Astrologie et Littérature

Posté par nofim le 26 juin 2014

Les mille et une nuits et les Centuries. Etude comparée.

par  Jacques  Halbronn

Parmi les ouvrages les plus célébres dans le monde, on en compte deux qui apparurent d’abord en France, à savoir les

Centuries de Nostradamus à la fin du XVIe siècle et les Mille et Une Nuits au début du XVIIIe siècle, avant de connaitre une large

diffusion dans le monde, ce qui impliqua souvent un processus de  traduction. Dans les deux cas,  la paternité des oeuvres reste

assez obscure et l’on tend généralement à penser qu’il s’agit d’un  travail  échelonné dans le temps et de ce fait collectif.  Pour notre part, nous

considérons que l’auteur des Centuries est inconnu mais qu’il s’est bel et bien servi de textes dus à Michel de Nostredame (1503-1566). Pour les Mille et Une Nuits, l’orientaliste Antoine Galand apparait, au début du XVIIIe siècle,  comme l’adaptateur de textes dont l’origine reste assez floue.

Dans leur  édition (GF Flammarionà, 2004), J. P.  Sernain et Aboubakr Chraïbi  écrivent : ‘Le recueil  des Nuits est une oeuvre

collective formée progressivement. Ceux qui  y ont contrbué se servent de contes  déjà  existants et viennent modifier leur agencement, leur composition, ajoutent ou enlévent épisodes et détails » (p XVII) Nous serions tentés d’adopter un tel propos pour la

fabrication  des  Centuries.de Nostradamus en ce sens que si nous créditons volontiers Nostradamus de l’écriture d’une version en prose dont on ne possésde que certains éléments, nous ignorons à peu près tout quant  à l’identité de ceux  qui en auraient tiré des

quatrains.

Entre la source et son expression « poétique », il y a une interface qui  peut transcender l’original. et cela vaut dans les deux cas. Mais dans le cas des Centuries, on ne connait que l’origine alors que dans celui des Mille  et une Nuits, on ne connait que l’adaptateur.

Le probléme, c’est que si l’on reconnait dans les milieux académiques les contraintes et les  limites  par lesquelles durent

passer les Mille  et Une Nuits, en revanche,  ces mêmes milieux persistent dans l’idée selon laquelle Nostradamus serait à la fois le

seul auteur du corpus Nostradamus sous toutes ses formes/

Bien plus, les partisans de cette thèse ont fait fabriquer à la fin du XVIe siècle ou ai début du siècle suivant, des éditions antidatées

censées être parues du vivant de Nostradamus (éditions de 1555  et 1557) ou au lendemain de sa mort (édition à 10 centuries de 1568).

La version qui reste dominante voit trois stades dans la diffusion des Centuries: à quatre centuries,à sept centuries et à dix centuries. On ne connait rien de tel pour les Mille et Une Nuits en tout cas pas au niveau des imprimés.

Antoine Galland, l’orientaliste qui a produit les volumes successifs à partir du début du XVIIIe siècle va se trouver d’ailleurs à court du fait même du succés de l’oeuvre et se verra conduit à trouver des pièces supplémentaires par rapport au projet initial.  On trouve un

précédent, nous semble-t-il- à cent ans environ de distance- avec les Centuries et les éditions successives et augmentées si ce n »est comme on l’a dit ces éditions antidatées qui sont en porte à faux avec les vraies premières éditions sensiblement postérieures à la mort de

Michel de Nostredame, dont l’ascendance juive lui confère peut-être quelque charme oriental.

Autre point commun entre ces deux recueils, un cadre récurrent, à savoir la forme centurique de 100 quatrains pour les Centuries et la forme des Mille et Une nuits liée à cette Shéhérazade obligée de continuer à raconter des histoires pour sauver sa tête,  tout au long de

ces presque trois années.  Galland aussi sera, on l’a vu, contraint de produire des « suites » tout comme les libraires chargés de publier

les Centuries.

Est-ce que Galland avait connaissance des Centuries?  On ne le sait, apparemment, mais  il est clair que dans les deux cas, on aura joué

sur la corde d’un certain insolite, d’un merveilleux. D’ailleurs, les premières vraies éditions des Centuries ont usé du mot

« merveilleux » (1588-1590): Grandes et Merveilleuses prédictions de Michel Nostradamus (cf R. Benazra, Répertoire

Chronologique Nostradamique, Préface Jean Céard, Ed. Trédaniel , 1990)

Pour notre part, nous avons montré que nombre de quatrains des centuries dérivaient de textes en prose de Nostradamus. C’est

notamment le cas, de façon emblématique, de la mention du mot « macelin » qui figure dans deux quatrains et qui ne trouve son explication que dans un mémoire ayant figuré dans l’almanach de Nostradamus pour 1562 dont on ne connait l’original français qu’en

manuscrit du fait probablement d’une censure. Rappelons aussi que les quatrains figurant dans les almanachs auront suivi le même

parcours consistant en une translation de la prose vers les vers, ce qui conférait à la dite prose une dimension poétique que l’on aurait

du mal à trouver dans l’original, oeuvre laborieuse d’un astrologue étudiant semaine après semaine le cours du ciel.

A ce propos,  dans le cadre de cette bréve étude, nous voudrions signaler  la dimension surréaliste du discours astrologique mais aussi

de toute forme de versification.

En effet,  l’insolite est lié au  rapprochement des mots selon des critères qui ne sont pas pertinents. Le fait de rapprocher des mots

uniquement parce qu’ils riment, c’est à dire qu’ils se terminent pareillement, est un bon moyen de surprendre le lecteur. Certes, il n’est

pas interdit de penser que les signifiants qui  se ressemblent, en termes de racines, entretiennent des liens « étymologiques » (cf nos

études en morphosémantique) mais cela ne concerne pas les finales mais le « radical ». Car à ce prix là l’on peut rapprocher deux verbes

qui relévent d’une même conjugaison ou des mots, dans certaines langues obéissant à une même déclinaison.

Un autre cas remarquable de tels rapprochements susceptibles de dérouter le lecteur concerne les traités d’astrologie qui exposent les

liens entre diverses séquences: maisons astrologiques, signez zodiacaux, dieux-planétes, Quatre Elément, . Les commentateurs de la tradition  astrologique ont cru bon de constituer ainsi des connexions entre par exemple le troisiéme signe

du zodiaque et la troisiéme maison astrologique , entre tel signe de feu et tel autre, sur la base d’une répartition des Eléments sur une

base triangulaire (trigone, triplicités), entre tel signe et telle planéte (domiciles, exaltations). Cela conduit à produire dans la tête des

adeptes de la dite tradition astrologique d’étonnantes associations de mots et donc d’idées qui font songer à celles que l’on obtient

dans les pratiques psychanalytiques si ce n’est que ces associations sont les mêmes  chez tous les astrologues et leur permettent

de trouver de la cohérence, du lien là où ceux qui ne sont pas passés par un tel « formatage » (formation) ne perçoivent rien de

concluant. Autrement dit,  ce serait en fait l’astrologue qui disposant d’une telle grille de connexions, due à une forme de

syncrétisme intégrant en un seul corpus des données hétérogénes mais classées et numérotées de façon systématique, imposerait à son

client une « cohérence  » décalée.

On pense aussi au caractère détonant de la disposition des mots selon l’ordre alphabétique qui génére, elle aussi, d’extrordinaires

cohabitations et successions. Un tel ordre qui est pourtant utilisé de nos jours sans aucun probléme n’entretient-il pas une sorte

d’accoutumance à des rapprochements  parfaitement aléatoires, sous une forme qui se voudrait rigoureuse.

 

JHB

26. 06.  15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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