Le cercle vicieux de la démultiplication des tâches
Posté par nofim le 1 février 2014
Le cycle travail-loisirs et les faux besoins
Par Jacques Halbronn
Dans nos textes sur l’économie, nous avons récemment insisté sur la formation d’un certain cercle vicieux générant de faux besoins et des dépendances inutiles. Un autre aspect lié à ce processus est celui des loisirs, liés à l’oisiveté ainsi générée.
Récapitulons briévement notre analyse.
Nous avons dit que nous sommes entourés de gens qui veulent nous aider mais à un certain prix en nous persuadant que telle activité n’est pas de notre ressort ou du moins en nous laissant ou en nous le faisant croire. Ces gens-là prospèrent sur notre paresse et sont victimes d’une idéologie du cloisonnement selon laquelle on ne pourrait pas tout faire « tout seul ».
Mais employer des gens génère des frais, des contraintes, des « dépenses », donc un certain dépouillement pour nous offrir ces services proposés. Le fait d’avoir des enfants peut obéir à une même approche : pour se faire aider plus tard, on met des enfants au monde mais ces enfants il va d’abord falloir les nourrir etc. avant qu’ils ne rapportent et cela va créer des besoins supplémentaires relatifs à leur alimentation. Si je n’avais pas cru nécessaire de me faire aider par mes enfants, ils ne seraient pas nés et j’aurais eu moins de charges. Toute l’économie serait ainsi fondée sur une relation d’aide, d’attente de services par autrui, ce qui passe par une certaine forme d’aliénation (dépendance à l’autre)
Mais il y a pis car à force de se faire aider, on bascule dans une certaine oisiveté, des « vacances » (une vacuité, un vide) qu’il va bien falloir meubler, ce qui risque fort de susciter de nouvelles dépenses. Si je ne délègue pas, alors je n’ai pas de temps pour des loisirs.
Autrement dit, le seul fait d’accepter de se faire aider relève de l’effet papillon. A partir de la seule reconnaissance d’un besoin qu’un autre pourrait satisfaire mieux que moi-même., j’enclenche tout un engrenage de naissances et de dépenses qui conduit à une pléthore démographique, du fait de toutes sortes de « serviteurs » dont j’aurais prétendument besoin, un besoin en entrainant un autre L’humanité pourrait donc être beaucoup moins nombreuse et constituée de personnes autonomes s’ en sortant toutes seules…
Un autre volet sur lequel nous voudrions revenir est celui des produits de remplacement car n’oublions pas que se faire aider, c’est ipso facto se faire remplacer, accepter que sur tel point l’on se substitue à vous, ce qui vaut d’ailleurs pour la procréation et l’abandon de la parthénogénèse, ce qui implique de sous-traiter. Plus il y a de bouches à nourrir, plus la qualité de l’alimentation risque de décliner. Or, déléguer ce que l’on pourrait faire soi-même, c’est bel et bien multiplier le nombre de « bouches ».
D’où des « solutions » pour une nourriture bas de gamme, de masse que l’on dénomme de nos jours, à juste titre, malbouffe. La « vraie » nourriture est mélangée avec un brouet fait de céréales (- jusqu’à l’arrivée de la pomme de terre, du fait des Grandes Découvertes). Pour servir cette « bouffe », il va falloir des gens capables de l’accommoder, de la rendre mangeables au prix de certains expédients qui donnent du gout) un produit vil, dont notamment toutes sortes d’herbes et de légumes. Cette cuisine exige une certaine ingéniosité bien plus que pour un produit qui se défend tout seul et qui est autosuffisant. Donc là encore de nouveaux postes à pourvoir pour produire une nourriture de masse.
A partir de là, une fois un certain seuil démographique atteint, il va falloir employer ces gens qui désormais sont bien là. Et donc il sera nécessaire de perpétuer ces emplois pour la simple raison qu’il faut que les gens gagnent leur vie et ainsi de suite. Et on nous parle d’un « droit au travail », ce qui sous-entend en fait n’importe quel travail, celui-ci n’ayant pas plus d’odeur que l’argent. Dans le travail en effet, c’est la forme qui compte et non le contenu. Du moment que l’on satisfait son employeur, on est en règle même s’il nous fait faire n’importe quoi à commencer pour l’aider pour des choses qu’il pourrait faire lui-même. Autrement dit, tout personne qui est employée exploite la paresse de son employeur et a intérêt à ce que le dit employeur ne se rende pas compte qu’il pourrait fort bien se passer d’elle. Avec l’essor de la machine, il est clair que le problème se pose avec une certaine acuité. Mais la fabrication de la machine génère du travail alors que si je fais les choses moi-même, j’attends plus de mes facultés « internes » que d’un quelconque appareillage de type prothèse. Il est clair que les machines vivent aussi à nos crochets puisqu’elles prétendent en quelque sorte nous aider, nous seconder, nous remplacer (lieutenant) et l’on sait les effets sur l’environnement.
Il est clair, selon nous, que nous devons plus exiger de nous-mêmes, non seulement dans l’usage des machines mais en dehors d’un tel usage. En déléguant, nous mettons en circulation des gens qui n’ont que des compétences et des légitimités limitées. (Taylorisme) qui ne maitrise pas le domaine dans lequel ils exercent et qui donc ont peu de chances de contribuer à des progrès. Les employés sont des mercenaires, aux missions étroitement circonscrites et qui compensent ce manque en produisant ce dont ils ne sont pas eux-mêmes les auteurs, ce qui fait que les gens sont de plus en plus interchangeables (turn over). Nous avons dit tout le mal que nous pensons de la lecture qui est une école d’imposture. Le document écrit est facilement récupérable, ce qui n’est pas le cas du document oral. En ce sens, on s’apercevra à la longue que l’invention des enregistrements (audio puis vidéo) à la fin du XIXe siècle, est vouée à supprimer un grand nombre d’emplois en rendant les créateurs plus autonomes, n’ayant plus besoin de secrétaires-scribes. Mais rien ne vaut l’improvisation in vivo. Ce n’est que parce que nous nous persuadons que nous ne serons plus capables de réaliser à l’avenir les performances du passé que nous prenons la peine d’enregistrer.
L’Humanité a commencé à décliner quand elle a cessé d’être le fait d’êtres autonomes et qu’elle s’est laissée persuader que l’on avait toujours besoin d’un plus petit que soi, acceptant ainsi de recourir à divers expédients.
JHB
01 02 14
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