Le texte et le contexte au prisme des Centuries

Posté par nofim le 4 juillet 2014

 

Nostradamus et les faussaires : l’importance du recul

Par  Jacques  Halbronn

 

Dans le domaine de la contrefaçon,  il apparait que si certaines contrefaçons  parviennent à tromper les contemporains de l’époque de leur production, elles sont détectées plus aisément avec le temps qui passe. En  fait, nous avons trois temps : le temps que la contrefaçon indique, le temps où la contrefaçon est réalisée et le temps qui est celui où l’on examine la dite contrefaçon avec le recul du temps. Cela vaut notamment dans le domaine des œuvres d’art.

Si l’on applique ce modèle au corpus Nostradamus, on dira qu’il y a les années 1550-1560 qui est  le temps que l’on nous propose comme celui de la première parution des Centuries,  les années de la Ligue et du règne d’Henri IV qui sont celles où nous situons la confection des faux et  l’époque actuelle (fin XXe-début XXIe siècles).

La méthodologie préconisée en Histoire de l’Art consiste à montrer que certains éléments de l’œuvre incriminée relèvent d’une époque plus tardive, ce sont les contemporains de la production du faux ne se seraient pas rendus compte, ce pour quoi ils seraient excusables.

Dans le cas des Centuries,  il s’agirait donc de montrer que celles-ci seraient marquées par des données, par un contexte qui ne serait pas celui des années 1550-1560. La difficulté d’application d’une telle « règle » tient  à la nature même du prophétisme lequel  est censé se projeter sur le futur. Si l’on nous dit que les Centuries traitent de tel événement de la fin du XVIe siècle, ne va-t-on pas nous rétorquer que cela « prouve » à quel point les quatrains sont « prophétiques » et donc dus à

Nostradamus, le prophète par excellence, mort en 1566 ? CQFD.

Nous avons ainsi montré qu’une source des Centuries, à savoir la Guide des Chemins de France par

Charles Estienne, avait donné naissance à un quatrain (ct Chantal Liaroutzos) et que celui-ci avait été retouché en 1593-1594, vraisemblablement, pour célébrer le couronnement d’Henri  IV, au début de janvier 1594, Chastres étant changé en Chartres, ville du couronnement choisie en lieu et place de  Reims, événement singulièrement impossible à prévoir  trente-quarante ans plus tôt ! Or, ce quatrain retouché se retrouve dans les éditons antidatées de 1555-1568. Une autre référence à la ville de Tours figurant dans un quatrain se réfère à  la capitale du camp d’Henri de Navarre, du temps de la Ligue. « Garde-toi Tours de ta proche ruine » (cf.  notre communication aux Journées Verdun Saunier sur la Ligue). Ces noms de ville ont pu frapper les gens de cette période mais par la suite les historiens n’ont pas relevé ces cas frappants et qui visaient un temps bien précis. Pour prendre conscience du contexte, il importe de s’y plonger. Mais encore faut-il déterminer de quel contexte il s’agit au-delà du temps imparti. Il y a là quelque paradoxe : pour étudier un texte censé produit à une  certaine époque, il importe de « balayer » bien plus tardivement, dans les décennies suivantes voire au siècle suivant.  Un nostradamologue qui entendrait se cantonner au temps de Nostradamus risquerait fort de ne pas détecter les contrefaçons.

Inversement,  tel texte que l’on étudie peut être un faux qui reprend des données bien antérieures et là encore, il importe que le chercheur ne se limite pas au temps du texte étudié pour détecter un emprunt, un plagiat.   Nous avons ainsi pu montrer que telle donnée de la tradition astrologique avait été modifiée à une époque nettement postérieure à sa constitution, en vue de produire un ajustement que l’on aurait voulu faire passer pour avoir existé dès l’origine. (Passage de l’exaltation du soleil en taureau au signe du bélier)

Les contrefaçons nous intéressent tout particulièrement quand elles visent à  masquer des modifications intervenues sur le texte d’origine. En effet, les contrefaçons ne sont pas gratuites, elles visent à conférer une plus grande antiquité  à un document qui aura été  modifié. Dans le domaine du prophétisme, le procédé est courant qui consiste à montrer que tel évènement avait été annoncé comme devant se produire –ce qui n’arrive d’ailleurs pas nécessairement en dépit de l’effet d’annonce- et il est assez logique que dans le cadre de notre thèse d’Etat (Le texte prophétique en France. Formation et fortune, Paris X, 1999) qui n’était exclusivement  centrée ni sur Nostradamus, ni sur son époque, nous ayons pu montrer que les Centuries avaient été produites bien après sa mort, même si elles avaient consisté dans plusieurs cas en une versification de textes en prose du dit Michel de Nostredame. Mais une chose est la date de la prose, une autre celle des quatrains. C’est l’occasion de souligner que l’on ne saurait en aucune façon  qualifier Nostradamus de poète et si donc ce sont les quatrains qui auraient quelque teneur prophétique, cela ne doit pas tant à Nostradamus qu’à celui –dont l’identité reste à préciser- qui les a transmutés de la sorte.

JHB

04 07  14

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