D’un modéle unitaire à l’autre

Posté par nofim le 21 mai 2014

L’astrologie comme échec de la Science

par  Jacques  Halbronn

 

Il y a selon nous deux astrologies qui s’opposent

radicalement, une que nous appellerons « martienne » et

l’autre « vénusienne » pour reprendre la terminologie que

nous avons instaurée depuis quelque temps. Ces deux

astrologies à la fois  se complétent et s’excluent, s’ignorent

mutuellement et l’on pourrait dire alternent et cohabitent.

L’astrologie des douze signes (celle des « horoscopes »)

est méprisée par les  astrologues qui ne jurent que par

la pratique du thème astral (natal, horaire, RS,  Synastrie)

D’où vient un tel clivage entre une astrologie « populaire »et

une astrologie « savante »? Il faut selon nous remonter très

haut dans le passé, aussi haut que l’émergence d’une

astrologie que l’on peut qualifier de combinatoire et qui n’est

pas sans s’apparenter à une forme  de cuisine, laquelle

également nous apparait comme divisée en deux clans, celle

du produit et celle du « plat » avec tout ce que cela implique

de composé sinon de composite.

Le chercheur en astrologie est d’ailleurs confronté à un tel

dilemme, sinon à une telle fracture épistémologique, selon

qu’il progresse ou qu’il butte sur  un réel qu’il ne parvient

pas à dompter, à modéliser avec des concepts à valeur

universelle et générale. Il  y a là ce que l’on pourrait appeler

une tentation martienne au découpage, au dépeçage qui

correspond à une forme de démission et de déception.

Récemment, nous avons pris connaissance d’un ouvrage

qui nous a interpellé,  « Même pas fausse.! La physique

renvoyée… dans ses cordes « (Ed. Dunod  2007) du

mathématicien américain Peter Woit (dont on peut suivre le

blog). Il apparait que lorsqu’une discipline, quelle qu’elle soit,

parvient à une sorte d’impasse théorique, elle peut être

amenée à recourir à des expédients passant  vers la

complexification de son modéle.

Expliquons-nous:  imaginons quelqu’un qui élabore une

loi qui aurait une valeur générale et qu’il l’applique. Si cette

loi est fausse, quelle qu’en soit la raison, elle rencontrera

un grand nombre d’exceptions et au delà d’un trop grand

nombre de cas qui ne « marchent » pas, deux solutions

s’offrent : soit il faut revoir sa copie, soit se résigner à

admettre que la réalité étudiée  est trop complexe pour être

modélisée  selon un seul et même pattern.  Dans la quatriéme

de couverture du livre signalé, on lit au sujet de la théorie

des cordes : « Pas une seule prédiction n’en est sortie, pas

une seule expérience n’a été imaginée qui pourrait la

confirmer ou l’infirmer. Résultat  : non seulement la

théorie des cordes ne peut pas être considée comme « vraie »

mais surtout elle n’est « même pas fausse ».  » Les adeptes des

cordes cherchent désormais à redéfinir la Science elle-même

plutôt que d »admettre que leurs travaux sont dans

l’impasse ». Cela n’est pas sans faire penser au cas de

l’Astrologie du thème astral, actuellement dominante..

Par « martien » nous entendons le phénoméne qui

consiste à tout fragmenter comme le ferait un boucher

qui découpe un animal en toutes sortes de  morceaux, en se

servant d’un instrument tranchant. Le thème natal, c’est un

ciel transformé en rondelles, en « coupes ». Un thème, c’est

une tranche de ciel et ce que l’astrologue étudie ce sont des

« tranches » de vie. Mars, c’est aussi la mort qui met fin au

mouvement de la vie. L’animal qui paissait tranquillement

pendant le printemps et l’Eté  se retrouve à l’abattoir à

l’automne et perd son intrégrité et sa forme, ce qui le rend

méconnaissable. En quoi un steack nous renvoie-t-il à

l’animal dont il est issu?

Nous avons toujours pensé que si l’on améliorait le

modéle, on pourrait l’appliquer plus largement. Plus un

modéle est performant, plus facilement et plus largement

il rend compte de la diversité du monde.  C’est ce que pensait

André Barbault lorsque dans les années soixante-soixante-

dix, il parlait d’un modéle « universel ». Et c’est

d’ailleurs, probablement, en raison de l’échec de ce

modéle unitaire-dans les années 80-90, que nous qualifierons

de « vénusien » que l’on aura régressé vers une astrologie du

thème astral, selon un processus assez flagrant d »oscillation,

passant ainsi  d’une extréme à l’autre. Il est clair que

le morcellement martien au nom de la précision remet

en question l’idée même de Science. L’on n’aurait plus que

des cas particuliers.

Un cas emblématique est celui des « gender studies » autour

du masculin et du féminin. Faute de parvenir à modéliser

ce qu’il faut entendre par hommes et par femmes sur le

plan comportemental (behaviour), on en arrive à nous

dire que nous sommes tous un mélange d’animus et

d’anima, ce qui signifie qu’il n’y a plus de modéle, donc

plus de prévision (en anglais prediction) car on ne peut

prévoir que statistiquement, ce qui est la base de la

probabilité . Plus un modéle est largement viable, plus sa

valeur prévisionnelle (prédictive) sera forte et vice versa.

Or, les astrologues du thème semblent avoir voulu

élaborer un « modéle » qui ne vaudrait que pour une seule

personne, pour un seul événement. On passe du modéle

unique au cas unique!

C’est un peu ce que semble vouloir dire Dane Rudhyar

(Astrologie « humaniste ») quand il nous explique que

le thème nous dit ce qu’est la personne dans sa spécificité

irréductible. Il se fait l’apotre d’une astrologie

individuelle, personnelle. Rappelons que Rudhyar était

proche d’une astrologie karmique, spiritualiste, de l’âme

qui a des enjeux qui dépassent le cadre d’une seule vie et ce

qui la démarque peu ou prou de ses contemporains du

moment, ce qui explique ces temporalités paralléles du

fait notamment des transits qui sont décalés d’une personne

à une autre.  Rudhyar publie  dans les années Trente,

ses premiers livres aux Ed. Lucis d’Alice Bailey,  astrologue

théosophe dans la ligne de  Madame Blavatsky.

Résumons- nous,  de mauvaises définitions entrainent

des exceptions, elles les multiplient au point de submerger

le modéle de départ, de le subvertir. Et  une telle dérive

a pu fort bien se produire dans l’Antiquité. On ne retient

de celle-ci qu’un certain triomphe de la Science mais

l’astrologie généthliaque témoigne des échecs de cette

Science, d’un certain repli.

Mais on peut aller plus loin. On peut penser que les

personnes qui n’entrent pas dans un certain moule (modéle)

social peuvent être tentées de basculer vers l’idée d’un

pattern individuel. Cela vaut pour les marginaux qui ne

« collent » pas avec le modéle dominant et qui veulent du

« sur mesure », ce que l’offre cette astrologie du thème.

Il est possible que le déclin de l’astrologie soit lié à un

certain conformisme, dicté notamment par les média, par

la société de consommation – du pain et du cirque disait-on

à Rome- par la protection sociale qui dédramatise,qui crée

moins de situations irréraparables, du fait des progrès de

la médecine. Le fantasme du modéle individuel semble

avoir fait long feu tout en restant résiduel. Il apparait

comme bien plus pregnant chez les femmes que chez les

hommes, comme en témoigne la proportion considérable

des femmes dans les cours d’astrologie (probablement plus

de 90% si l’on en croit les réunions plenières que sont

devenus les Colloques astrologiques, tant à Lyon, Bordeaux

que Paris). Cet attachement des femmes à l’astrologie

du thème natal qui délivre des « cartes du ciel » que l’on peut

visualiser,  est révélatrice du clivage qui subsiste entre les

deux sexes, notamment du fait de la ménopause.(d’où l’âge

moyen des participantes)

Pour notre part, nous militons en faveur d’une

astrologie « vénusienne » en reprenant le flambeau du modéle

unique sur de nouvelles bases, celles de l’Astrocyclon. Ce

modéle unique diffère sensiblement de celui prôné par

Barbault et qui était une sorte de « synthèse » des cycles

des planétes les plus lentes  ‘(de Jupiter à Pluton). Ce cycle

de synthèse, nous le rejetons au profit d’une astrologie

axée sur une seule planéte, connue déjà dans l’Antiquité

(ce qui n’est le cas ni d’Uranus, ni de Neptune, ni de

Pluton). Le grand probléme provoqué par l’adoption de

planétes lentes, c’est qu’il faut sectionner leurs cycles trop

longs en multipliant les subdivisions (d’où un retour aux douze

signes), les interactions entre planétes (par les aspects). On

a là une astrologie surdimensionnée qui ne peut déboucher

que sur une cyclicité très longue, guère adaptée à l’échelle

d’une vie humaine.  Ce modéle universel à la Barbault

se limitait en fait à l’astrologie mondiale alors que le notre

traite de l’Humanité dans son ensemble, chaque être

humain étant concerné par un seul et même cycle, celui de

Saturne divisé en deux phases seulement. En effet, il nous

apparait que l’intelligibilité d’un modéle implique une

simplicité de formulation et la subdivision d’un cycle en douze

est pour nous totalement inintelligible tout comme d’ailleurs

le découpage du psychisme humain en dix planétes (ou

plus). Au delà de la dualité, on tombe dans l’infalsifiable,

dans le « même pas faux »!

JHB

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