mise en garde au roi, l’engageant à ne pas se lancer dans une nouvelle guerre, en ne tentant pas la fortune, toujours incertaine. Situation paradoxale que celle de Bayle qui n’aura cessé, tout au long de son “traité des comètes” comme il le désigne, de montrer comment les hommes politiques se servent des astrologues pour manipuler les esprits et leur faire annoncer, au nom des astres, ce qu’eux-mêmes ont planifié et qui descend, lui-même, dans l’arène pour peser sur la politique de la France, au nom de l’incertitude de toute prévision, quel qu’en soit le fondement, astrologique ou non.

   “La prévision de l’avenir, conclue Bayle, n’est pas plus facile à l’astrologue qui observe les prétendues règles de l’art qu’à celui qui ne les observe pas (…) En conséquence de la mauvaise qualité des règles de l’astrologie, l’on vous soutiendra que si un astrologue prédit quelquefois la vérité, c’est ou par hasard ou par le moyen de quelque passion qu’il inspire ou parce qu’il a suivi des conjectures indépendantes de ses règles & fondées sur la condition et sur la profession du sujet dont il dressait l’horoscope.”

 

Lettre à un docteur de Sorbonne

L’enseignement de la “Continuation aux Pensées Diverses” (1705)

Continuation des pensés diverses

   Vingt ans après les Pensées Diverses, l’on bascule vers le XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion pour Bayle de faire, dans des Continuations, le bilan du siècle qui s’est achevé, comme c’est souvent le cas. Et Bayle, de faire dire à son interlocuteur imaginaire, que l’astrologie n’a pas été “ruinée” par les attaques qu’elle eut à subir tout au long du siècle écoulé. Bayle fait même demander par son interlocuteur si entre temps son attitude à l’égard de l’astrologie n’a pas évolué favorablement, ce qui est assez significatif d’un sentiment des contemporains selon lequel l’astrologie aurait été peu ou prou réhabilitée et remonterait la pente.

   “S’il était facile, dites-vous, de faire voir la vanité & l’absurdité de l’astrologie judiciaire, le monde en serait pleinement désabusé depuis que les philosophes du XVIIe siècle ont combattu les vieilles erreurs, avec un succès admirable. Mais tout le mal qu’ils ont pu faire à l’astrologie (est) une diminution de son crédit, elle se maintient encore, elle a des sectateurs considérables.”

 

   Le nouveau siècle ne commence nullement dans l’idée que l’astrologie a fini par être éradiquée. Et Bayle de citer notamment le cas d’Eustache Lenoble et c’est d’ailleurs grâce aux Continuations de 1704, peu avant sa mort en 1706, que nous avons exhumé son oeuvre astrologique, les Tableaux des Philosophes ou l’Uranie10

   “On sait, déclare Bayle, que Mr Lenoble n’est point bigot ou superstitieux ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment de l’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matière (…) qu’il connaît l’ancienne et la nouvelle philosophie. Cependant, il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il a adopté toutes les chimères des astrologues mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les événements contingents. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi & il s’attache avec soin à maintenir le crédit de l’Astrologie judiciaire. Son ouvrage fut imprimé à Paris, l’an 1697.”

 

   Et de Bayle de noter aussi avec une certaine pointe d’amertume :

   “Personne n’ignore combien les sciences & notamment la philosophie fleurissent en Angleterre, néanmoins l’astrologie n’y manque pas de sectateurs & de protecteurs. Témoin le livre imprimé à Londres l’an 1690 sous le titre de Astrometeorologia sana.”

 

   Comme quoi, en cette fin du XVIIe siècle et en ce début du XVIIIe siècle, l’astrologie n’est pas (encore) exclue de sociétés et de cultures par ailleurs réputées pour leur avancement intellectuel. Mais force est de constater que des travaux d’envergure et dus à des auteurs réputés, visant directement et exclusivement, l’astrologie, sur un mode critique, ne verront plus guère le jour après cette Continuation de 1705.

   En fait, il faut comprendre la stratégie de Bayle, à la lumière de nos propos introductifs : d’une part, il y a le dossier de l’astrologie traditionnelle, qui fait partie du paysage culturel populaire et qu’il faut appréhender comme on le fait de croyances, de superstitions, dont le succès tient à l’entregent, au savoir-faire, de l’astrologue plus qu’à la validité de la science dont il prétend se revendiquer. Bayle juge bon de ne pas s’attaquer de front à cette astrologie là dont il convient qu’elle persiste dans un certain crédit qu’on veut bien lui accorder et puis, d’autre part, il y a , reprenant le dossier constitué, un siècle plus tôt, par Duret, ces lois, qui ont le mérite de la clarté, quant à leur formulation et qui peuvent donc être infirmées, qui méritent qu’on les examine avec quelque attention, ce qui ne saurait être le cas de cette Tradition à laquelle un Gassendi a bien voulu s’atteler.

   Bayle, faisant, en 1705, le bilan de la nouvelle astronomie – celle d’un Edmund Halley – pressent la fin de l’astrologie cométique dès lors que la course des comètes aura été décryptée et qu’elle n’appartiendra plus au registre des miracles.

   “Apparemment, (les comètes) ont une durée constante & peut-être aussi un cours régulier”. Voilà, constate Bayle, un argument dont son maître Calvin, dans sonDiscours sur l’astrologie Judiciaire (1549), ne disposait pas encore au milieu du XVIe siècle.

   Coup fatal porté contre les comètes comme expression de la divine providence et qui allait entraîner l’astrologie dans sa chute, ce qui tend à montrer que la science en banalisant le phénomène des comètes tranchait le lien qui unissait encore la religion et les corps célestes. Mais c’est aussi le lien entre Histoire et corps célestes que la nouvelle science des comètes va définitivement ébranler car ne peut-on penser que les historiens n’ont pas longtemps fait preuve d’une certaine indulgence envers une astrologie, une astro-histoire, dont on pouvait à terme espérer qu’elle viendrait leur apporter une certaine assise astronomique sinon astrologique ? Par ailleurs, quand Bayle traite de la proportion de malheurs correspondant ou non au passage d’une comète, est-ce qu’il ne met pas aussi le doigt sur le caractère terriblement schématique servant à ses contemporains – qui ne disposent guère d’un meilleur modèle fourni par les historiens – pour qualifier les événements ? Et quand Bayle écrit que bien des événements étaient prévisibles, comme pour cette année 1618, qui serait le début d’une “Guerre de Trente Ans”, est-ce qu’il ne souligne pas, ipso facto, le fait que l’on n’a pas besoin d’être un grand astrologue ni d’ailleurs un grand historien pour l’avoir prévu ? Est-ce qu’en définitive, semble demander Bayle, dans l’introduction de ses Pensées Diverses, donnant le coup de pied de l’âne, l’historien ne véhicule pas aussi les erreurs populaires avec quelque complaisance / complicité, toujours désespérément en quête d’une rationalité qui aura trop longtemps fait le jeu de l’astrologie, sous ses différentes facettes ? Double procès donc contre l’Histoire : elle véhicule et perpétue des savoirs révolus et, par ailleurs, elle justifie leur permanence par ses prétentions explicatives qui l’exposent aux solutions les plus chimériques. Et dans les deux cas, l’astrologie profite de tels errements.

Jacques Halbronn
Paris, le 26 septembre 2003

Bibliographie

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Notes

Cf. notre étude “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site du Cura.free.fr. Retour

Sur le concept d’astro-histoire, voire notre étude sur le Site du Cura.free.fr, “De l’astrologie à l’astro-histoire”. Retour

Cf. Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2000, pp. 287 – 288. Retour

Cf. BNF, R 24399. Retour

Cf. M. Chomarat, Bibliographie Nostradamus, Baden Baden, 1989, pp. 95 – 97. Retour

Cf. notre étude sur “le caractère et la carrière posthumes des Centuries”, Site Ramkat.free.fr. Retour

Cf. pp. 395-396. Sur ces auteurs, voir notre Texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du septentrion, 2002. Retour

Cf. Discours, chapitre IV, p. 69. Retour

Sur le rapport de Bayle au prophétisme, voir notre étude in Le texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002. Retour

10 Cf. l’étude de P. Guinard, sur le Site du Cura.free.fr. Retour

 


 

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Les Vaticinations perpétuelles. De l’agricole au politique

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Les Vaticinations Perpétuelles: De l’agricole au politique
par Jacques Halbronn

« J’ay composé livres de prophéties contenant chascun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ay voulu raboter obscurément & sont perpétuelles vaticinations, pour d’icy a l’an 3797. » (Préface de M. Michel Nostradamus à ses Prophéties. Ad Caesarem Nostradamum filium, Salon, le Ier mars 1555)
Moult et l’astrologie au XVIIIe siècle

L’astrologie française, à partir de 1740, est marquée par la diffusion de Prophéties Perpétuelles dont l’auteur serait un italien, Thomas Joseph Moult. En fait, on n’a pas retrouvé la trace d’un astrologue italien du nom de Moult et d’un nom approchant comme Molto. Nous verrons que ce nom est en fait le résultat d’une erreur de lecture comme l’avait d’ailleurs pressenti Alexandre Volguine. En revanche, un tel système ne naît nullement au XVIIIe siècle et il occupe une place non négligeable au sein de la production astrologique du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle pour réapparaître, après une certaine éclipse, une centaine d’années plus tard pour des raisons qui restent à expliciter.

A la lecture de « Moult », on comprend immédiatement qu’il ne faut plus être grand clerc pour jouer à l’astrologue: pas besoin de calculer les positions planétaires, pas besoin d’ailleurs de connaître les planètes et cependant on pourra ainsi se donner les sensations de la prédiction. Il suffit, en effet, de savoir en quelle année on se trouve et de lire ce qui est indiqué. Il ne s’agit pas d’une astrologie psychologique, concernant l’individu, mais d’une astrologie prétendant traiter des évolutions agricoles et politiques générales, bref de la vie de la Cité et ce avec une grande économie de moyens.

« Prophéties perpétuelles » car le système peut se répéter à l’infini: une fois le cycle de 28 ans épuisé, on recommence. Il y aurait donc en gros 28 cas de figure dont on ignore ce qui a permis de les définir et quel en est le point de départ initial, dans la nuit des temps. Ce nombre 28 n’est évidemment pas étranger au savoir astronomico-astrologique: Saturne traverse grosso modo le zodiaque en 28 ans, c’est à dire qu’il revient alors au même point du ciel. Mais par ailleurs, ce nombre a une dimension lunaire en ce que la Lune met 28 jours environ entre deux conjonctions avec le soleil. Il reste que l’on a du mal à comprendre pourquoi ce cycle de 28 ans est désigné comme « solaire » dans toute cette littérature, comme le montrent les intitulés des traités parus à la Renaissance, sinon qu’il se subdivise en années solaires, outre le fait que par son caractère agricole, on y suit le rythme des saisons.

Pour clarifier, ponctuellement, l’exposé, on proposera d’ arrondir 28 à 30, ce qui fait que nous avons deux systèmes qui cohabitent en astrologie:

  • 12 x 30 = 360, ce qui donne les signes du zodiaque de 30°
  • 30 x 12 = 360, ce qui donne les demeures ou mansions, chacune étant, si on arrondit, de 12°, ce qui correspond approximativement au nombre de degrés parcourus par la Lune en 24 heures.

Si nous revenons aux 28 jours d’un cycle lunaire, chaque jour, la Lune franchit un peu plus de 12° sur les 360° qu’elle parcourt en un mois. A partir de là, il est possible de faire circuler d’autres astres plus lents sur la base d’un tel découpage, on dira ainsi que Jupiter, à tel moment, est dans la Ixe maison lunaire. De la même façon, à partir du découpage du zodiaque en douze, sur la base d’ailleurs, à l’origine, des rencontres luni-solaires, on peut dire que Mars traverse tel signe zodiacal, de telle date à telle date. Il s’agit là bien entendu de transpositions voire de projections d’une structure réelle, astronomiquement parlant, vers une structure virtuelle, symbolique.

Mais une telle division du zodiaque en 28 secteurs convient particulièrement à Saturne avec son cycle de 28 ans environ et l’on peut penser que l’axe Lune-Saturne fonde un tel système tout comme l’axe Soleil-Jupiter – Jupiter ayant une révolution de 12 ans environ- justifie le passage des douze mois aux douze ans. A noter que l’astrologie chinoise populaire – telle qu’elle s’est vulgarisée en Occident, depuis une trentaine d’années (notamment à la suite du livre de Paula Delsol), avec ses douze animaux – utilise un système qui fonctionne selon un cycle de 12 ans, sur la base de l’année chinoise.
Le cycle de 28 ans au XVIe siècle

Le basculement de l’agricole vers le politique est au coeur de la démarche nostradamienne: les almanachs que publie l’astrologue provençal ne sont-ils pas au départ essentiellement liés aux travaux champêtres – ce qu’illustre magnifiquement le Livre des Heures du Duc de Berry? Que des quatrains qui, au départ, décrivaient le propre de chaque mois aient évolué (cf notre étude sur le Kalendrier des Bergers, sur ce site), chez Nostradamus, pour devenir des pronostics à caractère politique, est finalement plus frappant que le fait pour un astrologue de produire des livres de quatrains « astronomiques », selon l’expression de notre exergue. Dans la foulée, la question qui se pose concerne un autre corpus que celui des almanachs avec lequel toutefois il entretient des relations évidentes, à savoir celui des « perpétuelles vaticinations », dont il est encore question dans notre exergue et auquel Nostradamus ne semble pas avoir été étranger, même si l’on n’a pas conservé, sous son nom, d’ouvrage de ce type, à moins de prendre en compte un Antoine Crespin, qui, à sa suite, se voulut Nostradamus puis Archidamus (cf le CATAF, sur ce site).

Or, si le Kalendrier et Compost des Bergers tend à évacuer le savant, en revanche, les Prophéties Perpétuelles- et notamment le personnage de Thomas Joseph Moult dont le nom leur est associé au XVIIIe siècle – en dépit de leur dimension agricole – insistent sur le personnage du « philosophe ».

On s’intéressera ici aux prophéties qui ne sont pas axées sur une seule année mais sur une suite d’années voire sur des types d’années récurrentes; ce procédé a pour avantage de permettre à un texte de se perpétuer, en passant d’une échéance à l’autre.

Les prédictions agricoles s’articulent autour de périodes assez longues, de 28 ans notamment. Nous verrons comment les prédictions politiques se grefferont sur ce système. Il importe que celles-ci concernent des événements relativement fréquents, toute eschatologie en la matière risquant de perturber la cyclicité.

En 1866, le libraire parisien Delarue publie un triptyque comprenant les Centuries, dans une impression troyenne, le Recueil des Prophéties et Révélations, daté de 1611, ainsi que lesProphéties Perpétuelles de Moult, Paris, Prault Père avec une « Approbation » in fine en date du 30 novembre 1740 [1] . Les deux premières pièces correspondent à des éditions du XVIIe siècle la troisième que nous allons étudier nous pose quelques problèmes de datation. Ces  » perpétuelles vaticinations », pour reprendre une expression de la Préface à César, sont le prolongement d’une tradition de prédictions agricoles, selon des cycles de 27 ans, issus des 27 jours lunaires. En réalité, cette expression employée par Nostradamus n’est guère explicitée par ses soins et il semble qu’il ait transformé par la suite ce projet en un autre qui en dérivait, celui de quatrains à caractère historique, à savoir les premières Centuries.(cf nos travaux à paraître début 2002). En revanche, lorsque l’on examine les quatrains des almanachs le rapprochement est plus aisé. En tout cas, de ce point de vue, la Préface correspond assez mal aux vers qui lui font suite. En fait, il ne s’agirait pas d’une « préface » mais d’une « épître » exposant non pas ce qui lui faisait suite hic et nunc mais ce qui était en préparation et qui était prévu pour « faire suite » un jour.

Tout au plus observe-t-on à la lecture du Recueil des Présages prosaïques (BM Lyon, MS) qui rassemble la plus grande partie de sa production annuelle entre 1550 et 1566 qu’il tend à relier une année avec une autre, comme s’il disposait d’une sorte de typologie propre précisément aux Prophéties Perpétuelles [2] , ce qui expliquerait en fait les références à une histoire souvent ancienne, mises en évidence par P. Brindamour, susceptibles d’éclairer l’avenir.

Il nous semble vraisemblable que l’Epître à César ait pu servir initialement non point à introduire des Centuries mais un système de prophéties perpétuelles tel qu’il se répandra dans les années soixante-dix du siècle. Ce n’est pas peut être pas sans raison, au demeurant, que le nom de Nostradamus ait été associé fréquemment avec celui de Thomas Joseph Moult au XIXe siècle [3] . Le texte de la Préface semble en tout cas relier quatrains et perpétuelles vaticinations:

« J’ai composé livres de prophéties contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ai un peu voulu raboter obscurément & sont perpétuelles vaticinations pour d’ici à l’an 3797… » [4] . On peut éventuellement supposer que cette préface introduisait à la fois des quatrains et un système vaticinatoire, année par année.
Sur le nombre 28

Rappelons que, grosso modo, la lune a un cycle de 28 jours et Saturne de 28 ans. Or, le cycle proposé dans le système des Prophéties Perpétuelles est de 28 ans et chaque année – comptée à partir du Ier Janvier ou à partir du début du printemps – correspond à une catégorie différente de pronostic qui pourrait, éventuellement, être rapprochée des 28 demeures lunaires. Dans ce rapport un jour/un an, on retrouve la base des directions dites secondaires, dont le principe se retrouve dans la Bible (notamment dans le Livre d’Ezéchiel) On peut en effet diviser l’année en 28 secteurs de 2 jours et demi, dans la mesure où la lune change de signe selon ce rythme, avançant en 24h de 12°. Chaque signe se trouve divisé en deux ou trois secteurs, ce qui a peut – être été à l’origine des décans divisant chaque signe en trois. (cf A. Volguine, Astrologie Lunaire, essai de reconstitution du système astrologique ancien Paris, Dervy, 1972, cf aussi Ch. Fr. Dupuis, Mémoire explicatif du zodiaque chronologique et mythologique, ouvrage contenant le tableau comparatif des maisons de la Lune, chez les différents peuples de l’Orient etc, Paris, 1806).

Le point de départ du découpage en 28 « mansions » ou nakshatras, en astrologie hindoue, est le même que pour le zodiaque, à savoir actuellement le 0° Bélier, selon le système sidéral, avec la première mansion, Aswini. Mais on notera que la quatrième « mansion », donc en taureau, porte, chez les astrologues arabes le nom d’Aldébaran, c’est à dire d’une étoile fixe dite royale constituant un axe « naturel » avec Antarés, le  » Coeur du Scorpion », en face dans la constellation du Scorpion, et chez les Hindous de Rohini qui à un certain moment fut le point de départ du système et non pas Aswini. Mais dans le système pratiqué en France, avec les Prophéties Perpétuelles relève d’une astronomie fictive étant donné qu’ on n’a aucunement besoin de tenir compte d’une quelconque réalité céleste, ce qui importe étant le passage d’une année à la suivante, ce qui entraîne un changement de pronostic. (voir l’abbé Guérin, Astronomie Indienne, Paris, 1847, B. V. Raman, Manuel d’astrologie hindoue, Paris, Chacornac, 1940 et notre étude in Ayanamsa, 2001, sur l’astrologie indienne)
A. Les Prophéties perpétuelles de Moult

A partir des années 1570, le genre des prophéties cycliques, essentiellement agricoles, se développe, c’est à dire peu de temps après la mort de Michel de Nostredame. Ce genre est caractérisé par l’absence de recours à une astronomie planétaire et doit donc être nettement distingué des publications de Leovitius.

Un nom revient, celui de George Guirini ou.Quirini; allemand [5] . A partir de cette époque il est courant de se procurer des ouvrages pouvant servir sur de longues années plutôt que d’acheter chaque année un almanach astrologique. Toutefois, il est clair que ces textes s’appuient sur une tradition plus ancienne dont il n’est pas exclus que Nostradamus ait pris connaissance vingt ans plus tôt et à laquelle il fait référence dans son Epître à César de 1555.

Très vite, le nom de Quirini ne va plus figurer: c’est le nom de Jean Ongoys Jean (d’); de Thérouanne [6] , qui apparaît dès 1572 comme auteur de l’ouvrage, ce qui pourrait d’ailleurs être légitime [7]  ! Ce Quirini est l’auteur de l’Epître à Isabelle d’Autriche, Reine de France et un partisan, dix ans avant l’heure, d’une réforme du calendrier qui satisferait les agriculteurs: « Toutefois plusieurs ont aperçu qu’à nombre environ la centième partie d’un jour défaut ». C’est pourquoi dans l’édition de 1573, le calendrier n’est pas employé. En revanche, dans les éditions ultérieures, l’on en revient à des définitions très figées du début des saisons.’

1572 – Jean d’Ongoys: Pronostication générale dite Circle Solaire extraite des anciens Philosophes, fort utile et nécessaire pour tous les marchands pour les régler et à l’achat & vente de leurs marchandises (Rouen, Robert Follye, BNF, 8°Pièce V 13081)

Très vite également, Antoine Crespin « Archidamus » va proposer une version révisée et d’ailleurs sans lendemain mais dans laquelle il rend à Guirini, « Allemand », ce qui lui revient (cfAvertissement in fine daté de juin 1572). Or, si l’on considère que Crespin est un imitateur de Nostradamus, son intérêt pour ce genre constitue un indice sur l’oeuvre de son modèle.

1572 – Crespin: Pronostication générale du circle solaire qui se fait en 28 ans et dure perpétuellement, extraite de plusieurs Anciens philosophes et de toutes les langues (Lyon, Jean Patrasson, BNF, V 21366)

1573 - Pronostication générale du circle solaire pour 28 ans, extraite des anciens philosophes (..) Inconnue jusques à aujourd’hui & mise en lumière par I (ean) D (ongoys) & depuis revue, corrigée & augmentée par George Quirini, Paris, Antoine Houic, B. Univ. Gand [8] .

Durant la plus grande partie du XVIIe siècle, l’on ne trouvera pas ces Prophéties Perpétuelles fondées sur une cyclicité rudimentaire. Ce processus réapparaîtra à la fin du dit siècle, vers 1693.

L’on peut d’ailleurs penser que leur caractère astrologique était initialement plus marqué. Entendons par là que – comme l’attestent certaines éditions – chaque année se trouvait sous la domination d’une certaine planète (cf. Michel de Nostradamus Le Jeune, BNF, Res), en respectant un certain ordre de succession. L’évacuation de la dimension planétaire en faveur d’une simple cyclicité correspond à une tendance générale de la « prophétie » à rejeter ou à neutraliser le substrat astrologique.

En fait, les Prédictions couvrant plusieurs années se fondent sur un système rudimentaire, sans lien avec une astronomie de position. et dont la systématique sera exposée à la fin du XVIIe siècle dans les Prophéties Perpétuelles.

On trouve des applications qui ne fournissent pas de référence aux noms des années mais se contentent d’indiquer la planète dominant l’année: Présages pour 13 ans… selon le seigneur et dominateur de l’année… (1571 Lune, 1572 Mars, 1573 Jupiter, etc.) [9] .

D’ailleurs le libraire Nicolas Du Mont Nicolas contestera ces attributions: « les dominations des années sur lesquelles il assied ses jugements sont faux ».
Le titre des Prophéties moultiennes

En 1740, si l’on en croit les éditions dont nous disposons, le texte parut sous le titre de « Prophéties de Thomas- Joseph Moult, traduit de l’italien en françois, qui avaient cours pour l’an 1269 & qui dureront jusqu’à la fin des siècles ». Par la suite, au XIXe siècle, la référence à 1269 ne figurera plus au titre. Il est précisé dans cette édition que l’ouvrage fut achevé en 1268 [10]  à Saint Denis, en la 42e année du règne de Saint Louis, soit peu avant sa mort, son avènement datant en effet de 1226 [11] .

Classement des éditions (XVIe-XIXe siècles)

L’on rencontre sept cas de figures:

1/ les éditions qui font référence à la réforme grégorienne de 1582 et celles qui n’y font pas.

2/ les éditions qui se contentent de fournir une liste de 28 années et celles qui fournissent le système complet à partir du XIIIe siècle (1269).

3/ Les éditions comportant les trois volets et débutant du temps de Fréderic II, sous lequel Moult est réputé avoir vécu.

4/ les éditions qui ne remontent qu’au XVIe siècle (en 1521 ne conservant que les deuxième et troisième volets)

5/ les éditions ne conservant que le troisième volet

6/ les éditions qui commencent avec l’année 1560.

7/ les éditions se référant à des planètes et celles ne le faisant pas [12] .
A la base de ce système sur 28 ans, on trouve un système sur 28 jours. Oronce Finé nous en fournit un tableau au vingt-troisième canon de son « usage des éphémérides » [13] .

Cette liste intitulée « Les 28 mansions de la Lune » fournit une devise par jour selon le passage de la lune à travers les douze signes et tous les douze degrés environ. Les quelques échantillons que nous en donnerons sont à rapprocher de ceux fournis pour telle ou telle année ci dessus: Mansion 8: « Il fait bon prendre médecine, coupper (sic) & vestir robes neufves & cheminer par eau seulement. » Souvent le lecteur reçoit un conseil quant à ce qu’il faut faire et un autre à ce qu’il est préférable d’éviter: Mansion 19: « Il fait bon plaidoyer, assieger villes, soy mettre en chemin & maulvais entrer navires »
Le nom des années

Si l’on étudie le nom attribué aux 28 années, l’on observe que les initiales se situent nécessairement selon les sept premières lettres. Cela ressort par exemple lorsque l’on considère la série figurant dans l’édition de 1740:

Fer, Quar, Jur, Corte, Amat, Genus, Fenor, Gemini, Constitutio, Bise, Aries[14] , Genor, Est-est, D’Est, Corde, Bour, Gener, Fenus, Grossus, Dicat, Vav, Aqua, Goner, Fenel, Caritier, Actor.

En ce qui concerne le « contenu » des mots, on remarque également des récurrences suffixales: Amat-dicat; Actor- genor-fenor; Genus-grossus-fenus.

Les noms des années sont censés commencer par une des sept premières lettres de l’alphabet, soit de A à G. Les lettres se suivent selon l’ordre habituel mais à l’envers: G – F – E – D – C – B – A. Comme pour l’alphabet hébraïque, chaque lettre est liée à un mot dont elle est l’initiale. Dans le domaine hippique, on continue à attribuer une initiale pour chaque année et les chevaux nés la même année, doivent avoir un nom débutant par la même initiale. Force est de constater que les textes qui nous sont parvenus ne respectent pas exactement ce principe mais que celui-ci semble bien en constituer la trame originelle. On devrait ainsi avoir quatre séries de G à A et la première année du cycle devrait commencer par un G et non par un F. En revanche, la 28e année se termine bien par un A. Mais en cours de route, des erreurs se sont compensées. Etant donné qu’il y a 28 années et 7 lettres, chaque lettre est censée correspondre à quatre mots latins.

Initialement, le système comporte une correspondance avec les planètes qui sera totalement évacuée au XVIIIe siècle (Almanach de LangresProphéties de Moult).

L’on notera les points communs entre les listes 1 et 2, non pas pour ce qui est des noms, mais pour les planètes dominantes, il y a une grande similitude. Entre les listes 1 et 3, il existe un certain nombre de rapprochements plus ou moins nets.

Fert et Fer, Cor et Cort, Amat et Amat, Gens et Genus, Fervor et Fenor, Enim et Gemini, Bis et Bise, Ars et Aries, Genus et Genor, De et d’Est, Corde et Corde, Ferus et Fenus, Dicas et Dicat, Aqua et Aqua, Actor et Actor. Ces variantes font songer, toutes proportions gardées, à celles que l’on peut observer entre les éditions des Prophéties de Nostradamus.

Quelle est la raison d’être de ces formes, qui sont un mélange de latin et de français et dont aucune édition en une autre langue que le français, ne nous est connue. Un manuscrit des Archives Nationales [15]  nous apporte quelque lumière: « Si est ordonné que la première lettre de ces noms ». Or, si l’on étudie les initiales de ces noms, l’on découvre effectivement que certaines lettres sont récurrentes: en fait toutes les initiales de ces 28 « mots » se situent entre les sept premières lettres A et G.

En ce qui concerne l’ordre des planètes, il est assez aisé de déceler le modèle sous jacent, c’est celui de l’ordre des jours de la semaine [16] : Lune (Lundi), Mars (Mardi), Mercure (Mercredi), Jupiter (Jeudi), Vénus (Vendredi), Saturne (Samedi) Soleil (Dimanche/ Sunday) soit 4 séries successives: Années 1 à 7, Années 8 à 14, Années 15 à 21, Années 22 à 28.

Quelle est la cause de certains écarts par rapport à cet ordre ? On notera d’emblée que la première année correspond à Fer et à Mars et non au Soleil, et qu’il existe cinq séries au lieu de quatre, dont une incomplète, ce qui amène à placer deux planètes pour une même catégorie ou ailleurs à sauter une planète. Même un système aussi simple peut se déstructurer en cherchant à subdiviser les 28 années en 5 au lieu de 4.

Il est probable que Fer ne fut pas toujours la première année mais qu’elle fut placée en avant par un auteur qui avait commencé son étude par une année de type Fer. Crespin, d’ailleurs, affirme l’incohérence du système de Quirini et lui substitue une suite débutant à juste titre par la Lune et se terminant par le Soleil.

L’on retrouve le même ordre – mais inversé – des planètes dans la Préface de Nostradamus à ses Prophéties:
« Car encore que la planète de Mars parachève son siècle … Et maintenant que sommes conduits par la Lune … le Soleil viendra et puis Saturne …
« soit Mars (Mardi) – Lune (Lundi) – Soleil (Dimanche) – Saturne (Samedi) »

Il semble qu’à diverses occasions, le système cyclique que nous avons analysé ait marqué certaines oeuvres.

La Pronosticatio de Lichtenberger et le circle solaire [17]

Mais ne conviendrait-il pas de regarder plutôt vers l’Allemagne que vers l’Italie en matière de prophéties perpétuelles? Est ce que l’Italie ne sert pas d’intermédiaire entre l’Allemagne et la France tout comme la France entre l’Allemagne et l’Angleterre ?

La Pronosticatione italienne, dans ses dernières pages, est au demeurant le seul texte que nous connaissions comportant des prophéties agricoles sur un mode perpétuel mais elle est bien entendu d’origine allemande.

Toujours est-il que l’édition lyonnaise de 1515 de la Pronosticatio sera une des premières attestations de ce procédé. Le Mirabilis Liber en intégrant celle ci la diffusera un temps avant que dès la fin des années Vingt une édition en langue française ne paraisse à partir de l’édition lyonnaise. Tout le chapitre XIV de la dernière partie en est plein sous le titre « Qu’aucuns climatz seront vexez de diverses infortunes ». Mais le procédé est quelque peu différent de celui qui nous est familier dans la littérature moultienne habituelle, l’on y aborde les années, deux par deux.

On y lit « L’an mil quatre cens nonante deux & nonante trois sera bon pris de vin & de bled en haulte Allemagne, en France, en Angleterre & en Gaule belgique. (…). L’an mil quatre cens nonante quatre et nonante cinq viendra cherté de bledz & de poissons. (…). L’an mil quatre cens nonante six & nonante sept (…) la laine sera chère, les Ouailles, les boeufz & les porcs mourront, les métaux seront chers…. »

Puis l’on passe à une étude pour trois années à la fois:

« L’an mil quatre cens nonante huict, nonante neuf & cinq cens » (…) pour revenir aussitôt après à la formule antérieure: L’an mil cinq cens & un, cinq cens & deux (…). L’an mil cinq cens & trois et cinq cens & quatre « . Puis l’on repasse à un groupe de trois années: « L’an mil cinq cens & cinq, cinq cens & six & cinq cens & sept ». Puis l’on repasse à deux ans « L’an mil cinq cens huict, neuf & dix. (..). L’an mil cinq cens unze & douze etc »

Systèmes donc différents au niveau numérique mais similitude au niveau du contenu des prévisions qui, notons le, sont à la fois agricoles et politiques comme le seront les Prophéties de Moult.

Citons le passage concernant les années 1496-1497 du même chapitre:

« L’an mil quatre cens nonante six & nonante sept Saturne l’infortuné vexera les royaumes de Pologne, de Bohème & de Hongrie. La laine sera chère, les ouailles, les boeufz & les Porcs mourront, les métaux seront chers. Toute malice de guerre s’esmouvera & trouveront les hommes divers instruments de guerre & harnois & se feront ioustes & tournois. Les loups feront plusieurs dommages, tant aux gens qu’aux bestes. En Orient, seront plusieurs brigans & homicides qui feront effusion de sang & sera diminuée la foy. Les chevaux seront chers à cause de la guerre. Les Ecclésiastiques réformés iront de costé & d’autre; & les layz s’esiouiront ». (p.89, Paris, Le Mangnier, 1561). On voit que le politique fait bon ménage avec le champêtre et que l’on ne peut guère dissocier l’un de l’autre à commencer par les prophéties sur le Déluge.

Nous pensons, comme nous l’indiquions plus haut, qu’avant l’arrivée des écrits de Quirini, Georges en 1571, l’on avait déjà un avant-goût du système d’origine allemande grâce à l’ultime chapitre de la Grosse Practica Wahraftig. En fait, ne serait-ce pas cette prédiction perpétuelle qui expliquerait la fixation de la date relativement lointaine figurant précisément à la fin de l’ouvrage et reprise dans le titre de celui-ci ? Date qui varie au demeurant et qui ne correspond pas nécessairement. C’est ainsi que dans l’édition de 1611, au début l’on nous annonce que l’ouvrage couvre une période s’étendant de 1584 à 1682, alors qu’à la fin de l’ouvrage l’on annonce comme date terminale 1572… De même, dans l’édition de 1515, si 1567 figure sur la première page, c’est 1576 qui apparaît à la fin [18] .

En revanche, la Grosse Practica Wahaftig comporte les mêmes dates au commencement et à la fin, 1581, date qui apparaît dans les Auszüge.

On comprend mal comment dans les éditions tardives, le lecteur pouvait trouver intérêt à des pronostics concernant la fin du XVe et une partie du XVIe siècle, s’il n’était pas en mesure d’introduire une cyclicité s’ajustant sur les années suivantes…

L’on comprendrait ainsi pourquoi en 1866, les Prophéties Perpétuelles de Moult furent placées à la suite du Recueil des Prophéties et Révélations. En effet, il est clair que nous sommes en présence d’un système cyclique. Au demeurant, la Pronostication des Laboureurs (dont Tabourot fournit des extraits dans son Almanach et Pronostication des Laboureurs, Paris, 1588) dériverait de la Bauern Practica allemande [19] .

Par ailleurs, dans les additions au Livre Merveilleux, pour l’an 1566, il est indiqué que l’on se trouve alors dans la quatrième année d’un nouveau cycle de 28 ans (cf notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, Paris X, Nanterre, 1999, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq (59), 2001).
L’origine napolitaine de Moult

L’ouvrage se présente d’emblée comme étant l’oeuvre d’un auteur italien. Le nom de l’auteur Moult – curieux nom pour un Napolitain mais à l’époque la francisation des noms jouait à plein (Molto- moult) – intriguera et suscitera diverses explications [20] .

L’on notera bien entendu que « moult » est un adverbe et qu’il peut être extrait du titre d’un ouvrage tel un opuscule « moult utile ». Voici ce que suggère Charles Nisard, [21]  à partir d’un article de 1848 paru dans le Journal de l’Amateur de Livres:

« Or il paraîtra que ce nom n’est que le vieil adverbe français (moult) passé à l’état de nom propre. Pour comprendre ceci, il faut se rappeler qu’il parut au XVIe siècle une Prophétie de Thomas Illyric traduite de l’italien. Le titre aura pu s’altérer dans les réimpressions successives et entre les mains d’un éditeur peu versé dans la langue du XVIe siècle les Prophéties de Thomas J. (Illyric) Moult utiles… ont bien pu devenir les Prophéties de Thomas Joseph Moult » (p.33)

Nous avons trouvé un texte intitulé Copie de la Prophétie faite par le pauvre Frère Thomas, c’est à dire Tommaso Illirico, (BNF, Res, B.M. Lyon) parue au début du XVIe siècle, mais sans la formule « moult utiles » [22]  qui figure peut-être dans une autre version. La référence à « Illiric » n’apparaît que dans le titre intérieur. Ce texte est de toute façon sans aucun lien avec le processus des Prophéties Perpétuelles.

En dehors de l’intérêt de l’ouvrage et de son utilisation, c’est en effet l’origine du nom de Moult qui nous occupera car le récit de cette affaire est assez édifiant en matière de corruption de texte.

C’est en fait du côté de Langres que nos recherches ont abouti. Il semble qu’ait existé un Almanach de l’Hôtel de Ville de Langres dont les Prophéties de Moult se seraient inspirées.

C’est en effet dans cet Almanach que le nom de cet auteur serait apparu, si l’on peut dire. Faute de disposer de l’original imprimé, nous bénéficions de la reproduction imprimée de certains passages d’une copie manuscrite datant de 1693 sous le nom d’Almanach[23] . L’auteur de l’article omet de signaler que ce manuscrit était vraisemblablement une copie d’imprimé [24] .

L’on peut donc présumer qu’en 1693 parut une édition de cet Almanach. Ce qui retient notre attention est son auteur: Joseph de Naples dont on dit: « Si trouvons anciennement qu’il fut un philosophe, natif de la cité de Naples, nommé Joseph, moult renommé… » [25] .

Selon divers manuscrits du XVIIIe siècle, conservés à Chaumont et à Langres, ce « Joseph Napolitain » devint Joseph Moult de Naples [26] .

Mais il importe de mener plus avant notre recherche: pourquoi a-t-on utilisé cette formule ? En effet, la Grande Pronostication des Laboureurs qui connaît un grand nombre d’éditions au XVIe siècle se présente ainsi [27] : « Est à savoir qu’il a été un homme moult ancien appelé Heyne de Uré en fait de Uri (avec des corruptions comme « de Bré » _ BNF, Res, pV 151). N’aurait-on pas présenté ce Joseph de Naples, prétendu auteur d’une Pronostication agricole de la même façon que cela avait été pour cet astrologue allemand [28]  ?

L’édition de 1740 fait remonter ce Moult au XIIIe siècle sous le règne de Saint Louis. Nous disposerions ainsi d’un balisage annuel couvrant des siècles puisqu’il se poursuit au delà de l’An 2000, méritant ainsi assez justement son nom de « perpétuel » – et rien n’empêche évidemment de poursuivre à l’infini une telle cyclicité – et expliquant la durée de sa fortune qui ne s’est guère démentie.

Le texte est au demeurant est d’intérêt purement agricole et météorologique. Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on ajoutera un texte plus politique qui retiendra davantage l’attention des exégètes modernes. Les Prédictions générales concerneront la météorologie et les prédictions particulières les pronostications politiques. On notera que si les prédictions générales sont identiques à travers les trois « livres » qui constituent les Prophéties perpétuelles, en revanche, les particulières sont différentes d’un Livre à l’autre, quand on compare les années portant le même vocable [29] . Dans l’introduction, il est précisé qu’il revient au lecteur « le soin d’observer les années que (les prédictions générales) doivent arriver & de faire ses remarques ».

L’on perçoit donc comment une prophétie au départ assez innocente a pu se muer en un propos plus exaltant. Il est à noter que sous cette forme, les Prophéties de Moult connurent, en plein XVIIIe siècle, un succès durable d’autant qu’elles compensaient certaines carences des almanachs de l’époque en matière prévisionnelle.

Alexandre Volguine a préféré se servir pour son étude sur Moult d’une édition certainement apocryphe, parue à Tours, au début du XIXe siècle. Cette édition comporte entre autres invraisemblances une interpolation de l’année 1608 au lieu d’une référence au XIIIe siècle (1268): « Fait à Saint-Denis, en France, l’an de notre Seigneur 1608 et du Règne de Louis IX (sic) notre très pacifique Roi (..) par moi Thomas Joseph Moult »; on serait alors à la fin du règne de Henri IV…

Volguine, Alexandre, connaît les deux versions mais il est impressionné par le fait que celle datée de 1608 serait forcément antérieure à celle datée de 1740: » L’édition de 1740 date directement ces Prophéties de l’an 1268 et (…) sa première partie englobe l’époque de 1269 à 1520, c’est à dire 9 périodes de 28 ans mais quelle foi accorder à cette date qui n’existe pas dans l’édition précédente? » (p. VIII)

Avec les Prophéties Perpétuelles de Moult, le cycle de 28 ans assume une dimension spécifiquement agricole en plein coeur de ce XVIIIe siècle que l’on dit allergique à l’astrologie. En 1866, paraissaient conjointement avec les Centuries et le Recueil lié au Mirabils Liber une réédition des Prophéties Perpétuelles de Moult, qui seraient parues pour la première fois en 1740.

Nous n’avons pas retrouvé en dehors de France de telles publications, malgré des origines déclarées italiennes, voire allemandes. Peu de travaux ont été consacrés à l’histoire de ce genre, en dehors de la notice d’Alexandre Volguine accompagnant une réédition tardive des dites Prophéties

Mais, en tout état de cause, ce type d’ouvrage n’était pas nouveau – sinon dans sa présentation globale – et est attesté dès la fin du XVIe siècle, sans que l’on puisse pour autant remonter jusqu’à Nostradamus auquel les dites Prophéties sont parfois attribuées. Il est vrai que Michel de Nostredame parle dans sa Préface de « vaticinations perpétuelles ».

Il s’agit, on l’a noté, d’une astrologie d’un genre particulier qui ne fonctionne pas sur la base des mouvements réels des astres, même si elle s’appuie en principe sur le nombre lunaire de 28 mois transposé en 28 ans. Chaque année lunaire porte un nom particulier et correspond à un certain nombre de particularités météorologiques et agricoles, appelées prédictions générales. A partir de 1740, elles seront complétées par des prédictions particulières d’ordre politique. Bien entendu, le processus est cyclique et chaque fois que l’on revient à la même position, à 28 ans d’intervalles, la situation est censée être la même. Tel est le principe des Prédictions perpétuelles.

Un tel dispositif entre donc à la fin du seizième siècle en compétition avec les pronostications annuelles, et plusieurs auteurs apparaissent comme produisant les deux formules, à commencer par ceux dont nous avons traité à propos du canon nostradamique, Antoine Crespin et Noël Morgard qui tous les deux empruntèrent l’un à Michel de Nostredame, l’autre à ses imitateurs (cfLe texte prophétique en France, opus cité)

La formule de la Prophétie dite Perpétuelle présente l’avantage de ne pas être limitée au cadre annuel et de pouvoir être utilisée sur une longue période et nous pensons que c’est un dispositif de ce genre qui aurait pu accompagner la première publication de la Préface à César, dans la mesure où celle-ci se réfère à des vaticinations perpétuelles. Ce genre l’emportera précisément au XVIIe siècle sans qu’il soit attesté à l’étranger, ce qui pourrait expliquer la différence de situation en France et en Angleterre. La formule perpétuelle pouvait en effet aboutir à la disparition pure et simple des publications annuelles alors qu’un tel dispositif n’existait pas Outre-Manche.

Si le nom de « Moult » n’apparaît pas sur des imprimés avant 1740, le concept de prophéties organisées autour d’un cycle de 28 années, se précise dans la seconde partie du XVIe siècle en rapport, on l’a noté, avec un certain Quirini. Il nous appartiendra, à présent, de préciser la genèse du nom même de Thomas Moult [30] .

Les Prophéties perpétuelles de Moult [31] , dans leur présentation intégrale, comportent trois volets, un certain nombre de variantes seront signalées par la suite. Chaque volet comporte 28 sections, portant un nom particulier. Si l’on considère l’une de ces sections, l’on trouve 9 années espacées de 28 ans. Le premier commence en 1269, à l’époque présumée de leur rédaction. Et ainsi de suite pour les deuxième (commençant en 1523) et troisième volets (commençant en 1773).

Quelles furent en effet les raisons qui amenèrent les auteurs de cette version à changer le point de départ de la computation? Il convient d’abord d’expliquer le succès d’un ouvrage offrant des prévisions sur des périodes de temps aussi longues. Cela donne certainement un crédit particulier au discours, qui se présente comme systématique et comme s’appuyant sur une longue série de recoupements. Il reste que lorsque l’on ouvre l’ouvrage, l’oeil est plus spécialement attiré par les premières et par les dernières lignes. En disposant comme ils l’ont fait les tableaux, ce sont les années de la période révolutionnaire qui ressortent, ce qui ne peut manquer de frapper le lecteur qui dispose ainsi d’un « guide » prédictif sur une trentaine d’années. Voilà qui valait bien un léger remaniement !

Il convient en effet de nous arrêter sur un tel procédé usant de la topographie du texte. Comment attirer l’attention du lecteur sur tel passage et lui éviter de se perdre dans les méandres d’un ensemble touffu? En disposant à des endroits stratégiques le propos à faire passer: c’est ainsi que la charnière entre deux chapitres (fin de chapitre, début de chapitre) est susceptible de retenir davantage l’attention. C’est un tel procédé que nous pensons avoir pu observer dans certaines éditions des Centuries nostradamiques. Une autre formule qui fut employée dans les Centuries consiste à créer des anomalies comme de présenter des centuries incomplètes dont le nombre de quatrains constitue une incitation à s’intéresser à certains d’entre eux portant tel numéro d’ordre.

Nous étudierons d’une part les variantes et les corruptions du texte d’origine puis la manière dont, en 1740, fut constitué tout à fait délibérément un Abrégé, typique d’une époque où la divination ne doit pas exiger de gros efforts de lecture et de calcul.

Un moyen simple de dater les textes astrologiques et notamment les calendriers consiste à noter s’ils ont été ou non marqués par la Réforme du Pape Grégoire XIII, consistant à passer du 10 au 20 énième du mois, du jour au lendemain, pour rattraper le retard pris sur le cycle saisonnier avec la correspondance des fêtes. On ne s’étonnera pas que les ouvrages immédiatement postérieurs, tel l’Almanach et Pronostication des Laboureurs de Jean Vostet Breton, précisent que l’on a tenu compte du « retranchement ». Il en sera également de même des éditions duKalendrier des Bergers.(cf notre étude sur le site du CURA)

Si le signe zodiacal est situé à la moitié du mois, c’est que l’on a affaire à un texte antérieur à 1582 ou qui a été élaboré alors, même si on le reproduit par inadvertance sans correction. Si le signe zodiacal est situé dans le dernier tiers du mois, c’est que la Réforme voulue par le pape a été suivie.

En ce qui concerne le texte des Prophéties Perpétuelles, il apparaît que certaines versions offrent des traits archaïques, marquent les signes zodiacaux à la « mi » du mois.

Un des traits de la modernisation des textes sera donc de faire disparaître la forme « mi Juin » ou « mi Septembre ». Dans les Prophéties « perpétuelles » c’est dans l’introduction que le texte devra être retouché: « Le Printemps qui se commence quand le Soleil entre au signe d’Ariès qui est le vingt mars (la mie mars) et finit le vint un Juin (la mie juin) »

Mais parfois l’ajustement ne se fait que partiellement et, au sein d’un même texte, certains passages sont corrigés, d’autres non.

Toujours dans l’Introduction, on peut lire un peu plus bas ( Joseph Le Juste 1807): « le printemps lequel entre quand le soleil entre en Aries qui est environ la mie Mars et trépassant Taurus et Gemini »

La Réforme voulue par Pape Grégoire XIII n’a pas été sans perturber l’activité astrologique. Ainsi, chaque mois se trouvait auparavant dépendre à part égale de deux signes, si bien qu’une iconographie les présentait de cette façon (cf. Kalendrier des Bergers). Avec la Réforme grégorienne, le mois se trouvait d’abord sous l’emprise d’un seul signe dominant.

Etudions les transformations subies par le texte initial restitué par Charles Bougouin sur un passage crucial, puisqu’il introduit l’auteur de ces Prophéties: « Si trouvons anciennement qu’il fut un philosophe, natif de la cité de Naples, nommé Joseph, moult renommé, grand clerc [32]  et subtil d’art d’astronomie »

Voilà ce que devint le texte dans l’édition de 1807 sous le nom de Joseph le Juste: la formule « moult renommé » y est notamment rendue « bien renommé » (p.10), « grand clerc » devenant « grand, clair« !.

« Premièrement, que tout firmament marche su hâtivement, qu’il parfait son tour selon l’ordre divin en l’espace d’un jour et d’une nuit, et la lune en un mois, et le soleil met à faire son tour un jour et une nuit sans nulle heure de faillir. Sy trouvons anciennement qu’il fut un philosophe natif de la cité de Naples, nommé Joseph Le Juste [33] , bien renommé, grand, clair et subtile d’astronomie, et soumis à faire son propre à ce qu’il voulait sçavoir et éprouver les muances des biens corporels de l’homme et de la femme, et dont sont substantées toutes choses faites des quatre élémens; et pour se perfectionner dans son dessein, il alla vers tous les clairs qu’il entendit parler, en quelque part qu’ils fusent, et s’informoit et demandoit conseil de ce qu’il avoit entrepris; et tout ce qu’il savoit et apprenoit, le mettoit en pratique et par écrit; qui soutient et détermine en son propre qu’ils en sçavoient la vérité, et fut bien long tems à souffrir de la peine, dont à la fin il sçut les mouvemens des quatre saisons qui sont établies en l’an, sçavoir:

LE PRINTEMPS qui se commence quand le soleil entre au signe d’Ariés, qui est le vingt-un mars, et finy le vingt-un juin.
L’ETE commence quand le soleil entre au signe du Cancer, le vingt-un juin, et finy le vingt septembre.
L’AUTOMNE qui se commence quand le soleil entre au signe du Libra, qui est le vingt septembre, et finy le vingt décembre.
L’HIVER qui se commence quand le soleil entre au signe du capricorne, qui est le vingt décembre, et finy le vingt mars.

Et doit-on sçavoir que les quatre saisons sont mutables l’une envers l’autre (…) car il arrive quelquefois que le printemps est sec et beau en aucune année; avient (advient) qu’il est humide et grenable à tous biens, et dit le Philosophe que le printemps et l’été sont les deux saisons qui peuvent nuire ou aider à tous les biens croissent, pour lesquels ont le pouvoir de faire et de grener; que nuls biens ne peuvent subsister largement; mêmement aussi il avient autre chose chacune en sa manière, selon ce qui est ordonné pour le comportement de chacune année avenante l’une après l’autre; sy comme nous deviserons cy-après, que le Philosophe approuva par son sens et sçavoir; et dit que la plante et deffaut de tous biens prennent accroissement en mûrissant selon l’ordonnance des quatre saisons, dont nous deviserons et derons mention de leurs comportemens, selon ce qu’elles peuvent avenir l’une après l’autre sans faillier, jusqu’à la fin du monde; car on doit sçavoir que quand le monde du nombre faudront, toutes choses faites des quatre élémens iront à néant.

Le Philosophe qui fit ce livre par son sens et sçavoir, étudia par plusieurs fois sur cette manière selon le cercle solaire, et son père de même, lesquel nombre solaire est bien certain, car il met à faire son tour un an entier parmi les douze signes suivans:
Sçavoir:
ARIES LEO SAGITTARIUS
TAURUS VIRGO CAPRICORNUS
GEMINI LIBRA AQUARIUS
CANCER SCORPIUS PISCES

Et sont les douze signes parmi lesquels le soleil fait son tour en l’espace de douze mois de l’année qui sont divisés et établis, qui se terminent en la datte du printemps, lequel entre quand le soleil entre en Ariés, qui est environ la mie mars et tres passant Taurus et Gemini.

L’ETE entre quand le soleil entre en Cancer, qui est la mie juin et tres passant Leo et Virgo.
L’AUTOMNE entre quand le soleil entre en Libra, qui est environ la mie septembre et tres passant Scorpius et Sagittarius.
L’HIVER entre quand le soleil entre en Capricornus, qui est environ la mie décembre et tres passant Aquarius et Pisces, et finy la mie mars; et quand le soleil a tres passé ces douze signes que nous avons divisés, alors il parfait son tour à l’entour de la terre. Sçachant que tous ceux qui voudront la subtilité et le droit entendement de notre livre et matière, sçavoir certainement comme le soleil a son tour sur les vingt-huit nombres solaires qui contiennent ces vingt-huit années, a mis en cette manière:

FER.. GAR .. DUX .. CORT.. AMAL .. GENEUS .. FENOR .. GEMINI .. CONTINE .. BIZE .. ARCE .. GENUS .. EST .. DE .. CORDE .. BOUR .. GENCE .. FENUS .. GROSUS .. DICAL .. VEAULT .. AQUA .. GEUNER .. FENEL .. PAR … CURITER .. BUNE .. ACTOR.

Et sy est ordonné que les premières lettres de ces noms qui sy sont divisés par les dimanches selon les siècles solaires, dont je vous les diviseray, et sur quoy notre matière est divisée, est arrivé en propre lieu dont elle est sortie en telle manière qu’elle sera divisée en ce livre, et en quel état bien des biens se comporteront de chereté, ou de vilité, ou de mortalité.

L’année commancera son tour quand le soleil entrera en Ariés, qui est environ la mie mars, et dont commencera le printemps, en laquelle saison pouvoir et vertu de touttes choses terriennes renouvellent de sa propre nature. »
Si l’on comprend à la rigueur la leçon « Moult », comment rendre compte de celle de « Joseph Le Juste » ? En réalité, le personnage de Joseph Le Juste était déjà présent dans une certaine littérature prophétique. Il s’agit du Joseph biblique – celui qui interprétait les songes – censé avoir reçu une révélation d’un Ange sur les bons et les mauvais jours. Dans nombre d’almanachs, une page lui était traditionnellement consacrée.

Or, la Prophétie Perpétuelle dut paraître, si l’on en croit les manuscrits, à la suite d’un Almanach comportant un tel document. Il est possible que l’on ait assimilé le Joseph de Naples au Joseph Le Juste. Mais, d’une façon générale, le texte de Moult de 1740 semble être un abrégé du document d’origine qui dut sembler trop pesant.
La date d’impression

Il semble bien que la première édition doive être datée de 1741 [34] . On connaît nombre d’éditions portant cette date sur la page de titre mais avec quelques variantes. La plus significative concerne la mention du libraire: tantôt Pierre Prault (BM Lyon, B508 865), tantôt Prault, père (BM Lyon, 808 552).

Le Privilège cite un certain Bellamy qui pourrait être l’auteur ou l’adaptateur de cet Abrégé. Il est intéressant de comparer le privilège accordé à Bellamy en 1740 avec celui qui le fut à Macé Bonhomme en 1555. Dans les deux cas, il est accordé de publier un ouvrage dont le titre comporte celui de l’auteur présumé: Abrégé. Il est intéressant de comparer le privilège accordé à Bellamy en 1740 avec celui qui le fut à Macé Bonhomme en 1555. Dans les deux cas, il est accordé de publier un ouvrage dont le titre comporte celui de l’auteur présumé:

- à J. F. Bellamy, « un manuscrit de sa composition Prophéties perpétuelles par Thomas Joseph Moult »
- à Macé Bonhomme, « certain livre intitulé LES PROPHETIES DE MICHEL NOSTRADAMUS »

En Angleterre, également, le temps est aux prophéties « à jamais » d’un Erra Pater (texte d’origine française d’ailleurs sous le nom d’Ezra), mais d’un genre moins sophistiqué. Tout se passe comme si, au coeur du XVIIIe siècle, l’Astrologie avait surtout connu une simplification extrême de ses techniques d’application, ce qui impliquait un plus médiocre investissement de la part de ses utilisateurs. Il est significatif que l’astrologie météorologique s’adresse prioritairement, par définition, aux campagnes.
Le procédé des Prophéties Perpétuelles [35] .

Sans parler de supercherie, que penser de ces textes tout prêts que l’on peut resservir périodiquement. C’est bien ce dont il s’agit avec les Prophéties du « cercle solaire du type Moult. L’on rédige 28 cas de figure distincts et en réalité moins car tel cas renvoie explicitement à tel autre et l’on relie ceux-ci à la suite infinie des années, la question étant de déterminer un point de départ. Ainsi, pour Moult, celui-ci est 1268 sans que l’on nous en donne la raison.

En fait, la seule originalité des éditions langroises est d’avoir fourni les tableaux dont se servaient les astrologues pour leurs prévisions au lieu de distiller des informations pour de courtes périodes dans le cadre de « prédictions » terme consacré pour désigner l’emploi de ces cycles par opposition à Pronostication qui implique une étude des mouvements planétaires réels. D’une certaine façon, ces tableaux constituaient un secret de fabrication des faiseurs d’almanachs comme, en son temps, celui du processus du calendrier soli-lunaire chez les rabbins.

Bien des pronostications ont été rédigées grâce à ces « banques de données ». C’est ainsi que certains passages de Lichtenberger ne sont pas sans évoquer le style des Prophéties moultiennes par ce mélange de considérations météorologiques et politiques.

On notera que l’an 1521 qui débute le volet central serait à rapprocher de la date de publication probable du Mirabilis Liber.

« FER, Est le premier nombre solaire qui aura cours pour les années 1521 1717 1913

Pour ..1549 1745 1941
Pour ..1577 1773 1969
Pour ..1605 1801 1997
Pour ..1633 1829 2025
Pour ..1661 1857 2053
Pour ..1689 1895 2081

Premièrement, le Philosophe qui a mis notre mathiere en authorité, nous témoigne qu’elle est une année qui arrive quand Fer fait son tour selon le siecle solaire, dont le printemps est assez profitable à beaucoup de biens terriens, sy feront les bleds bon commencement en fleurissant. Le printemps n’est ny sec ny beau, puisqu’il est humide jusqu’en été. L’été sera chaud et profitable à tout bled de la terre. L’automne sera laide et bien hivernage, et fera mauvais hanter la mer en cette année. L’hiver sera humide et bien hivernage, de grandes neiges qu’il fera cette année. Au commencement de cette année fera bon temps pour beaucoup de choses; les grains seront au plus bas, tant que le printemps durera; celui qui aura des bleds fera bon profit de les garder, jusqu’à ce que l’hermy soit dehors; les bleds seront abondans, et beaux et bien sains; les avoines se tiendront bien marchandes, et se tiendront à un prix, depuis le printemps jusqu’en nouvelles. Au commencement de l’été, il fera bon acheter du vin de Saint-Jean et de Champagne qui se puisse garder en leur bonté et en leur force jusqu’à la fin, car tous vins qui se pourront garder et se défendre de la chaleur de l’été monteront en grande cherté, sitôt que l’on verra la venue des vignes, puisqu’il greneront, viendront à basse preuve et seront mal profitables.

En cette année les seigles seront profitables à acheter en bien de pays, car on les vendra mieux dans l’année à venir. Toutes draperies seront chères et de requise. Les marchandises de laine ne porteront point de profit aux marchands qui les viendront vendre. En l’été ceux qui auront des cuirs, il leur sera profitable de les garder jusqu’en hiver, car à la fin de cette année ils seront de requise. En cette année seront profitables tous grains et seront bons pour la chaleur de l’été et les vignes seront belles et bonnes, car elles auront un bon labourage; les voides se vendront bien, et il y aura bonne récolte; les voides qu’on labourera en première branche, se porteront tres bien, et il y en aura bonne récolte; il fera bon acheter les premieres aussitôt qu’elles viendront au marché, et l’on fera bonne emplettes; les moyennes voides seront mauvaises et auront fausse récolte, et sera grande plante de petites voides, et le tiers de ces voides ne seront pas bonnes et ne pourront attendre d’être cueillyes de la première cotte, car il sera grande plante; et cette année le mois d’aoust sera chaud et bien profitable, et le bled sera assez en abondance; mais ils ne seront pas bien profitables, car ils s’avalleront et ne feront qu’abaisser à l’argent; et tous grains abaisseront à la fin de cette année. Les vendanges de cette année seront assez abondantes, et sera bien des petits vins de Beauvoisis et en France [36] , et auront mauvaise requeste, car ils seront verds et sans beaucoup de vin, et feront dommage à tous ceux qui en auront; les vins vieux d’Auxerre auront meilleure requeste que les vins françois, car ils seront plus grands; les vins de meilleure boisson seront chers et bien requis, et tous ceux qui en achetteront feront mauvaise emplette. Les vins de Poitou et de Champagne seront plus profitables que les vins de Saint-Jean qu’on achettera en vendange, car ils porteront bonne acquets à tous marchands qui les vendront en hiver et les pourront mener en la comté de Flandres et en la Normandie; ceux qui vendront hâtivement en hiver porteront peu d’acquets, qu’au change de printemps. Il y aura cette année des fourrages dont les siècles en vaudront mieux. En cette année les bestes seront constantes à hiverner, et il y aura de bons fourrages, et ils seront chers. En hiver aura beaucoup de neige et bien hivernages, et tous bestiaux auront peu d’acquets, il s’en faudra deffaire en automne ».
L’abrégé de Moult (Bellamy)

Prenons le cas des années de type FENOR. Nous avons placé le texte de l’édition de 1740 et entre parenthèses le texte dont il est issu:

« La présente année sera semblable à la première du nombre solaire encore plus mauvaise. (cette année est plus vilaine que n’est la première)
Au Printemps, il fera bon acheter avoine car la plus grande cherté y sera. (Au Printemps, il fera bon acheter de l’avoine à quelque prix qu’elle puisse être car la plus grande cherté des grains, ce sera des avoines) »

Autre exemple: CONTINUO

« En cette année, le Printemps sera froid et nuisible, aux biens de la terre. (En l’an du monde… le Printemps sera muable à bien des biens terriens
L’Eté sera venteux et pluvieux/ (L’Eté sera pluvieux et venteux)
L’Automne sera humide et peu stable pour les vents (L’automne sera humide et peu stable en beauté)
La saison de l’Hiver sera humide et froide et nuisible à la santé (la saison de l’hiver sera bien hivernache ».

L’abréviateur n’a conservé que les propos liminaires concernant les quatre saisons et évacué l’essentiel du corps des 28 textes. En réalité, le nombre de textes est moindre car il existe des relations entre les 28 années.

Dans notre étude de l’Extrait des Prophéties et Révélations des Saints Pères,- il a d’ailleurs été question d’un vieil Ephéméride du Grand Circle Solaire. Il s’agit, à notre avis, d’une utilisation de tableaux comme ceux qui figurent chez Moult. Il est dit dans ce passage que le dit Ephéméride compte pour année de douleur l’an 1617.

En fait, ces Prophéties Perpétuelles de Moult constituent un changement appréciable par rapport à une littérature constituée autour d’un cycle de 28 ans, en raison de l’adjonction de « prédictions particulières ». qui modifient le caractère agricole et commercial (« prédictions générales ») de cette littérature, au moyen d’une simple addition en bas de page de quelques formules oraculaires, un peu à la façon du calendrier des almanachs de Michel de Nostredame.
Les éditions postdatées des années 1740

Encore faut-il précisément s’interroger sur les notations qui figurent en bas de chaque tableau sous le nom de « prédictions politiques ». Comment a-t-on rédigé ces textes? On pourrait croire qu’il s’agit à l’instar de la partie agricole, d’une série de formules récurrentes et qui traitent de toutes sortes d’événements susceptibles de se produire dans tel ou tel coin de l’Europe, en telle ou telle Cour. En réalité, le texte est loin d’être aussi innocent qu’il y paraît au premier regard. Sa crédibilité se fonde en fait sur un certain nombre de corrélations délibérément introduites, en rapport avec l’histoire des siècles passés et dont il importe de déterminer le terminus ad quem.

      L’ouvrage se divise en trois parties et débute par le XIIIe siècle. Que sait le lecteur moyen sur ces années 1200? Que Saint Louis est mort en 1270. Or 1270 est une des premières années prises en compte, en haut de tableau, puisque la chronologie remonte à 1269. Que lit -on en bas de page? « Mort d’un Saint homme Roy ». Est-ce une coïncidence? Certes, 1270 est situé en haut d’une colonne de dates mais l’attention est évidemment captée par la première ligne.

« Plusieurs cantons s’uniront et formeront une République considérable ». La première année mentionnée est 1287. En 1291, ce sera le Pacte Perpétuel qui constituait plusieurs cantons en confédération helvétique.

Signalons encore pour le premier volet:

1491 « Découverte d’un beau pays ». Il pourrait s’agir de l’Amérique en 1492.
1498, « Un grand Prince montera sur le trône ». C’est le cas de Louis XII, à la mort de Charles VIII.
1515, même formule: avènement de François Ier, à la mort de Louis XII.

Passons à la deuxième partie, qui débute au XVIe siècle:

1525: « Un Roi fait prisonnier ». C’est François Ier à Pavie.
1572 « Grands troubles dans un grand Royaume ». La Saint Barthélemy.

Mais les correspondances valent aussi pour les siècles suivants:

1601 « La naissance d’un Prince dans une Grande Cour de l’Europe, y causant bien de la joie ». Naissance du futur Louis XIII.
1610 « Mort subite d’un grand Prince ». Peut être l’assassinat d’Henri IV.
1614. « Une statue équestre sera érigée à l’honneur d’un grand Roi dont la mémoire sera toujours précieuse à ses peuples ». Statue d’Henri IV sur le Pont Neuf.
1638: « Naissance d’un grand Prince ». Qui ne songe à celle du futur Louis XIV?
1672: « Fameux passage sur un grand fleuve » C’est le Passage du Rhin.
1715: « Mort d’un grand Roi ». Mort du Roi Soleil.
Il convient certes de faire la part des rencontres heureuses et de la répétition de certaines formules. Il n’empêche que lorsqu’il est question pour une série d’années comportant 1614 d’une « statue équestre », formule qui n’est pas reprise à une autre occasion, le propos devient univoque.

La troisième partie débute avec 1773. Echéance bien lointaine pour un ouvrage censé être paru en 1740. Cette partie devrait évidemment, en bonne logique, cesser de nous offrir de telles perles. Les corrélations suivantes pourront donc nous laisser quelque peu perplexes:

1754: « Naissance d’un grand Prince ». On pense au futur Louis XVI.
1770 « Mariage d’un Grand Prince de l’Europe qui fera la joie et le bonheur de son peuple ». On évoque le mariage du même Louis XVI avec Marie Antoinette….
1773 « Un Prince dont la valeur & le courage imitera les Alexandre et les César montera sur le thrône & son règne sera glorieux ». Annonce de l’avènement prochain de Louis XVI.

Voilà qui indique les espérances autour du dauphin.

1774 « Un grand prince montera sur le trône ». Avènement de Louis XVI.

Lors de l’avènement de Louis XVI, parut l’Horoscope de Louis Seize, tiré de l’instant précis de sa nativité (le 8 juin 1774) qui dénote les grandes espérances qui s’étaient greffées autour du nouveau roi:

« Depuis près de vingt ans je garde l’horoscope
Du plus grand Prince de l’Europe
Un moderne Nostradamus
L’an mil sept cens cinquante quatre
Sur le Duc de Berry
Dressa (..)
Son thème au jour natal ce futur Titus
Le thème est si bien fait qu’on n’en peut rien rabattre. » [37]

Il eut été probablement vain, pour l’auteur des « prédictions particulières » de relater par le menu les événements, année par année. Mais celui-ci semble avoir souhaité renforcer la corrélation pour l’an 1781. Qu’on en juge:

1781 « Naissance d’un grand Prince ». C’est la naissance du premier Dauphin, Louis-Joseph, qui décédera en 1789.
1781 « Changement de Ministre dans une Grande Cour » Démission de Necker au mois de Mai.
1781  » Emotion populaire dans une grande ville ». A Paris, le départ de Necker est ressenti comme la fin des réformes.
1781 « Grande Guerre entre les Princes de la Chrétienté ». La guerre d’Indépendance Américaine.
1781 « Bataille gagnée », nous pensons à Yorktown en Octobre. Les Anglais sont battus par les Franco- Américains.

On dirait des manchettes de journal.

On pourrait à la rigueur poursuivre jusqu’en 1783 avec « La paix générale dans toute la Chrétienté »: allusion possible au traité de Versailles.

Certes, les formules reviennent assez souvent mais il nous semble, à ce stade, qu’il s’agit plus que de coïncidences d’autant que celles-ci ne rendent plus compte des graves événements qui suivront, à commencer par la Révolution. Ce texte ne semble-t-il point se situer dans les années qui la précédèrent?.

1780-81 nous paraît une date assez vraisemblable: dans une édition de 1804, on peut lire en avant-propos (p. 17): « En 1780, le hasard me procura les prophéties de Joseph Moult » [38] . En 1781, parait un ouvrage ainsi intitulé [39] :

Les véritables Prophéties de Maitre Michel Nostradamus pour quatorze années, à commencer par cette année 1781 & finir en 1794. On y connaîtra les années fertiles ou stériles, la température de l’air, le prix des bleds, vins & cidres, & généralement tout ce qui est nécessaire à tous Marchands & Laboureurs », Rouen, Pierre Seyer, BM Lyon, B 509 831.

Ce type d’ouvrage correspond exactement aux prédictions générales de cette littérature de prophéties perpétuelles mais cette fois c’est le nom de Nostradamus qui lui est apposé.

Par ailleurs, lorsque l’on examine les privilèges des diverses éditions de 1741 conservées, on remarque des retouches assez grossières qui font apparaître sinon des contrefaçons du moins des éditions pirates.

Chacune des éditions de 1741 comporte une série de trois dates: la première (signée Simon) est celle de l’Approbation, la deuxième (signée Sainson) du privilège, la troisième (signée Saugrain) celle du registre de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & imprimeurs de Paris.

Pour la première et la troisième date, nous disposons de deux mentions différentes: dans un cas 30 novembre 1739 et…30 novembre 1740, dans l’autre 17 janvier 1740 et 17 janvier 1741. En revanche, la date du milieu reste inchangée, en toutes lettres: « treizième jour de janvier, l’an de grâce mil sept cent quarante ».

Nous disposons donc de deux séries:
30 novembre 1739 - 13 janvier 1740 – 17 janvier 1740
et 30 novembre 1740 - 13 janvier 1740 – 17 janvier 1741.

Il semble logique de préférer la première formulation qui regroupe sur deux mois les trois dates tandis que la seconde les regroupe sur …dix mois. Les éditions comportant l’année 1741 in fine et une approbation de janvier 1740 seraient des contrefaçons.

On ne comprend d’ailleurs pas a priori pourquoi l’éditeur aurait sollicité une seconde permission d’imprimer étant donnée que celle-ci lui avait été accordée pour six ans. Un troisième document est daté de la 26e année du règne de Louis XV, soit en effet 1740/41. Il est du 13 janvier 1740 et ne sera pas modifié. Or, cette formulation est très proche de celle de 1268, relative aux années du règne de Saint- Louis, cinq siècles plus tôt. On peut raisonnablement penser que nous avons là un faux réalisé sous le règne de Louis XVI.

Qu’en est-il en effet des adresses du libraire? La mention Pierre Prault n’est absolument pas recevable en 1741. A part les Prophéties Perpétuelles qui se partagent entre ces deux présentations, toutes les éditions Prault des années 1740 comportent la forme « Prault père » tandis que la forme « Pierre Prault » n’est attestée que dans les décennies antérieures. C’est ainsi qu’une prophétie adressée par Bélier de St Brisson à Louis XV parut en 1716 chez Pierre Prault (BNF, Lb38 72) et en 1744 chez Prault père (BN LB38 489). En conséquence les éditions des Prophéties Perpétuelles de 1741 avec la mention Pierre Prault sont des contrefaçons [40] , ce que vient corroborer l’affaire des dates des approbations et des registres de privilèges. Mais dès lors on ne peut évidemment exclure que les éditions « Pierre Prault » de 1741 soient également des contrefaçons mieux conçues.
L’édition de 1771

Pour mettre un terme à notre perplexité, il importait d’accéder à d’autres éditions que celles de 1741 et de la fin du XVIIIe siècle. La Bibliothèque Mazarine conserve une édition de 1771( Cote 55450). Elle serait parisienne sans que l’on nous précise le libraire et vendue à Liège – ville qui n’appartient pas aux Pays Bas autrichiens – par Clément Plomteux [41] .

Or cette édition de 1771 est absolument conforme aux éditions de 1741 et la thèse de la contrefaçon doit dès lors être strictement circonscrite: certes, il y a eu de fausses éditions de 1741 avec l’adresse de Pierre Prault, il y a eu des éditions comportant des erreurs dans la date de l’approbation et de l’inscription au registre. Mais les Prophéties Perpétuelles, malgré des corrélations frappantes, n’ont pas été réalisées dans les années 1780, sauf à imaginer une quantité ahurissante de contrefaçons.

En ce qui concerne le recueil de 1866, publiée par le libraire Delarue, comportant les Prophéties de Moult, l’exemplaire utilisé n’est probablement pas de 1740. Le fait que l’Approbation soit de janvier 1740 se retrouve dans l’édition de 1771, alors que les deux autres dates y ont disparu. Il semble qu’au delà d’une certaine date [42] , on n’ait conservé que les quelques lignes signées Simon.

On assisterait donc avec ces Prédictions particulières à une entreprise prédictive particulièrement efficace, apte à recouper régulièrement des événements à venir encore que l’année 1789 ne soit pas précisément signalée comme correspondant à de graves événements. Il eût été malheureux d’en conclure que ces corrélations avaient été mise en place après coup, d’où l’importance qu’il y a à pouvoir consulter un ensemble aussi riche que possible d’éditions. L’absence totale de noms propres, à la différence des Centuries, facilite singulièrement les rapprochements. Mais au lendemain de la Révolution, des remaniements du texte moultien eurent bel et bien lieu qui n’occasionnèrent pour autant que des tentatives très grossières de contrefaçons. En ce qui concerne les fausses éditions de 1741, il ne semble pas qu’il y ait eu d’autre enjeu que de rappeler que ces éditions étaient déjà parues en 1741, ce qui était exact. Mais en voulant trop bien faire et en se proposant de fabriquer des éditions anciennes, l’on risquait de faire mettre en cause l’authenticité de toutes les éditions de cette période.(signalons une « vérification de quelques prophéties » par D. Egleton, Prophéties Perpétuelles, op. cit., pp. 26-29)
Moult et la Révolution

Les Prophéties Perpétuelles de Moult sont apparues pour certains comme un système pouvant fonctionner sans l’aide des astrologues à l’instar des grandes conjonctions. Une fois les tables mises à la disposition du public, chacun était en mesure de juger par lui-même. Mais outre la publication de ces tables, certains commentaires sortent du rang. C’est ainsi qu’en 1804, paraîtront des Prédictions générales, particulières et climatériques pour l’an douze correspondant à l’an 1804 du calendrier grégorien à la suite des Prophéties curieuses et intéressantes de Thomas Joseph Moult (BNF, V 47283).

Voici le récit de la « révélation » de l’auteur:

     « En 1780, le hasard me procura les prophéties de Joseph Moult (…). Quelle fut, dis-je, ma surprise, en parcourant l’ouvrage (…) de trouver dans ces prédictions particulières qu’en 1791, sous Grossus, le dix-neuvième nombre solaire, il dit « Dans un grand royaume la roture sera anoblie. Plusieurs cantons s’uniront et formeront une république considérable ». Qu’en 1792, sous Dicat, le vingtième nombre solaire, il dit « Grands troubles dans une ville capitale d’un grand royaume. ». Qu’en 1798, sous Caritier, le vingt-sixième nombre solaire, il dit: République souveraine, reconnue par toutes les puissances de la terre. Qu’en 1801, sous Fer, premier nombre solaire, il dit (…): Un grand homme, dont la valeur et le courage imitera les Alexandre et les Césars, gouvernera une grande nation, son règne sera long et glorieux (…). Je puis assurer le lecteur que toute la Révolution y était annoncée entièrement. »
La version corrigée des Prophéties de Moult

En 1807 parait le texte de Joseph Le Juste Joseph. C’est la seule édition imprimée que nous connaissions de l’édition « longue », les autres versions ne nous sont parvenues que comme copies manuscrites [43] .

C’est vers cette époque qu’a du paraître l’édition dont Alexandre Volguine a donné la reproduction en 1941 [44] . Lors de la première guerre, étaient parus en 1917 les Très curieuses prophéties de Thomas Joseph Moult sur les événements contemporains. Réédition du livre imprimé (sic) en 1556 à Naples[45] .

Il s’agit d’une adaptation de l’édition de 1740 ayant pour but de mieux s’ajuster aux événements révolutionnaires [46] .

Contrairement à ce qu’affirme Volguine, cette version n’est pas antérieure à 1740, mais postérieure, celle de 1740 étant conforme aux modèles classiques. Les changements opérés ne visaient qu’à mettre en évidence les années de la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. En effet, l’ouvrage comportant désormais deux volets et non plus trois puisque commençant au XVIe siècle au lieu du XIIIe siècle, l’oeil est attiré par la dernière ligne du premier volet (1784-1811) et par la première du second (1812-1839).

L’on peut même penser que cette nouvelle version serait postérieure à 1812 [47] . Voici le « véritable portrait de Thomas-Joseph Moult, auteur de ces prédictions (…). La première partie commençait en 1560, la seconde en 1812 et finit en 2063″. Cela a en outre l’avantage de placer la mise en place du texte du temps de Nostradamus, « vérificateur des prédictions de Thomas Joseph Moult ».

En débutant en 1560 – au lieu de 1521 – l’on perturbait le système tel qu’il avait été conçu et la correspondance des années. Geneviève. Bollème laisse entendre que cette édition de 1560 serait la première [48] .

A vrai dire, il n’est peut être pas si simple de trancher: certes, il est des maladresses dans cette édition « 1560″ mais elle se réfère à Frédéric II (de Hohenstaufen), formule absente de l’édition du XVIIIe siècle. Or cet empereur, roi de Sicile, vécut de 1194 à 1250, il serait donc mort peu de temps avant 1268 et Moult ou celui qui correspond à ce nom, aurait pu être actif à sa cour, ouverte aux occultistes [49] , le royaume de Naples ayant partie liée à celui de Sicile.

Ci-dessous les « prédictions particulières » pour le début de ces 56 années:

1784
La beauté du commerce et des arts fera briller tous les Etats.
Naissance d’un grand Prince.
Grand combat naval.
Grande trahison exécutée.

1785
Institution d’un grand Ordre de Chevalerie dans un grand Royaume.
Une tête couronnée cédera le pas à une autre Couronne.
La paix entre les Princes Chrétiens.

1786
Naissance illustre dans une grand Cour de la Catholicité.
La découverte d’une intrigue entraînera des suites fâcheuses après elle.
Bien des révolutions arriveront cette année dans un grand Royaume de la Chrétienté.

1787
Un grand Prince se séparera de l’Eglise Romaine.
Grande trahison exécutée dans une grande Cour de l’Europe.
Institution d’un grand Ordre de Chevalerie dans un beau Royaume.
Le papier en grand discrédit
Naissance d’un grand Prince dans une grande Cour.

1788
Changement de Ministre dans une grand Cour.
Naissance d’un Prince cher à la Patrie.
Grande révolution dans le Commerce.

1789
De grandes Révolutions arriveront cette année dans un des grands Etats de la Chrétienté [50] .
Emotion populaire dans un grand Royaume.
Grande conspiration découverte [51] .

1790
La mort d’un grand Prince causera bien des troubles dans ses Etats.
Grande trahison découverte.

1791
La noblesse dans un grand Royaume donnera des marques à son Souverain de son courage et de sa valeur pour le soutien de l’Etat.

1792
Fameux combats où les généraux de part et d’autre se distingueront par leur mérite et leur valeur.
Une grande Princesse montera sur le Trône.

1793
Un grand Prince montera sur le Trône.
Grande guerre entre les Princes Chrétiens.
Bataille gagnée.
Mort d’une grande Reine.

1794
Grande invention d’Art dans un grand et puissant Royaume.
Mariage d’un grand Prince.
L’Eglise, notre bonne Mère nous accordera de grandes indulgences.
Le faux est des plus maladroits. On trouve à la fin du Livre des Prophéties Perpétuelles la formule suivante: « Fait à Saint-Denis en France[52]  l’an de notre Seigneur 1608 et du règne de Louis IX, notre très pacifique Roi, le quarante deuxième par moi Thomas Joseph Moult ». Comment 1608 pourrait-il se trouver lié à Saint Louis, mort en 1270? En tout état de cause, le nom de Thomas Joseph Moult n’apparut pas avant le XVIIIe siècle.
Les recueils de Prophéties Perpétuelles

Outre ces textes qui associent Nostradamus et Moult l’on trouve des recueils qui évoquent ceux du seizième siècle: Prophéties ou Prédictions perpétuelles composées par Pytagoras, Joseph le Juste [53] , Daniel le Prophète, Michel Nostradamus et plusieurs autres philosophes; (1804, à Remiremont) dans lesquels les noms d’Etienne de Prato , Seraphino Calbarsi et Guido ont été remplacés par celui de Nostradamus qui n’y figurait pas initialement [54] . En fait, Scheler; signale au XVIIIe siècle, un Almanach pour l’an 1769 ou pronostication perpétuelle des Laboureurs. Avec les pronostications de Pitagoras en ses circules & angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres. Avec l’Almanach des Vignerons par Maître Antoine Maginu dit l’Hermite Solitaire; (Rouen, Pierre Seyer [55] ).
Le lien Moult-Nostradamus

Dans l’ouvrage paru à Tours (Impr. Mame et Peschard), l’on trouve un « Portrait du fameux Michel Nostradamus, vérificateur des prédictions de Thomas Joseph.Moult;  » qui figurait déjà au XVIe siècle dans un texte signé Lucas Tremblay (1577) et au siècle suivant chez Ligbéra de Vauréal anagramme du libraire Troyen Gabriel Landereau [56] .

Il semble qu’à la suite de Rabelais, Antoine Couillard du Pavillon ironise sur cette volonté d’avoir « réponse à tout » en se servant d’un nombre limité de formules. Débat sur l’économie de moyens que pose au demeurant le prophétisme:

« Or ce n’est que folie à moy de cuyder dire tout ce qui adviendra car il me seroit & à tous noz autres divinateurs du tout impossible. Je dirais bien en general que morts de Princes, changemens & mutations de regnes, pluyes, gresles, neiges, glaces, tonnerres, orages, ventz & tempestes, guerres, famines, maladies & pestilences, tant sur la mer que sur terre. Et par le contraire, continuation de règnes, santé, prospérité, joyes, liesses, richesses, amours & tous autres désirs & plaisirs mondains, ne cesseront tant que le monde durera, de convenir ensemble; sans ce qu’il en défaille un seul an, moys, semaine ne jour car toutes ces choses à scavoir bonnes & mauvaises seront toujours concurrentes & les uns & les autres régions de ce monde espandues »

Et Couillard d’évoquer « un millier de resveries escriptes par nos nouveaux prophètes », qui ne sont pas autant de quatrains mais plutôt des formules oraculaires [57] .

Pourquoi Couillard, ici encore, ne paraphraserait-il pas les termes mêmes de Nostradamus comme il le faisait plus haut pour la Préface? On en est à se demander si les Prophéties Perpétuelles de Moult que d’aucuns ont attribué à Nostradamus n’ont pas récupéré le texte des premières Prophéties de Nostradamus, tant les expressions se recoupent.

Signalons enfin un argument lié à la présence dans la Préface à César de la mention de l’an 3797 (  »perpétuelles vaticinations, pour d’icy a l’an 3797″. On a vu qu’avec les Prophéties Perpétuelles, on pouvait franchir allègrement les siècles…
Le recueil Delarue

En 1866, paraissait un recueil de trois pièces, bien que ne faisant figurer au titre que la première, Prophéties de Nostradamus. On y trouve, outre les quatrains, les sixains.

La deuxième pièce est le Recueil de prophéties et Révélations tant anciennes que modernes (voir notre article sur ce site sur Lichtenberger)

La troisième pièce est constituée par les Prophéties Perpétuelles de Moult, parues chez Prault..

Une seule de ces trois pièces est datée, la deuxième, elle porte la mention 1611. Nous avons montré qu’elle était liée aux débuts de la régence de Marie de Médicis, Henri IV étant décédé l’année d’avant.

Les deux premières pièces avaient déjà été associées dans le passé, au XVIIe siècle, chez un libraire de Troyes, en Champagne mais nous n’avons aucune certitude sur le fait que les Prophéties de Nostradamus soient également parues en 1611, contrairement à ce que laissent entendre M. Chomarat (Bibliographie Nostradamus, pp. 94 et seq) ou R. Benazra (RCN, pp. 412 et seq) à la suite de Delarue, lui-même.. En fait, le libraire parisien a truqué la présentation en mettant le même écusson sur les deux premières pièces alors que les écussons qui représentent la France et la Navarre, sont différents dans les éditions troyennes du XVIIe siècle des ensembles nostradamiens et lichtenbergiens.

Pourquoi avoir, en 1866, associé le texte « moultien » aux deux autres – ou l’inverse – au sein d’un triptyque? Ces trois textes relèvent, il est vrai, d’une astrologie prétendant discourir sur l’avenir du monde: le canon nostradamique comporte d’ailleurs dans la Préface à César -et dans certains quatrains des premières centuries – l’esquisse d’une théorie des âges planétaires, d’ailleurs axée sur l’année lunaire de 354 jours, ce qui permet de passer à 354 ans, inspirée de Roussat et de Trithème et qui n’a plus rien à voir, apparemment, avec la réalité astronomique. LeRecueil des Prophéties et Révélations est le plus classique au niveau astrologique, il y est question de conjonctions planétaires réelles mais comporte une dimension prophétique évidente, ne serait-ce que par son recours à Sainte Brigitte. Est-ce que la similitude des titres -Prophéties de Nostradamus, Prophéties Perpétuelles – aura suffi à justifier le rapprochement? Ou bien, peut-être, s’était-on aperçu que dans la Préface à César il était fait référence à de « perpétuelles vaticinations »?
Les prédictions de masse

Les deux systèmes évoqués, celui des 28 années et celui des 12 années, sont à rapprocher des horoscopes de presse des années 1930 (cf notre Vie astrologique, années trente-cinquante, Paris, Trédaniel, 1995). L’idée qu’une année puisse être, pour toute une société, marquée par un facteur spécifique n’est plus guère à la mode, de nos jours, où l’on est en quête, à tort ou à raison – on n’en débattra pas ici – de formulations plus sophistiquées, qui impliquent et le thème natal, au niveau psychologique, et les aspects entre planètes, au niveau de l’astrologie mondiale.

Dans les horoscopes de presse, au départ, il n’y avait pas de division entre signes du zodiaque: on annonçait un destin collectif, étant bien entendu que chacun vivrait ces tendances à sa manière. C’était une époque où l’astrologie ne voulait pas encore tout régir – de façon totalitaire, où elle ne prétendait pas tout modéliser jusqu’aux problèmes psychanalytiques de chacun et de chacune. Elle s’est largement rattrapé depuis!

Or, pour en revenir au cycle de 28 ans, cet axe Lune-Saturne que nous avons évoqué nous semble être bien autre chose que l’expression d’une astrologie abâtardie – XVIIIe siècle oblige. Il se pourrait, au contraire, qu’en raison d’une certaine pénurie, d’une certaine purge, l’astrologie ait été contrainte d’abandonner, pour un temps, tout un apparat, faisant ainsi une cure la ramenant à ses racines antiques. .

Si nous décrivons le dit système ainsi pratiqué en parallèle avec d’autres formes d’astrologie puis se trouvant un temps en situation de quasi-monopole du moins au niveau des publications à caractère astrologique- on observe que Saturne est au coeur du système et qu’il traverse un zodiaque à 28 secteurs qui, en astrologie hindoue, est intimement lié avec les étoiles, on l’a vu pour la quatrième demeure appelée Aldébaran du nom de l’étoile fixe qui s’y trouve.

Que dans les systèmes tels qu’ils circulent à partir du XVIe siècle – pour ne pas remonter plus haut – toute référence aux étoiles fixes ait disparu est une chose. Mais ne peut-on penser que les descriptions proposées pour chaque année pourraient s’y référer, d’une façon ou d’une autre. Nous avons rappelé (cf notre exposé sur Les Historiens de l’astrologie en quête de modèle, sur ce site) l’importance du référentiel stellaire – le cas de Manilius est remarquable de ce point de vue – l’exposé de P.H. Abry dans les Actes du Colloque de Malaga « Homo Mathematicus » (octobre 2000), à paraître – en ce qui concerne les premières tentatives d’associer des dieux aux astres avant de se reporter sur les seules planètes (étoiles errantes). Le problème, c’est qu’évidemment ce système se sert d’une cyclicité saturnienne mais….sans Saturne. Saturne n’est pas présent dans la « maison » qui marque l’année concernée à moins que le point de départ du cycle corresponde avec celui de Saturne, ce que nous n’avons pas vérifié. Nous avons abordé ce problème du rôle central de Saturne, dans un article paru sur ce site, consacré aux rapports entre Astrologie et religion et à l’influence de l’astrologie indienne. En ce sens, le présent article apparaît comme un second volet de notre enquête.

Ainsi, selon un processus cyclique, l’astrologie aurait-elle renoué pour une courte période avec ce qui aurait pu être sa formulation primordiale pour repartir dans un nouveau cycle, nourri de l’apport de nouvelles planètes, Uranus (1781), Cérés (1801) etc. Sous cet angle, le XVIIIe siècle aurait été le retour involutif à une astrologie originelle et le XIXe le départ d’un nouveau processus qui nous en aurait progressivement éloigné, encore qu’en France, la résistance à ce nouveau cours des choses ait été longue, tout au long du XIXe siècle (cf notre Vie astrologique, il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992).

Iconographie

Crespin Archidamus, Pronostication (1574) Figure pour connoistre la Roue des vingt huit mansions du Ciecle soleire (sic)
Crespin Archidamus, Pronostication générale du ciecle soleire (sic), Lyon, Jean Patrasson, 1574.
Les Prophéties perpétuelles ne sont nullement une invention du XVIIIe siècle. On peut penser que c’est à un tel système que Nostradamus faisait allusion dans sa Préface à César de 1555, au sujet de « perpétuelles vaticinations ». On peut en effet extrapoler indéfiniment les pronostics agricoles. Crespin, dans son Advertissement, in fine, daté de 1572, dit avoir reçu ce savoir d’un certain George Guiriny.
Pourquoi ce nom de « cycle solaire » alors que ce temps de 28 ans renverrait plutôt à Saturne. Le lecteur, pour se servir du tableau, doit savoir à quelle « mansion » correspond une année donnée et à partir de là, il n’y a plus qu’à suivre. Crespin indique qu’en 1574, on est dans la quinzième année, ce qui signifie que la première année précédente était en 1560 et que la suivante sera en 1588. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’un libraire fournisse l’intégralité des tableaux sur plusieurs siècles. A noter que Crespin donne des noms aux mansions qui différent de ceux de « Moult » mais le principe reste le même.

 

N. L. Morgard, La Grande Prognostication T. J. Moult, Les 'Prophéties Perpétuelles' de 1741
N. L. Morgard. La Grande Prognostication générale du cicle solaire de 28 ans en 28 ans, réformée suivant la réformation gregorienne, Paris, P. Menier, 1609.
La réforme grégorienne de 1582 a posé problème aux faiseurs d’almanachs et autres calendriers comme le Kalendrier et Compost des Bergers.
Une des premières éditions comportant le nom de Moult, résultat d’une mauvaise leçon. Le texte est dit traduit de l’italien mais il s’agit bel et bien de la reprise de textes plus anciens, parus en français et si traduction il y a eu, elle n’est pas de cette époque. D’un maniement extrêmement simple, un tel ouvrage relève d’une astrologie populaire voire rurale, à une époque où l’astrologue ne recourt plus guère aux positions planétaires mais préfère se servir d’une géomancie, teintée d’astrologie. La nouveauté de cette édition est de comporter des pronostics politiques jusqu’en 2024 alors que ce genre était jusque là cantonné à des pronostics agricoles.. Cette édition, ou en tout cas une autre du même libraire, paraîtra donc encore, sans aucune mise à jour, en 1866, au sein du recueil Delarue.

 

Moult, Les 'Prophéties Perpétuelles depuis 1521', 1807 Le recueil Delarue, 1866
Édition parue sous le Premier Empire. On notera avec amusement la référence à l’Académie des Sciences qui aurait offert ce volume à Louvois, ministre de Louis XIV, laquelle assemblée en aurait fait l’expérience depuis 140 ans, ce qui renvoie à 1666, date de sa création par Colbert, faussement considéré par les historiographes de l’astrologie, comme ayant été le fossoyeur de l’astrologie française voire européenne. Sous le titre de Prophéties de Nostradamus paraît en 1866, à la fin du Second Empire, un recueil comprenant en réalité trois pièces: successivement, les Centuries, sans date, dans une édition troyenne qui date vraisemblablement de 1627/1628, le Recueil des Prophéties et Révélations, daté de 1611 (cf notre étude sur Lichtenberger, sur ce site), chez le même libraire de Troyes et les Prophéties Perpétuelles de Moult, dans un exemplaire non daté, paru, chez Prault – l’approbation » in fine est de 1740, – très proche de celui dont nous avons reproduit la page de titre. On a vu que sous le premier Empire des prophéties avaient continué à paraître sous le nom de Moult. Il semble que les deux premières pièces étaient déjà parues conjointement au XVIIe siècle. L’éditeur ne s’explique pas sur l’opportunité et les raisons de son choix, d’autant que le contenu de cet ensemble n’est pas annoncé dans le titre du volume: est-ce que Nostradamus aurait servi de « couverture », dans tous les sens du terme, pour les deux autres pièces, à une époque où s’exerçait une certaine surveillance politique?

 


[1]  Le Privilège de l’édition originale n’y est pas reproduit. « Text

[2]  En 1556, Antoine .Couillard dans sa parodie de la dite Préface, intitulée Prophéties, Paris, BNF, utilise à propos de Nostradamus une telle formule. « Text

[3]  Certains n’ont d’ailleurs pas hésité, tel A. Volguine 1941, a attribuer à Nostradamus la paternité des Prophéties Perpétuelles.« Text

[4]  La chronologie s’arrête, chez Moult ., dans le troisième et dernier volet, à 2024, soit grosso modo à 6000 ans depuis la Création. « Text

[5]  La BNF a conservé un exemplaire sinon de la première édition, du moins fort probablement identique à celle-ci. « Text

[6]  Est-ce une allusion à la dimension prophétique de cette ville, à la fin du XVe siècle? prophétique de cette ville, à la fin du XVe siècle? » « Text

[7]  Dans l’édition de 1573 d’Antoine Houic (qui a le privilège depuis 1571 pour la première édition de 1572) il est précisé toutefois « inconnue jusques aujourd’hui & mise en lumière par I (ean) D (Ongoys) & depuis revue, corrigée & augmentée par George Quirini » « Text

[8]  Pour une liste de ces textes, cf notre Texte Prophétique en France, opus cité. « Text

[9] Le principe d’un classement des années autour des sept planètes se retrouve en Allemagne dans le Hundertjähriger Kalender.« Text

[10]  Selon la règle des pronostications qui paraissent l’année qui précède la première année étudiée. « Text

[11]  Dans l’édition Delarue de 1866, la formule est tronquée: « faites à Saint- Denis en France, l’An de Notre Seigneur 1268 du règne de Louis IX ». France ici pour Ile de France. « Text

[12]  Visiblement Dominique Egleton ignore cette diversité de cas de figures: Etude, commentaire et texte original des Prophéties Perpétuelles de Th. J. Moult, St Genix (Savoie) 1946: « on ne sait pourquoi les ayant écrit en 1268, il ne les commence que pour l’an 1521″ « Text

[13]  Les canons & documents très amples touchant l’usage & practique des communs Almanachz que l’on nomme Ephemerides, Paris, R. Chaudière, 1551. « Text

[14]  Enfin, notons qu’il y a deux signes du Zodiaque: aries, gemini. « Text

[15]  Prophéties perpétuelles depuis 1521 jusqu’à la fin du monde expérimentées et jugées infaillibles par l’Académie Royale des Sciences de Paris (BNF, M 867 n?). A noter que le nom de Moult n’apparaît pas dans ce manuscrit dont on connaît une édition imprimée. « Text

[16]  Rappelons que les signes du Zodiaque voire les planètes (Sol, Luna) gardent souvent, même dans un texte rédigé en français, leur forme latine et que les ouvrages anglo-saxons ont conservé jusqu’à nos jours cette habitude pour ce qui est du Zodiaque. « Text

[17]  Voir G. Hellmann, op. cit. et notre étude sur ce site. « Text

[18]  Le fait que cette inversion 1576 au lieu de 1567 n’ait pas été corrigée d’une édition à l’autre est significatif. « Text

[19]  Cela n’autorise pas pour autant à considérer comme almanach le Recueil des prophéties et révélations, comme le propose G. Bollème », Les almanachs populaires, op. cit. p.31.; « Text

[20]  Voir Volguine, 1941. « Text

[21]  Charles Nisard 1854, Voir Journal de l’amateur de livres, tome I; Volguine . cite cette hypothèse sans la retenir. « Text

[22]  Paru avec un texte de Baptiste Mantuan. « Text

[23]  Voir Bougouin (1868) « Text

[24]  . Bougouin (1868) signale (p.4) comme source les archives du greffe de Langres Nous n’avons pu localiser le texte en question. « Text

[25]  Bougouin (1868) ne fait aucun rapprochement avec des textes imprimés tel celui de Moult. Benazra (1990) cite un Manuscript du Grand Almanach universel jusqu’à la fin du monde daté de 1759 (Bibliotheca Esoterica, p. 303, n° 2889) et fait un rapprochement avec les Prophéties Perpétuelles de Moult « Text

[26]  Langres apparaît à plusieurs reprises dans nos recherches: avec Richard Roussat,, avec la famille Tabourot et avec cet Almanach de l’hôtel de Ville de Langres. Turrel, lui, relève de Dijon et de la Bourgogne. « Text

[27]  Le manuscrit que nous n’avons pas localisé a été décrit au XIXe siècle et a fait l’objet d’une édition sans que l’on ait établi de lien avec les Prophéties Perpétuelles de Moult. « Text

[28]  Voir . Hellmann, 1896, qui ne fait pas de rapprochement entre la Pronostication française et Heyne von Uri dont il traite par ailleurs. La B.N.F dispose d’un grand nombre de ces éditions dont aucune n’a été attribuée à Heyne de Uri, ce qui explique qu’elle soient classées au fichier des Anonymes (BNF, Réserve pV 147-151). Etienne Tabourot s’est inspiré de cette oeuvre dans son Almanach et Pronostication des Laboureurs mais de façon très ponctuelle, à propos de certains dictons liés à certains jours consacrés à tel ou tel Saint (comme Sainte Gertrude pour la saignée) « Text

[29]  Il y en a 9 pour chacune des 28 divisions de chaque livre et donc 27 répartis entre les trois livres pour chacun des dits vocables. « Text

[30]  Voir Volguine, « La clef des prophéties de Nostradamus », in Prophéties Perpétuelles de Moult, Ed. Des Cahiers astrologiques, Nice, 1941. Reed, ibidem, 1977 « Text

[31]  On en trouve dès la fin du XVe siècle chez l’astrologue catalan Bernardo de Granollachs, Cf. BNF, lesquelles s’étendent jusqu’en 1550. Voir l’étude de Jordi Rubio . sur le Lunario de 1513 conservé à la Bibliothèque de Catalogne, et paru à Barcelone chez Joan Rosembach. Il en existe un fac-simile paru à Barcelone, en 1948. Granollachs est traduit en italien, en latin et en français. Voir aussi Antonio .Hurtado Torres, La Astrologia en la Literatura del siglo de oro (1984) op. cit. pp 147 et seq. Le fac-simile se trouve à la Bibl. de Catalogne, à Barcelone bien qu’Hurtado Torres se plaigne de ne pas l’avoir trouvé. « Text

[32]  Le terme « cler » figure chez Simon de Phares Iere p. « Des clers astrologiens » de son Elucidaire. (cf l’édition de J. P. Boudet, Le recueil des plus célèbres astrologues, 2 vol. Paris, Champion, 1999)« Text

[33]  Voir manuscrit de la B.M. de Chalons /Marne (Manuscrit du Fonds Garinet Inv 227) daté de 1680 et intitulé Prophesies (sic) Perpetuel (sic) depuis 1521 jusqu’à la fin du monde donné à Mgr le Marquis de Louvois Ministre et Secrétaire d’Etat par l’Académie Royale des Sciences qui en ont fait l’expérience pendant l’espace de 140 ans et qu’ils ont assuré infaillibles et véritables. En fait, la référence à 140 ans montre que ce manuscrit date du début du XVIIIe siècle, la date de 1680 correspondant au temps de Louvois. En outre, c’est plutôt Colbert qu’il aurait fallu ici mentionner, qui fonda la dite Académie. C’est de ce manuscrit que semble s’être plus directement inspirée l’édition imprimée. En effet, si l’on ajoute 1521 et 140, on obtient 1661, ce qui est proche de 1666, date de la fondation de l’Académie des Sciences mais précisément, la dite Académie qui venait alors d’être fondée ne pouvait en avoir fait l’expérience. Or Louvois (1641-1691) est bien contemporain des débuts de cet établissement. « Text

[34]  Voir Benazra, 1990, pp. 305-307. « Text

[35]  On trouvera un ensemble intéressant à la B. Municipale et Interuniversitaire de Clermont Ferrand, comportant une copie manuscrite (1771) des Prophéties de Moult et un imprimé intitulé Nouvelles et curieuses prédictions de Michel Nostradamus pour 7 ans de 1784 à 1790 (à Salon de Provence) et composé de diverses prédictions agricoles accompagnées de quatrains. « Text

[36]  Comprendre Ile de France. « Text

[37]  Bib. Sorbonne R 680 (31), in 8°. « Text

[38]  Prophéties curieuses et intéressantes de Thomas- Joseph Moult, An XII, BNF, V 47283. « Text

[39]  Voir Benazra, RCN, pp. 327 et seq. « Text

[40]  On connaîtra le même genre de problème avec Benoit Rigaud et Pierre Rigaud, son fils qui se voit attribuer, au XVIIIe siècle, une édition de 1566. Voir Benazra, 1990, pp. 295 et seq. « Text

[41]  Une autre édition liégeoise, chez E. Kints, en 1758 est conservée à la New York Public Library) L’édition de 1743: Prophéties Perpétuelles, Paris, Prault, 1743, BNF, Vz 1931. Le NUC signale en 1780 une édition de Paris, à la Bibl. de la Princeton University. « Text

[42]  En 1743, les trois dates figurent encore (BNF, Vz 1931) « Text

[43]  En 1807 paraissent également les Prophéties perpétuelles depuis 1521 jusqu’à la fin du monde données à Monseigneur le Marquis de Louvois (…) par l’Académie Royale des Sciences qui en a fait l’expérience pendant l’espace de 140 ans et qui les a assurés infaillibles et véritables (Versailles), Archives Nationales, M 867 n?. Cette récupération de l’Académie des Sciences fondée en 1666 est à mettre en rapport avec l’idée que cette même Académie aurait précisément exclu l’Astrologie de ses travaux… « Text

[44]  Bibliothèque de Liège. « Text

[45]  Non localisé, signalé par P. Gayot (avec J. Brunet), Intr. aux Prophéties Perpétuelles (de) Moult, Caen, 1967. « Text

[46]  Voir H. Forman, Les prophéties à travers les siècles, Paris, Payot, p. 215. « Text

[47]  Les premiers exemplaires de la BNF sont datées à la main de 1814 (V 47286-87, Paris, Montaudon, et Rouen, Lecrène-Labbey) « Text

[48]  Bollème, 1969, p. 18 (note 1). « Text

[49]  Voir J. Halbronn, 1985. « Text

[50]  On songe évidemment à la Révolution Française. « Text

[51]  A. Vol.guine, dans son édition de 1941, relève ce qu’indiquait l’édition de 1740: « elle change (sic) complètement ces prédictions en donnant: la perte d’un grand Prince Catholique, Naissance d’un grand Prince, Grande guerre entre les Princes Chrétiens, Mort subite d’un grand Prince ». .i.Soprani, A., 1987, p. 202, laisse entendre que Moult annonça la Révolution dès le XIIIe siècle. « Text

[52]  Comprendre Ile de France. « Text

[53]  A noter par ailleurs l’usage du nom de Joseph Le Juste comme auteur des prophéties moultiennes.: Prophéties ou Prédictions perpétuelles composées par Pytagoras, Joseph le Juste. « Text

[54]  B.M. Nancy. « Text

[55]  « F. Rabelais pronostiqueur et son succès jusqu’en 1769″ in Bibliothèque Humanisme Renaissanc, 1956. Scheler aurait pu remonter jusqu’au XIXe siècle, comme nous l’avons observé. Pronostication perpétuelle des Laboureurs. Avec les pronostications de Pitagoras en ses circules & angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres. Avec l’Almanach des Vignerons par Maître Antoine .i. Maginu; dit l’Hermite Solitaire; (Rouen, Pierre Seyer). « Text

[56]  On trouve parfois une vie de Moult calquée sur celle de Nostradamus, dans ses moindres détails. Ligbéra de Vauréal , anagramme du libraire Troyen Gabriel Landereau. On trouve parfois une vie de Moult calquée sur celle de Nostradamus, dans ses moindres détails. « Text

[57]  En ce qui concerne les échéances fixées par Nostradamus, E.Mozzani met en avant l’an 2026 pour la venue de l’Antéchrist. Or, les Prophéties moultiennes parviennent jusqu’en 2024 et s’achèvent sur la fin du monde.« Text

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Claude Dariot, astrologue paracelsien

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 

 

 

Claude Dariot, astrologue paracelsien

par  Jacques  Halbronn

      Certes, nous avons déjà consacré une étude à Dariot mais il s’agissait de son oeuvre astrologique proprement dit et de ses rapports avec l’Angleterre. Dans le cadre de la présente étude, nous nous intéresserons à son activité plus spécialement médicale sinon alchimique à travers les recueils « trismosiniens » et à ses rapports avec l’Allemagne.

Nous nous intéresserons ici particulièrement à l’histoire des recueils de textes astrologiques, prophétiques et plus rarement alchimiques. Notre étude constitue une contribution au débat concernant les rapports entre Astrologie et Alchimie. [1]  Nombreuses sont les erreurs ou lacunes bibliographiques occasionnées par ces ensembles de textes, notamment quant à l’auteur auquel on attribue ceux-ci ou inversement lorsque l’identité de l’auteur est plus ou moins bien gommée. [2]

C’est ainsi qu’il ne nous semble pas sans intérêt de noter que le nom de Dariot ait été lié – et Sudhoff, dans sa Bibliographia Paracelsica [3]  n’omettra nullement Dariot – non seulement à Paracelse dont il traduisit la Chirurgie, mais à un autre auteur germanophone, Salomon Trismosin dont l’Aureum Velus attaché à son nom constitue un pôle essentiel de l’alchimie de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème. Même si ce rapport se révèle, au bout du compte, assez accessoire, il n’en est pas moins significatif pour celui qui étudie les influences de culture à culture. On ne saurait en tout cas réduire toute la série des textes qui se succèdent de 1598 à 1718 à de simples avatars de la première attestation comme semble l’admettre A. Faivre (opus cité p 36) : « recueil de textes devenu célèbre, plusieurs fois réédité »

La piste Dariot semble bien n’avoir pas été exploitée pleinement en la circonstance. Lynn Thorndike (History of Magic & experimental science Tome VI, pp 105-106), s’il s’arrête sur la traduction anglaise de l’Ad astrorum judicia facilis Introductio ne signale à aucun moment la fortune des Discours en Allemagne [4] . L’historien américain s’est bien davantage intéressé à Antoine Mizauld, de Montluçon  [5] .

Dans une précédente étude, nous avions montré quelle avait été la fortune de l’oeuvre astrologique de Dariot en Angleterre [6] . Dariot est en effet astrologue, médecin paracelsiste et éventuellement alchimiste. En tant qu’astrologue, il « introduit » les principes de l’Astrologie Horaire en France et en Angleterre, mais son traité d’astrologie horaire qui parut d’abord en latin, un an avant l’édition française, parait avoir circulé sur le continent, hors de France, si l’on en croit sa présence dans les bibliothèques continentales [7] . En tant que médecin, il diffuse les oeuvres de Paracelse et son nom circule en pays d’expression allemande dans le premier tiers du XVIIème siècle. Outre Dariot, nous aurons à préciser certains points de la bibliographie de figures plus connues, bien que parfois plus mythiques, de l’Histoire de l’Alchimie, tels Salomon Trismosin, Basile Valentin, D. Zacaire, Paracelse, Tancke etc.
I. Dariot médecin

Le cas de l’oeuvre médicale de Dariot est à ce propos assez exemplaire [8] . Nous voudrions en étudier la genèse encore que certains chaînons nous font peut être défaut.

En fait, après une période de jeunesse durant laquelle Claude Dariot qui n’a que 25 ans publie son Ad astrorum judicia facilis Introductio de 1557  [9] , il faut attendre les années Quatre Vingt du XVIème siècle pour voir un Dariot approchant de la cinquantaine amorcer une nouvelle phase de publication.

Cela commence en 1582 par le premier des Trois discours de la Préparation des Médicaments, dont l’Epître à Guillaume de Montmorency date du 26 Octobre 1581. L’ouvrage parait à Lyon chez Charles Pesnot [10] . Il semble qu’il y ait eu une édition latine, signalée par Ferguson [11] , De preparatione medicinorum (Lyon, 1582), mais que nous n’avons pas retrouvée.

Les deux autres Discours débutent par une Epître datée du 4 Octobre 1582 adressée à Maistre Jean Estienne et à Claude Pérard qu’il appelle « cousins » et qui sont « alliés » à sa famille [12] . Mais nous n’avons pas localisé d’édition antérieure à 1589 pour les deux derniers Discours.

C’est le même libraire lyonnais, Antoine de Harsy, qui publie la Grande Chirurgie (Avis au lecteur : 13 Août 1588) et les Trois Discours, mais en deux ensembles distincts. On n’oubliera pas un troisième volet qui s’intercale entre les deux autres, le Discours de la Goutte dont l’Avis au Lecteur est du 4 Décembre 1588, et qui parait donc en même temps que la version française de laGrande Chirurgie.

Donc en 1589, les Discours (BN 4° Te147 23) ne sont pas encore complètement intégrés dans l’édition de la Grande Chirurgie [13] . Il faudra attendre la veille de la mort de Dariot _ 1593 _ pour que la jonction se fasse [14] . La Grande Chirurgie comporte alors dans son titre la référence aux Trois Traités [15] . En réalité, cette édition de 1593  [16]  utilise, comme c’est la coutume, les volumes séparés parus en 1589 et qui continuent à porter cette date.

En 1603, chez le même libraire, paraît une édition posthume de la traduction de la Grande Chirurgie [17]  des Trois Discours, mais les Trois Discours bien qu’annoncés dans le titre général, constituent un volume à part avec sa propre couverture (BN Td73 58A). C’en est fini des éditions lyonnaises de Dariot.

Les éditions suivantes des Discours se déplacent vers l’Est : d’abord en français, à Montbéliard [18] , chez Jacques Foillet, en 1608 (Epître de Foillet à Frédéric, Duc de Wurtenberg, du 25 Septembre 1607) puis en allemand à Bâle en 1614, puis 1623 de l’autre côté du Rhin, à peu de distance au demeurant.
L’édition de Montbéliard

Cette dernière édition de langue française comporte certaines suppressions par rapport à l’édition de 1603. On n’y trouve plus l’adresse de Dariot à la Duchesse d’Elbeuf qui introduisait laGrande Chirurgie. On ne trouve pas davantage l’Epître à Guillaume de Montmorency de 1581 en tête du Premier des Trois Discours L’on y a en revanche ajouté une épître au Duc de Wurtenberg. D’autres modifications apparaîtront avec les deux éditions suivantes.
La traduction allemande des Trois Discours  [19]

Si Dariot traduit Paracelse en français, ses Discours seront, en contre partie, traduits en allemand. Nous en connaissons deux éditions. L’une en 1614 au sein de l’Aureum Vellus dans une édition de 1614 qui est attribuée dans sa totalité à Dariot [20] . Dans cette première édition, Discours est rendu par l’allemand « Gespräch«  [21] . L’autre, isolément mais sans référence directe à Dariot, en 1623 où l’on se contente de préciser qu’il s’agit d’une traduction du français . Ici l’on a conservé en allemand la forme française « Discours« . En fait, le nom de Dariot figure à l’intérieur de l’ouvrage [22] . Il semblerait donc que dans un cas, l’on ait utilisé abusivement le nom de Dariot et dans le second, qu’on ait tenté maladroitement de l’évacuer, sans pour autant chercher à dissimuler l’origine française du texte.

L’Epître au Second Discours est conservée ainsi que ses dédicataires, Jean Etienne dit Perruchot et Claude Pérard, mais elle est datée du 14 Avril 1614 et non plus du 4 Octobre 1582, soit postdatée de plus de trente ans et tout à fait anachronique…
Dariot et le recueil alchimique allemand de la Gulden Flies  [23]

Le recueil de 1614 comporte trois volumes, qui chacun disposent d’une nouvelle page de titre et de l’indication de lieu et d’année . Les formules latines ont complètement disparu, qui figuraient dans les recueils de 1598, 1599, 1600 et 1604  [24] .

D’emblée, nous observons que l’on a voulu modifier les dates des Discours (Gespräch) puisque les épîtres de Dariot sont datées de 1614 alors que Dariot est mort vingt ans plus tôt [25]  et que ses Epîtres datent de… 1581 ou de 1588. On peut inférer que 1614 serait donc l’année de ce subterfuge et que l’idée d’attribuer à Dariot la paternité du recueil tout entier a dû se développer à cette date et non à une date antérieure. Le succès de l’édition de Montbéliard (1608) dans une région limitrophe, quelques années plus tôt, a pu amener à attribuer à Dariot la paternité de ce qui n’est, en tout état de cause, qu’un recueil de pièces. On notera que ces régions étaient plus ou moins bilingues et pratiquaient le français et l’allemand. L’Epître de Foillet au Duc de Wurtenberg est significative, le Wurtenberg se trouvant au nord de Bâle.

En fait, l’on remarque que l’édition de 1614 parait à Bâle « chez l’auteur » (In Verlegung des Authorn). Cet « auteur » pourrait être désigné par les initiales I. A. M. D., qui sont celles du traducteur Or, c’est aussi, dix ans plus tôt, dans cette même ville qu’était parue une mouture comportant les mêmes textes à l’exception précisément de ceux de Dariot.

Pour quelles raisons a-t-on modifié les dates ? Pour donner le sentiment que le texte était récent, vraisemblablement. Pourquoi a-t-on attribué à Dariot l’ensemble du recueil ? Mais procéder ainsi ne laisse-t-il pas entendre que Dariot était plus ou moins un inconnu dont on pouvait corriger les dates ?

Il convient en effet de préciser que Dariot ne se voit attribuer en 1614 que le second volet du Guldin Arch/Schatz. Le traducteur allemand se présente sous le nom de I. A. M. D. . Faut-il penser que les Trois Discours n’avaient pas été traduits plus tôt en allemand ? Il semble en tout cas qu’ils aient pu circuler en latin.
L’édition de 1623

L’édition anonyme bâloise de 1623 ne conserve plus que les Trois Discours et porte un titre qui nous révèle l’intérêt qu’offrait alors Dariot, en tant que conciliateur des médecines de Galien et de Paracelse : Vereinigung der Galenischen und Paracelsischen Artznei Kunst. Ce n’est en réalité que la traduction de l’intitulé de son Premier Discours : « Plus y sont accordés les points principaux différents entre les Médecins Galénistes et Paracelsistes« .

Le titre complet de l’édition de 1623 est le suivant : Vereinigung der Galenischen und Paracelcischen Artznei Kunst darinn nicht allein von weiss und weg die Kranckheiten zu curieren und heilen sondern auch von wahrer Preparation und rechter zubereitung deren so wohl von den Vegetabilibus und Anima(bi)libus als auch Minera(bi)libus hergenommen Medicamenten, Grund und Ausfährlichen tractiert und gehandelt wird. Sampt ausgehenckten Bericht wann und zu was Zeiten, die Simplicien und Kraüter für allerlei gepressen Menschliches Leibs am nutz und bequemlichen einzusamblen, c’est-à-dire, en gros : Conjonction de la médecine de Galien et de Paracelse, par laquelle il est traité en profondeur non seulement de la façon de soigner et guérir complètement les maladies mais aussi de celle de préparer des médicaments à partir des végétaux, des animaux et des minéraux. Avec un jugement sur le temps le plus propice pour cueillir les simples et les herbes afin de soulager le corps humain.
Dariot et l’Alchimie  [26]

Le fait que les Trois Discours puissent figurer en tête d’un recueil de textes alchimiques, en 1614, implique que les dits Discours offrent quelque caractère lié à ce domaine et suffit, en quelque sorte, à les inscrire au sein de la littérature alchimique du début du XVIIème siècle.

Sans vouloir statuer sur le fond, on observera dans les préfaces de Dariot des références à des auteurs considérés comme faisant partie de l’histoire de l’Alchimie : c’est ainsi que dans l’Epître datée de 1614 (!), l’on peut lire _ en nous référant à l’original français de 1582 : « Je n’y ai pas écrit la façon des fourneaux tout au long, les degrés du feu ni les moyens de le faire & continuer parce que Geber l’a tant & si clairement écrit & après lui Rémond Lulle & autres qu’il n’est ia besoin d’en parler ni écrire d’avantage » (p. 60). Le fait que Dariot se soit intéressé à Paracelse constituait aussi une certaine présomption. Dans une des Préfaces du Premier Discours, l’on retrouve à peu près les mêmes références :

« Quoy cognoissant j’ay travaillé autant qu’il m’a été possible à découvrir les secrets, qui de toute ancienneté ont été cachés & seulement connus par ceux qu’on appelait alchimistes : entre lesquels Arnault de Villeuve, docte & expert Médecin a tenu rang honorable ayant vu & découvert les secrets de Hermès Trismégiste, de Geber & de tous les Anciens (… ) après lui Remond Lulle en paroles couvertes a vraiment écrit la préparation de plusieurs médicaments & montré la façon d’en tirer la propriété & vertu. Depuis & après eux notre Paracelse, grand Médecin & expert philosophe en a amplement & en divers lieux écrit ».

Au fond Dariot essaie de montrer que les liens entre médecine et alchimie sont assez puissants :

« Cette même science n’a été du tout inconnue à Jean Mesvé comme il appert en plusieurs endroits de ses écrits. Et récentement a été connue de ce grand personnage, Fernel, comme il est aisé de juger par la lecture de quelques lieux en son livre, De spiritu & calido innato ».

Et Dariot de citer d’autres médecins contemporains : Rondelet, Saporte, Schirron, Jean Guinter Andernac.

En fait, la philosophe médicale de Dariot engage le médecin à « mettre la main à la pâte » :

« Il serait très expédient », écrit-il dans la même Préface, « que le médecin ayant bien la connaissance de tous les médicaments simples, tant végétaux, animaux que minéraux, en sut aussi la préparation afin de se préparer des remèdes à l’imitation de nature, tel qu’il connaîtra être commodes & requis pour la cure & guérison du malade qui s’est adressé à lui pour recevoir & recouvrer santé » (p. 16).
La fortune allemande de D. Zachaire

Un autre auteur français se situe plus directement dans une perspective alchimique, il s’agit de Zacaire. En outre, son traité figure au sein des recueils trismosiniens, ce qui tend quelque peu à accréditer l’idée d’un recueil de textes d’origine française..

Tout comme l’oeuvre de Mizauld, l’Opuscule très excellent de la vraie philosophie naturelle des métaux (Anvers 1567), qui figure au sein d’un recueil de divers auteurs, dans une traduction latine de Gerard Dorn, à Bâle, est publié par la famille Perna (1583, Héritiers Peter Perna). Une autre édition latine parait dans la même ville, imprimée par Conrad Waldkirch (1600) [27] .

Il semble bien que l’édition du recueil trismosinien de 1604 soit la première attestation d’une traduction allemande de l’ouvrage de Zacaire (que l’on retrouve évidemment dans l’édition dariotienne de 1614) : Das Buch der natürlichen Philosophey der Metallen. En 1609, paraîtra à Halle une autre traduction allemande due à Georg Forberger du traité de D. Zacaire [28]  : Von der natürlichen Philosophia. und Verwandlung der Metallen in Gold und Silber.
II. Chronologie des recueils trismosiniens (1598-1718)

Pendant 120 ans, deux douzaines de traités paraîtront ou reparaîtront, liés les uns aux autres de diverses manières : nous nous sommes efforcé d’en reconstituer l’iconographie complète, en esquissant une méthodologie de ce type de dépouillement que nous avons surtout mise à l’épreuve pour les recueils prophétiques.

Notre recension des « recueils trismosiniens » s’établit comme suit :

Aureum Vellus oder Guldin schatz und Kunstkammer, Rohrschach 1598
Aurei Velleris Tractatus II, Rohrschach c 1598
Aurei Velleris Tractatus III, Rohrschach 1599
Aureum Vellus oder Guldin Schatz und Kunstkammer, s.l. 1599
Aurei Velleris Tractatus II s. l. c 1599
Aurei Velleris Tractatus III s. l. 1600
Aurei Velleris Tomi Secundi Tractatus I s. d c , 1600
Aurei Velleris Tractatus Quartus, 1604
Aurei Velleris Tractatus Quintus, 1604
10 Promptuarium alchemiae, Leipzig 1610
11 Appendix Primi Tomi Promptuarii Alchymiae 1610 s. l.
12 La Toyson d’Or ou la Fleur des Trésors [29]  , Paris 1612
13 La Toyson d’Or ou la Fleur des Trésors, Paris 1613
14 Promptuarium Alchemiae Ander Buch, Leipzig 1614
15 Die Gulden Arch/Schatz und Kunstkammer, Bâle L’auteur 1614
16 Der ander Theil der Guldin Arch /Schatz, Bâle Ibidem 1614
17 Der dritte und letzte Theil der Guldin Arch Bâle Ibidem 1614
18 Salomonis Trismosini Von Tincturen [30]  , Budissin & Leipzig 1677
19 Aureum Vellus oder Guldin Schatz Hambourg 1708
20 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus II, Hambourg 1708
21 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus III, Hambourg 1708
22 Aurei Velleris oder Der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus Quartus, Hambourg, 1708
23 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tratatus Quintus et ultimus, Hambourg, 1708
24 Eröffnete Geheimnisse des Steins der Weisen oder Schatz-kammer der Alchymie, Hambourg, 1718
25 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tr II, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse, 1718)
26 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr III, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse 1718)
27 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr IV, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse)
28 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr V, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse 1718)
La Première édition de 1598-1599

Comme le note Jacques Van Lennep [31] , l’édition de 1598 se situe 66 ans après le premier manuscrit de Trismosin connu lequel daterait de 1532. Cette édition intègre donc différents textes imprimés ou non. Nous avons ici affaire à un recueil imprimé en Suisse alémanique, près du Lac de Constance (Bodensee) à Rohrschach et Saint Gall  [32]  (Sankt Gallen), à l’Est de Zürich. Frick [33]  propose le nom de Georg Straub comme imprimeur de ces éditions. [34] .

Cette première édition parait pour les deux premiers volume en 1598 et pour le troisième en 1599 (comme il est indiqué in-fine). Seul le volume I comporte un titre se rapportant à Salomon Trismosin. Il est remarquable qu’il soit fait référence à un premier Tome (cf titre du volume III), ce qui ouvre évidemment la voie à un second Tome : « zu disem ersten tomo gericht ». Mais si la première édition, non datée, d’Exertier, se présente comme le premier traité d’un second tome, les éditions ultérieures et leurs tables des matières s’efforceront au contraire, dès 1604, de donner l’impression d’un ensemble continu de cinq traités. C’est pourquoi, nous préférerons parler de deux « volets » plutôt que de deux « tomes », tout en soulignant que dès 1599 il avait été question d’un « premier tome ».

En 1604 – mais la permission est d’Août 1603 – paraît à Anvers, présenté par Guillaume Mennens, un autre ouvrage commençant de la même façon que les recueils trismosiniens : Aurei Velleris sive sacrae philosophiae vatum selectae ac unicae mysteriorumque Dei, Naturae & Artis admirabilium Libri tres, [Vve et Hér. Iohann Beller (BN R 8007)] [35] . Cet ouvrage, à la différence des recueils trismosiniens, comporte quelques pages relatives à la Toison d’Or et au Bélier.

En 1612, comme le note Husson, paraîtra, suivie d’une autre édition l’année suivante, une traduction française partielle sous le titre de Toison d’Or ou Fleur des Trésors, à Paris, chez Charles Sevestre, dont le traducteur est désigné par les initiales L. I. Bien que ne comportant que le seul Splendor Solis, figurant au traité III des recueils trismosiniens, le titre français de l’ouvrage, comme le note Antoine Faivre (opus cité p. 48) reprend la structure de celui des éditions allemandes des dernières années du XVIème siècle.

Contrairement à ce que laisse entendre Husson (p. 13), la traduction française du titre allemand 3 n’est pas littérale : Kunstkammer désigne une chambre et non une fleur, ce serait donc plutôt la chambre des trésors [36] . L’expression Kunstkammer figure en 1595 dans un texte paracelsique: Kunstkammer darin man findet die Theophrastische Geheimniss der Gold schmiede [37] .

Charles Sevestre – qui succède à son père Pierre – publiera en cette même année Trois Traités (dont un d’Artephius) [38] . En 1613 Sevestre fait paraître le Miroir d’Alquimie de Iean de Mehun [39] … avec la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste & le Commentaire de l’Ortulain sur la dite Table plus le Livre des Secrets d’Alchimie de Calib Juif ensemble De l’admirable puissance de l’Art & de Nature par Roger Bachon. Certains de ces textes étaient parus en 1557 à Lyon chez Macé Bonhomme.

Mais déjà en 1610, ce libraire avait publié (avec David Gilles) un recueil en latin de textes alchimiques comportant le Speculum de Camille de Leonardis et la Sympathia de Petrus Arlensis de Scudalupis (BN S 20386). Une autre édition serait parue en 1611 (cf Bibliotheca Esoterica) [40] .
La deuxième édition de 1599-1600  [41] .

Il existe une deuxième édition, faisant immédiatement suite à la première et s’y référant explicitement, mais tout à fait inconnue des rééditions du début du XVIIIème siècle qui ne citent que les éditions de 1598 et de 1604.

Le nom du compilateur de la première édition est donné comme étant celui de Salomon Trismosin, en 1598 (BN Res pR 1009, Bibliotheca Philosophica Hermetica). Une deuxième édition parait en 1599, signalée par Ferguson [42]  : « erstlich gedrückt zu Rorschach », c’est-à-dire « initialement parue à Rohrschach » (dont les volumes s’étalèrent sur 1598 et 1599). Nous ignorons le lieu d’édition de cette deuxième édition de 1599, probablement ailleurs qu’à Rohrschach .

Mais Ferguson ne disposait en fait que de deux des trois tomes de cette deuxième. Ou plus exactement, il décrit le troisième volume sous le titre de Schatzkammer, sans le rapprocher des deux premiers, en ce que le dernier volume, sous la forme qui est à sa disposition, est en mauvais état et ne comporte pas de page de titre, comme il le note (Tome II, p. 329).

Or ce troisième volume n’est pas une simple réédition – il ne fait d’ailleurs pas référence à une précédente édition – il comporte d’importants ajouts qui ne seront pas repris dans les éditions de 1604, 1614, 1708 et notamment deux oeuvres de Basile Valentin dont le nom figure dans le titre du dit volume : Von dem grosse Stein der Uhralten et Zwölf Schlüssel. Nous avons découvert une édition complète de cette édition augmentée de 1599-1600, à Amsterdam, à la Bibliotheca Philosophica Hermetica, laquelle édition était d’ailleurs signalée par Sudhoff [43] .

Mais les deux premières éditions se réfèrent explicitement à Salomon Trismosin, ce qui ne sera pas le cas des suivantes qui se content, par leur titre, d’affirmer une certaine continuité ou parenté. En fait, ce ne sera qu’en 1708 que les deux volets de 1598 et de 1604 seront regroupés.

On se permettra néanmoins de numéroter les éditions allemandes – laissant de côté les traductions françaises – indifféremment de leur contenu, ce qui fait de l’édition se référant à Dariot la cinquième. (cf notre dispositif iconographique).

Cette édition augmentée du volume III reprend les deux pièces parues l’année précédente à l’initiative de Johann Thöld [44] .

Il reste qu’il ne nous est pas pour autant permis d’attribuer à Dariot le « tome II » du recueil paru à Bâle en 1602-1604 (Bâle, Exertier, Bâle, BN, British Library) et qui sera rétroactivement attribué à Dariot dix ans plus tard, puis à nouveau Dariot disparaît des édition hambourgeoises de 1708 et 1718  [45] .

Bernard Husson [46]  ne dit mot de l’édition de 1604 qui comporte la « suite » de l’Aureum Velus de 1598, tandis que Ferguson pose le problème de la paternité de Dariot In ne semble pas cependant qu’en 1604 on ait laissé entendre que le recueil avait été traduit du français, comme cela sera affirmé dix ans plus tard… Ne peut-on penser qu’à la suite d’une confusion, l’on a appliqué à ces pièces le statut propre à la traduction des Trois Discours, qui sont bien de Dariot et bien traduits du français ? On a vu que D. Zacaire publié dans le cinquième traité apporte également une tonalité française. Husson ne signale pas davantage le flux en sens inverse, -autour de Dariot – obnubilé par la traduction française parue chez Sevestre en 1612 et 1613  [47]
Les troisième et quatrième éditions

Vers 1602 – la date n’étant pas indiquée – parut cette fois une nouvelle série de pièces, sous le titre de Tome second de l’Aureum Vellus, ce qui renvoyait directement au Tome I celui attribué à Salomon Trismosin : Tractatus Primus Tomi Secundi Aurei Veleris, sans que l’on nomme le compilateur. On notera que la forme nominative Aureum Vellus ne figure qu’au premier traité des deux premières éditions (1598-1599), ainsi qu’au premier traité de l’édition de 1708. Dans la grande majorité des cas, nous sommes en présence d’un génitif Aurei Velleris. Quant à l’édition de 1614, elle ne comporte dans son titre que la forme allemande.

En fait, le Tome II est annoncé par le libraire bâlois Exertier comme devant comporter deux volumes publiés par des éditeurs bâlois différents.

Il y eut en réalité deux éditions bâloises au nom d’Exertier. La première, non datée [48]  – que possède la BN (Cote R 6909) – serait sortie – vers 1602 (?) – sans le second volume.

L’édition de 1604 aurait en fait été l’oeuvre de Treuw, la seconde, datée, avec celui-ci par les soins de Treuw, qui aurait racheté les volumes de l’édition inachevée d’Exertier. En fait seule la page de couverture du Traité IV a été remaniée ainsi que les premières pages de présentation. La date de 1604 (La British Library possède les deux volumes de l’édition de 1604) figure sur cette seconde édition d’Exetier, qui ne porte plus la mention Tome I de la seconde Partie de l’Aureum Velus mais simplement Quatrième Tome [49] .

Dans ce second train de textes, qui parait en vers 1600 -1604, l’on trouve des pièces d’origine française, tel l’opuscule de Denis Zachaire, sans toutefois que l’on insiste dans le titre sur l’idée que les pièces, dans leur ensemble, auraient été traduites du français. Or dix ans plus tard, ce même ensemble, auquel viendront certes s’ajouter les Discours de Dariot, se présentera comme étant globalement d’origine française.
Cinquième édition allemande (1610-1614)

    Promptuarium Alchimiae de Joachim Tancke, Leipzig, Henning Grossen, 1610 et 1614. Il s’agit de la réédition augmentée du volume de 1600, mais cette fois en deux tomes.

Une partie du Traité III de 1600 paraîtra en 1610 dans l’Appendis du Promptuarium [50] , une autre en 1614, dans le tome II du Promptuarium, avec diverses interpolations. notamment de nouvelles pièces qui viennent s’intercaler entre Varia Philosophica qui concluent le premier tome de 1610 et le Tractatus de Quinta Essentia. Ce volume comporte in fine notamment comme celui de 1600 les traductions en allemand de Bernard de Trévisan qui sont attribuées par Ferguson à Tancke [51] .
Sixième édition allemande

En 1614, outre la réédition dans le Promptuarium de Tancke de l’édition de 1600 du Tractatus III de l’Aureum Velus, le Second Tome de l’Aureum Velus (avec les Traités IV et V) – on l’a vu – reparait, introduit par les Discours de Dariot [52] .

L’intitulé de l’édition de 1614 nous semble devoir être rapproché de l’édition de 1609 du texte de D. Zacaire, qui est au demeurant reproduit dans le volume III du recueil attribué à Dariot.

1609 : Drei Tractat erstlich in Französischer Sprach beschrieben Durch den Edlen… Herrn Dionysium Zacharium… jetzund aber (…) in Deutsche Sprach gebracht… durch M. Georgium Forbergern.

1614 : Alles durch… M. Claudium Dariotum… in französischer Sprach beschrieben Jetzund (…) ins Teutsch (…) übersetzt durch I. A. M. D.

En fait, le parallèle est parfaitement clair pour le premier volume du Gulden Arch/Schatz : d’un côté Zacaire, de l’autre Dariot qui sont bien les auteurs respectifs des oeuvres ainsi présentées. En revanche, les volumes II et III vont attribuer au même Dariot d’autres textes, selon la même formule. Le volume III insiste en tout cas sur le fait que les textes sont restés jusqu’à présent inaccessibles en allemand.
Huitième édition allemande

En 1677 (cf. British . Library. 1032.b.9) paraîtra une réédition du Tome I (de 1598-1599) à Helmstädt : Salomonis Trismosini, Paracelsi, Korndorffer und andere chymische Tractätlein. Il s’agit bien d’une réédition des trois premiers tomes, si l’on en croit et la table des matières et la référence à Korndorffer, lequel ne figure pas dans le seul volume publié ou conservé (British Library).

Il n’est pas exclu que le Tome II ait été alors publié, mais nous n’en avons pas localisé la trace. Il s’agirait donc d’une septième édition. C’est donc, jusqu’à nouvel ordre, en 1708, que paraîtra enfin, pour la première fois, d’un seul tenant – neuvième édition allemande – l’ensemble des traités sous le titre Aureum Vellus oder Guldin Schatz und Kunstkammer à Hambourg chez Christian Liebezeit (cf Bib Wolfenbüttel) qui se présente comme regroupant les éditions de 1598 et 1604, soit cinq parties [53] . Les « Gespräch » de Dariot sont absents de cette septième, qui figuraient dans l’édition de 1614 qui n’est pas mentionnée, tout comme les additions de 1600. En 1718 – en changeant la présentation du premier volume mais en conservant celles des volumes suivants – le même libraire hambourgeois republie – dixième édition – les deux volumes parus en 1708 sous un nouveau titre, et en association avec Theodor Christoph Feiginer (cf Bibl. Philosophica Hermetica Amsterdam) : Eröffnete Geheimnisse des Steins der Weisen oder Schatz Kammer der Alchymie. En 1976, un « reprint » de l’édition de 1718 paraîtra en Autriche, avec une introduction de Karl Frick (dixième édition).

On notera que Salomon Trismosin est présenté dans ces recueils comme lié à Paracelse dont il aurait été le percepteur, ce qui est un point commun avec Dariot. Si Salomon Trismosin est plus âgé que Paracelse, cela donne au recueil une certaine antiquité : est ce que les pièces qui y figurent ne sont pas, pour certaines, par trop récentes pour que Salomon Trismosin ait pu les connaître ?
La Toison d’Or

Les recueils trismosiniens appartiennent à cette littérature de la Toison d’Or à laquelle A. Faivre a consacré un ouvrage. L’Aureum Vellus trismosinien et ses avatars fait partie du groupe, pour reprendre la terminologie de cet historien, des « ouvrages dans lesquels le mythe apparait seulement dans la page de titre ». Le signifiant Aureum Vellus serait ici synonyme d’Alchimie?. Rappelons que la Toison d’Or est liée à la Bourgogne.de Claude Dariot.

Cette approche d’une oeuvre relève d’une certaine méthodologie. D’une part, il s’agissait de déterminer comment l’oeuvre _ c’est-à-dire les Trois Discours _ s’était constituée, malgré l’absence probable et peut être provisoire de certaines éditions et cela en s’appuyant sur les dates des Epît res ou des Préfaces. D’autre part, il convenait d’étudier si, au cours des éditions successives, certains éléments avaient été modifiés en raison précisément de leur caractère obsolète (cf. l’édition de Montbéliard) : changement de dédicataire, de date, etc., pouvant conduire à des invraisemblances comme cette épître signée Dariot et datée de 1614 (cf. les éditions bâloises).

Par ailleurs, il convenait d’étudier si l’ouvrage considéré _ les Trois Discours _ n’avait pas figuré au sein de recueils tant en français qu’en toute autre langue. L’on observait ainsi que les Trois Disc ours avaient eu partie liée avec la traduction française de Dariot de la Grande Chirurgie de Paracelse : dans un premier temps, ils furent publiés par le même libraire, puis annoncés en tant que complément de la Chirurgie L’on notait en outre un autre itinéraire pour cette oeuvre qui la conduisait à figurer au sein d’un recueil alchimique célèbre, l’Aureum Velus, en 1614, l’année de la malversation des dates [54] . Bien plus, par quelque concours de circonstances, Claude Dariot se voyait attribué en fait la paternité de tout le recueil amorcé par ses Trois Discours, recueil paru en 1604, à Bâle, constituant un second volet, le premier volet ayant paru en 1598 à Rohrschach. Précisons en effet que les Discours ne furent liés qu’à un « recueil bis » de Salomon Trismosin, paru en 1604, dont ce dernier ne fut probablement pas le compilateur. Il s’agirait en fait d’une « suite » reprenant un titre, Aureum Vellus, ayant connu un certain succès. Il y avait donc déjà là une certaine supercherie même si le nom de Salomon Trismosin n’y figure pas.

Ce n’est qu’en 1708 que l’amalgame sera complet et que les deux recueils seront attribués explicitement au même compilateur, Salomon Trismosin. Or, si l’on considère l’histoire de la formation des Centuries de Nostradamus, nous observons qu’à la suite d’éditions de parties successives fait suite une édition donnant l’impression d’être d’un seul tenant.

L’étude de la fortune des Trois Discours nous semble assez exemplaire des avatars que peut subir une oeuvre. Dans le cas de Dariot, le phénomène est d’autant plus remarquable que, dans le domaine astrologique, un autre de ses textes, l’Introductio [55] , connut un destin également assez complexe mais cette fois du côté de l’Angleterre et dès la fin du XVIe siècle.

D’ailleurs, dès l’Introductio de 1557, en latin, figurait un chapitre concernant l’Astrologie Médicale. (cf BN). Le commentateur anglais [56]  de1598 qui connaissait semble-t-il les Discoursde Dariot, promettait dans sa Préface que si l’Introductio remportait un certain succès en anglais, il serait prêt à publier d’autres textes du médecin beaunois. Le projet n’aboutit pas.

En tout état de cause, Dariot peut à juste titre être considéré comme ayant une stature européenne et dépasser le seul cadre du XVIème siècle et comme ne pouvant plus être cantonné dans le seul domaine de l’Astrologie.  [57]

Dans l’histoire des rapports entre Alchimie et Astrologie, le début du XVIIe siècle apparait comme un moment privilégié  [58]  , ce qui n’est pas forcément du meilleur augure pour l’état de cette dernière.

C’est ainsi qu’un recueil paraît comportant des oeuvres de Petrus de Scudalupis, Constantinus Albinus etc qui relève d’une astrologie métallique qui s’appuie notamment sur les rapports entre les sept planètes (luminaires compris) et les sept métaux.

Il convient probablement d’inclure dans la production de cette époque l’Astronomie Inférieure.dont on ne connait certes d’impression que dans les années Quarante mais qui pourrait fort bien devoir être attribuée à Jean Brouaut. [59]  avec une présentation de Jean de Bonneau

Rappelons que Christophe de Gamon, en 1600, publiait dans son Jardinet de Poésie un court texte intitulé « Discours de l’Astronomie Infèrieure » et qu’en 1610 paraissait le commentaire de Linthaut d’une version modifiée du Trésor des Trésors. Le titre de l’édition de 1645 -Abrégé de l’Astronomie Infèrieure des sept métaux expliquant exactement l’Harmonie de ces sept planètes  » évoque quant à lui le texte de Petrus Arlensis de Scudalupis, paru en 1610: Sympathia septem metallorum ac septem selectorum lapidum ad planetas et sa critique en 1611 par Albin de Villeneuve.

Jean Brouaut , sieur de Sainte Barbe, est un Calviniste et il aura maille à partir avec Feu-ardent. Le Traité de l’Eau de Vie de Brouaut comporte des développements astrologiques qui s’acco rdent assez bien avec le ton de l’Abrégé .Exemple au chapitre XIII Des astres du ciel philosophique, spécialement du Soleil qui est l’or.  [60]

Selon nous, nous avons affaire à une édition tardive réalisée par Jacques Senlecque d’une oeuvre conçue au début du siècle, quarante ou cinquante ans plus tôt. [61]  Jean de Bonneau est par ailleurs connu pour avoir fait connaitre un autre texte de Brouault. ,il rédigea une Epître à Jean Balesdens en introduction à cette édition posthume.  [62]
La fortune européenne des médecins astrologues français

Si au lieu de se placer dans le cadre de l’Histoire de l’Alchimie, nous nous situons dans celui de l’Histoire de la Médecine, nous devenons en mesure de situer Ferrier (cf. notre étude sur son traité, au C.U.R.A.) et Dariot dans une perspective plus féconde. Ainsi, Dariot n’est il pas le premier médecin astrologue français à paraître en allemand.Il convient de mentionner la présence d’un Nostradamus et d’un Mizauld. lesquels publieront également dans les deux grands centres français de l’édition de l’époque, Paris et Lyon.

Il convient de citer dans les années soixante dix la traduction allemande d’un recueil de deux textes de Michel de Nostredame – l’un sur les fardements et senteurs pour (…) embellir la face, l’autre sur les confitures, regroupés sous le titre d’Excellent & Moult utile Opuscule à tous nécessaire, dont l’Epître date de 1552 et qui parut peut-être dès cette année [63]  de Michel de Nostredame – qui sera réédité sous divers titres « Embelissement », « Bastiment » et attribué à divers auteurs [64] . Ce recueil paraîtra en allemand en 1572 à Augsbourg chez Michael Manger [65] , dans une traduction du médecin augsbourgeois Jeremias Mertz, toujours à Augsbourg, sous le titre Michaelis Nostradami (…), zwey Bücher, (…) Erstlich in frantzösischer sprach von ihme beschriben nun aber (…) in das gemain Teutsch (…) verdolmetscht. Il est à noter que la Préface de Nostradamus a été remplacée par celle du traducteur, adressée à la reine de Suède [66] . Une réédition paraîtra en 1589 chez le même libraire [67] . De fait, le Traité des fardements offre un certain caractère alchimique et l’expression « philosophie occulte » figure au chapitre XXI  [68] .

En ce qui concerne Antoine Mizauld [69] , trois textes sont à considérer. D’une part, l’Alexikepus seu auxiliaires et medicus hortus et la Artificiosa Methodus, de l’autre lesMemorabilium Centuriae novem. C’est à Bâle chez Peter Perna que parait en 1575 la traduction allemande des deux premiers textes (respectivement sous les titres d’Artztgarten et d’Artztbüchlein). Mais une édition latine de ces deux textes paraîtra l’année suivante à Cologne, chez Johannes Gymnicus (BN). L’on retrouve d’ailleurs ces deux textes également associés dans un même recueil en français, le Jardin Médicinal. (Paris 1578, BN) [70] . Pour ce qui est des Centuries de Mizauld, on les voit paraître en latin dès 1573, à Cologne, chez J. Brickmann.

Les traductions allemandes de Mizauld et Dariot vont d’ailleurs se retrouver, au XVIIème siècle, chez le même éditeur, le Bâlois Ludwig König. Ce libraire publiera en effet en 1623 laVereinigung de Dariot après avoir pris en charge en 1616 une nouvelle édition du Artztgarten de Mizauld mais aussi, en 1615 la traduction allemande des Centuriae sous le titre deNeunhundert Gedächtniswürdige Geheimnisse. Mizauld et Dariot [71]  se rejoignent aussi par le jeu des titres : en 1653 parait en Angleterre un Dariotus Redivivus [72] , alors que paraît à Nuremberg en 1681 un Mizaldus Redivivus (BNF S 31558), mais à cette époque les deux auteurs du siècle précédent sont quasiment oubliés en France [73]

 

NB Ce texte a inspiré notre article dans la Revue Française d’Histoire du Livre 2012  sur le Splendor Solis

Iconographie

Édition allemande (1614) du recueil de Salomon Trismosin Réédition anglaise (1653) du traité d'astrologie de Dariot
On a modifié les dates des trois Discours de la Préparation des Médicaments en les datant de 1614, année de la publication bâloise alors que les épîtres d’origine se succèdent entre 1581 et 1588. Il semble qu’en 1614 l’on ait voulu attribuer au médecin réformé Claude Dariot la paternité de l’ensemble du recueil allemand de Salomon Trismosin, l’Aureum Vellus (La toison d’or), dont ce serait la sixième édition en langue allemande. Le nom de Dariot est associé, dans ce recueil de pièces, à celui d’un autre français, connu pour ses écrits alchimiques, Denis Zacaire. Le recueil de Trismosin paraîtra en français, en 1612, mais sans les Discours de Dariot sous le titre de La Toison d’or ou la Fleur des trésors. Il a été réédité avec une présentation de Bernard Husson en 1975, dans la Bibliotheca Hermetica et la présente étude complète le travail de ce chercheur. Réédition anglaise tardive de 1653 du traité d’astrologie horaire de Dariot paru à Lyon, en latin puis en français en 1557-1558, l’Introduction au Jugement des astres, en plein milieu du XVIIe siècle. Le même phénomène s’est produit pour les Jugements Astrologiques (Lyon, 1550) d’Auger Ferrier (cf notre article sur ce site). La version française de ce traité, également paru en latin, a été réédité aux Ed. Pardés en 1990 avec notre postface dont le présent article est le prolongement. L’astrologie horaire anglaise d’un William Lilly, auteur de la Christian Astrology, doit probablement beaucoup à un tel traité. Le traité de Dariot était déjà paru en anglais en 1598.

 

Réédition (1623) de la traduction des Trois Discours de la préparation des médicaments Trois Discours de la préparation des médicaments (Lyon, 1603)
Ouvrage paru en 1623, à Bâle, et qui ne comporte pas le nom du médecin de Beaune, Claude Dariot, en page de titre. Il s’agit de la réédition tardive de la traduction des Trois Discours de la préparation des médicaments. Il s’agit avant tout d’un traité de pharmacologie. Trois Discours de la préparation des médicaments, réédités à Lyon en 1603. Cet ouvrage sera traduit en allemand et paraîtra à Bâle vingt ans plus tard (cf document précédent). Ont été rassemblés des Discours de Dariot parus en français à des dates successives.

 

Préface française de Dariot aux Trois Discours Traduction allemande de la préface de Dariot
Préface française de Dariot aux Trois Discours de la préparation des médicaments, adressée à Jean Estienne dit Parruchot et à l’apothicaire Claude Pérar. Traduction allemande de la préface de Dariot aux Trois Discours, dans l’édition de 1623. On retrouve le nom des mêmes destinataires français, dans un ouvrage qui ne porte plus au titre le nom de l’auteur. Cette édition allemande des Discours  paraît donc séparément alors qu’en 1614, elle figurait au sein d’un recueil allemand de pièces de divers auteurs avec le nom de Dariot, en page de titre.

Notes

[1]  Joachim Telle : « Astrologie et alchimie au XVIème siècle » in Revue Chrysopeia Tome III fasc 2 (Avril -Juin 1989) 1 J. Halbronn,  » Les résurgences du savoir astrologique au sein des textes alchimiques au XVIIe siècle »,Aspects de la tradition alchimique au XVIIe siècle, Actes du Colloque international de l’Université de Reims-Champagne Ardennes, dir F. Greiner, Milan, Arché, 1998 « Texte

[2]  Nous nous sommes notamment intéressés, dans d’autres recherches, à l’histoire des Centuries de Nostradamus ou à celle du Kalendrier des Bergers cf notre thèse d’Etat: le texte prophétique en France. Paris X, 1999« Texte

[3]  Besprechung der unter Theophtrast von Hohenheims’s Namen (1527-1893) erschienen Druckschriften, Berlin 1894 « Texte

[4]  Cf aussi Thorndike, History of Magic and experimental science, Vol VII ch VI Alchemy and Iatro-chemistry to 1650 « Texte

[5]  A. Faivre ne cite pas le nom de Dariot dans son index in Toison d’Or et Alchimie qui pourtant d’efforce de relever les ouvrages dont les titres comportent une référence à l’Aureum Velus « Texte

[6]  Il convient toutefois de préciser que la Ad astrorum judicia facilis introductio de 1557 comporte un appendice consacré à l’astrologie médicale, lequel, comme le note Thorndike, sera traduit en anglais. (1583). Cf notre article in Curry, « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology, » Astrology, science and society, et notre Postface à l’Introduction de Dariot. En 1598, l’année de la publication de la première impression trismosinienne, paraissent à Londres deux éditions de A Brief and most easie Introduction to the Astrologicall Iudgement of the Starrs qui se distinguent par une devise différente au titre (British Library et Folger Shakespeare Library) « Texte

[7]  Nous avons trouvé deux copies du traité astrologique de Dariot, dans sa version latine, à la Bibliothèque Nationale de Prague « Texte

[8]  Cf notre étude sur Dariot astrologue in Postface à l’Introduction, Pardès, 1990 « Texte

[9]  Sur Dariot cf la revue L’Horizon Esotèrique Art « Des 12 maisons » p 4 et seq Lyon Déc 1986 Cf Pardès, 1990, cf Lee Lehmann The book of Rulerships . Whitford / West Chester Pensylvania 1992 « Texte

[10]  B. Mazarine. Notons que l’Introduction au Jugement des Astres de 1557-1558 était parue chez Roy et Pesnot, BN, New York Medical Library, Bibl. Nat Prague « Texte

[11]  Qui confond Leyde et Lyon ! « Texte

[12]  Messieurs & Cousins, tant de notre alliance qu’amitié « Texte

[13]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica n? : BN Res 4° Td73 58c. « Texte

[14]  Cf B. Mazarine « Texte

[15]  BN 4°Td73 58, Lyon, A. de Harsy « Texte

[16]  Cf Sudhof Bibliotheca Paracelsica n? « Texte

[17]  Cf Sudhoff Bibliotheca Paracelsica n? « Texte

[18]  Bibliotheca Paracelsica de Sudhoff n° 279 « Texte

[19]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica qui ne cite pas la traduction allemande des Discours de Dariot ni en 1614, ni en 1627. « Texte

[20]  Frick (p. XI) qui fournit de très brefs éléments biographiques sur Dariot n’a pas signalé quelles étaient les oeuvres qui avaient été ainsi traduites. « Texte

[21]  Le titre de cet ouvrage manque actuellement dans notre iconographie (cf Wolfenbüttel et United States National Library of Medecine, Washington) « Texte

[22]  Nous trouvons un cas assez semblable avec le Mirabilis Liber dont le nom de l’auteur de la pièce principale , Lichtenberger (cf. notre étude au C.U.R.A. ), figure dans le cours du recueil. « Texte

[23]  En anglais Golden fleece « Texte

[24]  Die gulden Arch Schatz und Kunstkammer, au lieu de Guldin Schatz und Kunstkammer « Texte

[25]  Ferguson n’a pas noté cette supercherie « Texte

[26]  Non cité in Médecins alchimistes. Entretiens de Bichat La Salpétrière , Sept Oct 1964 « Texte

[27]  En 1613, les trois textes latins seront repris au sein du Theatrum Chemicum (Bibl. Ste Geneviève) et les deux premiers dans l’Elucidatio Secretorum de 1610 (BN R 12465 « Texte

[28]  Cf les études de Renan Crouvizier.Celui- ci conteste le prénom de Denis. « Texte

[29]  Nous ne tenons pas compte de l’éventuelle édition française de 1602 « Texte

[30]  L’édition de 1677 ne nous est connue que par le premier volume. Nous ignorons si la suite qui était prévue fut publiée « Texte

[31]  Alchimie, Contribution à l’Histoire de l’art alchimique, Bruxelles 1984 p. 163 « Texte

[32]  On trouvera une notice substantielle sur ce recueil in Verzeichnis der Manuscripten und Incunabeln der Vaduanischen Bibliothek in St Gallen, St Gall 1864. « Texte

[33]  Cf son Introduction au tome II p. XXI de son édition du Promptuarium Alchemiae « Texte

[34]  Il est question d’un imprimeur du nom de L. Straub dans le Verzeichnis der Manuscrite , op.cit., p. 340 n? b Aureum Vellus Oder Guldin Schatz und Kunstkammer, Rorschach, 1598 « Texte

[35]  Cf Faivre opus cité pp 36 et 114. Noter que le « ac » du titre est mal placé dans l’ouvrage de Faivre (p.36 et p. 114) Pourquoi ne donne-t-on pas le nom des libraires d’Anvers? « Texte

[36]  Cf Palma Cayet, Chronologie septénaire de l’histoire de la paix entre les rois de France et d’Espagne (1605) cité par Husson qui traduit par Thrésor doré en la chambre de la science « Texte

[37]  Francfort, Nicolaus Voltzen, exemplaire à l’Université d’Erlangen , n? de la Bibliotheca Paracelsica de Sudhoff « Texte

[38]  Joh. Friedrich Gmelin fait allusion à une édition de 1602 (non localisée) mais ignore celle de 1613 in Geschichte der Künste und Wissenschaften, Göttingen, Joh. Georg Rosenbusch 1797, p 500-501 note 31 . Signalons une autre édition de 1612 des Trois Traitez de la Philosophie Naturelle ,chez Guillaume Marette, à Paris.(Bibl. Mun. du Mans) « Texte

[39]  Ce miroir est à peu près identique avec l’ouvrage du même nom attribué à Roger Bacon « Texte

[40]  En 1717, ce recueil reparaîtra en Allemagne avec en supplément la Magia astrologica de Petrus Constantius Albinus « Texte

[41]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica, n? « Texte

[42]  Que nous avons retrouvée à la Bibl. de Wolfenbüttel et à la New York Academy of Medecine « Texte

[43]  « Die Schriften des sogenannten Basilius Valentinus. Ein Beitrag zur Bibliographie der Alchemie » p. 164-165 in Philobiblon 1933 n? qui n’indique pas de bibliothèque. « Texte

[44]  Le volume de Thöld de 1599 comprend non seulement le Von dem grossen Stein der Uralten mais aussi - ce qui n’a pas toujours été signalé dans les études consacrées à Basile Valentin (cf Matton 1977-78) les Zwölf Schlüssel « Texte

[45]  Nous ne compterons pas les rééditions du XXème siècle, notamment celle de Frick de l’édition de 1718 « Texte

[46]  La Toison d’Or ou la fleur des Trésors. Introd. B. Husson, Paris, Retz, 1975 « Texte

[47]  Cf Bibliotheca Paracelsica de Karl Sudhoff, Berlin, 1894 « Texte

[48]  A. Faivre note, peut être en pensant à cette édition non datée de la BN le tome II aurait été édité à Bâle en 1604 (Toison d’or et alchimie, Milan 1990 p. 36) « Texte

[49]  Frick signale que Johann Jakob Exertier (mort en 1609) était originaire d’Arby en Savoie, qu’il devint bourgeois de Bâle en 1579 et que son activité rayonna sur Montbéliard et Besançon. Jacob Tre(u)w (1559-1633) eut un atelier à Bâle de 1604 à sa mort. En 1604, donc, Treuw se lançait avec ce rachat du recueil Exertier dans l’édition « Texte

[50]  Karl Frick Bd 4 Promptuarium alchemiae, cite vaguement p. XXI du Tome II $l’Appendix lequel n’est pas reproduit dans son édition de 1976. « Texte

[51]  cf Bibliotheca Chemica p. 427 Tome II; cf Flick « Texte

[52]  cf Catalogue Ouvaroff n° 1066, repris par Cahier. Van Lennep (opus cité p. 164) signale la présence du Splendor Solis dans le Promptuarium de 1610 « Texte

[53]  Ferguson ne semble avoir connu l’édition de 1604 que par celle de 1718. Il n’en donne pas la description dans sa Bibliotheca Chemica sinon indirectement. « Texte

[54]  La Toison d’Or de Salomon Trismosin. Le recueil auquel les pièces de Dariot sont jointes est célèbre puisqu’il s’agit de celui attribué à Salomon Trismosin. Ouvrage qui curieusement paraîtra en français en 1612-1613, soit peu de temps avant l’édition allemande de 1614 signée Dariot. Bernard Husson ne mentionne pas ce second volet de l’Aureum Velus « Texte

[55]  Ferguson (Bibliotheca Chemica) ne signale pas le nom de ce traité d’astrologie sinon comme une étude consacrée aux degrés critiques « Texte

[56]  Abreefe and most easie introduction to the astrological judgement of the starres. Trad Fabian Wither… and lately renewed and in some places augmented and amended by G. C. also hereunto is added a breefe treatise of mathematicall phisicks, entreating very exactly and compendiously of the natures and qualities of all diesases incident to human bodies by the natural influences of the celestial motions, written by the said G. C. practicioner on Phisick, Londres (Thomas Purfoot), (cf icono), British Library 1141. a. 42 « Texte

[57]  Bibliographie des Discours de Dariot
1582 : Premier Discours, Lyon, Charles Pesnot, Mazarine Texte en latin Lyon
1589 : Discours de la goutte auquelles causes d’icelle sont amplement déclarées avec sa guérison et précaution (Privilège 1588) Lyon, BN 4°Td73 16
1589 : La Grand Chirurgie (avec les trois discours), Lyon, BN Res 4° Td73 58c
1589 : Trois discours de la préparation des médicaments contenant les raisons pour quoi et comment ils doivent être, Lyon, Antoine de Harsy, BN Microfiche m 21641 (Ils paraissent sans la Chirurgie : c’est alors qu’ils entament une carrière indépendante)
1593 : La Grand Chirurgie (… ) Plus un discours de la goutte et causes d’icelle avec sa guérison. Plus trois Traités de la préparation des médicaments avec une table pour l’intelligence… Le troisième discours enseigne le temps propre à cueillir les herbes pour toutes les parties du corps, Lyon, Antoine de Harsy, BN 4° Td73 58B et Lyon, Roville, Mazarine 15451
1603 : III Traités de la préparation des médicamens, Deuxième édition, Lyon, A. de Harsy, BN 4°Td73 58A, Maz 15451A
1608 : Trois discours, Troisième édition, Montbéliard, Jacques Foillet, BN 8° Td73 53B, BL Avec la Grande Chirurgie
1614 : Die gulden Arch Schatz und Kunstammer in drei Theil underscheiden. Im ersten werden aussführlich verhandelt drei Gespräch von Spargirischer preparation und zubereitung der Artzneien… durch M. Claudium Dariotum bestellten Stattarzt zu Beaulne in französischer Sprach beschrieben, Bâle, Chez l’auteur, Washington National Medical Library
1623 : Vereiningung der Galenischen und Paracelsischen Artznei Kunst, Bâle, Ludwig Königs, Bibl. Wolfenbüttel « Texte

[58]  Sur les rapports entre Astrologie et Alchimie au XVIIIe siècle cf notre postface à l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Ed G.Trédaniel, 1993. « Texte

[59]  cf art de François Secret in Chrysopeia« Texte

[60]  François Secret (dans un art. ‘L’Ecusson des Senlecque ») envisage pour sa part l’hypothèse concernant un certain Bonai.Or il s’agit vraisemblablement de Millet de Bosnay, traducteur du Cosmopolite. « Texte

[61]  Pierre Borel ,dans sa Bibliotheca Chemica (1654) parle d’une édition de 1653 « Texte

[62]  cf J.P. Brach in Cahiers de l’Hermétisme, à propos de l’astrologie inférieure. « Texte

[63]  Lyon chez Antoine Volant 1555 Arsenal 8°S 12590. Autres éditions ibidem 1556 (British Library Londres) et à Paris, chez Olivier de Harsy (B. Arsenal 8°S 12592), 1557 à Anvers, chez Christophe Plantin (B. Arsenal 8°S 12593) sous le titre de Vray et Parfait Embellissement de la Face…, en 1560, chez Antoine Volant, 1567 à Poitiers (Marnef & Bouchet) B. Arsenal 8°S 12591). Cf Michel Chomarat Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden, 1989 « Texte

[64]  Dans certains cas fardement est remplacé par lavement (1567 Bastiment). cf notre compte-rendu consacré au Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra (1990) in revue Aries Paris 1991 « Texte

[65]  Bibl. Wolfenbüttel 60. 8 Astron « Texte

[66]  En 1572 paraissait, parallèlement à une nouvelle édition de l’Excellent et très utile Opuscule (Lyon, Benoît Rigaud, Mazarine 29247), le même texte, sous le titre d’Embellissement de la face recueilli(s) des oeuvres de M. Mi. de Nostradamus par messieurs les Docteurs en la faculté de médecine de la ville et cité de Bâle (Paris, Veuve de Jean Bonfons, B. Mazarine 29289), personnage différent de Michel Nostradamus. La Préface de Michel de Nostredame avait déjà été remplacée dans une édition de 1567 parue sous le titre de Bastiment de plusieurs receptes (Paris, B. Ste Geneviève Res T 8° 1545/2 Inv 4107), par un texte de Nostradamus le Jeune. Il ne semble pas que Chomarat (opus cité n° 91) établisse un lien entre cet ouvrage et l’opuscule de 1555. Pourtant Nostradamus Le Jeune, dans sa Préface à Renée D’Espinay, reconnait qu’il s’agit d’un texte de Michel Nostradamus. Chomarat ne relie pas davantage le dit texte avec sa traduction allemande qu’il signale par ailleurs (n? et 147) « Texte

[67]  B. Mazarine 29855 et British Library 717.e.37 « Texte

[68]  Cf Louis Schlosser, La Vie de Nostradamus p.182, Paris, Ed Belfond 1985 « Texte

[69]  Artztgarten. von Kreutern so in den Gärten gemeinlich wachsen (.. ) wie man durch dieselbigen allerhand Kranckheiten heilen soll Bâle, chez Peter Perna (Oesterreischische Nazional Bibliothek Vienne), texte qui reparaîtra en 1616, toujours à Bâle (B. N. Paris 8° Te142 56) cf sur Mizauld, la thèse d’Etat de Jean Dupèbe, Paris X Nanterre, 1999. . « Texte

[70]  Cf Thorndike, History of Magic and experimental science, VI p 216 qui ne signale pas de traductions allemandes de Mizauld. « Texte

[71]  Nous n’avons pas cru bon signaler dans le cadre de cet article les références aux auteurs français étudiés dans les ouvrages d’auteurs allemands de l’époque. « Texte

[72]  Qui traite d’abord de son oeuvre astrologique « Texte

[73]  Le libraire Pierre Ménard avait envisagé de rééditer au milieu du siècle l’oeuvre de Mizauld. Il semble que Naudé l’en ait dissuadé. « Texte

 

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Misère de l’Histoire de l’Astrologie Sur Bachelard

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Misères de l’Histoire de l’Astrologie 
Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences 
Célestes et sublunaires de R. Decartes (sic) 
par Jacques Halbronn

« Si d’aucuns invocateurs, nigromanciens, abuseurs ou divins, pour couvrir leur mauvais ars (sic), ont contrefait et contreffont (sic) les astrologiens et se aident d’aucune considération des corps célestes, il ne s’ensuit pas pour autant que la tres noble et excellante (sic) science de astrologie et les purs astrologiens en doyvent estre blasmés etc » 
(Symon de Phares, Recueil des plus célébres astrologues, 1494-1498) 
 

En 1937, paraissait dans la revue romaine Archeion (Vol. XIX (1937) fasc. 2-3) un article intitulé « Un livre d’un nommé R. Decartes », signé Gaston Bachelard (Université de Dijon). Nous nous proposons d’analyser l’article de celui qui, l’année suivante, allait publier la Formation de l’Esprit Scientifique. Né en 1884, Bachelard, qui décédera en 1962, a donc passé, en 1937, le cap du demi-siècle, on peut ainsi estimer que cet article, fort d’une dizaine de pages, n’est nullement une oeuvre de jeunesse. Il semble que son intérêt pour l’ouvrage ait d’abord tenu au fait que la Bibliothèque Municipale de Dijon -ville où Bachelard officiait alors – en possédait un exemplaire.

Le titre de l’article met d’emblée l’accent sur le nom de l’auteur  » un nommé R. Decartes » qui évidemment n’est pas sans évoquer celui de René Descartes tandis que le terme « livre » ne précise pas qu’en l’occurrence il s’agit d’un ouvrage consacré aux « Influences Célestes » en général et à l’astrologie en particulier.

La façon, plutôt cavalière, dont, il y a 65 ans, Bachelard esquissa une étude de cet ouvrage, paru, sans indication de libraire ni privilège, à Paris – si tant est que cette indication puisse être acceptée – en 1667, appartenant à la littérature astrologique, imposant volume de plus de 250 pages, nous permettra de réfléchir sur l’épistémologie de l’Histoire de l’Astrologie.

Nous étudierons notamment deux aspects : l’origine du texte paru en 1667 et la question de son auteur. 
  
 

Un traité des influences célestes de 1667

Bachelard ne semble pas connaître le corpus des textes astrologiques français du XVIIe siècle et cela ne semble pas trop le préoccuper. Comment procède-t-il pour situer ce texte? Or, ce texte, par son ampleur, appartient à une catégorie très limitée qui est celle des sommes astrologiques ou/et antiastrologiques de langue française de plus de deux cents pages.

Dans cette catégorie, pour se cantonner au XVIIe siècle, l’on connaît l’Usage des Ephémérides d’Antoine de Villon parue dans les années 1620 et qui dépasse largement ce nombre. On pourrait citer aussi le corpus lié à Nicolas Bourdin (Tétrabible (1640), le Commentaire sur le Centiloque(1652) et Remarques sur le dit Commentaire du Centiloque de Morin(1654 et 1657) ou encore l’Ast²rologie Naturelle du Comte de Pagan (1659). Chez les adversaires de l’astrologie, on citera le Préservatif de Claude Pythois (1641), le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire du Jésuite Jacques de Billy (1657), cité par le dit Sieur Decartes (sic) et le Traité des Influences Célestes ou les Merveilles de Dieu dans les cieux(1660) d’un autre Jésuite, le Père Jean François ( Rennes, 1660). Cf la recension, faite en 1996, de H. Drévillon, in Lire et Ecrire l’Avenir.(op. Cit, pp. 253 et seq) Mais une telle recension ne semble pas avoir existé du temps de Bachelard, la bibliographie astrologique étant en retard sur celle consacrée à Nostradamus.

On pourrait regretter que Bachelard n’ait pas consulté à « Astrologie » le catalogue Matières de la Bibliothèque Nationale si …un tel catalogue avait alors existé! Bachelard, apprenant dans le Véritables Connoissances que le Père de Billy avait écrit un Tombeau de l’Astrologie Judiciaireaurait pu vouloir chercher à le consulter voire à étudier l’attitude des Jésuites à l’égard de la dite Astrologie, notamment en lisant Sommervogel qui leur a consacré un répertoire.

Malheureusement, le Tombeau n’est pas conservé à la Bibliothèque Nationale (Mazarine, cote 11895) et dès lors Bachelard n’avait probablement pas le temps de contacter toutes les bibliothèques de France, de Navarre et d’ailleurs.

Il eut convenu que Bachelard confrontât les Véritables Connoissances avec les autres textes de ce groupe restreint, ne serait-ce qu’aux fins de comparaison, d’emprunt. Bachelard a préféré décrire cet ouvrage en tant qu’entité isolée, ce qui peut sembler une gageure.

S’il avait procédé avec rigueur, Bachelard eut découvert un fait assez troublant, à savoir que les Véritables Connoissances de 1667 et le Traité des Influences Célestes (en abrégé TIC) de 1660 ne faisaient qu’un! Et d’ailleurs, le dit Traité figure dans les collections de la Bibliothèque Nationale. On peut noter que les deux pages de titre sont ornementées d’un bouquet de fleurs assez semblable. Il s’agit là d’une marque du libraire rennais Hallaudays que l’on retrouve encore en 1681, par exemple, dans une édition de l’Arithmétique ou l’art de compter du Père Jean François. Il se serait alors demandé pourquoi les deux ouvrages portant des titres, somme toute, assez proches – tous deux comportent au titre principal l’expression  » Influences célestes » étaient parus à sept ans d’intervalles sous des noms d’auteurs différents. 
 

Le pseudo distingo Decartes/Descartes

Bachelard se hâte un peu vite d’éliminer l’hypothèse Descartes, même en tant que contrefaçon, en notant qu’un faussaire n’aurait pas commis de si grossières bévues mais c’est oublier la possibilité d’un ouvrage déjà existant et dont il suffisait de changer le nom de l’auteur. Dans ce cas, l’argument tombe!

« Il ne faut pas non plus envisager, observe Bachelard, le cas d’un auteur qui écrirait sous le couvert d’un nom célèbre pour lancer son ouvrage. En effet, l’auteur ne fait rien pour tromper son lecteur. Il parle d’un malade qui vit encore en 1659, soit neuf ans après la mort de Descartes. Il relate une aventure arrivée en 1654, un rêve fait en 1657 etc » (p. 161)

Au bout du compte, Bachelard préfère parler d’homonymie, ne contestant pas l’authenticité de l’ouvrage dès lors qu’on ne l’attribuait pas au philosophe. Le nom de Decartes serait donc fortuit. Autrement dit, Bachelard ne semble pas habitué au monde des impostures en entrant dans un corpus astrologique voire prophétique qui ne peut être appréhendé par l’historien des sciences avec ingénuité.

Pourquoi a-t-on choisi pour ce faire le Traité du Père François? Peut être en raison même de son titre comportant le terme » Influences Célestes » de préférence à Astrologie, comme dans le cas de l’ouvrage du Père de Billy…Peut être aussi parce que les deux hommes – François, pédagogue dans la Compagnie de Jésus et Descartes, élève des Jésuites – s’étaient croisé..

Bachelard, au demeurant, en profite pour s’étonner du caractère non cartésien des Vrayes Connoissances chez l’auteur – ce Decartes qui n’est pas Descartes selon lui.. « Aucun des enseignements cartésiens n’est invoqué. Decartes ignore Descartes ». En fait, Bachelard considère que les arguments développés par le Père François manquent de pertinence du moins, trente ans après la parution du Discours de la Méthode.

Après avoir constaté une certaine incurie de la part de Bachelard en ce qui concerne les sources les plus immédiates de l’oeuvre, en l’occurrence la précédente « édition » de 1660, on observera comment il aborde la question du « nommé R. Decartes »

Selon le philosophe bourguignon, il n’y a aucune raison pour rapprocher Decartes de Descartes, il s’agit là d’une fausse alerte. Mais là encore, Bachelard se demande-t-il quelles relations Descartes entretint, favorables ou non, avec l’astrologie, ou plus généralement si le nom de Descartes fut à l’époque en quoi que ce soit mêlé au débat relatif à l’astrologie? Nenni, point! On a bien affaire à un « vrai faux »!

Certes, Bachelard note l’invraisemblance d’une attribution à Descartes en relevant, dans les Véritables Connnoissances des dates postérieures à la mort du philosophe en 1650. Personne, en effet, ne saurait raisonnablement attribuer l’ouvrage à Descartes mais est-ce à dire que l’intention de faire passer le texte pour celui de Descartes n’existait pas? Faut-il épiloguer sur le fait que c’est Decartes et non Descartes qui figure sur la page de couverture?

Il conviendrait notamment de signaler une autre faute d’orthographe dans le titre complet des V. C. « Avec la deciscion (sic) de quantité de belles Questions tant astrologique que astronomique, ensuite la demonstration (sic) de la vertu des Astres, & des planettes, du signe (sic) des douze maisons. Etc ». En effet, la forme « deciscion » est impropre, « demonstration » est écrit sans accent et l’expression « du signe des douze maisons » est pour le moins incongru. En fait, il semblerait qu’elle soit empruntée au titre de l’ouvrage de Rantzau et plus précisément à son appendice, lesAnnotation Universelles de Baulgite: « sur les douze signes par les douze maisons », (« signification des signes en la Ière maison » et ainsi de suite, par exemple le taureau tombant dans la maison VI dans le thème natal), le terme « maison » n’étant pas ici synonyme de signe comme c’est le cas dans le TIC. C’est dire que le nouveau titre du TIC n’est pas l’oeuvre d’une personne qui connaît le sujet, ce qu’aurait dû relever Bachelard. 
 

La coexistence de deux repérages zodiacaux

Dans tous le Traité de Rantzau, y compris dans ses additions, du fait de Baulgite, il n’est jamais question du signe solaire et l’on y trouve au contraire l’étude de l’horoscope dans les douze signes, sur la base de l’ascendant. Ce qui permet à certains (on pense à Yves Lenoble et à Denis Labouré au séminaire de l’AGAPE de décembre 2000 sur les Maîtrises ) d’affirmer qu’il aura fallu attendre le XIXe siècle pour que l’on accorde de l’importance au signe traversé par le soleil. Or, la réalité est plus complexe: c’est ainsi que dans le Kalendrier des Bergers, on pratiquait bel et bien, depuis la fin du Xve siècle, les signes solaires (cf notre étude sur ce texte à paraître sur le site du CURA). Par la suite, il faudra parler d’un syncrétisme interne qui combinera les deux repérages et qui fait que de nos jours on désigne volontiers une personne par la combinaison de son signe solaire et de son signe ascendant. (cf sur les signes zodiacaux en relation avec le calendrier révolutionnaire, nos études consacrées aux signes du lion, du capricorne et des poissons, in Collection Solar sur le Zodiaque, Paris 1981)

Les témoignages abondent – comme l’a montré une exposition qui s’est tenu en 2001 au Musée d’Israël, à Jérusalem – concernant les correspondances entre mois de l’année et signes zodiacaux notamment dans la tradition juive. (Written in the Stars. Art and Symbolism of the Zodiac, Dir. I. Fishof with contributions by Ariel Cohen and Moshé Idel, Jérusalem, 2001). Il est à noter que ces correspondances signe/mois n’ont plus rien à voir avec l’entrée du soleil dans un nouveau signe zodiacal.

A vrai dire, le retour vers le signe solaire qui allait marquer l’astrologie moderne n’était qu’un juste retour des choses puisque, au départ, le découpage zodiacal serait d’origine hémérologique, lié à un calendrier soli-lunaire – montage, bricolage, assez bâtard – solaire de par l’importance accordé aux équinoxes et aux solstices et lunaire du fait du nombre 12, lié aux rencontres de la lune avec le soleil, voué à surcharger par un symbolisme hétéroclite et aux origines préastrologiques, une astrologie à vocation d’abord planétaire. Faut-il, cependant, rappeler que c’est également un des traits de l’astrologie moderne, portant les stigmates d’une traversée du désert aux XVIIIe et XIXe siècles, qui la mit dans les mains d’un public qui n’en faisait qu’à sa guise, que d’accorder quelque importance au nom des signes qui n’étaient au départ que des repérages sans vocation divinatoire? 
 

L’engouement des Cartésistes

Revenons à Bachelard – auteur de la formule discutable « Le Zodiaque, test de Rohrschach de l’humanité-enfant  » – qui, en la circonstance, ne juge pas nécessaire de se faire l’écho de la mode cartésienne qui prend un nouvel essor précisément au cours des années 1660! S’il avait effectué le rapprochement entre les deux éditions, celle de 1660 et celle de 1667, il aurait pu noter que le remplacement du nom de Jean François par celui de R. Decartes coïncide assez bien avec la vogue autour de Descartes, tant pour ce qui est de sa correspondance que pour ses inédits. Justement à propos d’inédits, la tentation n’était-elle pas grande de faire passer les V. C. pour un inédit de plus? D’autant plus que les sujets se recoupent. On savait que Descartes, en 1633, à la suite de la condamnation de Galilée, avait renoncé à publier certains textes – dont quelques essais figureront avec le Discours de la Méthode de 1637 . On savait aussi que les dits textes ainsi gardés par devers soi touchaient en grande partie au cosmos. Quant aux Météores, qui relèvent peu ou prou du monde céleste, ils constituaient un des essais accompagnant et illustrant la Méthode.Qu’y avait-il, dans ces conditions, à ce que parût un ouvrage sur les « véritables connoissances des influences célestes » et qui au demeurant, à la différence de la première édition, ne se présente pas d’office comme une remise en cause de l’astrologie. Il y a là une nouvelle escroquerie en ce que l’on ne prévient pas le lecteur du véritable projet du livre qui est une critique virulente de l’astrologie judiciaire.

Entre 1660 et 1667, en effet, c’est à dire durant le laps de temps qui s’étend entre la première et la seconde édition du traité du Jésuite breton, le nom de Descartes est omniprésent et dès lors il ne semble pas qu’il s’agisse d’une coïncidence s’il figure sur un ouvrage relatif à un sujet qui, reconnaissons-le, ne lui est pas a priori, étranger. Tout se passe comme si, voulant profiter de la sortie de textes inédits de Descartes, on ait voulu en profiter pour faire croire qu’il ait pu écrire sur le sujet des Influences Célestes, à la façon du Père Jean François. Rappelons qu’en 1633, Descartes avait renoncé à publier son traité Du Monde, à la suite du procès de Galilée. Mais en 1637 dans le Discours de la Méthode il en avait intégré des parties, appelés « essais » dont un sur les Météores. En 1642, il avait envisagé, dans une lettre, mais cela était resté à l’état de projet; de traduire son manuscrit en latin sous le titre de Summa Philosophiae. En tout état de cause, il semble bien que le livre du Monde connaissait une certaine circulation manuscrite, puisque l’on s’y réfère dès 1657. ( Lettres de Mr Descartes, Paris, Ch. Angot): évoquant dans l’introduction » la constitution générale de son Monde ».

En 1662 paraît la première édition latine, par Schuyl, le De Homine.. En 1664 parait la première édition en français du Monde de Mr Descartes ou le Traité de la lumière etc, Paris, Theodore Girard (BNF R 33524 Resaq) par Le Roy. Une édition des Lettres de Mr Descartes est de 1663., la première datant de 1657.(Paris, Angot, BNF Res pZ 680) Toujours en 1664 parait l’Homme. D’ailleurs, en 1657, le préfacier de la correspondance mentionne le Monde qui ne paraîtra qu’en 1660. (cf Ch. Adam et P. Tannery, Oeuvres de Descartes, Paris, Vrin, 1974.)

A l’ère de l’informatisation des collections, Bachelard eut probablement découvert qui pouvait avoir écrit ce Traité de la Quantité revendiqué par l’auteur des Véritables Connoissances et qui n’est précisément autre que le Père Jean François et dont Bachelard se contente de dire qu’il n’est pas l’oeuvre de René Descartes! Il écrit « Je sais seulement qu’il est l’auteur d’un Traité de la quantité. Je n’ai pas retrouvé ce traité ». Dès lors, Bachelard ne pouvait-il envisager que le véritable auteur des Vrayes Connoissances ait été connu sous un autre nom que celui de R. Decartes?

Profitons-en pour signaler les ouvrages de notre Jésuite breton, sans que cette liste se veuille exhaustive:

1652 La science de Géographie, Rennes, J. Hardy 
1653 La science des eaux, Rennes, P. Hallaudays 
1653 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres 
1655 Traité de la Quantité considérée absolument et en elle mesme, Rennes, P. Hallaudays 
1655 La Chronologie, Rennes, P. Hallaudays 
1665 L’art des fontaines. Edition seconde, Rennes, P. Hallaudays (Cet ouvrage est le seul du Père Jean François à avoir été mentionné par L. Thorndike dans son History of magic and experimental science) 
1681 L’Arithmétique et la Géométrie pratique, Paris, Nicolas Langlois 
1681 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres avec la plume et les jettons. Quatriéme Edition

Ce Jésuite Breton, précisons-le, n’est pas sans quelque lien avec Descartes. Celui-ci avait tenu, dans son Discours de la Méthode des propos acerbes concernant l’astrologie et en note, l’auteur de l’édition de la Pléiade, renvoie à nul autre qu’au Père François qui aurait exercé une certaine influence sur le jeune Descartes, quand celui-ci était l’élève des Jésuites .  » Et enfin pour les mauvaises doctrines, soutient René Descartes, je pensais déjà connaître ainsi ce qu’elles valent pour n’estre plus sujet à estre trompé ny par les promesses d’un alchimiste, ni par les prédictions d’un astrologue, ni par les impostures d’un magicien ni par les artifices ou la vanterie d’aucuns de ceux qui font profession de savoir plus qu’ils ne savent » (p. 11). On ne saurait apparemment classer l’auteur de la Méthode parmi les sectateurs de l’astrologie…

Dans sa correspondance, Descartes s’adresse à un « Révérend Père Jésuite » auprès duquel il se plaint de certaines calomnies émanant de la Compagnie dont il rappelle les liens qui l’y rattachent de ses années de formation.: « L’obligation que j’ay à vos Pères de toute l’institution de ma jeunesse, l’inclination très particulière que j’ay toujours eu à les honorer ».(Lettres 113-116)

On peut donc regretter que Bachelard ait renoncé à l’hypothèse Descartes sur la seule base d’une variante orthographique. Moins un terrain est maîtrisé et plus il est à la merci de tels aléas. 
 

L’analyse de contenu par Bachelard

Mais Bachelard n’a-t-il pas raison de s’étonner de la pauvreté de l’argumentation du TIC? Il conclut « On ne sait pas contredire au niveau des principe. On ne contredit qu’au niveau de l’application des principes » (p. 168)

Il n’est pas exclu en tout cas que Bachelard ne trouve dans ce rejet de l’astrologie un exemple frappant de « coupure épistémologique »: « Une mentalité qui est en train de rompre avec un préjugé en plaisante de manière plus pesante. Elle a besoin d’un comique plus gros » (p. 171). On notera en tout cas la signification du nouveau titre du TIC à savoir l’idée de connaissance vraie par opposition à une fausse connaissance.

Bachelard note que le point faible du contradicteur tient à ce qu’il reconnaît a priori que, cite-t-il « ni les Planètes, ni les Etoiles du firmament n’ont point été mises dans le Ciel pour être oiseuses et pour servir de seul ornement comme les pierres précieuses dans les Bagues » (p; 165). D’où la conclusion de Bachelard: « Il ne pourra pas dévaloriser entièrement l’astrologie puisqu’il a donné aux astres une dignité éminente ».

Bachelard, qui ne tente même pas d’expliciter le titre complet de l’ouvrage, maîtrise-t-il, pour autant, le langage astrologique dont il est évidemment question dans les Vrayes Connoissances (VC)? Il ne semble pas. Sait-il ce qu’est un « aspect » ou une « maison » quand il emploie, à l’occasion, ces termes? C’est ainsi que « maison », ici, n’a pas de rapport avec les « maisons astrologiques » mais concerne les signes. « Il est bon, écrit Bachelard, qu’on saisisse tout de suite la segmentation de la critique qui se fera plus vive contre les maisons du Ciel que contre les Astres qui peuplent le firmament »(p. 163).

Il rappelle que, selon ce qu’il entend de la critique, « les maisons du Ciel; comme les balcons du Ciel, sont des constructions de la rêverie. Ces lieux tout imaginaires ne peuvent spécifier une action réelle ». Puis Bachelard de traiter d’un enfant né sous le signe du Bélier….Et de poursuivre, comme si l’on passait à un autre argument  » Mais le principe le plus ruineux de l’Astromancie consiste à donner une efficacité aux régions du Ciel, aux « Maisons » où viennent demeurer les astres errants » (p. 168). Or, Bachelard ne se rend pas compte de ce que le signe du Bélier est précisément, dans le contexte, une « maison »! Les maisons sont ici ce fameux Zodiaque dont il dira qu’il est « le test de Rohrschach de l’Humanité-enfant »! C’est précisément sur cette question de l’arbitraire des signes/maisons du zodiaque que la Logique de Port Royal s’en prendra, dans son introduction, à l’astrologie; Encore conviendrait-il de comprendre en quoi on peut accepter les planètes et non leurs « maisons ». C’est que, selon le principe du Prologue du Tetrabiblos, dont la traduction était parue en 1640, l’astrologie légitime était celle qui s’appliquait à donner du sens aux aspects entre les corps célestes et non celle qui glosait sur le nom accordé par la tradition et conservé par simple commodité par les astronomes, aux constellations qui balisaient leurs marches, ces constellations qui sont aussi ces « maisons » , terme qui vient probablement du fait que les planètes s’y sont vu répartir leurs « domiciles »…

Et quand Bachelard aborde la question de la fixité relative des étoiles – par opposition aux planètes – il s’arrête sur le fait que, selon Copernic, « les étoiles sont immobiles » sans prendre en considération la possibilité d’aspects – notion clef du Tétrabiblos – entre celles-ci et les planètes (p. 163), ne distinguant pas le caractère fictif des « maisons » et la réalité des étoiles qui les constituent, dans la mesure où si les « maisons « balisent la course des planètes, elles se superposent en fait au balisage stellaire proprement dit. 
 

Descartes et le monde astrologique au XVIIe siècle

En dépit de ces mises en garde contre l’astrologie judiciaire, Descartes n’en était pas moins en relation avec Jean-Baptiste Morin, certes Professeur au Collège Royal (l’ancêtre de notre Collège de France) mais surtout auteur, dès les années 1620, de textes astrologiques en latin et qui fait allusion, dans sa correspondance avec Descartes, en 1638, à son Astrologia Gallica qui ne paraîtra qu’après la mort de l’auteur en 1661, à La Haye.(cf notre édition des Remarques Astrologiques, Paris, Retz, 1976). Mais Morin en s’en prenant à Gassendi, qui sera par la suite considéré – à la fin du XVIIIe siècle – comme le grand fossoyeur de l’astrologie, eut le malheur d’annoncer sa mort prématurément et d’être ainsi tourné en ridicule.

L’idée que Descartes ait pu écrire sur les Influences Célestes n’était, en tout état de cause, nullement ahurissante et en 1671, quatre ans donc après la sortie des Vraies Connoissances, Claude Gadroys – étudié assez sérieusement par Thorndike, publiera la première édition, d’abord anonymement; d’ un Discours sur les influences des astres selon les principes de M. Descartes, Paris, J. B. Coignard. Une nouvelle édition sortira en 1674, chez le même libraire, sous un titre légèrement différent mais tout en maintenant le nom de Descarte : le Discours Physique sur les influences des astres selon les principes de Monsieur Descartes où l’on fait voir qu’il sort continuellement une manière par le moien de laquelle on explique les choses que les anciens ont attribué aux influences occultes »

En 1677, paraît toujours du même auteur une  »Lettre de M. Gadroys à M. De la Grange Trianon pour servir de réponse à celle que M. De Castelet a écrit contre les raisons de Monsieur Descartes touchant le flux et reflux de la mer. Avec une lettre de M. De Cassigny« , Paris, Laurent Rouillart. C’est une réplique à La Lettre de Castelet à Monsieur l’Abbé Bourdelot dans laquelle il démontre que les raisons que M. Descartes a données du flux et reflux de la Mer sont fausses

En 1672, Jean-Baptiste Fayol s’en était pris à Descartes et aux Cartésiens, ce qui montre bien qu’à cette époque il en est beaucoup question des thèses « cartésistes ». Il s’agit de son Harmonie Celeste découvrant les diverses dispositions de la nature, ouvrage physique et mathématique, nécessaire à toutes sortes de gens pour discerner les erreurs de Mr Descartes etc », Paris, chez Jean d’Houry, Laurent Rondet, Thomas Moette. Fayol a les Cartésistes dans son collimateur comme en témoigne le Premier Livre, Des influences des astres. « Que le mouvement de la Terre et la matière première des Cartésistes sont des illusions ».). Une autre édition suivra en 1674, chez Louis Vendosme. Nous avons reproduit la page de titre de cet ouvrage dans l’article « Astrologie » de l’Encyclopaedia Universalis. Thorndike n’a pas identifié ce protagoniste du débat autour de Descartes et des Influences Célestes.

Son premier livre, déclare Fayol, « détruit les fondemens des cartésistes & enseigne à connaître les diverses qualités des airs en tous les endroits du monde & leurs divers objets en toute sorte de temps pour faire choix d’un lien propre à conserver ou rétablir la santé par le seul usage de l’air » . Fayol dénonce « la matière première cartésienne si contraire à la religion catholique et aux sciences naturelles ».

Il convient de réfléchir sur l’emploi de l’expression « influences célestes » en ce début de second XVIIe siècle. Visiblement, on veut ainsi y englober astronomie et astrologie et d’ailleurs, dans les deux titres, les deux termes figurent:

TIC: « Les inventions des astronomes (…) Les propositions des astrologues judiciaires »

VC: « la déciscion (sic) de quantité de belles questions tant astrologique que astronomique »

Curieusement, alors que l’on pouvait croire qu’astronomie et astrologie s’éloignaient l’une de l’autre, ne voilà-t-il pas qu’on les regroupe, quitte à mieux les distinguer! Au milieu du XVIIIe siècle, l’article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui abordera le plus substantiellement le problème de l’astrologie aura pour titre « Influences ». 
 

Le Traité des Influences Célestes et le procés de Rennes

Il eut aussi convenu que Bachelard s’interrogeât sur les circonstances qui avaient conduit à la sortie d’un tel ouvrage. On notera, à titre anecdotique, qu’en 1666 Colbert avait fondé l’Académie Royale des Sciences et que nous sommes donc, en 1667, au lendemain d’un tel événement dont on sait qu’il a marqué profondément le discours des historiens de l’astrologie.

On ne reviendra pas sur cet indécrottable pont aux ânes (cf notre étude sur Bourdin) qui conduit encore de nos jours tant d’auteurs à affirmer qu’en cette même année 1666 Jean Baptiste Colbert avait passé un « Edit » contre l’astrologie. On peut regretter que, pour la circonstance, l’épistémologue dijonnais n’ait point consacré quelque attention à cette affaire.

Il reste qu’après 1666, l’anti-astrologie ne jugera plus nécessaire une attaque frontale de l’astrologie. C’est en tout cas ce qu’observe un Jacques Rohault, dans la deuxième partie, au chapitre XXVII, de son Traité de Physique paru en 1671 est voué à de nombreuses rééditions jusque dans les années 1720: « Cette matière qui ne mérite pas une plus longue discussion et qu’il serait indigne à un Philosophe de traiter plus sérieusement » (Iie Partie,Ch XXVII « Des influences des astres et de l’Astrologie Judiciaire », pp. 120-128). Quel décalage entre cette dizaine de pages de Rohault en 1671 et les 250 pages de Jean François en 1660! En ce sens, les Vrayes Connoissances, par leur masse, seraient déjà anachroniques. Ainsi, 1666 ne marquerait pas tant le déclin de la production astrologique que celui de la littérature anti-astrologique. En ce sens, l’astrologie n’aurait pas eu tant à souffrir des attaques qui lui étaient destinées que d’une marginalisation et d’une certaine mise en quarantaine. Un Gassendi, après 1666, n’accepterait plus des joutes avec des astrologues! Si en 1675, Bernier s’en prend encore aux astrologues, dans son Abrégé, ce n’est qu’une resucée de ce que Gassendi a développé dans les années 1630-1650.

L’affaire de Rennes des années 1650 correspond à une toute autre époque que celle des années 1660-1680. L’astrologie, comme dirait Rohault, y fut prise trop au sérieux. Il s’était passé à Rennes, à la fin des années 1650, en fait dans les années qui précédèrent immédiatement la parution duTraité des Influences Célestes, des choses assez remarquables avec l’affaire du Fatum Universi, événement auquel avait été mêlé un Père Capucin, du nom d’Yves de Paris (né Charles La Rueet on peut se demander s’il n’y eut pas là l’expression de quelque règlement de compte au sein du clergé.

Eymard d’Angers a consacré de l’attention à l’activité d’Yves de Paris mais sans signaler le Traité des Influences Célestes de 1660, pourtant paru à Rennes, dans la ville même où était paru, peu auparavant, le Fatum Universi, avec pour nom d’auteur Petrus Allaeus, arabe chrétien.

Yves de Paris fut désigné pour défendre le Fatum Universi devant le Parlement de Bretagne qui allait décider de la brûler sur la place de Nantes. Sa plaidoirie parut sous le nom de Ad Illustrissimos viros amplissimi Senatus Armorici in librum de Fato universi nuper editum. Mais note Eymard d’Angers, l’avocat ainsi désigné serait en fait le coauteur, avec le Marquis d’Asseyrac, du Fatum Universi! Que reprochait-on à cet ouvrage rédigé en latin? Ses pronostics visant des puissances étrangères. C’est dire que ce n’était pas encore le temps de l’indifférence à l’égard des spéculations astrologiques!

Dans son article sur Yves de Paris, Julien Eymard, (« Un livre curieux de la bibliothèque Municipale de Rennes », In Revue de Bretagne, tome XLIV, 1938, pp. 46-57, voir aussi Ch. Eymard d’Angers, Yves de Paris. Ed Bloud & Gay, 1964, pp. 54-56 ) nous fournit les éléments suivants: « les ambassadeurs d’Angleterre et d’Espagne s’alarmèrent de prophéties faites contre leurs patries respectives et portèrent plainte contre l’auteur (…) Deux autres éditions parurent, revues et corrigées et par le fait même, hélas, sans grande valeur » (p. 47) On notera le parallèle entre cette étude consacrée à un ouvrage astrologique conservé à Rennes (« Un livre curieux de la BM de Rennes ») et cette autre vouée à un ouvrage conservé à Dijon (« Un livre d’un nommé R. Decartes ») et ce à un an d’intervalle! Dans les deux cas, le mot astrologie ne figure pas dans le titre de l’article. On peut se demander d’ailleurs si Eymard d’Angers n’a pas pris modèle sur Bachelard, voulant ainsi tirer parti, lui aussi, des « curiosités » du fonds de la bibliothèque locale..

Yves de Paris croyait-il en l’astrologie? Eymard affirme: « Il est hors de doute , pour qui connaît les livres du P. Yves, que le bon capucin n’a voulu que s’amuser » (p. 52). On lui laisse la responsabilité d’un tel jugement! De fait, Yves de Paris était par ailleurs un auteur important et l’astrologie faisait partie de ses centres d’intérêt sans qu’il s’y soit exclusivement consacré.

Il est vrai que 1654 est aussi l’année de l’Eclipse, à laquelle Elisabeth Labrousse consacra un livre; l’Entrée de Saturne au Lion. Ce qui se passa alors ne fut pas mis au crédit de l’astrologie et contribua à la discréditer alors que sa cote était peut être un peu remontée et d’ailleurs le Père Jean François reviendra en 1660 sur cette déconfiture. On peut dire qu’à partir de 1654, on ne prendra plus guère au sérieux les annonces de l’astrologie, matinées d’ailleurs de prophétisme. Blaise Pascal, dans ses Pensées, évoquera brièvement l’attente de cette Eclipse.

Faudrait-il donc voir avec la publication de ce Traité des Influences Célestes un enjeu purement local? Il est en tout cas on ne peut plus improbable que le Père François ait pu ignorer l’affaire du Fatum Universi et disons même que son travail pourrait s’inscrire au niveau des séquelles de l’affaire.

Certes, Jean François ne s’est-il pas mis à écrire pour la circonstance. En 1660, il est déjà engagé depuis quelques années dans un projet assez ample de publication mais on ne peut prouver que l’idée de s’attaquer à l’astrologie ne lui ait pas été dictée en cours de route quand bien même le Jésuite Breton se réfère-t-il plutôt à la production parisienne qui met sur le marché le Traité de Rantzau..

Dans un Advis au Lecteur, en tête d’une Science de la Géographie, parue à Rennes, chez Jean Hardy, en 1652, le Jésuite breton s’explique sur son projet:

« Mon cher lecteur, je commence à imprimer à l’âge de 65 ans, lors que les autres ont déjà fini etc » D’ailleurs, dans le TIC, le Jésuite ne cesse de se référer à ses autres écrits.

Il reste que la présence d’un traité consacré à l’astrologie judiciaire au sein d’une production à caractère scientifique n’en montre pas moins quel est encore le statut de l’astrologie au début du règne personnel de Louis XIV. 
 

Les Jésuites et l’astrologie

Bachelard aurait, tout de même, pu être intrigué, tout de même, par la référence au Père de Billy – ce qui pouvait le mettre sur la voie et en tout cas consacrer au Tombeau quelques lignes, à titre comparatif, pour un ouvrage paru 13 ans plus tôt -compte tenu que Bachelard ignorait l’édition de 1660 du Traité du Père François.

Si Bachelard avait fait la relation avec la première édition rennaise de 1660, il aurait eu à s’interroger sur le contexte d’une telle parution, trois ans seulement après celle, apparemment comparable dans son esprit, de cet autre Jésuite français, Jacques de Billy.

On s’arrêtera pour commencer à un propos du Père de Billy dont . Thorndike signale le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire mais sans préciser qu’il s’agit d’un Jésuite. Comme il ignore le TIC de Jean François – et sa réédition sous le nom de Decartes – il n’était pas en mesure d’apprécier la contribution des Jésuites français à l’antiastrologie du second XVIIe siècle. Il semblerait, à en croire le Père de Billy qu’en s’en prenant à l’astrologie, on atteindrait les fondements des positions jansénistes. Dans son Epitre à Charles de Bourlon, évêque de Soissons, en date du 2 janvier 1657, placée en tête du Tombeau de l’Astrologie Judiciaire, Jacques de Billy campe un parallèle: « Il est aisé de voir: la liaison qu’il y a entre les astrologues et les jansénistes car si la doctrine des uns renverse la liberté, celle des autres fait le (sic) mesme; il est vray qu’ils s’appuyent sur divers principes: les premiers s’affermissent sur les constellations du ciel et les secondes sur l’efficacité de la grâce. Mais il importe fort peu de la diversité des moyens, quand on parvient à la mesme fin. (…)D’où il se peut conclure que les Généthliaques & les sectateurs de Jansenius sont également dangereux puisqu’ils prédisent le mesme effet qui est de ruiner le franc-arbitre & d’introduire la nécessité des actions. Et partant, puisque vostre Grandeur a fait paraistre tant de zèle contre les nouvelles doctrines, il est à croire que l’astrologie ne trouvera point de faveur en son jugement & que personne ne me blâmera dans mon choix ».

Nous verrons que le Père François, pour sa part, pourrait avoir voulu viser un Capucin, le Père Yves de Paris. Les Jésuites, en s’en prenant à l’astrologie, semblent avoir ainsi voulu faire la preuve de leur modernité, ce qui les conduira au XVIIIe siècle à de graves déboires s’achevant sur leur interdiction. Eux qui voulaient exclure vont se retrouver bannis!.

Précédemment, en 1649, à l’époque de la Fronde, déjà un Jésuite français, le Père Nicolas Caussin s’était adressé à une Altesse non identifiée dans une brève attaque de l’astrologie à laquelle le marquis de Vilennes, alias Nicolas Bourdin, avait répliqué. Il s’agit de la Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes, Paris, Denys Bechet et Jean du Bray qui provoquera une Responce en faveur de l’Astrologie à la lettre du R. P. Nicolas Caussin (22. 12 1649)./ Paris, chez l’auteur.

Ce n’est pas le lieu ici de s’interroger sur la part des Jésuites dans la croisade contre l’Astrologie judiciaire sinon en observant que ceux-ci, selon leur vocation pédagogique à la formation des esprits, se servirent d’elle comme un repoussoir leur permettant de préciser, a contrario, leur idée de la science. Il convient de préciser, toutefois, que la production d’un tel arsenal anti-astrologique ne ferait pas sens s’il n’y avait le sentiment que l’astrologie continuait à influer fortement, sinon plus que jamais, sur les esprits à moins que l’on n’ait avant tout visé une certaine vogue de l’astrologie au sein du clergé.. Un clergé qui, notamment, dans la seconde partie du XIXe siècle, montrera à quel point il est sensible aux spéculations prophético-politiques (voir notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, op cit).. On signalera aussi le cas d’un Dominicain, le Père Jean de Réchac, auteur de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus (..) grand astrologue de son temps & spécialement pour la connaissance des choses futures » dont seul un premier volet exégétique consacré à Henri II, parut en 1656 – ouvrage bizarrement attribué par les bibliographes à un certain Etienne Jaubert (cf R. Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, Paris, 1990, pp. 231-232) et dont nous avons retrouvé le manuscrit dans les papiers du Père dominicain, conservés aux Archives Nationales. 
 

Le Traité des Influences Célestes et Rantzau

Dans un Avertissement, Jean François s’explique sur son projet, précisant qu’il prendra pour cible privilégiée, la traduction française parue en 1657 du Tractatus du Danois, Henrik Rantzau. Dans l’Avis au lecteur placé en tête du TIC, le P. J. François s’explique sur les motifs qu’il a d’entreprendre une telle oeuvre : »Je me suis servi particulièrement du livre de Henry de Rantzau sizième duc Cimbrique, soit parce qu’il est le plus récent de tous, imprimé à Paris l’an 1657, soit parce qu’il rapporte les sentimens des Anciens & des Modernes. Soit parce que j’apprends que ce Livre est en grande autorité & estime parmy eux »; le traité paraît chez le libraire Pierre Ménard, qui publie la même année la seconde édition desRemarques Astrologiques de Morin de Villefranche. Rappelons que Thorndike a consacré tout un chapitre (Livre VII, Ch. XVI) à Jean-Baptiste Morin

Le Traité est dithyrambique à l’ égard de cet homme qui n’était pas seulement astrologue, comme si on cherchait à fonder un véritable culte autour de ce noble danois, né en 1526 et dont le thème natal est étudié.. Le Tractatus était donc paru dès 1602, à Francfort et réédité en 1615 et 1633 dans cette même ville, Le latin de Rantzau est « fait français » par un certain Jacques Alleaume mais il est complété par des Annotations Universelles d’Alexandre Baulgite, qui sont encore une compilation de textes plus ou moins anciens..

En fait, Rantzau déclare articuler son ouvrage autour d’un  » ancien traité astrologique », qui ne serait donc pas de lui et constituant une troisième partie.

L’éditeur justifie son choix de Rantzau: « Personne que je sache ne l’a pas encore (l’astrologie) entièrement descrite »

Cet ouvrage intéressera les astrologues du Xxe siècle puisqu’en 1947, le Traité des jugements des thèmes généthliaques sera réédité, dans la Collection des Maîtres de l’Occultisme ( volume IX de la collection) par Alexandre Volguine, aux Editions des Cahiers Astrologiques, à Nice, avec une introduction de Jean Hiéroz, spécialiste de Jean Baptiste Morin de Villefranche, auteur placé ainsi en vis à vis de Rantzau, bien que Morin ait commencé à publier alors que Rantzau était déjà mort. (sur Rantzau, voir J. P. Boudet, Le recueil ds plus célébres astrologues de Simon de Pharés, tome II, Paris, H. Champion, 1999, p.305) En 1946, Hiéroz avait notamment, publié chez Leymarie sa traduction latine d’un « livre » de l’Astrologia Gallica, le vingt-cinquième, consacré à l’Astrologie Mondiale et Météorologique. En fait, dès 1941, Hiéroz avait publié, aux éditions des Cahiers Astrologiques, un court volume comportant deux études: Manilius et la tradition astrologique et la Doctrine des élections de Morin de Villefranche.

Cette réédition est tronquée et abrégée de façon à mieux convenir aux attentes et aux besoins des astrologues du Xxe siècle; c’est ainsi que la première partie, pourtant brève, de cette « somme » est purement et simplement supprimée: « L’auteur donne ici quelques indications assez vagues sur les procédés de domification de Mont-Royal, de Ptolémée revu par Cardan, de Campanus, d’Alcabitius et enfin de Gauric: ces renseignements ont actuellemen pour nous peu d’intérêt, comblés que nous sommes à ce sujet par les beaux travaux de H. Selva sur la question. Nous passerons donc de suite à la deuxième partie ». Or, ces pages supprimées débutaient ainsi dans l’édition de 1657: « La première sorte est d’Abraham Avenesra ou de Montroyal », Montroyal étant Regiomontanus et Avenesra, Ibn Ezra. On faisait ainsi disparaître, en 1947, au lendemain de la Shoah, une importante référence au rôle d’un auteur juif médiéval dans l’histoire de la domification, qui, selon Rantzau, serait le lointain précurseur de Regiomontanus…. Citons une fois encore Hiéroz: « En présentant cet ouvrage, une des sommes traditionnelles les plus célébres des XVIe-XVIIe siècles, je prendrai tout d’abord la liberté de faire connaître le fonds de ma pensée sur cette astrologie scientifique (en laquelle, dans mes débuts, j’ai cru, comme beaucoup) et que depuis Choisnard on a tant opposé à l’Ancienne Astrologie ». Il semble en effet que nombre de présentateurs de textes du XVIIe siècle n’aient pas hésité à aborder des problèmes contemporains, sans craindre l’anachronisme.

Hiéroz ne mentionne nullement à cette occasion les Remarques Astrologiques du dit Morin, parues en 1654 et 1657 et qui constituent un « précurseur » de l’Astrologia Gallican, ouvrage que nous avons redécouvert puis publié en 1975, chez Retz, dans la Bibliotheca Hermetica dirigée par René Alleau. En fait, Hiéroz pense salutaire la « comparaison de Rantzau et de Morin », mais ici Rantzau fait fonction de repoussoir pour ce morinien convaincu qui pense que la dite comparaison  » éclairera les astrologues modernes sur l’état de la science astrologique quand les matérialistes du XVIIIe siècle, faisant suite aux rationalistes cartésiens (sic) du XVIIe ont brusquement mis arrêt pendant deux siècles à son millénaire développement ». Si Hiéroz ne s’en prend pas à Colbert, ce dont on ne peut que le louer (ce n’est pas le cas cinquante ans plus tard de B. Baudouin, Dictionnaire, op. Cit.;, p. 54 avec cette variante par rapport au fameux « édit »: « Colbert en interdisant finalement l’étude aux académiciens en 1666″, voir aussi p. 163 à la notice « Graindorge » où il est indiqué que cet auteur présenta devant l’Académie un traité d’astrologie, avec la recommandation du dit Colbert, point que nous avions signalé dans notre étude sur Bourdin (op. Cit) !), on ne peut qu’apprécier le caractère insolite de ce « brusquement » associé à « deux siècles »!

Apparemment, Hiéroz attribue, par inadvertance, la traduction française du traité latin de Rantzau à Alexandre Baulgite et non à Jacques Alleaume – dont P.E.A. Gillet a modernisé la langue – alors que Baulgite s’est contenté de traduire ce qu’il utilise pour ses Annotations. Le lecteur est induit en erreur puisqu’au début de l’édition de 1947, on nous propose ce qui semble être la page de titre d’origine mais qui a été sensiblement retouchée! Le nom d’Alleaume n’y figure plus et des développements sont sautés. Notons enfin que le titre de l’édition moderne est « Traité des Jugements des thèmes généthliaques » au lieu de « Traité Astrologique des jugements des thèmes généthliaques »..Il faudrait probablement traduire du latin « Traité Astrologique. Des jugements des thèmes généthliaques ».

Or, le Privilège daté de 1653 précise bien que Jacques Alleaume « ingénieur du Roy » en sera le traducteur sans mentionner le nom de Baulgite. Il est d’ailleurs possible que l’initiative de la publication française ait incombé au dit Alleaume. Dès lors, dans l’édition de 1947, le lecteur est enclin à croire que les Annexes sont de Rantzau, Baulgite étant réduit au statut erroné de traducteur de l’auteur danois alors qu’il n’est le traducteur que de sa propre compilation additionnelle. A ce propos, notons que Rantzau n’est lui-même l’auteur que d’annexes du Tractatus….Dans son adresse au lecteur, reproduite dans l’édition des Cahiers Astrologiques mais apparemment non prise en compte par Hiéroz qui n’est pas l’auteur de l’adaptation, il est précisé « j’ai trouvé cet ancien traité astrologique en ma bibliothèque (..) Je ne suis pas toujours d’accord en toutes choses avec l’auteur ancien de ce traité ». La troisième partie qui couvre 150 pages (pp. 243- 393) reproduit ce manuscrit. On voit quelle construction complexe se met ainsi en place, avec ses strates successives

A cette occasion, on aurait pu parler du Père Jésuite Jean François qui s’était acharné sur le dit Traité. Mais la connaissance qu’un Hiéroz (de son vrai nom Jean Rozières), astrologue-historien, avait de la production anti-astrologique française était plutôt limitée. Et nous n’avons pas droit, dans cette édition émanant cette fois du milieu astrologique et non du milieu académique, à une étude de l’astrologie dans les années 1650. Point de référence, donc, en prenant le problème par un autre bout, aux Vrayes Connoissances!

En 1998, on a réédité un ouvrage latin paru également en 1657, cette fois à Padoue, à savoir le Primum Mobile du moine Placido Titi, dit Placidus (Ed. FDAF, 1997, traduction de l’anglais de Claudine Besset Lamoine, avec des contributions de G. Bezza et R. Amadou). Ce texte est d’un genre bien différent de celui des aphorismes chers au public français de l’époque: il propose un nouveau référentiel concernant la domification – le système « Placidus » – tout en conservant littéralement la tradition textuelle – et il s’efforce au moyen d’une trentaine d’exemples (dont la capture de François Ier à Pavie en 1525 ou l’assassinat d’Henri IV, en 1610) de montrer que le décalage ainsi proposé, pour le calcul des directions primaires, directement lié à celui des maisons, est viable. Mais, ce faisant, en découplant l’interprétation des facteurs du thème de leur mode de calcul ne favorisait-on pas le recours à des procédés de tirage les plus divers, empruntant notamment aux méthodes divinatoires? En tout état de cause, il semble en effet, pour l’historien de l’astrologie, qu’il soit utile de prendre en compte les changements de modèles astronomico-cosmographiques proposés successivement alors que parallèlement se maintient, contre vents et marées, un discours astro-symbolique, véhiculé par les supports les plus variés. 
 

L’aphorisisation de l’astrologie judiciaire

En dépit de ce qui se passa ou ne se passa pas en 1654, la production astrologique battait son plein en cette année 1657 qui vit la traduction française d’un Traité déjà bien ancien puisque datant de 1602 et en outre constituant une anthologie de textes… Ne faut-il pas d’ailleurs voir un signe de sclérose dans ce mouvement de traductions qui affecta également l’oeuvre de Ptolémée, avec en 1652 le Commentaire du Centiloque (le centiloque étant une série (centurie) de cent aphorismes) par Nicolas Bourdin? D’autant que toujours en 1657 paraissait un recueil d’ aphorismes astrologiques chez Pierre Ménard qui publiait également une nouvelle édition des Remarques Astrologiques, d’abord parues en 1654 chez l’auteur et qui, elles-mêmes, s’articulent autour du Centiloque. Or, avec les Aphorismes d’astrologie tirées de Ptolomée, Hermes, Cardan, Monfredus & plusieurs autres, traduits en français par I. N. Corve. Et augmenté d’une Préface de la vraye Astrologie par L. Meyssonnier. On en connaît deux éditions pour cette même année 1657, l’une à Paris, chez Jean Pocquet, l’autre à Lyon, chez Michel Duhan, le premier mot du titre annonce la couleur: Aphorismes! (Sur Ptolémée, J. B. Morin, H. Rantzau, L. Meyssonnier, A. Ferrier, Abraham Ibn Ezra etc, voir les notices de Bernard Baudouin, Dictionnaire de l’astrologie, op. cit.)

Comment expliquer un tel engouement pour ce genre particulier qu’est celui de l’aphorisme, dont le Centiloque est le prototype? Il y a nécessairement un public pour cela, faute de quoi les libraires ne s’y risqueraient point! Il y a bien une mode des aphorismes astrologiques tout comme il y a une mode des pamphlets anti-astrologiques et on se doute qu’il y ait là dialogue de sourds entre anathèmes et aphorismes, entre réquisitoires et recettes!

Il faut y voir, selon nous, justement un changement de public et peut être la faveur auprès des femmes qui deviendra un trait dominant de la divination aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est ainsi que les « Aphorismes » de 1657 sont dédiés à Madame Souveraine de Dombes, duchesse de Montpensier. Qui dit aphorismes, en effet, dit peu ou prou livre de recettes. Deux cas de figures: soit on part d’une position qui fait sens au niveau de la technique astrologique, soit on part d’une situation qui fait partie du quotidien de la plupart des hommes mais dans les deux cas, des aphorismes sont fournis qui permettent un discours oraculaire à partir d’un déchiffrage du thème natal. Autrement dit, la vogue de l’aphorisme astrologique serait comparable, à trois siècles de distance, à celle de l’astrologie par ordinateur (type Astroflash) à partir de la fin des années 1960, l’interprétation se réduisant à une juxtaposition de formules qui ne permet guère de synthèse. Le livre de sentences est en fait l’inverse du manuel d’astrologie. La littérature astrologique didactique est censée enseigner comment on dresse un thème et exposer les principes généraux de l’astrologie tandis que le recueil d’aphorismes relève d’une astrologie prête à consommer, « surgelée » qui permet à un certain public d’y goûter, c’est donc une forme caractérisée de vulgarisation. Hiéroz définit fort bien dans son introduction au Traité édité- au sens anglais du terme, par Rantzau, ces « aphorismes si à la mode aujourd’hui et qui tendent à doter l’astrologie de procédés analytiques évidemment commodes mais contraires à l’esprit synthétique qui doit animer tout véritable astrologue ».

Mais il existe une autre explication qui tient à l’importance des aphorismes dans le domaine de la médecine et de l’alchimie (chymie). Le terme « aphorismes » évoque notamment Hippocrate. En 1661, reparaissent les Oeuvres du R. P. Gabriel de Castaigne tant médicinales que Chymiques (…) À quoy sont adioutez les aphorismes basiliens » (Paris, Laurent d’Hourry). Tout comme Alexandre Baulgite avait ajouté au Traité de Rantzau des Aphorismes et Annotations, de même, à la somme de l’évêque Gabriel de Castaigne, qui appartient comme le Danois au début du siècle sinon à la fin du précédent, J. B. de la Noue croit bon d’ajouter des sentences inspirées de Basile Valentin. Le champ ésotérique en ces années 1650/1660 est truffé d’ aphorismes dont on peut penser qu’ils dénotent une certaine sclérose, l’existence d’un savoir qui tend à se figer et à se répéter, faute de disposer de penseurs d’envergure capables de déstabiliser et de décrédibiliser le discours dominant. On peut même se demander si de tels recueils n’étaient pas ouverts au hasard pour produire des oracles! C’est justement pour démystifier de tels aphorismes que le Père de Billy se serait efforcé, dans son Tombeau, de révéler les principes qu’il jugeait absurdes qui les sous-tendaient, un peu comme fera, près de deux siècles et demi plus tard, en 1899 un Bouché Leclercq, dans son Astrologie Grecque.

Autrement dit, la critique pour être profitable doit venir de l’intérieur plutôt que de l’extérieur et celle que nous voyons se déployer, notamment en milieu jésuite, est bel et bien externe. Il semble bien que Kepler n’ait exercé qu’une influence marginale sur la pensée astrologique du XVIIe siècle et que l’astrologie a continué son chemin comme si de rien n’était. Voilà qui pose le problème de la dialectique entre l’avant-garde et la société dont elle a en quelque sorte la charge : face à Morin de Villefranche dont l’Astrologia Gallica paraît, à La Haye, en 1661, après sa mort, et qui, au demeurant, on l’a vu, affronte Bourdin, il y a un milieu astrologique quelque peu desséché et qui n’est pas irrigué par son élite. Or, si à un certain stade, il n’y a pas symbiose entre toutes les parties concernées, il y a péril en la demeure! 
 

L’ersatz géomantique

Bientôt, à ce jeu là, on n’aura même plus besoin d’astrologie pour servir un tel repas: on se contentera de géomancie à la façon d’un pseudo Gérard de Crémone, alias Gérard de Sabionetta, auteur d’une Géomance Astronomique, traduite par le sieur de Salerne (1661, Paris, J. Gandouyn, Reed. Cahiers Astrologiques, 1946).

Ainsi, après la guerre, Alexandre Volguine, par ailleurs directeur des très orthodoxes Cahiers Astrologiques, ne trouve rien de mieux que de publier, à Nice, ce texte en tête de sa collection « Les maîtres de l’occultisme », lui qui, en 1941, avait rééditer les Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph Moult (1608), autre ouvrage dont le caractère astronomique sinon astrologique est assez spécieux, que l’éditeur rapproche de Nostradamus. Il semble que Volguine soit alors passé par une période de scepticisme par rapport à l’astrologie.

On peut, d’ailleurs, se demander si un ouvrage comme la Géomance Astronomique ne relève pas d’une forme d’anti-astrologie, dont on n’a pas assez souligné l’impact, tout comme l’est, à un tout autre niveau le réformisme astrologique d’un Kepler. Dans son introduction, l’auteur ne reconnaît-il point – on citera dans l’adaptation tronquée de Volguine – que « l’astronomie est une science trop longue et trop difficile pour pouvoir en tirer un jugement convenable. Les yeux de l’Entendement ont de la peine d’en regarder seulement une partie et peu de personnes sont aujourd’hui capables d’en faire de vraies prédictions. Nous avons composé cet ouvrage et lui avons donné le nom de Géomancie astronomique pour enseigner avec moins de travail et de peine la manière de bien juger car dans cette science, il n’est pas nécessaire d’observer l’Ascendant, ni l’heure de naissance comme il se pratique dans l’Astrologie ». A noter que l’ouvrage, dans sa traduction française à partir de l’italien, connut deux préfaces, l’une datée de 1661, dédiée à Mazarin (cote BNF V 21847) et l’autre, parue, après la fameuse année 1666, en 1669, dédiée à Gaspard Marie Crollalanza de l’ordre des Révérends Pères Théatins (cote BNF V 21850). Entre temps, la géomance astronomique est devenue, on ne sait trop pourquoi, la géomancie astronomique! Ainsi, l’astrologie aurait-elle périclité en ce qu’elle était « trop longue » pour ses utilisateurs tout autant sinon plus qu’en raison de son discrédit scientifique! 
 

Conclusion

Il n’est pas sans intérêt de relever le fait qu’un traité hostile à l’astrologie ait pu faire une seconde carrière, sept ans plus tard, sous un autre nom, en tant, en quelque sorte, qu’exposé de la doctrine astrologique.

Entendait-on « piéger » le public en lui proposant une présentation circonstanciée de l’astrologie, avec le label Descartes, alors qu’il s’agissait d’une mise en cause de celle-ci conduite par un Père Jésuite? Il y a là pour le moins quelque duplicité et on ne peut exclure que les Jésuites eux-mêmes n’y aient prêté la main.

Le gros traité du Père Jean François, en ses deux éditions de 1660 et 1667, nous apparaît, on l’ a dit, comme l’ultime somme antiastrologique de langue française. Désormais, les attaques contre l’astrologie seront en effet réduites à quelques pages lorsqu’elles paraissent isolément et à un chapitre ou deux au sein d’un ensemble recouvrant un sujet plus vaste que la seule astrologie, comme la question des superstitions. On ne pourra plus apprendre l’astrologie en lisant un traité d’anti-astrologie!

Force est de constater que Lynn Thorndike ne lui a pas accordé, dans son History of Magic, la place qu’il méritait à divers titres. En fait, Thorndike n’a pas soupçonné que le Père Jean François avait consacré plus de 250 pages à pourfendre l’astrologie. Mais il est vrai qu’à lire Thorndike, on est conduit à tout ignorer d’un homme qui a laissé un traité d’astrologie – au sein des Tableaux des Philosophes, qui est probablement le dernier du genre à avoir été imprimé avant que l’astrologie française ne tombe dans les délices de la divination, à savoir le baron de Saint Georges, Eustache Lenoble, ce grand absent, qui eut convenu à cette « last decade » qui est l’intitulé du dernier chapitre (XI) de toute l’oeuvre de Thorndike. Entre un Père Jésuite Jean François et un Eustache Lenoble que nous avons tous deux exhumés (cf notre étude sur la réédition partielle du traité d’astrologie de Lenoble par les soins d’Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle) se situent les limites du talent d’investigation de l’historien américain. Pourtant, Thorndike s’est intéressé à Pierre Bayle et à ses Pensées sur la Comète. Or, dans cette série de textes (Addition, Continuation) dont le prétexte était la comète de 1680, le penseur réformé évoque la réputation du baron du fait de son traité d’astrologie, ce qui lui faisait désespérer, à tort, de la voir jamais tomber en défaveur durable.

Bachelard n’en avait pas moins réfléchi par ailleurs, mais plus sur le plan anthropologique que philologique, à l’émergence de l’astrologie quand il écrivait -on l’a déjà rappelé – que le Zodiaque est le « test de Rohrschach de l’Humanité enfant ». Mais faut-il considérer cette formule comme concernant l’astrologie? Ce serait là comme un cadeau empoisonné! En effet, la question est de savoir si le symbolisme zodiacal relève ou non du champ de l’astrologie au niveau herméneutique. Il nous semble qu’il y a là une forme de décadence de l’astrologie savante du fait d’un syncrétisme avec une astrologie populaire. 

Iconographie 

 

1649. Lettre du R. P. N. Caussin<br /><br />
sur la curiosité des Horoscopes. 1649. Responce en faveur de l'astrologie à la lettre<br /><br />
du R. P. N. Caussin.
1649. Lettre du R. P. N. Caussin sur la curiosité des Horoscopes. Outre cette lettre pamphlétaire, ce Père Jésuite est l’auteur de plusieurs textes contre l’astrologie, mais qui traitent de bien d’autres questions, ils seront traduits en diverses langues (cf. le CATAF), notamment la Cour Sainte qui suivra de peu et qui est annoncée dans la Lettre. Caussin précéde, sur ce créneau, un autre Jésuite, le Père Jacques de Billy. 1649. Responce en faveur de l’astrologie à la lettre du R. P. N. Caussin. L’auteur pourrait en être Nicolas Bourdin, qui avait alors déjà publié sa traduction du Tétrabible de Ptolémée (1640) vu que la lettre est signée « De V. »; ce qui pourrait correspondre au fait qu’il était Marquis de Vilennes. Cette polémique annonce celle qui va opposer, dans les années 1650 Jean-Baptiste Morin dit de Villefranche à Pierre Gassendi.

 

1657. Traité astrologique des Jugements des<br /><br />
thèmes généthliaques de Rantzau. 1657. Aphorismes d'astrologie.
1657. Traité astrologique des Jugements des thèmes généthliaques de Rantzau. Pierre Ménard publie cette traduction française d’une compilation latine déjà ancienne par Jacques Aleaume, et essentiellement constituée d’aphorismes. On notera l’intitulé « jugemens des themes généthliaques pour tous les accidens qui arrivent à l’homme après sa naissance ». Ce type de traité permettait de lire un thème mais ne fournit pas de méthode pour les calculs. Il est possible que l’on se faisait dresser le thème- chose alors assez laborieuse – par un spécialiste… 1657. Aphorismes d’astrologie. Autre ouvrage traduit par A. C(orve) paru en 1657, avec une Préface de Lazare Meyssonier. Le titre même de l’ouvrage trahit le caractère compilatoire de l’oeuvre et le fait que figurent, sur la page de titre, les noms de Ptolémée et de Cardan est probablement un argument de vente.

 

1657. Remarques Astrologiques de Morin. 1657. Le tombeau de l'astrologie judiciaire de Billy.
1657. Remarques Astrologiques de Morin. Morin avait édité à ses frais une première édition en 1654 car il était aussi éditeur. La seconde édition paraît chez Pierre Ménard, en cette année 1657. Encore une fois, le nom de Ptolémée figure sur la page de titre. Dans cet ouvrage Morin, Professeur au Collége Royal (qui deviendra notre Collège de France) y polémique avec Gassendi mais surtout avec son confrère Nicolas Bourdin qui a sorti en 1652 un commentaire du Centiloque que Morin n’apprécie guère. D’ailleurs, Ptolémée est surtout connu alors à travers les aphorismes du Centiloque bien que sa paternité en soit contestée. Ces Remarques annoncent l’Astrologia Gallica, qui paraîtra en 1661, après la mort de l’auteur.  1657. Le tombeau de l’astrologie judiciaire de Billy. Toujours en 1657, faisant contrepoids à ces recueils d’aphorismes, un « pavé » de plus de 200 pages dirigé contre l’Astrologie Judiciaire par un Jésuite connu par ailleurs pour ses travaux scientifiques. Ce qui montre que la polémique bat son plein et que le public n’y est pas indifférent. En fait, on pourrait dire, sans trop d’exagération, que la lecture du Tombeau peut constituer une forme d’initiation à l’astrologie tant son auteur en fait une exposition circonstanciée, pensant que cela suffit à la ridiculiser.

 

1660. Traité des Influences Célestes. 1667. Les véritables connoissances des influences<br /><br />
célestes.
1660. Traité des Influences Célestes. Ce volumineux traité d’un troisiéme Jésuite, le Père Jean François paraît à Rennes, en Bretagne, dans une ville qui avait été depuis peu le lieu de publication du Fatum Universi d’un Capucin, le Père Yves de Paris, dont Henry de Boulainvilliers parlera, vers 1700, dans son oeuvre astrologique. Cet ouvrage avait déplu en haut lieu en raison de pronostics visant notamment l’Angleterre. On est alors sous Mazarine et Louis XIV est encore bien jeune, au sortir de la Fronde. Rappelons aussi qu’en 1654, on avait annoncé les terribles effets d’une Eclipse, ce qui avait d’ailleurs contribué au discrédit des astrologues. 1667. Les véritables connoissances des influences célestes. Le même traité va reparaître six ans plus tard, cette fois à Paris, sous un autre titre et attribué à un autre auteur, R. Decartes. Il nous semble à peu près certain que c’est bien René Descartes qui est ici visé avec ou sans la complicité des Jésuites dont il avait été l’éléve. En quelque sorte, cet ouvrage est à la fois un plagiat de la somme antiastrologique de Jean François et une contrefaçon du Monde de Descartes!

 

1664. Le Monde de Descartes. 1672. L'Harmonie Céleste de Fayol.
1664. Le Monde de Descartes. Entre 1660 et 1667 est en effet paru, le Monde de Descartes, donc après sa mort. Cela contribue à mettre celui-ci à la mode et explique que certains aient été tenté de laisser croire que Descartes avait pu laisser un tel ouvrage dans ses papiers… Rappelons, en effet, qu’à la suite de la condamnation de Galilée, en 1633, Descartes avait reporté la publication de son oeuvre relative aux choses célestes. Un Claude Gadroys publiera en 1672 un discours sur les influences célestes qui constitue une astrologie revue selon les principes cartésistes. 1672. L’Harmonie Céleste de Fayol. En 1672, alors que l’Académie Royale des Sciences a été fondé par Colbert en 1666 – sans que cela ait immédiatement provoqué le rejet de l’astrologie! – Fayol, prieur de Nostredame de Donges (non loin de Nantes), encore un écclésiastique, s’en prend à Descartes dont il prétend  » discerner les erreurs », ce qui montre bien à quel point le philosophe se trouve, post mortem, au coeur du problème astrologique. Fayol n’emploie pas dans son titre le mot « Astrologie » et lui préfére celui d’ »influence des astres ».

 

1661. Gabriel de Castaigne. 1661. Géomance astronomique.
1661. Gabriel de Castaigne. Jean d’Houry qui publiera en 1672 l’Harmonie Céleste de Fayol, fortement marquée par le médical, avait publié dès 1661 les oeuvres médicales et alchimiques d’un écclésiastique, le Révérend Père Gabriel de Castaigne. On notera surtout que l’ouvrage comporte des « aphorismes basiliens », à une époque où les compilations de sentences astrologiques, dans le style du Centiloque, se multiplient. La production ésotérique goûte alors le genre des recettes (étymologiquement: recevoir, donc transmission) de cuisine. 1661. Géomance astronomique. Décidément, l’astrologie axée sur l’astronomie n’est-elle pas trop compliquée, se demande le sieur de Salerne, dans son introduction. D’ailleurs, le corpus astrologique, avec ses aphorismes, ne pourrait-il s’adapter à des modes de tirage plus accessibles et n’exigeant pas le recours aux éphémérides? On bascule ainsi, vers une astronomie fictive mais qui n’en permettra pas moins une « parfaite intelligence des horoscopes » et qui l’emportera définitivement au siècle suivant, s’appuyant désormais sur la curiosité féminine…

 Bibliographie

  • Bachelard, G., « Un livre d’un nommé R. Decartes », Archéion, Vol. XIX, 1937
  • Baudouin, B. Dictionnaire de l’astrologie, Paris, Ed de Vecchi, 2000
  • Drévillon H. Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610-1715), Champvallon, 1996.
  • Eymard, J. « Un Livre Curieux de la Bibliothèque Municipale de Rennes. L’Astrologiae Nova Methodus » du P. Yves de Paris (1503-1678) », Annales de Bretagne, XLIV, 1937
  • Grenet, M. La passion des astres au XVIIe siècle, Paris, Hachette, 1994
  • Guinard, P. Le Manifeste, http://cura.free.fr/01qqa1.html, CURA, 1999
  • Guinard, P. « Eustache Lenoble », http://cura.free.fr/docum/10lenob.html, CURA, 2001
  • Halbronn J. Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de Bourdin (1640-1651), avec le Commentaire du Centiloque par Bourdin Paris, Editions Trédaniel, 1993.
  • Halbronn, J. Recherches sur l’Histoire de l’astrologie et du Tarot, avec l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Trédaniel, 1993
  • Halbronn, J. Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français (CATAF), http://cura.free.fr/docum/10catAB.html, CURA, 2001
  • Halbronn, J. « L’Empire déchu ou l’Astrologie au XVIIe siècle » Politica Hermetica, n°11, 1997.
  • Halbronn J, Ed. De J. B. Morin, Remarques astrologiques sur le Commentaire du Centiloqude Nicolas Bourdin, Paris, Retz, 1976.
  • Halbronn J. « Pierre Gassendi et l’astrologie judiciaire. Approche bibliographique » in Pierre Gassendi (1592-1655), Actes du Colloque International, Digne, Annales de Haute Provence, n°s 323-324, 1995
  • Halbronn J. « La résurgence du savoir astrologique au sein des textes alchimiques dans la France du XVIIe siècle, Colloque Aspects de l’Alchimie au XVIIe siècle, Dir. F. Greiner, Université de Reims, 1998.
  • Halbronn J. « Le Manuscrit 7321A de la Bibliothèque Nationale de France et le texte de l’édition critique des textes pseudo-hippocratiques », Louvain La Neuve Bulletin de Philosophie Médiévale, n°38.
  • Halbronn, J., « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology », in Astrology, Science and Society, Historical essays, Dir. P. Curry, Woodbridge, Boydell Press, 1987
  • Haran A. Y. Le Lys et le globe. Messianisme dynastiques et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Champvallon, 2000
  • Hiéroz, J. Ed. Traité des Jugements des thèmes Généthliaques de Rantzau, Nice, Editions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1947
  • Labrousse E. L’Entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse de Soleil du 12 Août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974.
  • Thorndike, L. A History of Magic and Experimental Science, Vol. VII & VIII, The seventeenth Century; New York, Columbia University Press, 1958.
  • Withmore, M. P. J. S. A Seventeenth Century Exposure od Superstition, Selected texts of Claude Pithoys (1587-1676), La Haye, Nijhoff, 1972

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Astronomie et chronologie. Isaac newton et l’école précessionnelle française

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Astronomie et chronologie: Isaac Newton et l’école précessionnelle française 
par Jacques Halbronn

Introduction

« En général, il parut à Newton que le monde était de cinq cents ans plus jeune que les Chronologies ne le disent; il fonde son idée sur le cours ordinaire de la nature et sur les observations astronomiques.(…) Les Anciens (..) composèrent leur grande année du monde, c’est à dire la révolution de tout le Ciel d’environ 36000 ans. Mais les Modernes savent que cette révolution imaginaire du Ciel des étoiles n’est autre chose que la révolution des pôles de la terre, qui se fait en 25900 années (…) Je ne sais si ce systéme ingénieux fera une grande fortune (…) Peut être les savants trouveraient-ils  que c’en serait trop d’accorder à un même homme l’honneur d’avoir perfectionné à la fois la Physique, la Géométrie et l’Histoire; ce serait une espèce de Monarchie Universelle dont l’amour-propre s’accommode malaisément. » (Voltaire,  XVIIe Lettre Philosophique, 1728) 
 

Quand on étudie les sources d’un texte ésotérique, il faut parfois aller chercher en dehors du champ ésotérique proprement dit (cf notre article sur l’Esotérisme, sur ce même site). Dans le cas de la précession des équinoxes, le concept d’ésotérisation que nous avons introduit semble bien opérer puisque la piste nous a conduit jusqu’à Newton (1642-1727), auteur notamment de travaux consacrés à la chronologie, sans rapport direct avec l’astrologie judiciaire. On avait déjà montré le rôle posthume d’une autre grande figure de la science occidentale, René Descartes (1596-1650), à la fin du XVIIe siècle (cf notre étude sur Bachelard, sur ce site) dans le débat sur l’influence des astres. En ce sens, ces deux études, qui impliquent Descartes et Newton, se complètent. Il semble bien que l’oeuvre de ces deux auteurs, après leur mort, ait influé, sur l’importance accordée aux phénomènes célestes et aient été ainsi récupérés par les partisans d’une relation plus affirmée entre le ciel et les hommes, par ce que nous avons appelé un processus d’ésotérisation de données « exotériques ».

En ne prenant pas en compte cette dimension, les précédents historiens de la précession des Equinoxes – comme Robert Amadou (voir son étude sur la Précession des équinoxes, in Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, cf infra)- n’ont pas su remonter jusqu’au physicien anglais pour expliquer l’origine, localiser la source, de la vogue du précessionalisme à l’époque contemporaine. Il s’avère que Dupuis, s’il est une source importante du précessionalisme contemporain eut lui-même des précurseurs que ne signale pas une M. F. James.(Les précuseurs de l’ère du Verseau) A la fin du XIXe siècle, un autre anglais, parfaitement inconnu des spécialistes, l’ingénieur Thomas Brunton, qui fut, comme Newton, largement publié en français, passionné de chronologie ancienne comme Newton, nous apparaît comme un chaînon important, quoique négligé, du précessionalisme français à la fin du XIXe siècle. Cela dit, il ne s’agit nullement de mésestimer l’apport d’un Charles-François Dupuis et de sonOrigine de tous les Cultes dans la mise en orbite de la question des ères zodiacales.

Précisons que les historiens patentés de l’astrologie ne couvrent généralement pas le cours du XIXe siècle et encore moins sa fin si bien que ce domaine reste finalement encore assez mal balisé, parfois moins bien que le sont les XVIe ou XVIIe siècles (cf nos études sur ce site), ce qui autorise à parler assez vaguement d’une « renaissance » de l’astrologie en France à la fin du XIXe siècle.

Dans le cas de la question des ères précessionnelles, on pensait jusqu’à présent que rien n’était paru en France pendant la seconde moitié du XIXe siècle, les travaux d’un Dupuis, pourtant constamment réédités, n’y auraient point eu de suite alors que le Zodiaque de Dendérah (longtemps conservé dans une salle de la Bibliothèque Royale, rue de Richelieu, avant d’être transféré définitivement au Louvre, à proximité) avait occupé les esprits pendant des décennies, avant et après l’Expédition d’Egypte et notamment pendant la Restauration. (cf S. Cauville, Le Zodiaque d’Osiris,Louvain Peeters, 1997; F. L. Lauth, Les Zodiaques de Dendérah, Munich, 1865, BNF, A. Slosman, Le Zodiaque de Dendérah, 150 ans avant J. C. Ou 120.000 ans?, Monaco, Le Rocher, 1980), question qui est; en effet, directement liée à la question de la précession.

Nous avions notamment publié le tableau chronologique du Français De L’Aulnaye (cf notre étude sur « Astrologie et Histoire des religions » sur ce site et La vie astrologique, il y a cent ans) qui pointait, sous la Révolution, le passage vers le Verseau au milieu du XVIIIe siècle (cf documents in fine). Et on passait ensuite….à 1937, avec l’Ere du Verseau de Paul Le Cour (cf notre étude sur ce site « les Astrologues saisis par le politique ») acclimatant les travaux anglo-saxons dans une France astrologique devenue tropicaliste depuis Choisnard et Fomalhaut (alias Nicoulaud), et qui antérieurement avait divorcé d’avec l’astronomie tout au long des XVIIIe et XIXe siècles.

Une telle représentation est irrecevable: on a vu que le Zodiaque de Dendérah et ses enjeux chronologiques avaient eu un certain impact, certes en dehors des milieux occultistes. Il semble bien que parallèlement à une école onomantico-cabalistique cherchant à s’émanciper du référentiel astronomique (cf notre travail sur Etteilla et l’Astrologie du Livre de Toth), et qui d’ailleurs influera sur l’émergence de l’art abstrait (cf notre étude « Esotérisme philosophique, ésotérisme sociétal », sur ce site), il ait existé quelques amateurs recourant aux tables planétaires publiées par les astronomes, sans que cela ait l’ampleur, bien entendu, de ce qui se passait alors Outre Manche. La pratique de ces documents astronomiques explique probablement en partie que le sidéralisme ait prévalu, un temps, sur le tropicalisme. 
 

Le systéme stellaro-planétaire ( SP)

La présente étude ne concerne pas au demeurant seulement certains aspects de la présence astrologique aux XVIIIe-XXe siècles, elle nous conduit à réfléchir sur l’astrologie antique, puisque, au demeurant, les auteurs étudiés se référent en permanence au Ciel des Anciens mais aussi, d’une certaine façon, aux perspectives de la recherche astrologique, tant au niveau historique qu’au niveau critique..

Il y a quelques années, nous avions signalé (La vie astrologique il y a cent ans, Paris; Trédaniel, 1992) le cas d’Henri Lizeray qui était l’expression d’une astrologie assez particulière à la fois du fait que son travail concernait un ensemble de poètes français, du XVIIe au XIXe siècle, et ce avant les travaux de Choisnard, et à la fois parce qu’il recourait à des éléments sidéralistes. On pouvait dès lors se demander si Henri Lizeray était le seul chercheur de la fin du XIXe siècle à s’intéresser aux étoiles alors que les spécialistes actuels du sidéralisme ne semblaient pas avoir conduit une telle investigation sur cette période, tant ceux prônant une approche sidéraliste du thème astral (J. Dorsan, Marie Delclos, Denis Labouré, etc) que ceux travaillant sur la question des ères précessionnelles au XXe siècle (Paul Le Cour, Robert Amadou, Evelyne Latour, etc) On nous objectera peut-être que ce sidéralisme français de la fin du XIXe siècle n’a pas eu grand impact. Or, si le précessionnalisme d’un Brunton annonce celui d’un Le Cour, le stellaro-planétarisme d’un Lizeray, pour sa part, a lui aussi un écho au XXe siècle et plus précisément en son extrême fin tout en n’ayant jamais cessé de sourdre, comme on essaiera de le montrer..

De fait, l’intérêt accordé aux ère précessionnelles par les astrologues tropicalistes, dans le cours du XIXe siècle – auparavant, cela n’intéressa, à la fin du XVIIIe siècle, que des historiens de religion qui ne sauraient être assimilés à des astrologues – introduit une dimension stellariste dans leurs représentations, d’autant qu’ils combinent, éventuellement, le thème natal avec l’arrière plan précessionnel, d’où une dualité, une dialectique, entre un plan jugé fixe -on sait que ces étoiles ne sont pas « vraiment » fixes – qui est celui des étoiles et un plan mobile qui est le mouvement précessionnel. On retrouve bel et bien ce faisant la structure d’une horloge et Le Cour, d’ailleurs, dans Atlantis, puis dans l’Ere du Verseau,recourt au dessin d’une horloge avec ses aiguilles pour s’expliquer.(cf notre étude sur ce site: « Les astrologue saisis par le politique »)

Notons que le débat quant au début d’une ère est lié au fait que la frontière entre constellations est arbitraire (cf le Manifeste de Patrice Guinard, sur ce site). D’un côté, on a affaire à une frontière virtuelle calculée, tant chez les tropicalistes que chez les sidéralistes, à partir d’un point alpha, de l’autre, il est question d’étoiles aspectées par des planètes ou par tel ou tel autre paramètre et l’on peut calculer le moment où l’aspect se forme avec précision.

L’astrologie stellaro-planétaire met en rapport deux astres réels, matériels, une planète et une étoile et non un élément fictif et un astre réel. Or, l’on peut penser que si les hommes se sont accoutumés à réagir, selon des automatismes, aux configurations stellaro-planétaires, c’est parce que cela concerne un monde visible à l’oeil nu et non une construction intellectuelle.

Il reste que nous avons là affaire, pour les spéculations sur le point vernal, à la mise en place de coordonnées spatio-temporelles: d’une part un découpage de l’espace en douze secteurs de trente degrés, à partir ou à proximité d’un certain point stellaire car même le tropicalisme se projette quelque part dans le ciel et de l’autre un découpage du temps s’articulant autour de la Grande Année précessionnnelle de 25920 ans, en 12 unités de 2160 ans. On arrive ainsi à un rapport approximatif de 1 à 7 (30° pour un peu plus de 2100 ans). Le zodiaque apparaît dès lors comme une sorte d’alphabet de douze signes qui permet de baliser le temps et l’espace à partir de tous les repères possibles, le problème étant le choix, plus ou moins arbitraire, de l’étoile ou de l’année de départ, les deux questions étant, d’ailleurs, en pratique, nécessairement liées. Le stellarisme, pour sa part, n’est pas en quête d’un tel dispositif ou du moins n’en tire aucune interprétation à caractère astrologique, que ce soit pour le diagnostic ou le pronostic. Les étoiles fixes n’ont, d’ailleurs, pas totalement disparu du thème natal (cf V. Robson, The fixed stars and constellations in astrology, 1923, Trad. française: Les étoiles fixes et les constellations en astrologie, intr. D. Labouré Ed. ¨Pardés, 1991), bien qu’on leur préfère notamment les degrés monomères dont l’origine est d’ailleurs probablement liée aux constellations. Mais dans la pratique contemporaine des étoiles fixes, celle-ci n’ont pas le monopole des aspects avec les planètes et on cela n’empêche pas d’étudier les aspects entre planètes, ce qui est contraire au principe stellaro-planétaire, selon lequel l’aspect est ce qui relie planète et étoile fixe.(cf P. Chacornac, étude, in revue Astrologie,Paris, Chacornac, 1935).

On pourrait parler d’un processus de zodiacalisation - si l’on entend par là un découpage en douze secteurs égaux qui absorberait, en quelque sorte, toute autre subdivision, depuis les étoiles fixes jusqu’aux décans et qui n’aurait somme toute préservé que les dipositifs traitant des rapports planètes/signes (domiciles, exaltations). Or, le zodiaque est au départ moins un contenu qu’un contenant, une enveloppe, un cadre. La division des ères selon les constellations est typique de la zodiacalisation. Privilégier le contenant sur le contenu reviendrait, au fond, à ne considérer que l’apparence des choses. En fait, quand on rapproche les théories de Dupuis de celles de Newton, sur les questions de chronologie et d’étoiles, on est frappé par leur caractère extraordinairement simpliste et réducteur.

Au Moyen Age, le stellarisme a droit de cité, comme le note Juliette Du Rouchet, ( « L’Ere du Verseau et la fin de l’âge de la Lune », dans l’ANEV), s’appuyant sur notre édition de 1977, parue dans la Bibliotheca Hermetica, chez Retz, du Commencement de la Sapience des signes, » Abraham Ibn Ezra indique clairement que l’astrologie utilisée alors était loin de se laisser enfermer dans le zodiaque et ses planètes ».

François Villée, hostile au sidéralisme, utilise également notre édition d’Ibn Ezra (Précession des équinoxes et pratique de l’astrologie, Paris, Ed. Traditionnelles, 1985, pp.. 37-43) tout en réussissant à ne pas citer notre nom, alors qu’il reproduit non seulement de larges pans de notre traduction mais aussi nos commentaires et notre introduction

Toutefois, au lieu d’étudier les aspects entre planètes et étoiles, l’astrologue juif espagnol, à l’instar du Tétrabible, décrit les étoiles en combinant des tonalités planétaires mais on peut raisonnablement supposer que si une planète aspecte une étoile d’une nature qui lui convient, cela est bénéfique et vice versa. Le chapitre I du Commencement de Sapience ainsi que le chapitre I du Livre des Fondements, qui en est le commentaire, mettent en évidence un certain stellaro-planétarisme. Il importe peu ici que les constellations soient de longueur inégales puisque ce qui compte ce sont les aspects aux étoiles, les constellations ne constituant qu’un repérage utile, étant entendu que les planètes sont situées en dessous des étoiles réputées immobiles.

Une des raisons de la désuétude des étoiles fixes tient au fait qu’elles n’appartiennent pas à notre système solaire. Or, l’astrologie contemporaine de la seconde moitié du XXe siècle, notamment avec J. P. Nicola, s’est construite autour de l’idée selon laquelle les étoiles ne constituaient pas un ensemble pertinent à la différence du système solaire. Pour Nicola, il faut chasser le sidéralisme pour fonder une « astrologie moderne ».(cf son essai de 1977, paru au Seuil)

Il est un fait que d’une part les constellations réunissant des étoiles relativement proches quand on observe le ciel depuis la Terre – et qui ne relèvent d’ailleurs pas du stellaro-planétarisme – sont des structures artificielles et que d’autre part, les étoiles fixes, en elles-mêmes, ne forment pas, entre elles, un champ d’un seul tenant, puisque émanant de divers espaces.

Or, le stellaro-planétarisme n’a nullement besoin d’affirmer que ces étoiles ont la moindre vocation en soi à concerner les terriens ou qu’elles constituent un ensemble pertinent avec le système solaire. Le critère de visibilité suffit dans la mesure où de toute façon on est un dans un cas d’instrumentalisation, c’est à dire que l’on utilise le ciel comme un code ou plutôt qu’on en fait un code, et ce tout à fait arbitrairement.(cf notre théorie dans Histoire de l’astrologie, Paris, Artefact, 1986)

Le stellaro-planétarisme ne saurait être assimilé au sidéralisme. En tout état de cause, il n’est pas concerné par le débat sur la précession des équinoxes puisqu’il ne s’intéresse pas au symbolisme zodiacal, ni de près, ni de loin.

On peut considérer que les sidéralistes, en accordant de l’importance à une certaine étoile d’une certaine constellation, à partir de laquelle ils découperont l’écliptique en douze, pratiquent une forme de stellarisme mais ils ne privilégient pas pour autant les aspects des planètes à ce point vernal; On ne peut donc dire qu’ils pratiquent le stellaro-planétarisme, même s’ils placent les planètes dans les secteurs ainsi découpés et dérivés de l’étoile matricielle. Curieusement, en effet, les sidéralistes ne s’intéressent pas spécialement aux étoiles fixes et ne privilégient aucunement les aspects entre planètes et étoiles.

En tout état de cause, les positions des astrologues sidéralistes sont le témoignage d’une certaine insatisfaction, l’intuition d’un manque, d’un décalage. La réponse qu’ils fournissent n’est probablement pas la bonne, mais elle « brûle », puisqu’elle n’en dirige pas moins notre attention vers les étoiles (cf Dorsan, Retour au zodiaque des étoiles, Paris, Dervy, 1980). Toutefois, en restant figés sur une étoile de la constellation du Bélier pour dresser leur zodiaque, ils se placent dans une situation assez inconfortable dans la mesure où le zodiaque indien était précédemment articulé sur une étoile de la constellation du Taureau (cf « Lettre de M. Dupuis à M. Le Rédacteur du Mercure de France », n° 24, 14 juin 1783, p. 86 et Dupuis, Mémoire explicatif du zodiaque etc, Paris, 1806, p. 48 , cf notre article sur l’astrologie indienne in Ayanamsa, décembre 2000) et que le point vernal actuel correspond, en gros, à une étoile relevant soit de la constellation des Poissons, soit de celle du Verseau. Les sidéralistes, dès lors, ne font que suivre une tradition indienne sclérosée. Le peu de relief stellaire de la constellation du bélier montre à quel point cette région n’eut d’importance que parce qu’elle correspondit au point vernal (axe des équinoxes) au moment où l’on plaqua le zodiaque des saisons sur l’écliptique. En elle-même elle ne revêt pas d’intérêt, alors que les étoiles fixes, elles, préexistent, astrologiquement parlant, à la zodiacalisation de l’écliptique, le stellarisme, quant à lui, n’ayant pas besoin de diviser l’écliptique en douze secteurs et n’étant concerné que par une succession d’étoiles aux abords du passage des planètes, le repérage en constellation n’étant plus que de commodité comme c’est le cas aux yeux des astronomes..

Parmi les traces du systéme SP (en anglais Stellar planetary astrological system, SPAS), signalons le cas de l’ascendant et notamment des aspects à l’ascendant, également appelé horoscope. Ce terme comporte un verbe grec signifiant observation visuelle (scope), ce qui laisserait entendre qu’au départ il s’agissait bel et bien de désigner une étoile fixe comme base du thème étant donné que les étoiles fixes, comme leur nom l’indique, sont là en permanence et que l’on en trouve toujours à une proximité relative, ce qui n’est pas le cas des quelques planètes qui circulent et qui sont absentes, lors de la naissance, de tel ou tel signe si bien qu’au cours de la même journée, certaines personnes naissent avec une planète au moins à l’ascendant et d’autres sans aucune planète à l’ascendant, expression d’ailleurs discutable car il faudrait plutôt dire astre ascendant, en l’occurrence étoile ascendante par rapport à laquelle des corrélations avec d’autres facteurs s’établiront, constituant ainsi la trame du thème natal ou du thème stellaro-planétaire, prenant en compte le mouvement des planètes au cours de la vie. Comme l’écrit Pluche ( Ed. 1826 de l’Histoire du Ciel, extraits choisis par Joseph Martin, BNF J 25657), l’astrologie antique prenait en compte le fait que tel enfant  » venait au monde, au moment précis où la première étoile du Bélier montait sur l’horizon » (p. 251) : l’ascendant était bel et bien stellaire à l’origine, on naissait « sous « une certaine étoile – et le terme doit être pris littéralement – et non sous un certain signe.

C’est en gros, le seul point du ciel qui soit précisé en longitude écliptique, sans qu’il corresponde pour autant à une position planétaire.

Le thème natal apparaît en quelque sorte comme un repère fixe (radix) face aux transits qui développent des aspects entre les planètes du radix et les planètes en transit. Dans ce cas, le thème natal joue le rôle d’un plan fixe et donc stellaire, notamment à partir de l’ascendant, dont le nom horoscope a fini par désigner le thème natal tout entier.

Si l’on y réfléchit, les étoiles fixes peuvent tout à fait jouer le rôle du thème natal puisqu’elles sont un élément constant, immuable de la naissance à la mort face à la course planétaire qui, quant à elle, introduit des modulations.

Virgile Zamboni (Précession des équinoxes expliquée, Paris, Ed. St Michel, 1972, p. 11) montre bien le rapport entre ascendant et étoile:  » Si nous observons par conséquent tous les matins les étoiles qui se trouvent plus ou moins au point précis où l’on voit paraître le soleil et on marque leurs emplacements sur une carte, ainsi le point où a paru l’astre du jour, on trace lentement de la sorte , jour après jour, au cours d’une année, une bande d’étoiles au milieu de laquelle par les points tracés journellement paraît une ligne circulaire régulière qui fait le tour du ciel ». Ajoutons qu’il serait plus heureux, à propos de la précession des équinoxes, de parler d’un changement d’étoile que d’un changement de constellation. D’ailleurs, Dupuis ne s’exprime pas autrement, en 1806: « L’égalité des jours et des nuits au printemps qui autrefois arrivait, par exemple, lorsque le Soleil était uni aux Pléiades vers la fin de la constellation du Bélier, arrive aujourd’hui près de deux mois avant qu’il ait atteint ces mêmes étoiles, c’est à dire lorsqu’il ne fait encore que répondre (sic) aux premières étoiles des Poissons » (Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique; Paris, p. 20) 
 

I. Le poids de Newton

Il revient à l’historien des idées de remonter suffisamment en amont pour découvrir la source d’un processus, l’élan novateur. Et Charles-François Dupuis n’est pas en haut de la chaîne, il ne fait, allons-nous montrer, que prolonger un débat déjà engagé cinquante avant lui autour de certaines travaux du physicien anglais Newton. Et c’est bel et bien parce que Newton était déjà célèbre par ses travaux sur la gravité que ses recherches concernant la datation chronologique à partir des étoiles eurent l’impact qui fut le leur.

L’auteur de l’Apologie (…) sur l’ancienne chronologie des Grecs (1757) en convient: « Cet ouvrage est une des dernières productions de son génie vaste et créateur, le fruit d’une longue étude et d’une profonde méditation sur l’ancienne Histoire. Il suffit de l’examiner pour s’apercevoir jusqu’où l’auteur avait porté ses connaissances & ses recherches sur cette matière ». Sans l’intérêt de Newton, sur la fin de sa vie, pour les étoiles et la chronologie, y aurait-il eu un Dupuis et parlerait-on de l’ère du Verseau?..

C’est le polytechnicien Charles Paravey un des auteurs les plus attentifs au Zodiaque de Dendérah – auteur au demeurant non retenu par Slosman dans son ouvrage sur le sujet -(cf infra) qui attira notre attention sur l’héritage de Newton:

« Non moins versé dans la science de l’Antiquité que dans les hautes spéculations des sciences physiques et mathématiques, Newton est le premier qui, se reposant ainsi de ses longues méditations, ait songé à appliquer aux événements historiques, le calcul de la Précession des Equinoxes qu’avait découvert Hipparque » (Aperçu des mémoires encore manuscrits sur l’origine de la sphère et sur l’âge des zodiaques, Paris, 1821, BNF 8° V pièce 11333. Paravey, lui-même ne semble connaître Newton que d’après Bailly, Histoire de l’astronomie ancienne, ouvrage paru au milieu des années 1770 (cf infra), c’est à dire à l’époque où Dupuis commence à formuler sa pensée précessionnelle..

Il est certain que si l’on y englobe tout ce qui s’écrit sur la genèse du symbolisme zodiacal et sur l’influence du dit symbolisme sur l’histoire des religions, les XVIIIe et XIXe siècles apparaissent autrement plus riches qu’on n’a bien voulu généralement le dire au regard de l’Histoire de l’astrologie et ce, précisément, en ce qui concerne l’intérêt des milieux académiques. Le débat autour du Zodiaque ne date nullement de Dupuis: les publications de l’abbé Pluche, seront ainsi l’occasion d’un débat, au cours des années 1740-1741, dans les colonnes du Journal de Trévoux, publication jésuite, avec notamment ce commentaire sur la « Lettre du Père Le Mire au Père Brumoy au sujet de l’invention du zodiaque, attribué par l’auteur du Spectacle de la Nature (de Pluche), aux premiers descendants de Noé « (article LI, juin 1740, pp. 298 et seq). De telles observations zodiaco-stellaro-chronologique prolongent celles de Newton. Noël Pluche, dont le rayonnement déborda largement la France et le XVIIIe siècle. Son Histoire du Ciel (1740) est traduite en anglais (History of the Heavens considered according to the notions of the poets and philosophers compared with the doctrines of Moses being an inquiry into the origine (sic) of idolatry and the mistakes of Philosophers upon the formation and influences of the celestial bodies, trad. J.B. de Freval, 3e Ed. 1752, BNF 16°V 3609 (2), voir aussi notre étude « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology » in Astrology, Science and Society, Dir. P. Curry, Boydell Press, 1987): Warburton s’y référe et après lui W. Drummond, auteur d’un Oedipus Aegyptiacus, en traitera dans son Mémoire sur l’antiquité du Zodiaque d’Esné et de Denderah, trad. de l’anglais, Paris, 1822, p. 89 ( BNF 8° 03a 552).

Mais c’est bien à Isaac Newton, à celui dont on rapporte volontiers un échange avec Edmund Halley, l’homme de la comète, sur l’astrologie, qu’il conviendrait d’attribuer, au début du XVIIIe siècle, l’idée d’une science historique s’appuyant sur la précession des équinoxes, remplaçant ainsi le modèle des grandes conjonctions Jupiter-Saturne cher à Jean Bodin (cf notre article sur Auger Ferrier et sur astronomie et religions, sur ce site).

Newton avait cherché, en effet, à ajuster la chronologie sur certains repères stellaires, ce qui avait alimenté une polémique (cf Bailly, « Supplément au Livre IX. Des critères par lesquels ont été désignés les signes du Zodiaque & le planisphère », Histoire de l’astronomie ancienne, op. Cit).Au lendemain de la mort de Newton parait sa Chronology of ancient Kingdoms amended, Londres, 1728, BNF G 3800, BL 685 i 20., trad. Italienne 1757, BL 9006 e 11) En cette même année, paraissait en français la Chronologie des anciens royaumes corrigée, dans une traduction de F. Granet (BL 580 h 8). Dès 1725, donc du vivant de Newton, était paru en français un Abrégé de la chronologie de M. Le Chevalier Isaac Newton, traduit et commenté par Fréret Paris, G. Cavelier, BNF G 33061, à partir d’unextrait inédit en anglais que Newton avait confié à quelques personnes avec la promesse de ne pas le divulguer, comme il s’en explique lui-même, dans un texte en français: Réponse aux observations sur la chronologie de Newton (BNF G 11535), dans laquelle d’ailleurs Newton nie, en 1726, avoir le projet de publier saChronologie:

Fréret - que Newton appelle l’Observateur puisqu’auteur d’Observations – « insinue qu’il doit paraître de moi un grand ouvrage sur cette matière mais je n’ay jamais rien dit dont on le dut inférer. Car quoi que pendant mon séjour à Cambridge je me sois quelquefois occupé agréablement de l’Histoire et de la Chronologie, cependant je n’ai jamais déclaré que j’eusse dessein de rien publier sur ce sujet » (p. 9)Cela n’empêchera pas le dit ouvrage de paraître tant en anglais qu’en français, juste après la mort de Newton, peut-être contre la volonté de l’auteur.

Le texte de la Réponse qu’on ne connaît qu’en français, n’est, à tort, point attribué à Newton dans le catalogue de la British Library. (580 e 3 (9). L’exemplaire de la BNF comporte une attribution manuscrite à Newton. Dans cette Réponse, Newton considère que la traduction française de son Abrégé, réalisée par Fréret n’est de toute façon pas fidèle à sa pensée et que la réfutation par le dit Fréret qui l’accompagne, par conséquent, n’est pas fondée. Ainsi, Newton réserve-t-il au public français sa Réponse à l’édition de son Abrégé qui ne paraîtra d’abord qu’en français encore qu’à l’époque, un texte rédigé en français pouvait largement circuler à travers toute l’Europe..

L’abbé Antonio Conti mis en cause par Newton lui répliquera dès 1726 dans une réédition de la Réponse accompagnée d’une Lettre. ( Paris, N. Pissot, BNF G 11535)En fait, la traduction française est dans l’ensemble assez fidèle au manuscrit anglais si l’on en juge par le texte figurant dans les Opera Omnia. (Londres, 1785 (BNF V 6604): A short Chronicle from the first Memory of things in Europe to the Conquest of Persia by Alexander the Great, rendu par Fréret par Chronique abrégée de l’Histoire la plus ancienne de l’Europe jussqu’à la conquête de la Perse par Alexandre. Toujours, en 1726 paraît à Paris, chez Rollin, un Recueil des dissertations du Père E. Souciet contenant (…) cinq Dissertations contre la Chronologie de M. Newton, in Recueil de Dissertations critiques sur des endroits difficiles de l’Ecriture et sur des matières qui ont rapport à l »Ecriture , tome 2 (BNF A 3460 (2) les thèses duquel Fréret dès 1725 avait pris connaissance puisqu’il s’y réfère. En réalité, Fréret avait pris connaissance de ces Dissertations de Souciet avant leur publication, lequel avait pris connaissance, six ou sept ans plus tôt, de l’Abrégé de Newton directement en anglais à partir d’une copie offerte par l’auteur à la Princesse de Galles. Ces dissertations sont dédiées à l’abbé Antonio Conti.

Au demeurant, la traduction de l’Abrégé de Newton, parue à Paris chez G. Cavelier, et à laquelle Newton auquel l’éditeur l’avait fait parvenir répliquerait, allait être dès 1726 vendue, en tant que tome VII l’Histoire des Juifset des peuples voisins de l’anglais Humphrey Prideaux, Amsterdam, H. Du Sauzet (BNF H 6984). En 1728, A. Bedford publie des Animadversions upon Sir Isaac Newton’s book entitled: The Chronology of Ancient Kingdoms amended (BL 580 e 25). Une autre traduction (par J. A. Butini) de l’Abrégé de la chronologie des anciens royaumes, paraîtra à Genève en 1743 (BNF Z Fontanieu 282 (4)/ à partir de l’ Abstract of Sir Isaac’s Newton’s Chronology of Ancient Kingdoms, dû à Reid (2e Ed. Londres, 1732, BL 117 m 17). En 1744, Arthur A. Sykes publie An examination of (…) Sir I. Newton’s Chronology (BNF D2 11649, BL 494 f 18. En 1757, paraît en faveur de Newton, due à James Stewart Denham, une Apologie du sentiment de M. Le Chevalier Newton sur l’ancienne chronologie des Grecs contenant des réponses à toutes les objections qui ont été faites jusqu’à présent, Francfort/Main, BNF G 6751. Un des adversaires des thèses de Newton est ce Nicolas Fréret, auquel Newton s’en était pris peu avant sa mort, et qui en 1758, publie une Défense de la Chronologie fondée sur les monumens anciens, contre le système chronologique de M. Newton, BNF G 3802. Une polémique d’une certaine ampleur, on en conviendra, étalée sur une trentaine d’années et qui touche largement la France.

La raison d’être des travaux de Newton consiste à dater les vies de certains personnages de l’Antiquité dont les oeuvres en rapport avec l’astronomie seraient susceptibles de déterminer à quelle époque ils ont vécu.

Le débat entre Newton et ses détracteurs, tels que le Jésuite Souciet, tourne en partie autour de la constellation du bélier et de sa « première » étoile. Il est essentiel de déterminer de quelle étoile il s’agissait: l’oreille, le pied de devant. L’Expédition des Argonautes aurait été l’occasion, pour faciliter leur orientation au cours de ce voyage, de mettre en place le zodiaque, cela aurait été l’invention du centaure Chiron et cela aurait eu lieu, selon Newton, vers 1467 avant notre ère, si l’on admet que Chiron ait pris en compte le point vernal pour caler son systéme, en le comparant avec sa progression jusqu’à son époque, selon le principe que l’invention du zodiaque stellaire est nécessairement associée avec le recours au point vernal alors en vigueur. Ce faisant, Newton réduit la chronologie classique d’environ 530 ans, ce qui affecte au premier chef la date de la Guerre de Troie (ou Ilion), racontée dans l’Iliade d’Homère.. Signalons qu’avec Dupuis, le probléme sera inverse puisque l’on bascule vers une chronologie beaucoup plus longue (cf infra)

Newton s’appuie, bien entendu, sur les étoiles fixes et non sur les constellations, référence par trop sommaire, ne permettant aucunement de datation fine. L’idée des chercheurs français sera d’aborder de montrer que le basculement d’une religion à une autre s’effectue lors du passage du point vernal d’une constellation dans une autre comme s’il était possible de dater avec une telle précision pareil changement au niveau des cultes. En fait, il s’agirait plutôt d’une approche du problème sur la longue durée et en cela, quelque part, on peut y voir les prémisses de la « Nouvelle Histoire » telle qu’elle sera formulée dans les années 1930

Certains chercheurs avaient certes signalé l’intérêt de Newton pour l’alchimie (cf J. P. Auffray, Newton ou le triomphe de l’alchimie, Ed. Le Pommier, 2000; B.J. T. Dobbs, The Janus faces of genius. The role of Alchemy in Newton’s thought, Cambridge University Press, 1991) ou pour le Livre de Daniel (cf J. Force et R. H. Popkin, Dir; Newton and Religion. Context, nature and influence, 1990) mais ce n’est pas en cela que le physicien anglais fit véritablement école mais dans ses tentatives pour articuler les étoiles fixes sur certains problèmes de chronologie. Pour quelles raisons Newton a-t-il été oublié par les historiens contemporains du précessionalisme? Qu’on nous entende bien, nous ne soutenons pas que Newton ait tenu les positions d’un Dupuis mais que c’est qui a mis à la mode ce type de recherche qui conduira, au XIXe siècle au débat autour du Zodiaque de Dendérah.

L’énorme prestige scientifique de l’homme des Principia (1687),explique probablement que la précession et dans la foulée le zodiaque ait pu pénétrer les cénacles de l’élite française. Il reste que Newton se passionna pour le prophétisme au travers de son interprétation du Livre de Daniel – il pensait être né pour cette mission et avait « démontré » que son année de naissance était annoncée (cf cf H. Stierlin, L’astrologie et le pouvoir. De Platon à Newton, Paris, Payot, 1986; F. E. Manuel, A portrait of Isaac Newton, New York, Da Capo Press, 1968; R. J. Westfall, Never at rest. A biography of Isaac Newton, Cambridge University Press, 1980; M. Kochavi, « One prophet interprets another. Sir Isaac Newton and Daniel », in The Books of Natural Scripture: Recent essays on Natural Philosophy, Theology and Biblical Criticism in (…) The British Isles of Newton’s time, Dordrecht, Kluwer, 1994) – ainsi que pour la chronologie articulée sur la précession des équinoxes, sans pour autant relier ces deux plans et déboucher sur le prophétisme précessionnel qui conduira à l’oeuvre d’un Paul Le Cour dans les années 1930. En 1733, paraîtront, à Londres, ses Observations upon the Prophecies of Daniel and the Apocalypse of St John (British Library C 46 i 2, Bibl. Nîmes, Carré d »art, fonds Valz 24912)), qui ne seront pas traduites en français mais en allemand, en 1765.(BL 2185 c 50). On signalera entre autres les réactions de William Whiston, dès 1734 (BL 225 a 8). Le lien entre astronomie et Ecriture constitue une voie de recherche reconnue comme l’atteste le mémoire, salué par l’Académie des Sciences, de J. Ph. De Chéseaux, intitulé Remarques astronomiques sur le Livre de Daniel (Lausanne, 1777, BNF V 8082); Signalons le rôle de l’économiste britannique Keynes dans la conservation, au Kings College de Cambridge, d’un certain nombre de manuscrits de Newton traitant de ces matières (cf L. Verlet, La malle de Newton, Paris, Gallimard, 1993; J. Harrison, The Libraryof Isaac Newton, Cambridge University Press, 1978). 
 

La Réponse de Newton

Revenons sur la réplique de Newton à Fréret, qui pourrait avoir été rédigée directement en français. En voici des extraits qui montrent à quel point le savant anglais s’intéressait aux rapports entre les équinoxes ( les colures) et les étoiles fixes:

« Ce que dit (Fréret) au sujet de l’époque des Argonautes est fondé sur ce qu’il s’imagine que je place l’équinoxe du Printemps tel qu’il était au temps de l’Expédition des Argonautes, à la distance de 15° de la première étoile du Bélier. Mais je ne le place point où il dit, je le place dans le milieu de la constellation et le milieu n’est pas éloigné de 15° de la première étoile du Bélier. (Fréret) avoue que les constellations ont été formées par Chiron et que les solstices et les équinoxes étaient alors dans le milieu des constellations & que Eudoxe, dans son Enoptron ou Miroir, cité par Hipparque, suivit cette opinion (et) place le colure de l’équinoxe environ à 7° 36’ de la première étoile du bélier; je sui (sic) Hipparque et Eudoxe mais (Fréret) représente que je place le colure à la distance de 15° de la première étoile du Bélier, d’où il conclut que je devrais avoir placé l’Expédition des Argonautes à un temps plus reculé de 532 ans que le temps où je la marque. S’il prend le temps de rectifier sa méprise il trouvera que l’Expédition des Argonautes s’est faite au temps où je l’ay fixée »’ (p. 5) 
 

II. Fortune de l’Origine de tous les cultes de Dupuis

L’Origine de tous les cultes ou Religion Universelle de Dupuis (deux versions, l’une en quatre, l’autre en douze volumes, parues simultanément à la fin de 1794, An III de la République, cf « Notice sur la vie et les ouvrages de Dupuis », in Abrégé de l’origine de tous les cultes, Paris, 1836, Reed. Ed Awac, 1978) appartient-il à la littérature astrologique? Nous avions déjà abordé cette question à propos d’Etteilla (cf L’Astrologie du Livre de Toth (1788) op. cit.), mettant en garde contre un certain purisme propre aux astrologues s’aventurant dans l’Histoire de l’astrologie, et ne percevant celle-ci que de leur point de vue de praticien. Or, indubitablement, Charles-François Dupuis a une culture astrologique, probablement une bibliothèque astrologique et la lecture de son oeuvre comporte même un caractère didactique, en particulier quant à l’exposé de la théorie des domiciles planétaires qu’il décrit par le menu, s’inspirant de la Mathesis de Firmicus Maternus(cf notre communication « Ptolémée et Firmicus Maternus », au Colloque de Malaga, 2001, L’Homo mathematicus) et d’autres auteurs: c’est ainsi qu’il reproduit les degrés monoméres. Au demeurant, le dispositif planètes/signes constitue pour Dupuis une clef pour le décryptage de certaines « fables », terme sous lequel, au XVIIIe siècle, on désigne les mythes et les légendes.

Le Zodiaque est à l’évidence, pour Dupuis, l’occasion d’étaler son érudition dans la mesure où cet ensemble se retrouve dans les civilisations les plus éloignées dans le temps et dans l’espace. On soulignera cependant l’influence probable de l’astrologie indienne, que Dupuis connait – il cite (p. 50), en 1781, dans son Mémoire sur l’origine des constellations , Paris,(BNF, V 8188) les Philosophical Transactions anglaises de 1772 qui comportent des éléments sur ce sujet- quant au développement de ses thèses consacrées à une périodicité longue.(cf notre article, « Astrologie et histoire des religions », op. cit.)

Cela n’empêche pas Dupuis, au demeurant, de prendre ses distances d’avec l’astrologie: « Rien de si universellement répandu et à quoi l’on ait cru plus longtemps que l’astrologie et rien qui n’ait une base plus fragile et des résultats plus faux. Elle a mis son sceau à presque tous les monumens de l’antiquité, rien n’a manqué à ses prédictions que la vérité et l’univers cependant y a cru et y croit encore » (Origine de tous les cultes). Mais il est désormais bien connu que l’anti-astrologie véhicule le savoir astrologique.

Quand Dupuis- qui fut par ailleurs député à la Convention – il fut même proposé un temps, par la suite, comme membre du Directoire et quelques autres ( tel que Constantin Chassebeouf dit Volney (1757-1820), pseudonyme constitué de Voltaire et de Ferney, également homme politique d’une certaine envergure, auteur des Ruines, ouvrage qui contribua à vulgariser le précsessionalisme religieux, cf infraabordent la question de ce qu’on n’appelle pas encore les « ères », la campagne d’Egypte n’a pas encore eu lieu d’où l’on ramènera le Zodiaque de Dendérah, d’abord en dessin, du vivant de Dupuis, puis, vingt ans plus tard (1822), après sa mort, sous sa forme d’origine, document que d’aucuns n’hésiteront pas à comparer, avec quelque excès, à la pierre de Rosette, elle, conservée à Londres, et sur laquelle s’exerça le génie de décrypteur de Champollion, quant à son importance scientifique. C’est que quelque temps l’on crut que le zodiaque de Dendérah révolutionnerait la chronologie et repousserait considérablement les limites déterminées par l’Ancien Testament.(cf Le Texte prophétique en France, op; cit.)

C’est ainsi que durant quelques décennies, et sous plusieurs régimes politiques, par le jeu des rééditions, des abrégés et des traductions, l’oeuvre de Charles-François Dupuis, de l’Institut (1742-1809) – qui n’a pas sa place dans le Larousse-actuel – propulsa les considérations astronomico-chronologico-religieuses au premier plan (cf M. P. R. Auguis, « Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis », en tête de l’Origine de tous les Cultes ou Religion Universelle, Paris, 1822). Il semble que les premières « notices » à avoir circulé datent de 1812-1813: Dacier, secrétaire perpétuel de la classe d’histoire et de littérature ancienne de l’Institut Impérial, rédige une « notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Dupuis », lue en séance publique, qui parait dans le Moniteur (n° 216-217). La veuve Dupuis fera de même, pour signaler son dénuement. (BNF Ln27 6847), dans une Notice historique sur la vie littéraire et politique de M. Dupuis, elle grâce à qui le manuscrit de l’Origine de tous les Cultes (OTC) ne fut pas brûlé par son auteur.

Selon Dupuis – et c’est ce que lui reprocheront ses adversaires – tout ce qui dans la Bible ferait appel au douze serait à rattacher au zodiaque, relèverait d’un mythe solaire. Il y a là certes une ambition de fonder épistémologiquement les Sciences Religieuses sur un substrat astronomique. Pour se moquer de ses thèses, tel auteur écrira un livre, à la façon de Dupuis, démontrant que Napoléon n’est qu’un mythe et n’a jamais existé.. On lui reprochera également d’accorder trop d’importance au zodiaque qui ne serait qu’une invention tardive des astrologues, arbitrairement extraite de l’ensemble de la sphère céleste.( tel un certain C. G. S. , dans son. Mémoire explicatif sur la sphère caucasienne et spécialement sur le zodiaque où l’on prouve que ce dernier monument sous quelque forme qu’il puisse se présenter doit être jugé indigne de toute attention de la part des astronomes et des archéologues, n’ayant jamais été à l’origine qu’une pure rêverie astrologique, 1813, BNF)

Ce qui distingue Dupuis d’un astrologue, de l’avis de certains, tiendrait au fait que Dupuis se situe sur un plan culturel, il ne présume nullement que l’homme et les astres appartiendraient à une même structure symbolique. Dupuis se contente d’insister sur l’importance qu’a revêtu le ciel dans l’Histoire des sociétés humaines. Lui, qui était pourtant contemporain de Lamarck, (1744-1829), le fondateur du transformisme, précurseur de Darwin, ne songe pas à soutenir qu’une telle intégration -une instrumentalisation- des données célestes aurait pu déboucher, avec le temps, par la transmission de caractères acquis, sur le fait astrologique. Dupuis n’en est pas moins un précurseur du projectionnisme qui s’allie fort bien, de nos jours, avec le stellaro-planétarisme que nous prônons. Néanmoins, la lecture de l’OTLC (Origine de tous les cultes) est avant tout zodiaco-planétaire.(ZP) car si Dupuis signale notamment les quatre étoiles royales (Aldébaran, Régulus, Antarés, Fomalhaut), il ne s’intéresse pas aux relations planétes/étoiles fixes, ce qui tient tout simplement à ses lectures des textes astrologiques -selon nous tardifs – dont il est prisonnier. La précession des équinoxes est décrite dès lors de façon vague sans référence à telle ou telle étoile.

Dupuis souligne certes que l’axe Aldébaran/Antarés a correspondu à un certain moment avec les équinoxes, s’inscrivant alors dans les constellations du Taureau et du Scorpion, sans relever ce qu’une telle coïncidence peut avoir de suspect. Il nous semble, pour notre part, que l’intérêt pour cet axe date d’une période bien antérieure à la présence du point vernal en conjonction avec le dit axe, et probablement en dehors de toute référence à des constellations baptisées et constituées par la suite.

Il reste que la thèse principale de Dupuis – qui n’est d’ailleurs pas développée dans l’Abrégé de 1797- tient que « le changement d’animal symbolique était une suite nécessaire de la précession des équinoxes et du changement de signe céleste » (Origine de tous les cultes, tome I, p. 143, version en 4 vol.) . En fait, l’exposé principal de cette thèse dont on connaît la fortune, est repris dans le dernier volume, celui des annexes, sous le titre ‘Explication du frontispice » (cf notre article sur ce site consacré à Astrologie et religion)

« La précession des Equinoxes fait correspondre successivement le Soleil aux divers signes du Zodiaque, à l’époque de l’Equinoxe du Printemps. Il y a environ quatre mille ans que le Soleil ouvrit l’année astronomique, placé dans le Taureau. C’est au temps qui s’est écoulé pendant cette correspondance, c’est à dire à l’espace de 2151 (sic) années solaires que doivent se rapporter tous les cultes dont le Taureau fut l’objet symbolique etc « . Autrement dit, pour Dupuis, le culte du Taureau, s’originerait, devrait être rapporté à cette période. 
 

L’influence de Warburton sur Dupuis

Dupuis, en proposant une explication de l’origine des cultes liée au ciel, ne fait, au vrai, que reprendre un thème déjà abordé par l’anglais Warburton, évêque de Gloucester, dans son ouvrage majeur paru en 1738 (BL 494 f 5-7), Divine Legation of Moses demonstrated,partiellement (Livre IV, § 2-6) traduit en anglais par Des Malpeires – sous le titre d’ Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens où l’on voit (…) l’origine du culte des animaux« , tome I (Paris, 1744, BNF G 13324, BL 621 b 19) titre – en anglais le culte des animaux se dit Brute-worship - qui n’est pas sans annoncer celui là même adopté par le Français: Origine de tous les Cultes. Mais on peut se demande si Dupuis ne fut pas aussi lecteur de l’abbé Pluche lequel écrivait en 1740 dans sa Révision de l’Histoire du Ciel, (BNF V 220719) que les « signes du zodiaque (..) ne sont pas d’une institution aussi ancienne que la naissance de l’idolâtrie et qu’ils lui sont même postérieurs de beaucoup » (p. 59)

D’ailleurs, Warburton attribue à Lucien l’ »opinion (qui) consiste à dire que les Egyptiens qui ont imaginé les premiers de diviser le Ciel en astérismes ayant désigné chaque constellation par le nom d’un animal, cela a donné lieu d’adorer les animaux » (p. 51). Et Warburton d’objecter à cette thèse: « Le culte des animaux a produit les astérismes en Egypte et ce ne sont pas les astérismes qui ont donné naissance au culte des animaux (..)Cette multitude des étoiles n’a pu être partagée en astérismes avant que les prêtres égyptiens eussent fait un progrès raisonnable dans l’astronomie et nous avons vu que le culte des animaux était antérieur au temps de Moyse. » (p. 283) 
 

Le débat sur le Zodiaque et l’anti-astrologie

Derrière cet intérêt pour la genèse du zodiaque, l’astrologie reste en ligne de mire et contrairement à ce que l’on a pu écrire, ceux qui écrivent au milieu du XVIIIe siècle sur ces questions n’ont nullement le sentiment que la croyance en l’astrologie appartient au passé; dès lors, leurs travaux relèvent bel et bien de la littérature anti-astrologique:

« Un des fruits de cette recherche, écrit en 1739 l’abbé Pluche, est de nous apprendre que la même méprise qui a peuplé le ciel de divinités chimériques a donné naissance à une multitude de fausses prétentions sur les influences des cieux et à des erreurs qui tyrannisent encore la plupart des esprits ».Quand notre Histoire du Ciel ne nous procurerait d’autre bien que celui d’apercevoir la méprise qui a précipité le genre humain dans un égarement qui en est l’opprobre et dont les suites troublent encore (sic) le repos de la société, ce serait sans doute un profit assez satisfaisant » (p. XL)

Par la suite, lors du débat autour du Zodiaque de Dendérah, l’anti-astrologisme se manifestera comme en témoigne ce texte – « Des Zodiaques égyptiens » d’un certain Greppo (Annales de philosophie chrétienne, 1830, 2e Ed. 1833, BNF R 10293) considérant que le Zodiaque de Dendérah relève plus de l’astrologie que de l’astronomie: ces monuments, écrit-il, « n’appartiennent nullement à l’astronomie mais se rattachent aux vaines croyances de l’astrologie judiciaire et ne sont autre chose que ce que les adeptes de cette prétendue science sont convenus d’appeler des thèmes de nativité. (Ce) serait perdre son temps et se donner beaucoup de peine que de prétendre les soumettre à des calculs scientifiques auxquels (ils) se refuseront toujours (…) D’après un système tout à fait satisfaisant, les zodiaques (…) pourraient être regardés comme relatifs aux destinées des empereurs qui les ont fait élever »

Quant à Letronne, dans son Essai sur le système hiéroglyphique de M. Champillon le Jeune et sur les avantages qu’il offre à la critique sacrée » (Paris, 1821, BNF), il écrivait au sujet de ces zodiaques qu’ils sont « l’expression de rêves absurdes et la preuve encore vivante d’une des faiblesses qui ont le plus déshonoré l’esprit humain ». 
 

Les attaques anglaises

Signalons que les thèses de Dupuis connurent une diffusion en diverses langues et notamment en anglais, comme en témoigne, dès 1799, l’ouvrage du chimiste Joseph Priestley (1733-1804), « Remarks on Mr Dupuis’s Origin of all religions » à la suite de « A comparison of the Institutions of Moses with those of the Hindus etc, Northumberland, BNF A 14154) et l’on peut raisonnablement penser que c’est à partir des thèses de Dupuis que les anglo-saxons se familiarisèrent avec le système que Le Cour, après un long détour, adoptera..

Mais Priestley(cf E. Hiebert et al. Joseph Priestley, scientist, theologian and metaphysician, Lewisburg, 1974) s’en était déjà pris précédemment à Volney, disciple de Dupuis en matière précessionnelles: ce dernier lui avait répliqué, dès 1797, par un texte qui sera traduit en anglais sous le titre : Volney’s answer to Doctor Priestley entitled « Observations upon the increase of infidelity », Philadelphie, ( BNF, Rp 2796). L’original français paraîtra dans les éditions complètes de l’oeuvre de Volney (Vol. 1, Paris, 1821, BNF Z 30189) 
 

Dupuis et le Zodiaque de Dendérah

Nous avons en notre possession deux éditions de l’Abrégé de l’Origine de tous les Cultes, ouvrage paru dès 1797, soit trois ans après sa matrice. Rappelons que Newton avait également publié, dans les circonstances décrites plus haut, un Abrégé de sa Chronologie. Signalons que dès 1799, un autre « abrégé » paraîtra, oeuvre de Destut de Tracy, chez le libraire qui avait publié les éditions de 1794, l’Analyse de l’origine de tous les cultes et de l’abrégé qu’il a donné de cet ouvrage, Paris, H. Agasse, An VII ( BNF G 32823). En réalité, il s’agit d’une série d’articles qui avaient commencé à paraître dans le Mercure de France. Destut parle déjà à l’époque de « son immortel ouvrage ».

En ce qui concerne le rôle des périodiques, signalons que des parties reprises dans l’Origine de tous les cultes, étaient parues auparavant (en 1779-1780) dans le Journal des Savants, puis, en 1781, dans l’Astronomie de La Landesous le titre de « Mémoire sur l’origine des constellations et sur l’explication de la fable par l’astronomie », qui paraîtra ensuite séparément. L’Origine de tous les Cultes était, selon l’expression même de Dupuis,  » en attendant un ouvrage considérable que je prépare », écrivait-il en 1781.. On a l’impression d’entre Morin de Villefranche annoncer longtemps à l’avance l’Astrologia Gallica qui ne paraîtra qu’en 1661, après sa mort

Dès septembre 1795 – notons que l’année changeait alors à l’Automne – La Lande avait analysé l’Origine, dans le « supplément « de la Gazette Nationale ou le Moniteur Universel (30 Fructidor an III), dans un long texte intitulé « extrait ». Cet article est tout à fait remarquable par sa présence dans un périodique officiel de cette importance et il semble bien que les raisons politiques du temps se soient ajouté aux raisons scientifiques. Un La Lande qui apparaît séduit par le recours à la mythologie, ce qui nous permet de mieux comprendre pourquoi les nouvelles planètes, découvertes en 1781 et en 1801, vont porter des noms de divinités antiques dont les astrologues tireront un enseignement pour leur pratique. Dans ce texte, Jérôme de La Lande, directeur de l’Observatoire, revient sur la thèse précessionnelle de son disciple Charles-François Dupuis qui vise à relativiser la signification des cultes successifs, y compris celui de Jésus.

Citons ce passage du Moniteur: »Les (..) planètes associées comme divinités aux influences du Soleil et de la Lune, leurs domiciles dans les différents signes, les signes divisés en décans qui fournirent 36 génies, augmentent prodigieusement les richesses astrologiques et religieuses, les fables et les mystères auxquels les anciens attachaient beaucoup d’importance. ». Il est vrai que durant des siècles, l’astrologie et l’astronomie véhiculèrent une terminologie mythologique en pleine Chrétienté, sans que l’on y prit garde! Or, c’est cette dimension astro- mythologique qui est révélée en quelque sorte par Dupuis et qui, selon lui et son maître l’astronome La Lande, fait de l’astrologie une clef pour appréhender l’Histoire des Religions et ce sans que cela implique, aucunement, la moindre reconnaissance de sa valeur intrinsèque, vu qu’il s’agit là d’une influence voulue, élaborée par les hommes, même si son souvenir en fut estompé avec le temps, et non d’une empreinte cosmique que les hommes auraient subie et tenté de décrypter..

Mais c’est bien l’Abrégé, plus encore que les volumes de l’Origine - qui se vendra mal – qui diffusera les thèses de Dupuis. On notera la convergence entre les thèses de Dupuis sur le signe de la Balance, comme premier signe zodiacal, et le fait que le calendrier révolutionnaire débute sous ce signe (l’année juive également commence en septembre). Au demeurant, selon Paravey, ce serait bel et bien Dupuis et un autre député de la Convention, Romme, qui malgré son peu d’exactitude et l’opposition de La Lande, aurait obtenu cette mesure (Aperçu des Mémoires encore manuscrits sur l’origine de la sphère etc , Paris, 1821, Rééd. 1835, p. 13,, in Illustrations de l’astronomie hiéroglyphique et des planisphères et zodiaques retrouvés en Egypte, Chaldée, dans l’Inde et au Japon ou Réfutation des mémoires astronomiques de Dupuis, de Volney, de Fourier et de M. Biot, Paris, 1868, BNF V 48826).

Il existe, notamment, deux éditions de l’Abrégé datées l’une et l’autre de 1836 et cependant différent sensiblement sur deux points, la notice biographique et le traitement du Zodiaque de Dendérah. L’édition parue chez Lebigre a fait l’objet d’un reprint en 1978 (ed Awac), l’autre édition ( exemplaire de la Bibliotheca Astrologica), ornée d’un portrait, parue chez Renault, comporte en hors texte le zodiaque égyptien. Les titres des deux éditions sont les suivants:

Lebigre: Abrégé de l’origine de tous les cultes par Dupuis, augmentée d’une notice sur la vie et les ouvrages de Dupuis, d’une description du planisphère circulaire du zodiaque de Dendra (sic)

Renault: Abrégé de l’origine de tous les cultes par Dupuis. Nouvelle édition ornée du portrait de l’auteur et augmentée d’une notice sur sa vie et ses ouvrages. A la fin de cette édition, à partir de la page 469, on trouve des « Observations sur le Zodiaque de Dendra (sic) par M. Dupuis », sans que ce développement soit mentionné au titre général du volume.

Or, si l’on examine la notice de l’édition Lebigre, intitulée » Description du zodiaque de Dendra qui se trouve maintenant au musée de Paris », on remarque qu’elle est signée : T. L. et qu’elle n’est nullement le fait de Dupuis. En fait, dans les éditions du début des années 1830 (1831 (BNF G 32816 et 1833, BNF G 32810), les deux notices se suivaient, et dans l’une des éditions de 1836, on s’est contenté de faire disparaître celle de Dupuis sur Dendérah (1806) alors que dans l’autre édition de 1836, c’est celle de T. L. qui ne figure pas.

Slosman, dans son ouvrage ne relève pas de telles particularités (Le Zodiaque de Dendérah, op. Cit.).dans son chapitre consacré à Dupuis.

L’édition Renault est plus intéressante de par les Observations de Dupuis mais elle est d’un plus petit format, de poche, ce qui explique probablement pourquoi on lui aura préféré, pour le reprint, l’autre édition, plus présentable. Pourquoi avoir amputé l’Abrégé de son appendice dendérien, lequel il est vrai ne figurait évidemment pas dès 1797, dans la première édition de l’Abrégé, avant l’Expédition d’Egypte de 1799 et ne fut adjoint qu’en 1822, au lendemain de l’arrivée du Zodiaque à Paris? L’Abrégé et le mémoire sur le Zodiaque de Dendérah qui lui est adjoint, sera publié en espagnol, dès 1822: Compendio del origen de todos los cultos seguido de la descripcion del Zodiaco de Dendra, Madrid (BNF G 32869-70)

Il est vrai que Dupuis n’avait peut-être pas prévu cette addition, lui, qui avait publié son texte dans la Revue Philosophique (mai 1806), comme il est d’ailleurs indiqué dans les éditions de 1822, mais non dans celles de 1835-1836. Encore, en 1820, l’Abrégé était-il paru sans l’élément dendérien qui était pourtant disponible, ce qui tendrait à montrer que l’intérêt avait chuté entre les deux vagues (celle qui survint sous l’Empire, à partir de simples reproductions, et celle qui survint à la Restauration, à partir du monument rapporté en France)

Or, Slosman ne met pas en évidence le fait que le processus s’effectua en deux temps: Dupuis appartient au premier temps et dans son article, il cite d’ailleurs (dans une note en bas de page que ne reproduit pas Slosman) tous ceux qui ont écrit sur ce sujet depuis que Denon a rapporté ses dessins du Zodiaque de Dendérah, s’en prenant en particulier à son vieux maître de La Lande, auteur d’une étude dans la Connaissance des Temps pour l’An XIV). Cependant, la production française s’éparpille au sein de toutes sortes de publications (cf Le Texte prophétique en France, op. Cit.), autrement dit, à une exception près, aucun ouvrage ne sera consacré exclusivement à cette question. Seul Testa, qui publie en 1802, une étude en italien, sera l’auteur d’un texte séparé, qui ne paraîtra d’ailleurs, en français, qu’en 1807, au lendemain de la parution de l’article de Dupuis sur le même sujet. Testa est un secrétaire de la chancellerie romaine qui profite de ses réflexions sur le Zodiaque de Dendérah pour s’en prendre aux thèses de Dupuis… Signalons en 1828 la réaction d’un autre Italien, D. Giuseppe Baraldi dans un mémoire paru à Modéne: »Sopra un saggio di confutazione del Dupuis dell ‘opera intitolata Origine di tutti i Culti » (BNF G 7948)

Une erreur souvent commise consiste à négliger les périodiques, du moins à partir du XVIIe siècle, et de ne se concenter que sur les ouvrages, ce qui est évidemment plus simple. Mais c’est grâce aux périodiques généralistes que l’on prend la mesure de l’impact d’un phénomène de société, notamment dans les années 1820, et non pas par une brochure dont on ignore la diffusion. Paravey, cependant, a réuni (Jugemens principaux portés sur l’aperçu de nos mémoires (..) en divers journaux périodiques, dans son recueil de pièces paru en 1821 et 1835 et repris en 1868 sous le nom d’ Illustrations astronomiques, Paris, 1835) un certain nombre de ces articles parus notamment dans les années 1820, dans laQuotidienne, le Journal des Débats, l’Ami de la Religionla Revue Encyclopédique etc

Le travail de Slosman pèche par le fait qu’il n’a pas pris en considération le cas Paravey. Car il semble bien que le chevalier Paravey, alors très jeune, ait été, par ses contacts avec Louis XVIII, à l’origine de l’arrivée du planisphère en France, à la fin de l’année 1821 (« Historique rapide des travaux relatifs au planisphère de Dendérah et de sa translation (sic) à Paris » in Réfutation des anciens et des nouveaux mémoires de M. Biot sur le zodiaque égyptien et sur l’astronomie comparée de l’Egypte, de la Chaldée et de l’Asie (Paris, 1835) . Il aurait, à l’entendre, été victime de plagiat de la part de certains de ceux qui traitèrent vers 1822-1823 su Zodiaque de Dendérah, à commencer par Biot.. Paravey est notamment l’auteur de quatre mémoires lus devant l’Académie des Sciences et devant l’Académie des Inscriptions au cours de l’Eté 1820.

Slosman, bizarrement, date, dans sa bibliographie, in fine, le texte de Dupuis de….1822 alors qu’il est de 1806. Il le présente sous le titreObservations sur le Zodiaque de Dendra, titre qui, à notre connaissance, ne sera adopté qu’à partir de 1831, le titre de 1822 étant Dissertation sur le Zodiaque de Dendra. Slosman a eu probablement affaire – lui qui travailla essentiellement à partir d’ une collection des Jésuites anciennement conservée à Chantilly et qui se trouve désormais à la Bibliothèque Municipale de La Part Dieu, Lyon – à un tiré à part, daté de 1822 (BNF Réserve J 2529) et dont l’intitulé intérieur est « Observations sur le Zodiaque de Dendra. » Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer, la nouvelle notice adoptée, dont on ne connaît pas la date de rédaction, reste proche des thèses controversées de Dupuis et qui n’avaient plus guère cours en 1836: « Nous ne hasarderons aucune opinion quant à l’époque chronologique à laquelle remonte ce monument: il a été émis bien des conjectures à cet égard; toutes (sic) donnent au zodiaque de Dendra une origine de plusieurs milliers d’années antérieures au commencement de la période adamite, telle que les prêtres l’ont établie, tout porte à croire que la moins probable de ces conjectures est plus rapprochée de la vérité que les calculs théologiques » (p. 517)

Examinons, à présent, le texte de 1806 de Dupuis sur la question et signalons d’emblée que notre auteur distingue l’âge du monument, qui pourrait être relativement récent, avec celui du document qui serait le reflet d’une configuration céleste beaucoup plus ancienne. La présence du signe de la Balance plaiderait certes en faveur du caractère tardif du Zodiaque de Dendérah mais Dupuis, lecteur de Manilius, soutient que le signe de la Balance a pu exister à une époque beaucoup plus ancienne, et que le fait que la constellation correspondante ait été appelée Chelles du Scorpion n’est pas déterminant, les deux formules ne s’excluant pas nécessairement.

En 1806, Dupuis publia donc, trois ans avant sa mort, deux textes qui ne laissèrent pas indifférents, consacrés au Zodiaque: l’article de la Revue Philosophique, consacré au Zodiaque de Dendérah et le Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique (cf Auguis, « Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis », pp. XIV et XV, op. cit.). Une des réactions les plus intéressantes sera celle de Charles Gosselin,Antiquité dévoilée au moyen de la Genèse, source et origine de la mythologie et des cultes religieux dont la première édition de 1807 ne prenait pas encore en compte cette récente production (voir toutefois un « Quatrième Tableau mythologique contenant l’origine du Zodiaque et l’explication des différentes constellations de la Sphère Céleste d’après l’Histoire de la Genèse »(BNF G 18937). En 1808, une nouvelle édition augmentée (exemplaire non conservé à la BNF) comporte, en annexe, une « Chronologie de la Genèse confirmée par les monuments astronomique dont on s’est servi pour l’attaquer » (BNF G 5237).

Curieusement Gosselin – auteur inconnu de Slosman- y parle d’un « L. Dupuis ». Cette addition sera elle-même commentée par J. D. Lanjuinais (Magasin Encyclopédique, février 1810, p. 451), texte ajouté à l’édition de 1812 de l’ouvrage de Gosselin (BNF G 5237), ainsi que dans l’édition de 1817 (BNF A 8991). Le débat tourne autour de la date du Zodiaque : Dupuis, note Gosselin, se gausse de ceux qui veulent faire débuter le zodiaque par « une étoile imperceptible de la queue du Bélier » et il suggère, on l’a vu, pour vrai commencement une étoile de la constellation de la Balance, ce qui ferait, note Gosselin, « remonter le zodiaque de 15000 ans du temps présent ». On trouve en fait dans l’annexe de Gosselin une revue des différentes positions exprimées sur l’affaire Dendérah, de Testa au Mémoire explicatif sur la sphère caucasienne de M. C. G. S. (dont on ne connaissait qu’une édition de 1813)..

En bref, la datation du Zodiaque de Dendérah n’est pas résolue. Comme le rappelle encore en 1853, Brunet de Presles, de l’Institut, dans une note lue à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, reprise dans un article du Journal Général de l’Instruction publique et des cultes, « Sur le papyrus grec du Musée du Louvre contenant un traité de la sphère et sur le zodiaque de Denderah »:

Il est maintenant reconnu que les temples de Denderah et d’Esneh qui renfermaient chacun deux zodiaques, ont été, sinon entièrement construits, du moins en grande partie décorés sous les empereurs romains. Mais par là n’est pas résolue la question si controversée de la date astronomique de ces zodiaques. En effet, on sait , par les observations de Champollion et d’autres égyptologues, que les temples élevés sous les Lagides ou les empereurs sont presque toujours des agrandissements ou des réédifications de temples plus anciens et qu’ils ont été consacrés aux divinités locales précédemment adorés dans le même sanctuaire

En fait, Slosman n’a pas compris que l’arrivée du Zodiaque égyptien à Paris fut le résultat et non la cause de débats qui agitèrent les académies et les journaux. En outre, en ignorant le rôle considérable de Paravey, qui travaillait le sujet depuis 1816, en tant qu’ un des plus farouches adversaires d’une datation à la Dupuis du dit Zodiaque, il a privilégié des auteurs dont le rôle historique est bien moindre.

Le problème de la datation des documents nous apparaît, en tout cas, comme crucial pour l’épistémologie de l’Histoire de l’astrologie, et ce depuis Dendérah jusqu’à Nostradamus (cf sur ce site, » Nostradamus devant la critique »). Pour Dupuis, il était également essentiel de retrouver le contexte d’origine du zodiaque, qui était, selon lui, l’Egypte, pour des raisons d’adéquation météorologique entre le zodiaque et le calendrier des activités socio-économiques au bord du Nil. Selon Dupuis, reprenant une argumentation de Pluche (Histoire du Ciel où l’on recherche l’origine de l’idolâtrie et les méprises de la philosophie sur la formation & sur les influences des corps célestes, Paris, 1739) sur son climat jugé incompatible avec le zodiaque, seule l’Egypte aurait le bon profil pour rendre compte de la succession des symboles zodiacaux à condition toutefois de supposer que le point de départ du zodiaque – le point vernal – soit placé en Balance et non en Bélier ou en Taureau, repoussant ainsi d’un demi-cycle précessionnel de 25920 ans, le cadre chronologique biblique traditionnellement admis de son temps, ce qui ne fait que contribuer à sa déconstruction du christianisme.

Auguis, membre de la Société Royale des Antiquaires de France (« Notice biographique », op. cit.) note que  » ces zodiaques sculptés sur les plafonds ou sur les murs de quelques temples parurent à Dupuis fournir une preuve irrécusable d’une de ses premières hypothèses ». En tout cas, l’Expédition d’Egypte allait faire, pour un temps, du Zodiaque un sujet privilégié du débat académique. L’astrologie serait-elle une chose trop importante pour être laissée aux astrologues? Ajoutons que Dupuis, depuis 1787, était comme Jean-Baptiste Morin, professeur au Collège de France. 
 

L’Abrégé, ouvrage maudit?

Il ne faudrait pas croire que l’Abrégé de l’Origine de tous les Cultes put toujours être réédité sans problème de la part de la censure, alors que Bonaparte l’avait lu avec intérêt, à la Restauration, on considère la publication de cet ouvrage comme un scandale, ce dont témoigne le libraire A. Chassériau (A mes juges, et au public. Mémoire, Paris, 1823, BNF, Mfiche 8° Fm 568). Et ce malgré le fait qu’il ait adjoint au dit Abrégé le mémoire de Dupuis de 1806 consacré à ce zodiaque de Dendérah si à la mode, depuis son arrivée d’Egypte en 1822. D’ailleurs, en cette année 1822, on fait jouer au Théâtre du Gymnase une pièce d’un certain Langlois intitulée le Zodiaque de Paris. A propos du Zodiaque de Dendérah. Vaudeville-épisodique en un acte, BNF 8° Yth 19516.: « Paris possède le zodiaque de Dendérah, Dendérah doit posséder le Zodiaque de Paris ».

Le Mémoire de Chassériau est instructif. On y apprend que des notes furent cédées par les héritiers de Dupuis (p. 38), à ce libraire en vue d’une édition augmentée de l’Abrégé. Chassériau fit la sourde oreille pour éviter les ennuis qui viendraient de réflexions assez provocatrices, peut-être les retrouvera-t-on un jour? Chassériau confirme le succès de l’Abrégé de Dupuis, tirage après tirage, tombé dans le domaine public, et il n’était pas seul à exploiter un tel filon.

Chassériau, au demeurant, reconnaît bien volontiers que l’ouvrage n’est pas à mettre dans toutes les mains – en fait, l’Abrégé est la survivance de l’esprit de la Révolution sous la Restauration – de là à l’interdire, encore faudrait-il que les éditeurs soient mis au courant! Le procès de l’Abrégé à tonalité anti-chrétienne virulente- dont nous ignorons par ailleurs l’issue – annonce – toutes proportions gardées, celui qui, plus d’un siècle plus tard, concernera, dans les années 1934-1935, suivies, en 1937, de la parution de l’Ere du Verseau. Le retour de Ganiméde (sic) de Paul Le Cour, les Protocoles des Sages de Sion. (cf notre ouvrage, Le sionisme et ses avatars au tournant du siècle, Feyzin, 2002).

Dupuis mais aussi Volney seront encore pris à parti dans les années 1830 par Paravey: Illustrations de l’astronomie hiéroglyphique et des planisphères et zodiaques retrouvés en Egypte, Chaldée, dans l’Inde et au Japon ou Réfutation des mémoires astronomiques de Dupuis, de Volney, de Fourier et de M. Biot, Paris, Treuttel et Wurtz (BNF V 48826) 
 

Un processus de désésotérisation

Nous avons signalé l’intérêt, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, des milieux académiques pour le zodiaque et pour le savoir astrologique en général. Un historien qui se respecte ne peut plus alors se permettre de ne pas disposer d’un certain bagage en ce domaine pour comprendre et situer les documents qui se présentent à lui. On pourrait dès lors parler d’une période de désésotérisation (cf sur ce concept notre étude « Esotérisme philosophique, ésotérisme sociétal ») qui intégrerait dans le champ des connaissances à maîtriser un domaine qui avait été relégué dans certains bas-fonds de la culture. Paradoxalement, l’émergence de l’occultisme, au milieu du XIXe siècle, notamment chez un Eliphas Lévi apparaîtrait comme une réaction contre une certaine forme de récupération, bref comme une entreprise de ré-ésotérisation.

Il faut en effet comprendre que la désésotérisation a pour contrepartie de démystifier certains clivages et donc est susceptible de compromettre un certain ordre social. Entendons par là qu’un clivage intellectuel en cache un autre de type socioculturel. Si un groupe, du fait de la désésotérisation, ne dispose plus, est dépossédé, de son savoir identitaire, il y a crise ne serait-ce qu’au niveau de la légitimité de l’autorité au sein du dit groupe. Autrement dit – et nous l’avons montré dans nos travaux sur la sociologie du judaïsme contemporain (voir sur le site faculte-anthtopologie.fr) chaque groupe tend à s’approprier un certain créneau, dans son processus de représentation. Le fait que le créneau perde de sa spécificité ne signifie pas pour autant que ce soit le cas du groupe lequel perd de sa visibilité du fait du nivellement, d’un processus de banalisation..

C’est en cela qu’un Dupuis, « membre de la classe d’Histoire et de Littérature ancienne de l’Institut », de par son accès et son recours à la littérature astrologique, fait scandale, et ce non point cette fois aux yeux de ses collègues mais pour ceux qui, socialement en décalage, avaient fait de ce savoir déchu un privilège, une compensation et qui se retrouvaient en quelque sorte comme envahis par des étrangers profanateurs. Il serait d’ailleurs intéressant de se demander si le développement de la franc maçonnerie au XVIIIe siècle ne relève pas également d’un projet de ré-ésotérisation face à des Lumières qui précisément ne veulent rien laisser dans l’obscurité: en quelque sorte, on aurait ainsi affaire à une manifestation d’obscurantisme en réaction aux coups de projecteur. Ainsi, expliquerait-on certaines contradictions fréquemment relevées pour les dites Lumières: plus la science historique, pour ne parler que d’elle, conquière le terrain du religieux, tous siècles confondus et plus se fait sentir, chez certains, le besoin, d’édifier de nouvelles barrières, de façon à créer des espaces de convivialité, de sociabilité, où se retrouver entre soi. 
 

Dupuis et Volney, du Second Empire à la Commune de Paris

En 1860, un certain Jacques Breton publia un Contrôle des Ruines de Volney (Clermont-Ferrand, (BNF *E 3942) qui part en guerre contre les « dieux zodiacaux ». Et se moque de méthodes qui pourraient faire accroire que ni Napoléon Ier ni Napoléon III ont jamais existé et ne sont que des héros solaires. Breton relève que « quand on a adoré les animaux, ce ne (furent) pas ceux des astres ». Il est vrai que le bélier et le taureau sont des animaux propices aux sacrifices et qui n’ont pas attendu d’être placés dans le zodiaque pour marquer l’environnement des hommes. Ce sont eux qui ont été projetés au ciel et non, comme semble le soutenir la théorie des ères, le ciel qui aurait été introjecté par les hommes.

Citons aussi un fascicule paru à Genève, vers 1870-1871, d’un certain Antoine Rocher: Plus de bon Dieu ni de mauvais diable mais l’instruction et l’Humanité (Origine de l’invention de Dieu et des cultes. Résumé de Dupuis et de Volney) par un libre penseur (BNF Lb57 1269 (15): « Le savant Volney fait remonter à plus de 15000 ans l’origine des cultes et de la croyance en Dieu et il a appelé à l’appui de son opinion les anciens monuments de la religion primitive des Egyptiens (…) Il évoque en outre la précession des équinoxes qui a causé, dit-il, un déplacement de sept signes; jadis la Balance était placée à l’équinoxe de Printemps et le Bélier à l’équinoxe d’Automne; ce sont là des calculs astronomiques faciles à établir » 
 

La revanche du procès de Galilée

En 1821, Newton était encore cité dans le débat sur chronologie et étoiles: Lanjuinais (Revue Encyclopédique,, Août 1821) opposait ainsi deux écoles: d’un côté, la Bible, Pline, Newton, Leibniz, Bossuet, Testa, Lalande, Larcher, Visconti, Cuvier , Delambre en faveur d’une chronologie bréve, de l’autre, Dupuis, Volney, Fourier, Grobert, Francoeur, Rémi-Raige, Jomard, en faveur d’une chronologie outrepassant les limites qui semblaient posées par l’Ancien Testament. L’affaire Dendérah fera triompher les premiers – mais ce fut une victoire à la Pyrrhus puisque cela n’empêcha pas les avocats d’une chronologie proto-biblique d’avoir eu raison in fine, mais ce ne fut pas sur la base du zodiaque que leur cause devait finir par l’emporter. L’intérêt pour le Zodiaque, de ce fait, fut dès lors, dans certains milieux, associé à une position anti-chrétienne et de fait nombre d’attitudes qui se présentaient comme scientifiques relevaient d’une certaine hostilité notamment au catholicisme, ce qui était notamment le cas de Newton. Le débat au sein des milieux académiques de la Restauration révéla en effet, comme le souligne Paravey, les interférences qui perduraient en leur sein entre science et religion. Le conflit entre Ancien Régime et Révolution, au sortir de la période impériale, trouva dans cette affaire un abcès de fixation. Il reste que Dupuis ne fut pas un nouveau Galilée, ce qu’il s’imaginait probablement être, on devrait plutôt parler, trois siècles après, pour le camp religieux, d’une revanche inespérée du procès concernant le mouvement de la terre (e pur si muove!) et l’argument d’un Josué arrêtant le Soleil. 
 

III. Le précesessionalisme de Thomas Brunton

On ne saurait, certes, davantage que pour Dupuis, classer Brunton – inconnu de la bibliographie de C. Lazarides ( Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?, Ed. Anthropologiques romandes, 1989) – parmi les astrologues, si l’on use d’une acception étroite mais à ce moment là Le Cour, non plus, ne le serait ni d’ailleurs ne le voudrait. Vieille querelle entre astrologie individuelle et astrologie mondiale et qui a été dépassée, dans la seconde moitié du XXe siècle, par un André Barbault, qui s’est illustré dans les deux registres sans parvenir sérieusement à les relier entre eux.

Comment Brunton a-t-il échappé aux précessionnalistes, lui qui est notamment, on le verra, l’auteur d’un magnifique tableau chronologique des ères précessionnelles? Cette question mérite que l’on s’y arrête car on pourrait aussi la poser en ce qui concerne un Eustache Lenoble échappant aux investigations d’un Selva ou d’un Hiéroz pourtant polarisés sur le XVIIe siècle astrologique français, autour du personnage emblématique de Morin de Villefranche.

C’est, en effet, se demander comment on découvre un texte astrologique ignoré.. Il y a certainement une part de chance, de hasard mais cela tient aussi à une recherche assez extensive, ce qui montre bien que les chercheurs trop spécialisés risquent fort de revenir bredouille. On l’a vu récemment à propos de Coloni, astrologue des années 1580, oublié des nostradamologues (cf notre étude sur ce site) parce que le nom de Nostradamus ne figurait pas au titre!.

En principe, les catalogues Matières des Bibliothèques facilitent ce genre de trouvaille en classant les fonds par sujets. Malheureusement, la Bibliothèque Nationale (Paris, s’y refusa, rendant infiniment plus ardue la tâche des chercheurs. Il faudra parfois attendre le catalogage informatique, au début des années 1990, pour que de nouveaux documents émergent, avec d’ailleurs parfois l’inconvénient, aux yeux de certains, d’être submergé par les données désormais fournies. Toujours est-il que c’est ainsi qu’un beau jour Brunton tomba dans nos filets et ce, parce qu’il avait publié à part un chapitre sur la précession des équinoxes, extrait d’un ouvrage dont le titre n’aurait a priori jamais attiré notre attention,Esquisses Morales et Littéraires. Au vrai, quelqu’un aurait peut être tôt ou tard découvert le précessionalisme de Brunton en étudiant systématiquement les travaux de chronologie, puisque cet auteur s’est illustré particulièrement dans ce domaine, et il n’est d’ailleurs pas impossible que Brunton soit connu de certains spécialistes de la chronologie biblique. Mais là, on se heurte au problème du cloisonnement des recherches. On se rend compte à quel point la recherche en histoire des textes est précaire.

Pourtant, il ne semble guère que Brunton ait été un inconnu, dans les années 1870, il est publié notamment chez Plon, un des grands éditeurs parisiens et c’est précisément chez Plon que paraissent ces Esquisses Morales et Littéraires, en 1874.. Il semble que l’ingénieur Thomas Brunton – on a de lui un document consacré au creusement d’un canal – ait été d’origine anglaise et qu’il soit donc venu s’installer en France. Cependant, la plupart de ses ouvrages, et notamment ses Esquisses dont on ne connaît pas d’édition anglaise, sont parus directement en français,

Si l’on examine les dates de publication des livres de Brunton, on note sa Chronologie Universelle, parue à Aix en Provence, date de 1872, que la Bible et l’astronomie date de 1875, chez Charles Maréchal, faisant suite aux Recherches et esquisses morales, Paris, Plon, 1874 dont un extrait – qui nous mit sur sa piste- parut par la suite, mais la même année, sous le titre ‘Recherches sur la relation de l’époque de la Création avec la Précession des Equinoxes et la fixation du point vernal (BNF V 13047). En fait, Brunton, dans la ligne de son compatriote Newton, est un chronologiste qui cherche à fonder son travail concernant l’Histoire de l’Humanité d’une part sur certaines références issues de l’Ancien Testament, de l’autre sur des repères astronomiques, chacun de ses livres étant axé sur l’un ou l’autre critère. Brunton nous rappelle ainsi les relations fécondes qui existèrent à travers les âges entre chronologistes et astrologues/prophétes.:

« Dans les différents travaux auxquels nous nous sommes livré relativement à la chronologie historique et biblique, il nous a semblé que l’astronomie anciennement étudiée au moyen de l’observation seulement et si développée de nos jours par la science et les instruments perfectionnés, pourrait nous offrir quelques éléments pour reconnaître et appuyer nos notions générales sur la marche des époques et des siècles » (p. 5) Ce que Brunton appelle « chronologie comparée ».

Brunton, à l’en croire, semble avoir élaboré ses réflexions autour de l’an 1868.: « Pour l’année 1868; de notre ère, (…)le point vernal se trouve dans les Poissons et devra passer dans le Verseau dans quelques années ».. (p.43, Esquisses morales et Littéraires). On voit donc que cet auteur cite bel et bien le seuil imminent du Verseau, comme le faisait d’ailleurs De L’Aulnaye, à la fin du XVIIIe siècle..

Abordons, donc, ces Recherches, dont la publication séparée est probablement significative en soi d’un certain intérêt du public pour ce genre de travail.

L’important pour Brunton est de déterminer « à quel point du zodiaque se trouvait l’équinoxe du printemps 4654 ans avant notre ère ».(p.12), cette année correspondant, selon la Bible, à l’apparition de l’homme.

Selon Brunton « à première vue, le problème paraît insoluble, par suite de l’inégalité de dimension des signes des constellations zodiacales et des nombreux remaniements que l’étendue de ces constellations a subis à travers les âges. Ces inégalités et ces remaniements ne permettent pas de dire d’une manière certaine que pour une année donnée, le point vernal coïncidait avec tel ou tel degré d’une constellation zodiacale ».

Mais Brunton a la solution: « De nos jours, l’observation constate (sic) que le point vernal se trouve sur la limite de deux constellations, dont l’une se nomme les Poissons et l’autre le Verseau; il y a bien quelque indécision sur l’endroit où ces deux constellations se séparent mais cette hésitation porte sur une très petite étendue et, d’après les meilleures autorités, on doit admettre que, pour l’année 1868 de notre ère, le point vernal se trouve dans les Poissons et devra passer dans le Verseau dans quelques années. »

N’est-il pas étonnant, remarquera-t-on, que le changement de constellation accueillant le point vernal coïncide grosso modo avec l’époque où Brunton publie ses travaux? Or, Brunton constate qu’entre ses calculs et la date de 4654 il n’y a qu’un minime écart de 42 ans..

En outre, Brunton rappelle que le changement d’équinoxe a des incidences religieuses, reprenant en cela une thèse qui circule déjà depuis la fin du XVIIIe siècle:

« Les monuments historiques et des observations certaines constatent que l’homme a vu de ses yeux l’équinoxe de printemps dans le signe du Taureau d’abord, puis dans celui du du Bélier au temps d’Hipparque et enfin dans le signe des Poissons, d’où il va sortir pour entrer dans le signe du Verseau » (pp; 17-18)

Et de conclure: « On ne saurait attribuer au hasard une si parfaite concordance entre les données de la Bible et celles de la science ». On se trouve là aux antipodes des conclusions de Dupuis, lequel, bien au contraire, avait voulu montrer à quel point la précession des équinoxes, notamment par rapport au zodiaque de Dendérah- remettait en question la chronologie biblique. 
 

Comparaison des schémas de Delaulnaye et de Brunton

Entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle parurent en français deux schémas concernant la succession des ères: l’un -que nous avons été le premier à reproduire dans La Vie Astrologique, il y a cent ans - et qui date des années 1790 – et l’autre que nous reproduisons ici, pour la première fois, et qui appartient aux Esquisses de Brunton – et qui date des années 1870. Il nous intéresse de les comparer:

Pour le début de l’ère du Taureau, les deux schémas sont quasiment superposables:

-4619 dans un cas, et – 4612 dans l’autre. Pour le début du Bélier, le décalage reste médiocre: -2504 et – 2452.

Mais pour le Verseau, Delaulnaye propose 1726 de notre ère alors que Brunton propose 1868-1874, soit un décalage d’un siècle et demi environ. Le calcul de Brunton s’appuie sur un texte d’Aristille, prédécesseur d’Hipparque: « Vers l’an 292 avant l’ère c’est à dire 130 ans avant Hipparque, l’astronome Aristille avait déterminé la position sur l’écliptique où se trouve l’endroit du ciel où se trouve maintenant le point vernal ». (p. 43). Si l’on soustrait 2160 de -292 (début ère des poissons), on obtient 4612; si l’on ajoute 2160 à -292, on obtient 1868. Delaulnaye semble, quant à lui, être parti d’une donnée de -389 pour le début des Poissons, avec des intervalles de 2115 et non de 2160 ans, soit un décalage par ère de 45 ans, et à partir de là il obtiendrait pour le Bélier, -2504 et pour le Verseau, 1726. On rappellera que sous la Révolution Française eut lieu une tentative de constituer une nouvelle ère, à partir de 1792 et qui se prolongea jusque dans les premières années de l’Empire comme en témoigne le franc germinal.(1803)

On s’aperçoit que ces deux auteurs ne sont pas spécialement intéressés par l’An 2000, ce n’est que chez ceux du XXe siècle que cette échéance va peu ou prou tendre à se confondre, syncrétiquement, avec celle propre à l’Ere du Verseau et Paul Le Cour cherche à faire coïncider la chronologie populaire – date de naissance du Christ et millénarisme – avec un système qui était avant tout à caractère astronomique.

On observera qu’à la différence de Brunton, Le Cour préfère s’appuyer sur la date de la naissance officielle de Jésus et le point de départ de ce que l’on appelle l’ère chrétienne pour fixer les autres dates, il ne se fie donc guère au repérage du point vernal comme prétendait y parvenir Brunton. . Le Cour ne cherche pas à recouper la chronologie de l’Ancien Testament. On ne saurait donc attribuer à Le Cour une fixation sur l’An 2000 et c’est bien l’an 2160 qui figure sur son schéma ( paru dans Atlantis de novembre-décembre 1933, n°50, p. 53). Le terme même d’ère du Verseau ne figure pas chez Brunton, il a une connotation bien précise, il annonce la fin de l’ère précédente, la chrétienne. -cf notre étude sur ce site « Les astrologues saisis par le politique, de Paul Le Cour à André Barbault »)

En comparaison avec Le Cour, Brunton ne se fonde pas sur le début de l’ère chrétienne, pas plus que n et religion alors que Le Cour place la religion en premier, en tant que manifestation, il adopte ce faisant, en quelque sorte, une approche plus expérimentale, d’où l’importance qu’il accorde aux signes « avant-coureurs » dont il donne, dans son Ere du verseau, un catalogue assez éclectique qui va de la Prophétie des Papes selon le pseudo Saint Malachie aux spéculations liées à la communauté religieuse de Paray Le Monial (Saône et Loire), dans les années 1880 (cf le numéro 12 de Politica Hermetica, 1998)

En 1814, Alexandre Lenoir reviendra sur les travaux précessionalistes de Delaulnaye, dans la Franche Maçonnerie (cf La vie astrologique, il y a cent ans, op. cit.)

C. Lazarides (Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons) cite une autre fourchette 1830-1840, que l’on trouve chez Sepp, dont la version allemande -Das Leben Christi - parut en 1845 mais qui ne fut traduit en français qu’en 1854, sous le titre de Vie de Notre Seigneur Jésus Christ : « Trois cent vingt ans avant JC, le point de l’équinoxe de Printemps tombait entre le Bélier et les Poissons. Le quatrième signe où le Soleil est entré depuis la Création est donc celui des Poissons (…) C’est précisément de nos jours, de 1830 à 1840, que l’équinoxe s’est trouvé entre les Poissons et le Verseau. Une nouvelle époque a donc commencé de nos jours pour le monde chrétien sous le signe céleste de son Rédempteur et une nouvelle époque commencera avec un nouveau signe, l’an 4000 après JC (l’ère du capricorne). On observera donc qu’à chaque décennie ou presque, depuis le XVIIIe siècle, on décale inlassablement l’avènement de la nouvelle Ere. Lazarides relève que Rudolph Steiner a lu Dupuis. 
 

Précessionalisme non aquarien et aquarisme non précessionnel

E. Latour, signale (« L’ère du Verseau », Politica Hermetica, 12, 1998) qu’il est fort question de la précession des équinoxes dans un article de la revue Politicon (Huitième Protocole, 1902, BNF, 4° R 1842) de Francis-André (Mme Bessonnet-Favre), intitulé « Géodésie Politique. Les sept Eglises d’Asie ou révélations de la Mercaba des Chrétiens ». Il y est notamment question de « la période de rétrocession d’un signe du zodiaque en vertu de la précession des équinoxes » à propos de la rencontre de Saturne et de l’étoile gamma de la Vierge, le Ier mars 228 avant notre ère: « il y a par conséquent 2130 ans. Si le même phénomène se produisait dans une trentaine d’années( donc vers 1932), le passage de l’astre dont le nom est synonyme de temps (Kronos) marquerait juste les 2160 ans ». Ainsi alors que Brunton situe en -292 le passage dans la période des Poissons, Francis-André situe le changement précessionnel à -228, tant et si bien que Francis-André avance la date de 1932 environ alors que Brunton avait indiqué 1868/1874. Mais on conçoit mal comment en prenant une étoile de la constellation de la vierge pour référence, elle aurait pu parvenir au verseau, pour le XXe siècle, la démarche de Francis André consistant à découper le temps en périodes de 2160 ans à partir d’une certaine date liée à une certaine étoile. Il semble que par hasard – mais le choix de cette étoile lui incombe – la date dont elle part à savoir( -228) recoupegrosso modo les données des précessionalistes orthodoxes, ce qui aboutit à des spéculations chronologiques proches. Il semble même que Francis André aboutirait à la constellation opposée à celle du Verseau: le Lion, qui précède la Vierge dont elle part. On se retrouve sur le même axe.

A contrario, il ne suffit pas non plus de parler de l’âge du verseau pour qu’il s’agisse nécessairement de précession des équinoxes. L’historien du précessionalisme ne doit prendre des vessies pour des lanternes.

On donnera un autre exemple d’un risque de confusion: dans l’Enigme de Jésus Christ, Daniel Massé, parle en 1926 (pp. 69-70) d’une succession zodiacale aboutissant aux Poissons, mais il s’agit là de périodes de 1000 ans sans rapport avec les 2160 ans du cycle précessionnel.

Curieusement, Le Cour semble confondre tropicalisme et sidéralisme quand il accorde la plus grande importance à ce qui se passe, chaque année, dans le mois du Verseau, au sens de l’astrologie telle qu’on la pratiquait dans la Presse dans les années Trente. Il est intéressant de citer cette déclaration de PLK sur l’astrologie planétaire:

« L’astrologie religieuse (ramène) les planètes au rang de satellites de notre soleil au même titre que la terre, elle ne leur accorde aucune influence dans la conduite des affaires terrestres. La découverte d’autres planètes aurait dû d’ailleurs montrer l’inanité des anciens horoscopes qui n’en tenaient pas compte puisqu’ils les ignoraient » (Dieu et les dieux. Dieu existe-t-il?, Bordeaux, Ed. Bière, 1945, p. 153 (BNF 16° R 1976). Le Cour ne semble pas comprendre que ce qui caractérise une étoile c’est son caractère de fixité, au regard de l’observateur, et que dès lors qu’un astre se déplace à travers le zodiaque, il est assimilable, ipso facto, à une planète, comme c’est le cas pour le soleil. Que le soleil soit une étoile,ensoi, importe peu, ce qui joue, c’est son instrumentalisation. En tout état de cause, on ne peut se passer d’une dialectique entre le fixe et le mobile: l’image du train (mobile) passant d’une gare (fixe) à l’autre nous semble assez pertinente.

Inversement, contrairement à ce que note E. Latour, ce n’est pas parce que l’on s’intéresse au signe tropique du Verseau que l’on est concerné par l’Ere du Verseau et que l’on en maîtrise le fondement astronomique.. Il y a probablement un « aquarisme » non précessionnel et qui, dans certains cas, peut se syncrétiser, par analogie, avec l’aquarisme précessionnel, c’est d’ailleurs ce qui ressort de la lecture des textes de l’ANEV.

En ce qui concerne Brunton, il est clair que celui-ci n’avait pas de préoccupation eschatologique, il cherchait simplement à « vérifier » la chronologie biblique, en montrant qu’elle s’articulait sur une certaine logique religieuse, un choix totémique, relevant non pas de l’inconscient mais du conscient. Le Cour, en revanche, cinquante ans plus tard, veut voir dans le processus précessionnel une loi qui s’impose à l’Humanité et qui la dépasse, ce qui, dans ce cas, pourrait valoir rétrospectivement pour les ajustements antérieurs, notamment lors du passage du Taureau au Bélier, et dans ce cas cela ne présumerait pas de la connaissance consciente de la précession des équinoxes avant Hipparque (sur le XXe siècle, voir notre texte sur ce site, « Les astrologues saisis par le politique, de Paul Le Cour à André Barbault ») 
 

IV. Le stellaro-planétarisme d’Henri Lizeray

En 1892, paraissaient Horoscopes des poètes, d’Henri Lizeray. Cette brochure de 14 pages était la première du genre, en France, en tout cas depuis trois cents ans, à proposer l’étude d’un certain nombre de personnages, en l’occurrence des poètes, au regard des positions planétaires. Les travaux du polytechnicien Choisnard (alias Flambart) paraîtront dans les années qui suivront.

Lizeray a commis un certain nombre d’autres textes, notamment Les Eres de la civilisation, Paris, J. Baur, 1879 qui comporte une théorie des Ages, plus mythologique qu’astrologique, qu’il introduit ainsi:

« Tous les historiens de l’antiquité ainsi que ses poètes parlent des Quatre Ages de l’humanité: l’époque d’ Uranus ou du Ciel, pendant laquelle les hommes menaient une vie sauvage se nourrissaient des productions spontanées de la terre et voyaient leur existence dépendre des vicissitudes des saisons, l’époque de Saturne ou du SEMEUR, celle de Jupiter ou du DOMPTEUR, celle de Bacchus ou du CUEILLEUR DE BAIES »

Egalement auteur, en 1890, d’un texte sur la prévision du temps (au sens météorologique du terme) – en annexe de Le druidisme et le Christianisme - Lizeray développe, dans ses Horoscopes des Poètes, une méthode qui n’est pas, au demeurant, celle qu’illustrera le polytechnicien français et que nous appellerons le stellaro-planétarisme. Il s’agit de circonscrire un certain nombre d’étoiles, regroupées dans une région du ciel et de relever les aspects que les planètes entretiennent avec les dites étoiles (fixes)

« Cet essai, Lizeray s’en explique, est spécialement consacré aux naissances poétiques. Nous déterminerons les aptitudes du sujet d’après la constellation de Pégase en regard des principaux lieux de l’horoscope » (c’est à dire ici du thème natal). Signalons que J. Du Rouchet consacrera un développement de son texte de l’ANEV – « L’ère du Verseau et la fin de l’âge de la Lune « - à la constellation de Pégase: « A l’heure actuelle, l’influence de la constellation de Pégase semble déterminante à proximité de celle du Verseau » (p. 217)

Les étoiles, selon Lizeray, n’agiraient que par le truchement des planètes, c’est ce que nous appellerons la théorie de l’aspect stellaro-planétaire (SP). Contrairement à l’utilisation des étoiles fixes répartie dans tout le zodiaque, le système de Lizeray ne s’intéresse qu’aux étoile situées entre le « 323e et le 2e degré » dans leurs rapports avec la planète circulant tout le long de l’écliptique.

Ci-dessous l’exposé circonstancié de sa méthode par Lizeray: « Les principales étoiles sont Enif ou la Bouche hennissante du Cheval, qui préside la naissance des auteurs scéniques. La Tête indique la pensée et l’étoile luisante du Col annonce le souffle poétique. Markab à l’aile, Schéat à la sortie de la jambe, Algénib au bout de l’aile et Alphérat sur les organes forment le carré de Pégase. Quand Phébus s’en rapproche au moment d’une naissance le poète devient illustre. Telles sont les qualités que donnent les étoiles mais celles-ci ne peuvent les communiquer sur la terre qu’à l’aide des planètes, placées en aspect. Les aspects sont : 1° la conjonction , quand l’étoile, la planète et la terre sont placées en cet ordre sur la même ligne. La planète s’éloignant de la ligne de jonction est en sextile aspect (sic) à 60°, en quadrat (carré) à 90°, en trine (trigone) à 120°, en opposition à 180°. Les plus favorables influences sont, à leur rang, la conjonction, le trine et le sextile: les mauvaises sont l’opposition et le quadrat.(..) Les lieux principaux d’une naissance sont les longitudes des cinq planètes, du soleil, de la lune et de l’horoscope (ici l’ascendant) ou du point à l’orient. » (pp. 4-5)

On notera que Lizeray ne situe jamais les astres en recourant au découpage propre au zodiaque tropique, il se contente des coordonnées allant de 0° à 359°, telles qu’elles figurent alors dans les éphémérides astronomiques. Rappelons que dès les années 1840, était paru, à Paris, sous le patronage de Mademoiselle Le Normand, un manuel d’astrologie comportant en annexe les mêmes données astronomiques que celles qui figurent chez Lizeray. (cf La vie astrologique, il y a cent ans, pp. 49-50)

Comment Lizeray a-t-il déterminé une telle zone? Probablement empiriquement. On rappellera qu’au début du XXe siècle, l’Ecole de Hambourg de Witte supposera l’existence de planètes transneptuniennes, en précisant leur emplacement, sur la base d’observations qui auraient été faites à partir de thèmes de naissance. Notons que la théorie des mi-points, chère notamment à la Kosmobiologie allemande de Reinhold Ebertin, si elle n’offre aucun caractère stellaro-planétaire, n’en arrive pas moins à insister sur des zones vides de planètes et il semble bien que nombre de praticiens aient été confrontés à un sentiment de manque, comme si la dimension stellaire absente déséquilibrait leur appréhension du thème. 
 

Le texte intégral de l’Horoscope des poètes (1892)

L’intérêt de ce document, outre ses ambitions statistiques, tient à la succession de brèves notices, organisées selon l’ordre chronologique. Nous n’avons pas là une description abstraite à la manière des manuels, nous sommes en présence d’une volonté de rendre par les aspects stellaro-planétaires le profil d’un homme de lettres connu du lecteur. Par delà le caractère insolite du recours à des étoiles fixes, on retrouve là, chez ce pionnier qu’est Lizeray, une façon de travailler, un exercice de style, qui annonce un siècle riche en interprétations, après coup, de cartes du ciel. A noter que ces poètes étudiés et dont Lizeray, a rassemblé consciencieusement les coordonnées de naissance, il y a plus de cent ans nous restent familiers encore de nos jours, à l’exception peut être du parnassien Théodore de Banville, un peu oublié, qui venait juste de mourir, en 1891. Mais on sourit lorsque Lizeray qualifie, aspects à l’appui, Alfred de Musset de « poète de second ordre ». On touche là au talon d’Achille de cette astrologie des célébrités qui s’appuie sur des jugements de valeur voués à évoluer….Lizeray est très allusif du fait qu’il suppose que ses lecteurs savent de quoi il s’agit quant à la biographie des auteurs étudiés.

On a en tout cas du mal à croire que Lizeray soit un cas unique, il semble au contraire s’inscrire dans une tradition astro-biographique dont il ne serait que le sommet de l’iceberg. On est loin, en tout cas, dans la galerie de portraits de Lizeray, des thèmes onomantiques, déconnectés par rapport à la réalité astronomique, qu’à la même époque des auteurs comme Ely Star, préfacé tout de même par un Camille Flammarion, en 1888, continuent à diffuser et à enseigner. 
 

Horoscopes des Poètes (extraits)

NB: Lizeray se sert des symboles planétaires., figurant dans les éphémérides, en usage tant chez les astrologues que chez les astronomes: 
 

Corneille, né à Rouen le 6 juin 1606

Soleil 75, Mercure 91, Vénus 76, Mars 226 Jupiter 111, Saturne 281

« Mars en sextile aspect avec la Bouche et le Chef du Cheval annonce un auteur tragique; dans un genre noble (trine aspect de Jupiter dans le plein carré de Pégase). Les pièces auront pour intrigues les contrariétés de l’amour, dont toutefois on parlera peu (Vénus en quadrature, avec le bout de l’Aile, n’émerge pas des rayons du soleil). Le quadrat du Soleil avec la première étoile de l’Aile, celui de Mercure avec le bout de l’aile, s’accordent au génie du tragique et relèveront l’éclat et l’art d’oeuvres raisonnables et sérieuses (sextile de Saturne avec le Col) 
 

Lafontaine (sic) , né à Château-Thierry, le 8 juillet 1621

Soleil 106, Mercure 85, Vénus 68, Mars 234, Jupiter, 143, Saturne 25

« Le trine de Mercure avec la Bouche et la Tête annonce un poète ingénieux dans ses vers et dans ses pensées. Ce sera un conteur de fables telles que les vieillards aiment à en dire (sextile de Saturne avec la bouche) Il s’exprimera clairement et sans lourdeur (trine du Soleil avec la première de l’Aile »

D’autre part, l’opposition de Jupiter avec la Bouche interdira les sujets nobles ou grandioses, le quadrat de Mars avec la Tête déniera les pensées guerrières et les oeuvres tragiques, le quadrat de Vénus avec le Col inclinera aux propos grivois ». 
 

Molière, né à Päris, le 15 janvier 1622

Soleil 295, Mercure 313, Vénus 321, Mars 339, Jupiter, 117, Saturne, 109

La conjonction de Vénus avec la Bouche domine en cette nativité. Elle annonce des pièces agréables, des comédies avec intrigues amoureuses. La conjonction de Mars avec le Col armera le comique des traits de la satire. Le trine de Jupiter avec les Organes du Cheval donnera l’abondance et la noblesse des productions remplies de la clarté ajoutée par le Sextile du Soleil. Le faible quadrat de Saturne avec la première de l’Aile communiquera cependant aux oeuvres un caractère quelque peu prosaïque, raisonneur et de l’amertume. 
 

Racine, né à la Ferté Milon, le 20 décembre 1639

Soleil 267, Mercure 280, Vénus 245, Mars 201, Jupiter 22272, Saturne 323

Voici un tragique-né. La conjonction de Saturne et le trine de Mars avec la Bouche produira en scène des guerriers mêlés à des intrigues fatales. Le sextile de Mercure avec le Col ménage cependant l’exception de quelques pièces badines en octroyant aussi l’habileté de la versification. Le quadrat de Jupiter avec le bout de l’Aile dénie la majesté et l’élévation cornélienne. Le quadrat de Vénus avec le Col, c’est propos d’amour mais en méchantes occasions, telles qu’insultes et adultères. Le quadrat du Soleil avec le Chef indique la clarté des pensées. 
 

Boileau, né à Paris le Ier novembre 1636

Soleil 220, Mercure 243, Vénus 177, Jupiter 178, Saturne 284

La date de naissance est contestée: ce serait le Ier novembre 1637 selon Boileau et le Ier novembre suivant (donc 1638) selon Louis Racine. D’après l’horoscope, je me détermine en faveur de cette dernière époque. Voilà un poète dont les oeuvres ne seront pas destinées à la scène, car il n’y a aucun aspect des planètes avec la Bouche. A signaler la conjonction des trois planètes, Jupiter, Vénus et Mars et leur opposition avec les Organes.

Le mauvais effet de cette opposition sera combattu en partie par l’heureuse union de Jupiter et de Vénus. Mars conservera son influence et formera un satirique médisant des femmes, cependant que Jupiter assurera la noblesse du style. Le sextile de Saturne avec l’Aile inclinera au raisonnement dans des petits poèmes habilement rimés (trine de Mercure avec le bout de l’Aile) et d’un style clair (trine du Soleil avec le Col). 
 

Voltaire, né à Paris, le 20 février 1694

Soleil 333, Mercure 330, Vénus 13n Mars, 108, Jupiter 105, Saturne 272

La date du 20 Février est donnée par Voltaire. Les biographes indiquent celle du 21 novembre 1694. L’horoscope de la première époque s’accorde davantage avec le génie du poète. Le Soleil est entre le Chef et le Col du Cheval. Phébus est monté sur Pégase! De telles conditions présagent d’heureuses et universelles aptitudes. Cette rencontre est rare: pourchasseurs de rimes, je vous souhaite un pareil Pégase! Donc le Soleil sur le Col du Cheval annonce une nombreuse production de pièces dramatiques. Mercure en conjonction avec la Tête accordera en outre du talent pour les contes agréables et badins.

Ce génie bien doué ne manquera ni de noblesse et d’élévation dans les pensées (trine de Jupiter avec l’Aile) ni d’esprit satirique (trine de Mars avec l’Aile) mêle à une mordicante ironie (quadrat de Saturne avec le bout de l’aile). A cet esprit universel, Vénus seule a refusé ses dons. Aussi présentera-t-il la plus sainte des femmes comme un objet de risée. 
 

André Chénier, né le 20 octobre 1762, à Constantinople.

Soleil 207, Mercure 228, Vénus 252, Mars 268, Jupiter 37, Saturne 20

D’heureuses dispositions sans beaucoup d’éclat, à cause du peu d’énergie des aspects sextiles. Mélancoliques petits poèmes à déclamer (sextile de Saturne avec la Bouche). Noblesse de l’élocution (sextile de Jupiter avec le Col). Critiques acerbes et pamphlets (sextile de Mars avec le Chef). Envolées vers l’amour peiné et triste (quadrat de Vénus avec l’aile). Art de la versification (trine de Mercure avec l’aile). Clarté des idées (trine du Soleil avec le Chef) 
 

Lamartine, né à Mâcon, le 21 octobre 1790

Soleil 208, Mercure 206, Vénus 221, Mars 240, Jupiter 141, Saturne 1.

Aptitudes caractérisées. Au lieu d’aspects sextiles toujours de faible influence, les trines et les conjonctions déclarent la virtuosité. Oeuvres fécondes, mais froides et mélancoliques. (Saturne en conjonction avec les Organes). Par suite, ce sera un poète élégiaque qui chantera l’amour (à cause du trine de Vénus avec le gosier) Il composera les histoires des guerres civiles et des empires (trine de Mars avec les Organes) et il exprimera avec art des pensées claires (trine de Mercure et du Soleil avec le Chef). L’opposition de Jupiter avec la Bouche lui enlèvera toute disposition pour le théâtre. 
 

Victor Hugo, né à Besançon, le 26 février1802, à 10 heures et demie du soir.

La connaissance de l’heure exacte de la naissance nous permet, déclare Lizeray, d’en dresser le thème. (…) Voici de nouveau Phébus en plein Col de Pégase. Qu’en résulte-t-il ? Un poète célèbre (..) Donc richesse et éclat du style »

Et Lizeray de conclure, esquissant quelque synastrie: « Victor Hugo et N. Bonaparte, ont été ennemis de naissance, parce que les principaux lieux de leurs horoscopes ne communiquaient pas. » 
 

Musset, né à Paris, le 11 décembre 1810.

Soleil 258, Mercure 258, Vénus 284, Mars 194, Jupiter 53, Saturne 257

Poète de second ordre (sic) à cause du sextile et des quadrats. Les quadrats, dans cette naissance, prennent de l’importance à cause de leur nombre; ce sont les quadrats du Soleil, de Jupiter et de Saturne avec la Bouche: poète évidemment dramatique. Le Soleil donnera le brillant aux personnages mis en scène, Jupiter l’élégance et Saturne la mélancolie. Tout le génie de ce poète aux aspirations amoureuses lui sera départi par le sextile de Vénus avec l’Aile. Toutefois, l’oeuvre sera jolie, bizarre et l’esprit tourmenté à cause des quadrats. 
 

Gautier (Théophile), né à Tarbes, le 31 août 1811

Soleil 157, Mercure, 180, Vénus 138, Mars, 250, Jupiter 90, Saturne 260

Voici un poète tout différent du précédent: l’opposition de Vénus avec la Bouche lui déniera l’art des intrigues théâtrales. Dans ses contes (sextile de Saturne avec la Bouche) il parlera cependant d’amour mais ses héroïnes le feront tant soit peu de travers. Mercure à plus de 15 degrés du Soleil n’est pas brûlé: grâce à cette circonstance assez rare le trine de cette planète avec les Organes accordera d’abondantes productions légèrement et artistement travaillées. Cette qualité l’emportera de beaucoup sur les autres. L’opposition du Soleil avec le Col empêchera le souffle poétique et l’haleine nécessaire aux longues oeuvres. Les sujets élevés ou majestueux seront interdits au poète (quadrat de Jupiter avec les Organes). Il fera la critique d’oeuvres tragiques mais pas de son plein gré (quadrat de Mars avec l’Aile) 
 

Banville (Théodore de) né à Moulins, le 14 mars 1823

Soleil 353, Mercure 324, Vénus 18, Mars 359, Jupiter 62, Saturne 36

Les « téméraires auteurs » peuvent de nouveau contempler l’objet de leur désir. Phébus (le soleil) est sur le crin de Pégase! Comme conséquence: rimes exceptionnellement riches. La conjonction de Mercure et le sextile de Vénus avec la Bouche indiquent un auteur scénique badine et déluré. Il écrira de nombreuses critiques d’art mais il ne les signera pas ou elles seront bénignes (Mars dans les Organes, mais brûlé). Il traitera de sujets nobles (sextile de Jupiter avec le bout de l’Aile), toutefois avec quelque peu d’humeur ironique ou chagrine (sextile de Saturne avec le Col). Mais à part la clarté et la splendeur des rimes dues à la conjonction du Soleil et de Pégase, ce sera un poète de second ordre à cause des sextiles » (p; 14) 
 

Dane Rudhyar et le stellarisme

Si l’astrologie française s’est largement construite contre le stellarisme et notamment contre le stellaro-planétarisme, en revanche, l’astrologue américain, Chenevière alias Dane Rudhyar (hommage à Kipling) n’a pas pris totalement ses distances avec les étoiles, comme le rappellait en 1979 son disciple Alexander Ruperti, dans un texte paru dans Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau (ANEV), » la montée vers le verseau », Rudhyar attachant en effet quelque importance aux quatre étoiles royales: Aldébaran, Antarés, Fomalhaut et Régulus:

« Dans les thèmes de personnes en vie actuellement, toute planète qui se trouve dans les cinq derniers degrés des Gémeaux peut devenir un instrument de l’expression du défi spirituel à travers Bételgeuze. Ces personnes peuvent devenir des foyers au travers desquels se concentre le pouvoir qui cherche à établir les bases d’une nouvelle société et d’un nouveau type d’individu. (…) Exemples: Abdul Baha, fondateur du mouvement Bahai, Mars à 26° Gémeaux; Alice Bailey, Soleil 26° Gémeaux; Krishnamurti, Mars, 28° Gémeaux opp. Lune 26° Sagittaire; Franklin Roosevelt, Mars 28° Gémeaux en 10e, Freud, Saturne 28° Gémeaux; Mary Baker Eddy ( science chrétienne), Asc-Desc. 27° Sagittaire- Gémeaux; Rudhyar, Jupiter (maître de l’As) 28° Gémeaux »

Et Ruperti de préciser ce lien entre l’ère du Verseau et l’étoile Bételgeuze: « Si l’ère des Poissons fut, sous Régulus, une période de développement de la capacité de prendre des décisions spirituelles, l’ère du Verseau, sous Betelgeuze, sera une période d’épreuve patiente de la capacité de l’homme à se contrôler et à développer ses talents mentaux, peut être dans des conditions d’existence totalement nouvelles etc »

Cela dit, Ruperti discute de savoir si la constellation a précédé le signe du même nom ( in « Quand commence l’ère du Verseau? », ANEV, p.356) et n’hésite pas; par exemple, à signaler que Régulus entre dans le signe (tropique) de la Vierge, ce qui ne correspond à l’approche stello-planétariste qui ne s’intéresse qu’aux relations étoile/planète et certainement pas étoile/signe.

On a là une approche qui s’apparente assez nettement à celle exposée par Lizeray, à la fin du XIXe siècle. Elle permet de rapprocher des données planétaires recoupant la même zone du zodiaque, plus finement que la simple présence dans tel ou tel signe, ce qui tendrait à montrer que le signe zodiacal tropique serait un substitut assez grossier à la présence stellaire. On notera, en outre, que la zone de fin Gémeaux, étudiée dans cet article, est au carré de la zone de fi Poissons, qui intéresse Lizeray. Or, selon nous, le stellaro-planétarisme concerne les signes mutables (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poissons, en tropique) 
 

Conclusion

On peut certes se demander ce qui a pu conduire un Lizeray, à privilégier une région du ciel située, selon ses dires, entre le 323e et le 2° degré du zodiaque. Mais nous-mêmes, cent ans plus tard, avions mis l’accent sur cette même zone et ce sans nous référer aux travaux de Lizeray, que nous avions certes signalés mais sans les approfondir (cf J. Halbronn, La vie astrologique, il y a cent ans, op. Cit.)

Pour nous, l’épistémologie de l’Histoire de l’astrologie, contrairement à ce que soutiennent d’autres chercheurs, marqués par d’autres pans de l’ésotérisme, ne se réduit en effet point à disserter sur un savoir sans objet mais bien au contraire implique une dimension anthropologique sous-jacente (-cf notre texte sur ce site » Les historiens de l’astrologie en quête de modèle », paru aussi en espagnol dans Mercurio 3, juin 2002, voir aussi « ésotérisme philosophique et ésotérisme sociétal » sur le site Faculté-anthropologie.fr). Cela dit, pour autant, on l’aura compris, il ne s ‘agit nullement pour nous de justifier ce qu’est devenue de nos jours l’astrologie et de basculer dans une apologétique (cf « Elisabeth Teissier ou la tentation du compromis » sur le site du CURA).

En effet, dans L’Astrologie selon Saturne (Paris, La Grande Conjonction), nous écrivions, cent ans après lui, « nous avons sélectionné sept périodes (…) délimitées par les degrés 342° à 353° du zodiaque depuis 1789. » Autrement dit, nous nous proposions d’étudier les aspects de Saturne avec une zone se situant à la fin du signe (tropique) des Poissons, ce qui recoupe sensiblement le modèle de Lizeray, à cette différence près que nous ne nous situions pas, pour notre part, par rapport au thème natal mais considérions les transits, en astrologie mondiale.

Autre différence, il y a selon nous quatre zones stellaires sensibles et non pas une seule, elles sont situées de 90° en 90°. Il nous apparut en effet que lorsque l’on considérait le cycle de Saturne, le changement de phase correspondait une régularité qui ne s’expliquait que par un élément structurant du dit cycle.

Nous nous intéressons vivement aux aspects qu’entretient, au cours de son cycle, Saturne avec l’axe des deux étoiles fixes Aldébaran/Antarés. En principe, les aspects stellaro-planétaires au sein du thème natal ne nous intéressent pas. Même si nous n’excluons pas (cf notre article sur la Ve République, dans Trois Sept Onze) de relever certains naissances illustres avec des conjonctions soleil-étoile fixe et notamment Aldébaran/Antarés, étant entendu que, dans ce cas de figure le soleil est assimilé à une planète, bien que l’on sache pertinemment qu’il s’agit d’une étoile, la notion d’étoile étant en fait liée à celle de fixité et le soleil apparaissant dans le zodiaque, visuellement parlant, comme aussi mobile que Mercure ou Vénus, son « escorte ».

Néanmoins, en tant que générateur de lumière et de chaleur, le Soleil se comporte bel et bien comme une étoile, produisant d’ailleurs un cadre saisonnier fixe, de par sa cyclicité annuelle immuable, avec des variables propres à chacun de ses satellites planétaires. .

Il convient, en tout état de cause, de pratiquer des orbes, avant et après l’aspect et notamment dans le cas de la conjonction, du carré et de l’opposition aux étoiles fixes, véritables points sensibles du thème. Lizeray, en s’intéressant à diverses portions de la constellation Pégase, et donc à plusieurs étoiles proches l’une de l’autre, en arrive à une même pratique d’orbe.

L’astrologie stellaro-planétaire, qui fut sans doute importante, lors débuts de l’astrologie et dont nous pensons qu’elle occupera une place croissante au XXIe siècle, .restitue l’horloge cosmique avec ses aiguilles que sont les planètes et ses repères fixes que sont les étoiles. On peut dire à ce propos que nos montres, divisées en douze secteurs, ont conservé jusqu’à nos jours un tel modèle- notamment dans les lieux publics – même si l’on utilise de moins en moins de cadrans dans la vie privée, les deux systèmes continuant à cohabiter. L’astrologie SP est au demeurant la plus facile à accepter par les astronomes, dans la mesure où elle évacue le découpage zodiacal au profit des seules étoiles et qu’elle situe les planètes dans leurs aspects avec les étoiles, ce qui reste une méthode reconnue pour définir la position d’une planète dans le ciel.

Il nous semble, en tout cas, que l’astrologie SP est marquée par la dualité (cf notre colloque de Mai 2000 sur Penser la dualité) et nous pensons que l’astrologie est avant tout duelle.. On a certes parfois l’impression qu’il existe, en astrologie, des structures plus complexes mais qui ne sont en fait que des subdivisions ou des démultiplications d’un processus duel. De la même façon, la réalité que l’astrologie a à décrire est-elle également de cet ordre.

L’astrologie SP unifie son champ grâce au critère de visibilité, revenant ainsi à la représentation du ciel des Anciens. Elle s’efforce de retrouver les rythmes de vie, toujours en nous, au demeurant, de nos ancêtres et notamment les cycles d’activité sociale. Ces cycles facilitent, à certaines époques, la multiplication des pôles et à d’autres, au contraire, imposent des pauses. C’est précisément l’existence de telles variations dans l’Histoire qui nous aura permis de remonter vers la SP. On dira que tout ce qui est duel, dialectique, dans la vie de la Cité, a précisément à voir avec l’astrologie à condition que celle-ci n’ait pas perdu sa propre dimension duelle ou dualisante.

On soulignera le fait que le stellaro-planétarisme permet de rendre compte des origines de l’astrologie en tant que rapport entre les hommes et les astres et non simplement en tant qu’étude du dit rapport.

Il est clair que les planètes – on ne parle pas ici des luminaires – constituent un développement relativement tardif du savoir astronomique. Initialement, on avait la lune passant d’une étoile à une autre, les étoiles constituant un arrière- plan fixe mais à un rythme mensuel trop rapide pour présenter un intérêt au niveau de la vie de la Cité.

Avec l’introduction de planètes plus rapides mais se distinguant néanmoins nettement des étoiles fixes, l’humanité, en certaines de ses sociétés au départ, allait être en mesure de découper le temps selon certaines périodicités supérieures à l’année. Le cycle de Saturne, notamment, pourrait ainsi être découpé et ce non pas, d’abord, en secteurs, mais selon les aspects entretenus avec certaines étoiles fixes.

On observe, en effet, que les aspects permettent de se passer des signes zodiacaux. En effet, si l’on étudie un certain nombre d’aspects entre Saturne et telle ou telle étoile fixe, les divers aspects permettent de baliser le parcours de cette planète tout autant que le découpage en douze signes qui ne seraient, au départ, que des manifestations aspectales.

L’inconvénient du passage du référentiel stellaire au référentiel constellationnel et a fortiori zodiacal – sur une base tropique- c’est de mettre en place des structures abstraites, non visuelles à la différence des étoiles.

L’astrologie stellaro-planétaire nous apparaît, en définitive, comme antérieure à l’astrologie telle qu’elle nous fut transmise par le Tetrabiblos. (cf nos travaux parus dans la revue Beroso et au Colloque de Malaga de 2002 (site CURA), sur Ptolémée et Firmicus Maternus, ainsi que dans la revue Trois Sept Onze (juin 2002) etc

Avec cet ouvrage rédigé en grec tardif – à une époque où cette langue tendait à devenir archaïque – attribué à l’astronome alexandrin Claude Ptolémée (IIe siècle de notre ère), nous n’avons plus, en effet, que des traces du stellaro-planétarisme.

On y traite certes des étoiles fixes et des planètes mais leur combinatoire n’est nullement au centre de l’ouvrage. Le tropicalisme est déjà dominant, ce qui a pour résultat d’évacuer la référence stellaire pour lui substituer une réalité virtuelle, mathématique et surtout l’on y examine longuement les aspects entre planètes, ce qui n’est pas pertinent en astrologie stellaro-planétaire. Dans un chapitre du Livre I, Ptolémée décrit les étoiles fixes propres à chaque constellation zodiacale et il confère à chaque étoile une tonalité planétaire..

On pourrait envisager la création d’une astrologie SP qui combinerait systématiquement une planète et une étoile fixe et jamais deux planètes ensemble. Cela pourrait en tout cas servir pour le calcul de la dominante du thème à condition de s’entendre sur les étoiles fixes à prendre en considération, par delà la question de leurs significations qui serait lié à la constellation zodiacale où elles se trouvent; Autrement dit, une planète qui ne serait pas liée à une étoile zodiacale ne serait pas valorisée. Peut être que la théorie des Dignités planétaires a un rapport avec une telle problématique…

En cette fin du XIXe siècle, l’astrologie voyait sa cote monter, en ce qu’elle permettait d’espérer que les sciences humaines pourraient un jour s’appuyer sur elle – rêve qui sera déçu tout au long du XXe siècle et qui ne semble guère être de mise, à l’aube du XXIe siècle.

Ce qui rapproche un Thomas Brunton et un Henri Lizeray, c’est la même idée, à savoir user de l’astronomie/astrologie comme d’une sorte de repère, diachronique pour l’un, synchronique, pour l’autre. Brunton s’efforce de modéliser l’Histoire tandis que Lizeray tente de rendre compte de la diversité des hommes à partir des variations autour d’une même matrice.

Il convenait notamment de rappeler que la « renaissance » de l’astrologie, à la fin du XIXe siècle, était, dans certains cas, passée par le sidéralisme. Le problème, comme le note F. Villée (op. Cit.), c’est qu’au lieu de s’en tenir aux étoiles fixes, elle ait voulu maintenir le Zodiaque, avec ses douze manifestations, décrochant ainsi complètement par rapport à la réalité stellaire et constelllationnelle, sinon autour d’une seule étoile de référence et aussi par rapport aux saisons, produisant ainsi un ensemble bâtard, propre notamment à l’astrologie indienne jusqu’à nos jours.. 
 

Le Projet E & P.

Le ciel des Anciens combinait certainement le fixe (les étoiles) et le mobile (les planètes) et d’ailleurs les aspects, initialement, permettaient de situer les astres errants par rapport à des repérés fixes et considérés comme immuables.

C’est ainsi que nos horloges ont conservé une telle dualité: des chiffres figés et des aiguilles mobiles.

Or, force est de constater que l’astrologie de la seconde moitié du XXe siècle fut singulièrement marquée par un processus de déstellarisation. Les aspects ne concernent plus désormais que les rapports de planète à planète, et même si l’on combine planètes rapides et planètes lentes, notamment transsaturniennes, la fixité n’en a pas moins disparu du cadre de l’interprétation astrologique contemporaine et cela n’est points sans conséquence et sans déséquilibre.

Car on ne peut percevoir des variations que si l’on examine une structure fixe. Par exemple, si je connais bien une rue, que je parcoure quotidiennement, le moindre changement ne m’échappera pas. En revanche, si j’erre d’une rue à l’autre, comment pourrais-je appréhender les changements intervenus ici ou là, puisque précisément mes repères eux-mêmes ne sont pas fixes?

D’ailleurs, c’est grâce à la familiarité avec le ciel, que progressivement nos ancêtres ont compris qu’il existait des astres qui, eux, n’étaient pas fixes, à savoir les planètes, terme grec qui indique l’errance. Les hommes ont connu les étoiles et les luminaires avant que n’émergent à leur conscience les cinq planètes qui seront par la suite baptisées astres de Mercure, de Vénus, de Mars, de Jupiter et de Saturne.

Comment, donc, en est on arrivé à ce que de nos jours les astrologues intellectuellement corrects ne se soucient plus de prendre en compte les étoiles fixes, du moins celles situées à proximité de l’écliptique?

C’est probablement la conséquence du passage du géocentrisme à l’héliocentrisme, qui a fait apparaître un distinguo entre le système solaire et les étoiles et dès lors on combattit ce que l’on croyait être un syncrétisme stellaro-planétaire, comme si l’astrologie voulait faire oublier qu’elle avait mis sur le même plan planètes et étoiles. Et puis, le système solaire ne constituait-il pas un ensemble organisé, d’un seul tenant tandis que les étoiles étaient liées à des univers complètement différents les uns des autres!

Or, il semble qu’il faille reconsidérer une telle attitude à condition que l’on utilise la notion d’instrumentalisation, c’est à dire l’idée selon laquelle ce qui compte c’est l’observateur et le lien qu’il établit avec l’objet et non l’objet en soi. Mais pour accepter que l’astrologie soit le résultat d’une instrumentalisation, donc d’une projection, il faudrait renoncer à l’idée d’une réalité astrologique que les hommes auraient décryptée et qui reste un des crédos de l’astrologie d’aujourd’hui, y compris pour celle qui n’hésite pas à s’appeler humaniste et qui voudrait que l’homme n’est ce qu’il est que grâce aux astres ou qu’il est structuré à leur image.

Nous proposons d’édifier une nouvelle astrologie pour le XXIe siècle, qui poserait comme principe qu’une planète ne peut s’étudier que par rapport à une étoile fixe et non par rapport à une autre planète ou par rapport à un point fictif. Or, les points fictifs en astrologie sont légion et l’un d’entre eux n’est même plus perçu comme tel, c’est le découpage de l’écliptique en douze secteurs. En effet, tout un pan de l’astrologie correspond à une astronomie fictive, ce qui; selon nous, explique en partie le divorce entre astrologues et astronomes.(cf notre étude sur leTétrabible de Ptolémée in revue Beroso, 2001) Précisons que la méta-astronomie quand bien même est-elle en usage chez les astronomes, n’en est pas moins fictive:. on ne saurait, en effet, mettre sur le même plan des objets naturels et visibles avec de simples conventions mathématiques ni même placer au même niveau, en les combinant indifféremment, éléments réels et virtuels.

Autant, en effet, le zodiaque est il une suite d’étoiles fixes qui se suivent plus ou moins régulièrement, autant le passage d’un signe à l’autre est-il parfaitement factice. Récemment, Didier Castille, au Congrès d’astrologie de Montpellier (juillet 2002) a exposé certaines de ses conclusions, il soutient que les enfants naissent dans les mêmes signes que leurs parents, et plus particulièrement que leurs pères, selon une probabilité satisfaisante. Mais en fait, il ne s’agit pas exactement de cela, d’autant que ce statisticien reconnaît que parfois cela concerne des signes consécutifs. Il vaudrait beaucoup mieux dans ce cas parler de naissances survenues sous les mêmes étoiles fixes, ou encore sous les mêmes astérismes. Il nous semble en effet que si nos organismes physiologiques ont une certaine perception du ciel, cela passe par l’identification d’étoiles et non le passage d’un signe à un autre. Et de ce point de vue là, tropicalistes et sidéralistes ne se différencient guère puisque, partant d’un point différent, ils n’en découpent pas moins le parcours des planètes en douze secteurs, et ce de façon artificielle, purement mathématique car le sidéralisme pratiqué par certains, actuellement (cf en pays anglo-saxon et même en Inde, ce qu’on appelle désormais l’astrologie védique), n’a rien à voir avec les étoiles fixes sinon dans un seul et unique cas, celui de l’étoile à partir de laquelle on positionne le zodiaque. Or, les étoiles fixes balisent de façon continue le parcours des astres errants, que les babyloniens appelaient « chèvres ».

Le soleil lui-même a perdu, en astrologie, sa qualité d’étoile fixe puisqu’il va justement parcourir le zodiaque et croiser successivement des étoiles fixes. Dès lors, le rapport étoile/planéte est-il respecté chez ceux qui disent être né sous tel ou tel signe, du fait de la présence du soleil dans ce signe à ce détail près, déjà mentionné, que le terme « signe » qui désigne un secteur de 30°, n’est qu’une fiction commode. C’est bien de la rencontre entre un facteur mobile (ici le soleil, mais il en serait de même pour Mercure ou Vénus qui ne s’en éloignent jamais) et un facteur fixe, une étoile zodiacale, expression plus pertinente que signe zodiacal: sous quelle étoile zodiacale êtes-vous né(e) faudrait-il désormais demander? Il suffirait de fournir un tableau de correspondance qui permettrait de déterminer quelle est l’étoile fixe la plus proche de la position solaire natale.

Cette astrologie « étoile & planète » (E & P) que nous prônons et que nous pratiquons d’ailleurs notamment dans nos travaux consacrés aux aspects de Saturne l’axe stellaire Aldébaran/Antarés, nous paraît devoir être l’horizon de l’astrologie pour le siècle en cours. Notons que Denise Chrzanowska a également développé un modèle Saturne/étoile fixe mais recourt à l’‘étoile polaire (Polaris) qui a vocation à changer, ce qui n’est pas le cas d’Aldébaran (cf  » Le cycle de Saturne en astrologie mondiale » in Saturne et son symbolisme, Actes du Colloque de l’ ARRC, 1996)

Nous poserons donc cette loi: toujours combiner dans l’étude astrologique un facteur fixe et un facteur mobile, s’interdire d’étudier un aspect entre deux planètes (soleil et Lune compris), ce qui revient à revendiquer le principe d’une mixité du fixe et du mobile, ce qui consiste en fait à prôner une nouvelle théorie des aspects.

Ce faisant, l’astrologie aurait une autre physionomie puisqu’elle s’intéresserait à des points du zodiaque qu’elle ignore d’habitude dès lors qu’ils ne sont pas définissables dans le cadre d’un aspect entre planètes.

Nul doute que cette carence de fixité condamne l’astrologie contemporaine à un manque de repères et à une sorte d’errance où tout change, ou rien n’est pareil puisque l’arrière plan des étoiles zodiacales est négligé au profit de combinaisons entre planètes, chères à un André Barbault qui a, tout au contraire, mis en avant la combinatoire de planète à planète, sans considérer le moins du monde l’aspect étoile/planéte, que ce soit en astrologie individuelle ou mondiale.

Pourtant, les traces ne manquent pas d’une ancienne pratique combinant l’étoile & la planète et d’abord, parce que l’on connaît des traités, comme dans le Tétrabible de Ptolémée, consacrés aux étoiles fixes et à leur signification, ce qui prouve bien qu’on leur accorda jadis de l’importance. Mais ce savoir a fini par être marginalisé et est souvent réputé archaïque et aléatoire..

Il est remarquable que Gauquelin lorsqu’il a voulu vérifier si les aspects donnaient des résultats n’a pas considéré les aspects E & P, étant finalement trop conditionné par l’astrologie de l’époque, Gauquelin ayant en effet formé à l’astrologie traditionnelle. S’il avait repensé les configurations astrales sans se limiter aux affirmations de la dite astrologie, il serait peut- être parvenu à d’autres résultats. Or, il aurait dû reprendre la question à nouveaux frais et en s’appuyant sur la réalité de la pratique astronomique plus que sur l’astrologique.

Les êtres humains – et probablement davantage la femme que l’homme (cf notre article: « la femme et l’influence astrale », sur le site Faculte-anthropologie.fr) – ont certainement intégré, de très longue date, l’ensemble des étoiles zodiacales, au nombre de quelques dizaines, lequel se présente selon un ordre immuable et ce sont les facteurs mobiles qui introduisent un rythme, une cyclicité, du fait même de leurs rapports en changement constant avec cette base fixe et qui déclenchent des signaux.

En fait, les étoiles fixes constitueraient le radix et les planètes les transits. Nous employons sciemment le vocabulaire de l’astrologie actuelle qui appelle, elle, radix le thème natal et transits les modifications intervenant ponctuellement. Cette dualité existe en effet en astrologie mais elle a perdu son sens initial qui est celui d’une dialectique entre la « racine » (en latin, radix) fixe et les changements successifs (en latin, transit signifie passage)

L’astrologie actuelle est coupée en deux: d’une part, une astrologie populaire qui passe par le zodiaque et qui, par conséquent, respecte, grosso modo, le plan des étoiles fixes, tel que transité par le soleil et de l’autre, une astrologie « savante », qui à la limite ne s’intéresse plus au zodiaque mais prend en compte les seuls aspects qui sont interprétés, volontiers, sans rapport avec le substrat zodiacal. Or, à en croire les travaux de D. Castille, c’est une astrologie solaro-zodiacale qui donne les résultats les plus concluants, ce qui implique de prendre en compte un lieu précis du zodiaque et non simplement un aspect entre planètes, en dehors de toute prise en compte de l’endroit où l’aspect s’est formé;

L’astrologie actuelle est sans domicile fixe. Cette astrologie SDF (sans domicile fixe) en se privant des fixes multiplie à l’envi les combinaisons entre planètes et d’ailleurs en augmente régulièrement le nombre en incluant de nouveaux astres, à commencer par les astéroïdes (Cérés, Junon etc). C’est une astrologie à la dérive.

Nous prônons en fait un réancrage de l’astrologie sur les « fixes » et notamment sur les étoiles les plus remarquables, celles qui ont fasciné nos ancêtres, et qu’on appelle les étoiles royales (Régulus, Fomalhaut, Aldébaran, Antarés qui forment une sorte de croix, placés qu’ils sont aux quatre « coins » du zodiaque). Mais nul doute que ces quatre étoiles sont précédées et suivies d’autres étoiles de moindre envergure, qui les annoncent et les prolongent, constituant ainsi une sorte d’orbe.

Jean-Sylvain Bailly, de l’Académie des Sciences, dans son Histoire de l’Astronomie Ancienne depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’Ecole d’Alexandrie, Paris, 1779, BNF V 8191, rappelle, à peu près à l’époque où Dupuis commençait à faire connaître sa pensée; l’existence d’un tel quatuor stellaire: « Nous remarquons que vers l’an 3000 avant Jésus Christ les étoiles étaient moins avancées de 66°, Aldébaran était précisément dans l’équinoxe du printemps. Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l’équinoxe ou de l’Est. Antarés, ou le coeur du scorpion, se trouvait aussi précisément dans l’équinoxe d’automne: voilà le gardien de l’ouest. Régulus n’était qu’à 10° du solstice d’Eté et Fomalhaut à 6° du solstice d’hiver. Le nom de Régulus sera introduit en alchimie aux côtés des termes planétaires, notamment chez Newton ( B. J. T. Dobbs, The foundations of Newton’s alchemy or « The hunting of the Greene Lyon », Cambridge University Press, 1975 ) Quant au fait que l’étoile Fomalhaut ne se trouve pas dans la constellation du Verseau mais dans celle du Poisson Astral, il nous semble significatif.

Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très brillantes & très remarquables forment une division du ciel en quatre parties presque égales » (Livre IX, Des constellations du Zodiaque et des planisphères anciens, p. 480). Qu’une telle structure ait impressionné les esprits est une chose, qu’elle ait en outre été choisie parce qu’elle correspondait aux quatre saisons, aux axes équinoxiaux et solsticiaux, en est une autre. Ce serait trop beau! Il nous semble bien au contraire que ces 4 étoiles furent choisies pour marquer le temps et ce sans considération saisonnière, point de vue dont nous avons dénoncé le caractère syncrétique. Qu’à un certain moment les 4 étoiles « royales » aient coincidé peu ou prou, pendant un certain temps, avec les dits axes est tout à fait probable et peut avoir précisément encouragé le dit syncrétisme. Stellaro-zodiacal dont une expression particulièrement remarquable est celle des Maîtrises planétaires (cf « Les historiens de l’astrologie en quête de modéle », sur ce site) associant les planètes aux signes du zodiaque et non plus aux étoiles fixes comme il semble que cela ait été le cas antérieurement. La présence des luminaires au sein d’un tel dispositif revêt également un tel caractère syncrétique dans la mesure où le couple soleil-lune relève davantage d’un processus zodiacal (douze lunaisons) que stellaire, étant donné que la connaissance de ces deux astres dont la mobilité et la cyclicité sont évidentes, et pas seulement pour l’homme, précéda considérablement l’identification des planètes sur la voûte céleste.

Il est pour le moins paradoxal que les étoiles fixes qui constituent le cadre fixe, structurel alors que les planètes sont un facteur mouvant, apparaissent de nos jours, en astrologie, comme un élément secondaire, supplétif. Un tel renversement est tout à fait significatif de la tension existante, au sein de nombreuses sociétés, entre un noyau social ancien, expression d’un état premier mais qui finit par devenir marginal face à des apports extérieurs qui apparaissent peu à peu comme l’élément central.

Or, dans la foulée de la théorie des ères précessionnelles, aurait pu se développer, au niveau de cycles plus court, un stellaro-planétarisme, où Saturne, notamment, jouerait le rôle du point vernal, mais non pas sur la base de près de 26000 ans mais sur celle d’environ 29 ans, soit un rapport de 1 à 1000, une révolution complète de Saturne équivalant à un millième de révolution précessionnelle et à un peu plus d’un centième d’une ère de 2160 ans.

On trouve là, somme toute, des chiffres, numérologiquement en phase: 28/29 jours pour la Lune, 29/30 ans pour Saturne – soit un rapport de 1 à 360 entre cycle de la Lune et cycle de Saturne – et 25920 ans pour la précession des équinoxes.

Quid des techniques prévisionnelles consistant à faire avancer un astre vers un autre? Ne se pourrait-il qu’à l’origine il se soit agi d’une planète que l’on dirigeait vers une étoile fixe? La combinatoire entre planètes serait d’ordre spatial tandis que la combinatoire planètes-étoiles concernerait le temps.

Pour faire des prévisions chiffrées, les astrologues traduisaient un écart angulaire en une durée. Mais par la suite, on s’est mis à diriger une planète vers une autre planète. Il devrait d’ailleurs en être de même pour les transits: on peut étudier le temps que mettra telle planète pour parvenir, notamment, à la conjonction avec telle étoile fixe.

Selon nous, le concept même d’aspect est lié à la relation planéte/étoile fixe et ce du fait même du rapprochement et de l’éloignement entre ces deux types d’astres. En terme d’astronomie de position, on ne situe pas une planète par rapport à une autre mais une planète par rapport à une étoiles fixe. L’astronome a pour première tâche d’apprendre à baliser le cadre fixe des étoiles et ce n’est que dans un deuxième temps qu’il relève les passages des planètes au travers du dit cadre et ce au moyen des aspects.

Un avantage appréciable du système SP, c’est qu’il n’a pas fait l’objet par Gauquelin d »une quelconque vérification. En effet, les aspects des planètes à telle ou telle étoile fixe ne coïncident nullement sinon fortuitement, avec les aspects entre planètes.

On sait en effet que Gauquelin a réalisé des contrôles sur les aspects principaux de planète à planète et sans aucune prise en compte des combinatoires stellaro-planétaires, ce qui montre bien à quel point il était sous l’influence de la forme d’astrologie dominante à son époque. L’avantage de la SP, c’est qu’elle détermine des zones fixes qui seront transitées par des points mobiles.

Pourquoi l’abandon du plan fixe? C’est déjà le cas avec la théorie médiévale des Grandes Conjonctions qui privilégie l’aspect de Jupiter à Saturne sur l’aspect de l’une de ces planètes à un repère fixe, même si le fait que la conjonction ait lieu dans tel ou tel des quatre éléments est important pour ce système.

Cette théorie dominante au Moyen Age et à la Renaissance a certainement contribué à l’abandon du stellaro-planétarisme dans la mesure même où elle introduit une cyclicité parfaitement régulière en combinant deux planètes, qui se rejoignent tous les 20 ans.

Bien plus, par un processus prenant en compte les Quatre Eléments, on parvient à des durées approchant 1000 ans, dans certaines formulations, ce qui là encore permet d’éviter les repères stellaires. Néanmoins, à la fin du XVIIIe siècle, cette théorie des Grandes Conjonctions, utilisée notamment au niveau de l’Histoire des religions, sera abandonnée, du fait de chercheurs français comme Charles François Dupuis, Volney, De l’Aulnaye, au profit des ères précessionnelles, soit un retour au sidéralisme.(cf J. Halbronn, La vie astrologique il y a cent ans, opus cité)

La découverte de planètes lentes a pu également jouer et en l’occurrence Lizeray ne mentionne pas les transsaturniennes connues de son temps (1892), à savoir Uranus (1781) et Neptune (1846). En effet, ces nouveaux astres par leur lenteur se rapprochaient en quelque sorte du statut d’étoiles fixes.

Or, la conjonction d’une planète lente avec une étoile fixe n’offre guère d’intérêt puisqu’elle va concerner toutes les personnes nées au cours d’une assez longue période de temps. (cf A. Volguine, article in Astrologie, numéro sur les étoiles fixes, 1935; Reed. Ed. Traditionnelles, 1998)

Nous proposons donc aux historiens de l’astrologie de s’intéresser à des phénomènes aussi marquants que le passage d’une astronomie réelle à une astronomie fictive ou que le passage d’une astronomie stellaro-planétaire à une astrologie planétaire, étant entendu que l’astronomie sous-tend le discours astrologique qui en est l’ésotérisation (cf notre article dans la revue Cyklos, 28, Barcelone, 2002: . « De lo previsible a lo imprevisible. La astrologia como meta-fisica » et notre étude sur le Tétrabible, in Trois sept onze, décembre 2002).

L’historien de l’astrologie ne peut progresser s’il n’adopte une posture, une position, psychanalytique, c’est à dire s’il ne parvient à mettre en évidence des coupures épistémologiques, selon la formule de Gaston Bachelard, et à coup sûr l’abandon du stellarisme en est une aux conséquences considérables pour le projet astrologique. Cela vaut dès lors non seulement pour l’Histoire de l’Astrologie mais aussi pour l’ épistémologie de la recherche en astrologie. Dès lors, certains clivages, certains décalages, revêtent une autre signification en ce qu’ils interpellent tant le passé que l’avenir de l’astrologie. Contrairement à ce que d’aucuns croient pouvoir affirmer, la page du stellarisme n’est nullement tournée, même si, en effet, l’astrologie du XXe siècle a tenté, avec A. Barbault comme avec J. P. Nicola, d’en faire un repoussoir.

Nous sommes en faveur d’une approche de l’astrologie qui soit pertinente sur le plan anthropologique: on peut assez aisément admettre que les êtres humains – ou du moins certains assumant cette fonction- se soient habitués à un certain environnement stellaire quasiment immuable depuis des millénaires, tout comme d’ailleurs depuis toujours nous nous sommes accoutumés au spectacle que nous offre la terre et que les saisons viennent moduler.

En revanche, on ne saurait attribuer aux humains une connaissance même minimale du cycle des planètes lequel ils n’appréhendent que dans la mesure où il affecte le paysage fixe.

Autre chose est d’attribuer, comme on le fait le plus souvent, aux êtres humains une perception sophistiquée des changements célestes, en tant que tels et non pas par rapport à un plan fixe. L’astrologie s’est hypertrophiée et le principe E & P devrait avoir pour effet de la rendre plus présentable, notamment aux yeux des astronomes, lesquels, finalement – et ce n’est pas rien – nous rappellent comment les hommes, de tout temps, ont perçu le ciel..

L’argument anti-astrologique traditionnel lié à la précession des équinoxes nous semble dépassé, il manquait sa cible; le véritable reproche que l’on peut faire à l’astrologie serait bien plutôt celui de ne plus respecter la combinatoire étoile/planéte, l’exigence épistémologique du fixe et du mobile.. En fait, il conviendrait désormais de le formuler ainsi: les étoiles fixes qui étaient censées exprimer les valeurs de tel signe expriment désormais les valeurs d’un autre signe: telle étoile du scorpion est désormais une étoile du sagittaire – c’est le cas d’Antarés. Or, les astrologues modernes ont pris une telle distance à l’égard des étoiles fixes qu’ils ne comprennent même plus la portée de l’argument, tel un mort vivant qui ne réagirait plus aux balles qu’on tire sur lui. Or, autrefois, planètes et étoiles apparaissaient comme la base même de l’astrologie et le fait qu’une étoile change de signification puisque de signe équivalait au fait qu’une planète puisse être affectée à une nouvelle divinité.

Le paradoxe du rapport entre astrologie et astronomie, c’est que l’astronomie elle-même véhicule un certain savoir astrologico-mythologique, ce qui, ipso facto, tend à le sacraliser, alors que ce savoir est lui-même daté, n’étant ni originel ni vraiment moderne. La solution de facilité est de vouloir penser l’astrologie au prisme d’une astronomie contemporaine matinée de découpages zodiacaux et de divinités, ce qui aboutit à se dispenser de tout retour en arrière voire à rendre dérisoire et marginale toute investigation historique. 

Iconographie 

Henri Lizeray, 1879 Delaulnaye, 1791, Verseau 1726

 

Henri Lizeray, 1892 Henri Lizeray, 1892

 

Thomas Brunton, 1872 Thomas Brunton, 1875

 

Thomas Brunton, 1874 Thomas Brunton, Verseau 1874

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