La mort comme ressort économique
Posté par nofim le 20 février 2014
Le parasitage social. Nouvelles perspectives
Par Jacques Halbronn
Notre première formation fut le Droit et les Sciences Economiques (Paris II Assas, à partir de 1965-66). Ce dernier domaine nous interpelle actuellement -48 ans plus tard- notamment en ce qui concerne les questions de travail et d’emploi. Ce ne sont pas tant les livres qui nous inspirent que notre regard sur le monde tout comme en sciences politiques la question des empires, de leur formation et de leur ébranlement.
Dans de précédents textes, nous avions déjà souligné notre scepticisme quant à la survalorisation de l’emploi et sur ce que pouvait signifier l’expression « gagner honnêtement sa vie ». Si l’on dit que l’argent n’a pas d’odeur, on pourrait aussi bien dire que l’emploi n’a pas d’odeur.
Certains s ‘imaginent en effet que la fiche de paie suffit à prouver que l’on a accepté un travail « décent ». C’est quelque peu jouer sur les mots car la seule chose décente est la façon dont on aura dépensé cet argent bien plus que la manière dont on l’aura gagné comme si la fin justifiait les moyens, ce qui pourrait être la devise de l’employé standard. On ne peut pas être frappé de voir qu’un gouvernement dit de gauche soit totalement indifférent à la façon dont les gens gagnent leur vie du moment qu’ils sont payés selon les normes en vigueur. En revanche, les employeurs eux sont dans le collateur du gouvernement. Là encore, on est prêt à beaucoup pardonner aux employeurs pourvu qu’ils pourvoient à des emplois en nombre. Là encore la fin justifierait les moyens. C’est dire que tout le processus économique nous fait songer à notre appareil digestif avec ses stades successifs de décantation et de purification. Il y a un point de départ et un point d’arrivée avec deux temps forts qui sont le fait de donner du travail (pour l’employeur) et le fait de consommer (pour l’employé), ce qui est crucial pour le commerce. Ces deux conditions garantissent une bonne intégration sociale, semblerait-il Même l’’extrême gauche ne trouve rien à redire à ce que le produit ainsi élaboré soit totalement dénué d’intérêt voire pose un problème écologique. L’extrême droite pose d’autres questions comme l’identité du travailleur, s’il Ets ou non Français par exemple.
Nous avons expliqué dans d’autres textes à quel point une grande partie de l’emploi était fonction de besoins illusoires et nous sommes alliés jusqu’à considérer les employeurs comme des victimes des employés en renvoyant à la notion d’abus de faiblesse (dont un film qui vient de sortir évoque le syndrome). Dans bien des cas, l’employé profite de la paresse ou de la bêtise de l’employeur qui pourrait très bien se débrouiller tout seul mais s’est installé dans l’idée que chacun devait faire ce qu’il savait faire, ce pour quoi il était fait. Contrairement à ce que l’on pourrait croire en effet, cette idée de division du travail semble plus avoir été l’une invention d’employés que d’employeurs. Que l’on songe à ces maisons qui comportaient une pléiade d’employés et dans les pays du bloc communiste, le plein emploi générait bien des lenteurs et des redondances (de doubles emplois). Nous pensons que cette idée du cloisonnement professionnel est dans bien des cas une fiction visant à dépouiller l’employeur de ses biens. On ne doit pas confondre le fait de passer d’une activité à une autre dans la journée avec celles d’activités simultanées qui ne peuvent être exécutées, dans ce cas, que par plusieurs personnes. Mais si on resitue les choses dans le temps, une même personne peut tout à fait passer d’une chose à une autre et la persuader du contraire est suspect et relève, paradoxalement, d’une forme d’exploitation. L’employeur se voit ainsi bel et bien privé de son autonomie et l’employé est payé pour l’aider, le compléter, le prolonger car tout cela serait au-dessus de ses forces, n’est-ce pas…
En revanche, ceux qui ne se prêtent pas à ce manégé n’ont pas besoin d’employer qui que ce soit, outre le fait que les machines de toutes sortes ne manquent pas en mesure de seconder (de « tenir lieu » (lieutenant). Dans le cas de l’informatique, il est clair par exemple que les gens se découragent un peu vite quand ils demandent de l’aide au-delà de la phase initiale d’apprentissage qui peut être très brève. Ce qui est remarquable, c’est quand cette phase en arrive à se poursuivre indéfiniment, des mois voire des années durant, ce qui assure ipso facto une certaine sécurité de l’emploi à ceux qui bénéficient de cette fragilité face à la nouveauté. Car la nouveauté est génératrice d’emplois du fait de toutes les personnes qui vivent mal le changement. On dura ainsi que l’innovation créée l’emploi et donc des employeurs. Par là nous n’entendons pas tant les chefs d’entreprise que les particuliers faisant appel à telle ou telle profession libérale ou à tel artisan (les plombiers, les électriciens etc., les restaurateurs, les gens de maison etc.) qui vivent du manque de savoir-faire de leurs « employeurs ». (cf. le cas du médecin chez Knock). Ceux qui créent de l’emploi ne sont donc pas les employeurs mais les employés qui veulent ainsi spolier ceux qui ont du bien, pour les inviter à partager sous des prétextes fallacieux.
On bascule dans un cercle vicieux car cette population d’employés va augmenter à mesure que les employeurs plongeront dans l’oisiveté (la mère de tous les vices) qui elle-même sera présentée comme un besoin ; ce qui viendra justifier encore des créations d’emplois. Ces employés, par la force des choses, s’obligent à se spécialiser dans tel ou tel besoin, ce qui est à l’origine des métiers, des spécialisations, des professions, des formations qui ne sont que des segments, des fragments d’un être humain complet, à part entière. La notion même d’emploi est limitative, appauvrissante ce qui va à l’encontre d’un authentique humanisme. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont conditionnés à penser qu’il faut choisir une voie. « Quand ils seront grands ».
.On ajoutera que nombre de formations sont des leurres. Les gens apprennent d’autrui des pratiques, des techniques qu’ils pourraient trouver en eux-mêmes. Est-ce que les enfants apprennent à parler de qui que ce soit. Est-ce qu’ils se contentent d’imiter ou bien plutôt est-ce qu’ils trouvent en eux-mêmes ce qu’il leur faut pour y parvenir ? En tout état de cause, ces employés ont des mentalités d’esclaves qui n’ont besoin d’autre justification que le désir et le commandement du maître, ce qui les dispense d’avoir à réfléchir sut le bienfondé de ce qu’ils font pour « gagner leur vie »
D’aucuns diront qu’il est trop tard pour revenir en arrière tout comme il est trop tard pour renvoyer les immigrés chez eux, eux qui sont venus parce que les Français de souche avaient été élevés dans une vision cloisonnée et hiérarchisée des métiers. On en arrive ainsi à une surpopulation.
Cela dit, nos travaux sur la cyclicité –et l’on sait que la notion de cycle est déterminante en économie- nous invitent à penser qu’il y a une dialectique de l’un et du multiple. Autour d’un centre, il y a des satellites et quelque part celui qui crée entend que son œuvre, sa parole se diffuse, se répande, quand elle parvient à maturité. Le seul besoin qu’a le maître, c’est le nombre de ceux qui le prolongeront, à commencer par ses enfants Autrement dit, il ne s’agit pas que le maitre se limite dans son épanouissement, dans son expérience de la vie mais qu’il essaime, qu’il transmette au grand nombre, le moment venu et notamment à sa mort…La perspective de la mort est en vérité la seule chose qui justifie que l’on fasse appel à autrui. Si les maitres étaient immortels, il n’en serait pas ainsi et il n’y aurait besoin ni de descendance ni de disciples. Ce qui est transmis à la mort est d’ailleurs mort, desséché, déshydraté et c’est précisément sous cette forme que les esclaves sont le plus à même de recevoir ce que les maitres laissent derrière eux, à l’instar d’une partition de Beethoven qui sera jouée er rejouée indéfiniment au cours des siècles et trouvera ainsi un semblant de vie.
JHB
20. 02. 14
Publié dans ASTROLOGIE POLITIQUE, ECONOMIE, SOCIETE | Pas de Commentaire »