Linguistique de l’erreur

Posté par nofim le 29 mai 2014

 

Le  rôle  de l’erreur dans la créativité linguistique

par  Jacques Halbronn

Dans les mémoires que nous avons rédigés à la fin des

années 80 sous la direction de Louis-Jean Calvet (Paris) – et

qui sont restés à ce jour inédits, certains ayant été repris

dans un DESS à Paris VIII, soutenu en 1995, sous la

direction d’Yves Lecerf- nous avons réfléchi sur la gestion

de l’emprunt linguistique, à savoir que la langue qui

emprunte dépend d’une certaine description qu’elle se

fait de la langue ainsi mise à contribution.

La thèse la plus courante voudrait, à ce qu’il  nous semble,

que la langue emprunteuse traite les mots « importés » selon

le statut général en vigueur dans la dite langue. Les différences

entre le mot d’origine et le mot tel qu’il devient du fait de

l’emprunt seraient dues à des modalités « internes » et

structurelles propres à la langue emprunteuse.

L’on distinguera donc les langues qui savent intégrer et donc

qui parviennent à maintenir une certaine unité – le paralléle

pourrait valoir au niveau des sociétés- et celles qui sont

conduites vers un état hybride, ce qui constitue un Etat dans

l’Etat. En ce sens, on pourrait parle d’une  glosso-pathologie

qui n’est pas sans offrir une certaine dimension créative,  voire

certaines mutations (cf le processus d’évolution selon Darwin).

Le cas de l’anglais, comme nous l’avons montré dans nos

mémoires universitaires est emblématique, notamment

en comparaison et au prisme du français.

Deux cas de figure se présentent:  soit l’anglais maintient

le mot français en l’état dans son orthographe d’origine

(donc parfois dans un état qui ne correspond plus au

français moderne, cela va sans dire sur une période de près

de mille ans (1066), soit l’anglais s’invente un français qui

n’existe pas dans l’original, ce qui donne des barbarismes.

Rarement, l’anglais transforme le mot emprunté selon le

systéme qui lui est propre, comme s’il n’ avait pas

conscience de celui-ci.  On pourrait citer l’utilisation des mêmes

articles, des mêmes conjugaisons au présent avec le « s »

à la troisiéme personne du singulier  au présent de

l’indicatif qui est imposé aux  verbes empruntés

au français. (he observes). Mais ce n’est déjà plus le cas

pour le prétérit où la finale « ed » caractérise à de rares

excptions près les seuls verbes « français » (ancien français

ed qui évoluera en français moderne vers le  ‘é » du moins

pour les verbes dont l’infinitif est en « er »). Cettte finale « ed »

est au demeurant appliquée à tous les verbes d’origine

française (dit « faibles ») y compris ceux dont l’infinitif est

en « ir ». Ce traitement des verbes français non conforme

au français ne l’est pas davantage à l’anglais, cela génére

donc en quelque sorte un franglais (dans le sens inverse

de celui entendu par Etiemble)

Comme nous le disions, dans la majorité des cas, les mots

français passent en anglais sans aucun changement, et leur

pluriel en « s » s’est imposé en anglais y compris pour les mots

de souche anglaise, pour les noms sinon pour les adjectifs qui

restent invariables, quant à eux. L’allemand, en comparaison,

n’use jamais de la finale « s » comme marqueur du pluriel

même pour les mots d’origine française.

Un cas particulièrement frappant concerne les verbes « anglais »

ou « franglais » se terminant par « ate » comme separate,

indicate, frustrate, animate etc qui n’existent pas en français sous cette

forme mais qui n’en sont pas moins d’origine française, mais

à la mode anglaise, si l’on peut dire. Or, il semble assez

évident qu’il s’agit là d’une dérivation anglaise à partir du

substantif : separation est ainsi décomposé en franglais

en separate plus la finale « ion ». Autrement dit, l’anglais a

produit des verbes à partir de substantifs et non à partir

de l’état des verbes français. On est là face à une erreur

anglais à l’encontre du « systéme » français. On notera en

revanche « act » à partir d’action, action ne comportant pas

la forme « ation », ce qui aurait donné « actation » et donc

actate en anglais. La forme française en « ation » peut être due

à la volonté de ne pas confondre avec la première personne

du pluriel, elle-même en « ions », à l’imparfait de l’indicatif et

au présent du subjonctif. (nous mangions, que nous mangions)

Or  action ne pose pas ce probléme, puisque nous avons

le verbe agir (agissions).

Un autre exemple concerne la féminisation des adjectifs

empruntés par l’anglais au français, du moins ceux se

terminant par « ive ». (active, passive, agressive etc). Cette

féminisation n’a rien à voir avec une quelconque structure

morphologique de l’anglais qui ne pratique pas le genre

pour les adjectifs. L’explication que nous avons proposé

tient au passage par la forme adverbiale française

activement, passivement etc, qui se forme à partir de

l’adjectif français au féminin : généralement, à partir

de générale et non de général etc. Si ce n’est que le

suffixe adverbial anglais en « ly » s’impose aux adverbes

français selon un moule valable pour tous les adverbes

anglais quelle que soit leur origine. Serait-ce donc là

un principe « anglais » s’imposant aux emprunts?  Nous n’en

sommes pas si sûrs et il est possible que la finale « ly » ait

une origine française néanmoins mais nous laisserons ce

point de côté.  Ce qui est sur, c’est que dans certains cas,

quand le suffixe d’un mot emprunté à un mot français ne

correspond pas à la source, cela tient à une généralisation

à partir d’une autre catégorie : poesie devient en anglais

poetry, du fait du suffixe français « rie » (library etc),

certitude devient en anglais certainty sur le modéle de

beauté/beauty, dignity, clarity etc.

Un autre cas est le « passage » de secrétaire à secretary. Est- ce là

l’effet d’un « principe » anglais?  Non car la forme « ary » figure

dans le français secrétariat. Là encore, l’anglais serait parti

d’une forme substantivale.

Au niveau oral, l’anglais sera mieux parvenu à imposer

sa loi à l’ensemble des mots appartenant à son corpus. Le

fait de prononcer les mots français avec leurs consonnes

finales -notamment au masculin-tend à « féminiser » le

franglais. Président s’entend en anglais comme « présidente »

etc. Mais cela ne correspond en réalité à aucune

prédominance de la forme féminine en anglais mais à une

ignorance des régles et des  codes  de la prononciation

à la française.(rôle du e final autorisant à prononcer la

consonne)

Mais l’on peut se demander si la prononciation du « ay » anglais

n’est pas dictée par celle du français car en allemand, cette

forme se prononce autrement (‘ »aye ».)  Et cette prononciation

s’est imposée à des mots qui n’ont rien de français comme

« say », « day », play,  clay, wait, way, may  sur le même modéle

que pay, relay, May (le mois), ray, bay, gay etc

A contrario, rapppelons que dans un très grand nombre de

cas, l’anglais aura récupéré les mots français tels quels. Nous

en avons dressé une litse dans nos mémoires. On pense

à tous les mots se terminant par « ine » (mine, line etc)

ou ‘ure »  (nature, culture etc) et bien

d’autres suffixes qui caractérisent les emprunts au français.

Non seulement l’anglais n’a que fort rarement imposé sa  loi

aux mots d’origine française, du moins au niveau de l’écrit-

mais il âura même étendu sa description du français aux

mots « locaux » germaniques comme le fameux « Wanted ».

 

 

JHB

29. 05 14

 

 

 

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