La dialectique musique/peinture

Posté par nofim le 1 juin 2014

 

Musique et Arts  Plastiques :  entre la vie et la mort

par  Jacques  Halbronn

 

Qu’est ce qui distingue la musique de la peinture ? Est-ce que

le fait de préferer tel genre à tel autre est révélateur de

quelque chose, d’un clivage psychosociologique? Nous avons

eu récemment, lors d’un Café philo, un tel débat. Certains

ont mis en avant le caractère statique de la peinture et le

caractère cinétique, dynamique de la musique.  En fait,

le  vrai clivage se situe à un autre niveau, selon nous.

Nous avons ainsi souligné le fait que celui qui regarde

un tableau lui impulse un certain mouvement, car durant

le temps que son oeil l’observe, il y a une certaine

circulation au sein de l’espace pictural et c’est évidemment

le cas pour l’architecture..

Mais cette impulsion est le fait de l’observateur à la différence

de ce qui se passe en musique. Par ailleurs, pendant des

millénaires, la musique exigeait une présence vivante,

avant que l’on invente le disque et même depuis le concert

« live » n’a pas perdu son public. A contrario, pour les arts

plastiques, on a affaire à l’objet et non au sujet et une fois

réalisée,  on n’a plus besoin pour que l’oeuvre existe d’une

quelconque intervention humaine.

Une telle clarification débouche, on s’en doute, sur une

certaine typologie et recoupe nos travaux sur la dualité et

notamment sur la dialectique de la vie et de la mort et les

valeurs de Vénus et de Mars, de printemps et d’automne.

On aura compris que la musique est plus du côté de la vie

et  la peinture du côté  de la mort. On parle d’ailleurs de

« nature morte » en peinture. Le modéle  de l’artiste

ne doit pas bouger,  il reste dans une gestuelle figée, arrêtée,

en suspens.

Nous dirons que  celui qui aime la peinture a un tempérament

autoritaire  où rien ne doit bouger sans son accord ou son

ordre. En effet, c’est l’observateur qui fait bouger la toile à sa

guise par le mouvement de la tête, des yeux. A tout moment

cela peut s’arrêter alors qu’en musique, l’objet est doté

d’une certaine autonomie, c’est lui qui nous entrâîne. Les

mélomanes seraient donc des gens plus souples, plus

adaptables que les amateurs d’art plastique.

Allons plus loin,  le type « peinture »  est rassuré par le fait

que l’objet est en quelque sort mort mais que lui-même sera

en mesure de le ranimer, de l’animer à nouveau ; l’objet est

à sa merci, il n’est pas autonome comme l’est un morceau

de musique qui impose son propre « timing ».

A contrario, le type « musique »  préfére être en rapport avec

du vivant, c’est à dire non seulement avec la musique mais avec

ceux qui la produisent, qui la jouent. On l’ a dit : jusqu’au début

du XXe siècle, la musique exigeait absolument  au moins

un intérpréte devant nous. La musique implique une

rencontre. D’ailleurs bien plus de gens s’y

connaissaient en pratique musicale que de nos jours, au

pro rata des populations correspondantes.(et notamment

les jeunes filles au piano, cf le tableau de Renoir)

Vénus correspondrait à la musique. C’est le Sacre du

Printemps de Stravinsky. Le rythme c’est la vie, notre

coeur. La perte des pulsations est la mort. « Il ne bouge plus ».

« Il est inanimé ». Mars correspondrait aux arts « morts » que sont

les arts plastiques, puisqu’ils n’ont besoin de personne de

vivant pour continuer à exister.

Il est vrai qu’il est plus facile de visiter un musée que

de s’imprégner d’un nombre équivalent de pièces

musicales.  Cela ne date pas d’hier que les objets ont leur

place silencieuse au milieu de nous alors que la musique  exige

une autre temporalité, un autre rythme de vie, plus de patience.

Musique et cinéma font bon ménage et la régle veut qu’un

film soit accompagné d’une musique « de film ». Cela vaut

évidemment pour l’opéra, le théatre, le ballet.

Le type martien qui , dans notre système, représente le

féminin – contrairement à ce que l’on pourrait croire

intuitivement- préfére donner de la vie à ce qui est mort, et

donc préfére ce qui est mort, ce qui a cessé de fonctionner

mais c’est justement pour permettre à l’objet de renaitre, de

ressusciter. Mort et résurrection. A contrario, le type vénusien

préfére ce qui est vivant. On sera tenté d’opposer la chasse

et la cueillette du côté de Vénus,qui implique de tuer ce qui

est vivant (la cueillette est aussi un acte de ce type)  à la

préparation de plats épicés, pimentés à partir d’un matériau

vil  et facile à stocker, du côté de Mars.

On dira que Vénus est le passage de la vie à la mort et

Mars celui de la mort à la vie. Le passage de la vie à la mort

est celui qui est le plus normal et qui concerne le destin de

tout être vivant alors que celui de la mort à la vie nous

renvoie à des « mystères », celui de la survie après la mort

notamment.  On retrouve là une dialectique Proserpine

(Cérés)-Pluton (les Enfers). En ce sens, on peut penser que

la peinture, la fresque  sont liées au rituel funéraire..

 

 

 

 

 

 

JHB

29. 05 14

 

 

 

 

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