L’astrologie selon Henry de Boulainvilliers

Posté par nofim le 29 juillet 2014

L’astrologie selon  le Comte de Boulainvilliers.

par  Jacques Halbronn

 

En 1717,  Henry de Boulainvillers signe une Pratique

Abrégé des jugemens  astronomiques sur les nativitez, qui

reprend le tite d’un traité célébre d’Auger Ferrier, médecin

toulousain, qui eut l’honneur de polémiquer avec le juriste

Jean Bodin, à la fin du XVIe siècle. Ce traité ne fut pas

imprimé de son vivant et il ne le fut qu’en

1947 (Ed du Nouvel Humanisme) avec un présentation de

Renée Simon qui avai soutenu une thèse d’Etat sur le

dit  Boulainvilliers.  D’aucuns ont spéculé sur le fait que ce

traité n’avait pu paraitre en ce début de XVIIIe siècle. Notons

qu’Eustache Lenoble, quant à lui, avait publié son Uranie en

1697.  On note que Le Noble,  est Baron de Saint Georges,  sans parler de Blaise de Pagan  et bien sûr de Nicolas Bourdin, marquis de Villennes, traducteur de Ptolémée) à tel point que l’on est en droit de penser que l’astrologie est en vogue dans la noblesse française sous Louis XIV et sous la Régence.

Rappelons que notre principale ambition dan cette série

d’études est d »examiner la transmission du savoir

astrologique à savoir ses divers dispositifs et techniques et

l’incidence que de telles rééditions en plein XXe siècle a

pu avoir..

L’heure est à la réforme de l’astrologie en ce début du XVIIIe siècle comme il l’avait été

un siècle plus tôt du temps de Kepler. Dans son Avertissement Boulainvilliers dont il faut souligner qu’il est

par ailleurs connu comme historien, et pour qui l’astrologie n’est qu’un domaine de recherche parmi d’autres – on est loin de

l’astrologue qui n’écrit que sur l’Astrologie! – :

« Ce n’est pas la seule découverte dont je me puisse flatter d’avoir enrichi l’Astrologie » On a l’impression que l’astrologie est une sorte

de Far West,  qui suscite une sorte de ruée vers l’or, où l’on cherche quelques pépites. Il ajoute « il manque encore aujourd’hui  (des)

choses à nos connaissances astrologiques et à la pratique de l’art judiciaire ». L’on voit que cette période ne saurait être considérée comme celle d’un désintérêt pour l’Astrologie car par un certain paradoxe, c’est quand l’astrologie est délaissée qu’elle en arrive à

fasciner certains esprits. Boulainviliers précise : » On ne saurait croire raisonnablement que Ptoléme et les Anciens maîtres aient

tellement épuisé cette matière que les Modernes n’aient pu rien y ajouter de nouveau ni supposer que le goût et le jugement des Anciens

aient été si sûrs que l’on ne puisse rien rejeter aujourd’hui de ce qu’ils ont adopté  souvent avec plus de crédulité et de superstition

que de raisons solides » A l’arrière-plan, la querelle des Anciens et des Modernes dont l’astrologie ne semble nullement absente.

Mais tout cela n’empêche pas le comte astrologue  de prendre pour argent comptant les tableaux des domiciles et des exaltations (p. 7 de l’éditon de  1947) Nous avons déjà signalé cette polysémie assez étonnante  du mot « maison » qui tantôt désigne le signe qui est la

« demeure », le « domicile » d’un astre, tantôt l’une des « maisons astrologiques » (également d’ailleurs associées à certaines planétes en joie). Cela nous semble correspondre au caractère hybride et syncrétique  de la tradition astrologique, comme deux pays qui

se disputeraient inlassablement  un même territoire ou une même capitale. Au XXe siècle, cette dualité est réfoulée et  on distingue

le « domicile » de la « maison » – alors que les termes restent synonymes mais cela génére des contresens chez ceux qui étudient la

littérature astrologique antérieure. Il semble d’ailleurs que la  même confusion soit à observer en latin (Domus). D’ailleurs, à quelques

lignes d’intervalle, on trouve chez Boulainvilliers :  » Une planéte ne signifie pas seulement à raison de la dignitré de Maison » et

« Une planéte bénéfique en une maison dont la signification concerne des choses désirables par leur nature » (pp 20-21) Il ne semble pas

que ceux qui aient étudié ce corpus aient signalé cette anomalie terminologique qui trahit l’existence d’un double système encore en

vigueur dans la pratique astrologique, notamment du fait de l’analogie posée entre les 12 maisons et les 12 signes (terme préféré à celui de maison!)

On s’arrêtera sur ce que Boulainvilliers dit des Aspects qui sont un des grands sujets de débat de l’astrologie du XVIIe siècle, de Kepler à

Placide de Titis : « C’est par un abus sensible que les Modernes ont imaginé des aspects d’une dénomination toute nouvelle, différents de ceux qui ont de tout temps été reconnus et expérimentés par les maîtres de la science; savoir; le sextile, le trine (trigone), le carré et

l’opposition et l’on peut dire qu’ils n’ont eu recours à la fiction  des quintiles, bi-quintiles et bi-sextiles (semi-sextiles, dodectile) que pour couvrir  par quelque prétexte des erreurs de leurs jugements »

A propos de Placidus, Boulainvilliers écrit (p. 332): « Il imagina  d’abondance diverses sortes d’aspects inconnus jusqu’à lui. Tels sont

les demi-sextiles, les quintiles et les biquintiles ». Le comte ironise  sur cette soif de nouvelles connexions: « Comme le nombre d’événements  lui parut encore  surpasser  de beaucoup, dans l’usage de la vie, celui des causes physiques etc’ », il fallut à Placide

générer ces nouveaux aspects pour ne pas être pris au dépourvu. (cf  Giuseppe Bezza, Intr. Primum Mobile du moine Placido Titi, dit Placidus (Ed. FDAF, 1997).

Il conviendrait de vérifier cette attribution de nouveaux

aspects à ce moine italien connu

pour sa volonté de modifier certains repéres en astrologie

et ce qu’il doit à Kepler.

Boulainvilliers témoigne, en tout cas, en cette année 1717,  de l’émulation, de la volonté de « réformation », (p. 100)  chez certains de  ceux qui sont venus à l’astrologie : » Ces nouveaux judiciaires avaient d’abord reconnu que pour rétablir l’ancienne splendeur de l’Astrologie et la rendre aussi digne de l’estime des hommes raisonnables que de la recherche des curieux, il était nécessaire (..) de profiter de toutes les découvertes modernes qui

peuvent utilement  servir à dissiper les incertitudes dont les anciens ne se pouvaient dégager qu’à force de suppositions ». Rappelons que Galilée est passé par là.

Passons à ce que dit Boulainvilliers (Seconde Partie de son Abrégé qui en compte trois)  sur cette question cruciale des domaines  de l’existence dont on sait que Ptolémée traite sans se

servir des « maisons astrologiques » dans le Tétrabiblos alors que tant d’autres   y recourent d’office. Etrangement, Boulainvilliers

expose l’ordre dans lequel il conseille de traiter ces différents aspects de l’existence humaine et ce « plan » ne correspond pas à l’ordre

des maisons, pas plus d’ailleurs que ne le faisait Ptolémée, si ce ‘nest que Boulainvilliers ne s’en référe pas moins aux dites maisons

astrologiques. Fort justement, le Comte aborde la question de la Mort en dernier ( « article X » pp. 290 et seq):

« La mort est en général le dernier terme de l’humanité. » alors que la maison de la Mort est la VIIIe et non la XIIe et dernière. Et chez

Boulainvilliers, tout est ainsi à l’avenant:

Si la Mort est l’article X, l ‘article IX est bien en rapport avec la religion mais l’article VIII est consacré aux maladies et donc à la maison VI. L’article VII aux ennemis, aux prisons mais  on se référe bien à la maison XII. L’article VI  correspond en revanche à l’emploi et donc renvoie ipso  facto à la maison VI. L’article V se veut englobant plusieurs maisons  sous le titre général « De la fortune » (pp. 201 et seq): « Je comprends, pour abrégern, six espéces de bonheurs propres à l’homme sous le nom général de fortune : la première est

celle des richesses, la seconde celle des dignités, la troisiéme celle de l’usage des plaisirs, la quatriéme celle du mariahe, et de la lignée qui en doit naturellement sortir, la cinquiéme celle des amis, la sixiéme et dernière celle des voyages ». On voit que Boulainvilliers

s’efforce ici. de présenter une méthode qui donne une impression de cohérence et de bon sens sans pour autant  oser modifier l’agencement  traditionnel de la succession des maisons astrologiques.  En ce sens, il rejoint la présentation de la Tétrabible. En fait,

pour chaque « domaine » étudié,  Boulainvilliers combine allégrement les significateurs planétaires et  les maisons astrologiques

traditionnellement assignées à tel ou tel  des dits domaines: Par exemple pour les frères et soeurs (p./ 249): « Les significateurs généraux des frères et des soeurs sont a) la IIIe maison et son Seigneur, b) Mars des frères et la Lune des soeurs c) les planétes

occupant la IIIe planéte de corps ou d’aspect ».  La notion de Seigneur renvoie au dispositif des domiciles et exaltations (maîtrises)

Notons  que  Boulainvilliers avait écrit en 1696 un  Essay de

justification de l’astrologie judiciaire. Lenoble publia en 1697, son Uranie. (texte repros

dans Un Révolté du Grand Siècle par Renée Simon,  Ed Nouvel humanisme 1948 pp. 150

et seq) Dans cet Essai, le comte réfute notamment les attaques et objections de Savonarole (inspiré

par les Disputationes de Pic de la Mirandole) contre l’Astrologie. (pp. 175 et seq) et de

conclure carrément: ‘L’Astrologie estr proprement la mère et la distributrice des autres

sciences et  (…) elle conservera malgré les contradictions et les blâmes tous les

avantages dont elle jouit dès les premiers temps comme la plus ancienne de toutes »

 

 

 

JHB

29. 07. 14

 

 

 

 

 

 

 

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