Linguistique évolutive du signifié et synonymie

Posté par nofim le 7 juin 2014

Fixité du signifiant  et  mutabilité du signifié, en linguistique

par  Jacques  Halbronn

Pour mieux appréhender ce qui distingue le signifiant et le signifié, nous dirons que le

signifiant est une constante et le signifié une variable. Bien des locuteurs ont tendance

à confondre ces deux plans et confèrent au signifié une fixité qui n’est pas appropriée et qui tend

à sanctuariser et à cristalliser  celui-ci.

On précisera donc que le signifiant est un outil  que l’on peut qualifier d’intemporel, et qui se

présente plus comme un contenant que comme un contenu même s’il n’en est pas moins porteur

de quelques fondamentaux autour desquels le signifié pourra broder à sa guise et sa fantaisie du

moment.(cf notre prochain exposé-débat du 6 juillet 2014 à 18h au café Le Falstaff.

Place de la Bastille, au premier étage). Comme son nom l’indique, le signifiant est chargé d’un

potentiel illimité, il est « en puissance » et non en acte (comme le signifié dont le nom indique

un fait accompli mais non moins contingent)

On ne peut penser le signifié sans introduire la notion de synonymie. Le synonyme permet de

relier n’importe quel signifiant à  tout autre signifiant, au nom d’une tradition orale, qui n’est

pas inhérente au signifiant mais qui s’y superpose, en tant qu’interface entre le locuteur et le

signifiant. Le signifié indique le mode d’emploi qu’une langue établit ici et maintenant  au sein

d’un ensemble de signifiants.

La synonymie permet à une langue d’intégrer le savoir, la science en vigueur à un moment donné, elle

évite ipso facto à une langue de se figer à un certain stade révolu, obsoléte.

Le probléme du signifié, c’est qu’au niveau de l’homme de la rue, il est inévitablement ajusté sur un

état plus ou moins ancien des connaissances qui n’est donc ni quelque état originel ni en phase

avec l’avancée de la recherche autour de telle ou telle notion. Autrement dit, les associations que

le locuteur établit, par le jeu du réseau synonymique des signifiés ne sont pas « à la page », sont

décalées. Il est alors assez pathétique de voir ce locuteur  s’en tenir au stade de signifié qu’il aura

engrangé, souvent dans l’enfance, et ignorer ce qu’il en est des décennies plus tard.

On dira que la recherche scientifique tend à modifer en permanence le dit réseau synonymique. et les

associations de mots (Freud) qui en dérivent ou qui le sous-tendent.

Car  on ne saurait sous-estimer le rôle de ces rapprochements synonymiques – qui ne tiennent

généralement nul compte d »‘une quelconque étymologie, terme qui reléve du registre du signifiant

dans la démarche cognitive des locuteurs moyens. Il y a aurait là une langue à deux vitesses, selon

un certain clivage socio-culturel qui passe par une certaine prise de conscience de la créativité du

signifié et donc de son caractère mutable, évolutif et éventuellement polémique. Chaque école de

pensée peut en effet établir des connexions entre signifiants qui lui soient propres mais qui n’en sont

pas moins susceptibles de changer.

Contraste, d’un point de vue sociolinguistique, assez saisissant (qui ets en paralléle à celui qui peut

concerner un individu au regard de la psychanalyse, tel mot évoquant et convoquant tel autre). entre

une perception figée du signifié et donc du signifiant,  le signifié étant en quelque sorte assimilé à un

signifiant supposé immuable.  Si le rapport entre signifiant et signifié est synchronique, le rapport

entre une succession de signifiés associés à un même signifiant (on inclut tout ce qui tourne autour

d’une même racine, d’un même « radical ») est quant à lui diachronique. C’est cette diachronicité

du signifié qui est rarement conscientisée chez les locuteurs moyens, non sevrés d’une perception

idéalisée du signifié, supposé détenteur d’un savoir intemporel ou supposé nécessairement, par on

ne sait quel miracle, coincider naturellement avec l’avancée des savoirs.

Combien de fois n’avons-nous du dénoncer un tel abus en observant des personnes débattre entre

elles de telle ou telle notion, en s’appuyant sur un réseau synonymique associatif commun et

constituant une sorte de « koiné », statut qui devrait  normalement être réservé au signifiant mais

sur un plan exclusivement structurel et formel et non – hormis quelques repéres très généraux- sur

le fond!

Cette façon de circonscrire la connaissance du réel au savoir partagé des locuteurs d’une certaine

génération – car toute synonymie « date »-  et non d’une autre, reléve d’une forme d’autisme social

qui entend faire abstraction de tout accés à des données extérieures, que  l’on pourait qualifier de

fraîches et non de séches, désséchées, rouillées. Le rapport au signifié ne saurait en fait

faire l’économie d’un recyclage régulier et qui est censé  se produire au rythme même de

l’évolution des connaissances. On pourrait dire que toute avancée cognitive se solde par un

réaménagement dans l’ordre des signifiés. On passe ainsi insensiblement de la linguistique à la

Science et si la Science passe par les signifiants, la linguistique passe sous les fourches

caudines des signifiés hic et nunc.

Sur la question des genres, par exemple, que penser de l’état synonymique des signifiés associés

à  tel ou tel signifiant? De quand date-t-il? A-t-il été révisé, redéfini? Probablement dans certains

milieux de pointe mais guère dans la pratique langagière généralement en vigueur. On connait

certaines tentatives pour créer de nouveaux signifiants  afin de ne pas être prisonnier des mots.

Cette solution consistant à recourir à des néologismes ou à des emprunts à telle ou telle

langue étrangère (franglais) ne nous parait pas vraiment conseillée mais elle évite en effet

de rester bloqué sur telle ou telle acception figée d’un mot dont on ne parvient pas à corriger le

signifié en vigueur.

Mais l’on sait par ailleurs que ce faisant, c’est l’organisation même de réseaux de signifiants qui

cette fois risque fort d’être perturbée, avec un processus d’hybridation de la langue dont souffre

notamment l’anglais moderne. Cette procédure a en effet pour résultat de brouiller l’appréhension

des signifiants (cf nos articles à ce sujet) et donc  de ne pas permettre au nouveau locuteur d’explorer

la langue de façon structurelle et par ses propres moyens.

Il y a là un paradoxe:  autant le signifié exige que le locuteur « renseigne » les signifiés dont il se

sert en s’adressant à l’extérieur de la langue, autant le signifiant exige que le locuteur appréhende

la langue de l’intérieur et par ses propres moyens. Or, il semble bien que régne la plus grande

confusion au regard de la dialectique du signifiant et du signifié du fait d’une double crise qui fait

que l’ensemble des signifiants n’offre pas des connexions étymologiques suffisamment obvies et que

l »ensemble des signifiés  présente un réseau qui fait sens mais qui  fige un savoir qui a fait long

feu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

07. 06. 14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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