Les astrologues sidéralistes face à l’Histoire de l’astrologie
Posté par nofim le 5 août 2014
Remarques sur quelques travaux sidéralistes en Histoire de l’astrologie
Par Jacques Halbronn
En ce début de XXIe siècle, il est assez évident qu’il est temps que l’astrologie se ressource, se régénère. Or l’histoire de l’astrologie produit des effets contradictoires : elle peut contribuer à la
Pléthore des dispositifs comme elle permet une décantation en mettant en évidence des
syncrétismes, des doubles emplois. Approche apologétique ou critique du corpus astrologique,
approche synchronique ou diachronique ? C’est selon. Dans les années cinquante-soixante, la
tendance « structurelle » était de conférer à chaque notion astrologique retenue dans le « canon »
astrologique une fonction spécifique. Un réformateur de l’astrologie comme Jean Pierre Nicola
conserva les 12 signes, les 10 planètes, les 12 maisons, les aspects avec leur manichéisme, même s’il
prit ses distances avec le symbolisme et la mythologie. En fait, sa démarche consista à projeter sur
l’astrologie des origines les connaissances scientifiques actuelles sans prendre en compte le fait que
l’astrologie ait été plus une loi fondée sur le cosmos que la volonté de connaitre le cosmos dans sa
globalité. L’histoire de l’astrologie nous enseigne-t-elle combien astrologie et astronomie se recoupent ou au contraire combien elles diffèrent dans leur raison d’être. C’est Vanki qui en 1902 (Ed. Chacornac) dans son Histoire de l’’Astrologie avait décrété (p. 13) « Dans l’origine, l’astrologie ne se distingua pas de l’astronomie et les deux mots dont l’étymologie est à peu près semblable,
s’employaient indifféremment l’un pour l’autre » Or, s’il est attesté qu’à certaines époques, l’astrologie passa sous la coupe de l’astronomie, notamment avec la Tétrabible de Ptolémée, cela
ne signifie aucunement qu’il en ait été ainsi à l’origine, et ce tout simplement parce que l’astrologie n’avait qu’un besoin limité de l’apport de l’astronomie pour exister et notamment en ce qui concerne le nombre de plantés « utiles » pour son dessein.
Nous aborderons dans la présente étude les travaux de deux astrologues sidéralistes qui ont
publié sur l’Histoire de l’Astrologie, Denis Labouré et Marie Delclos, dans les années 90, décennie
particulièrement féconde dans ce domaine en France, notamment en ce qui concerne notre propre
production.
I Denis Labouré Les origines de l’astrologie ed du Rocher 1997 Préface Jean-Pierre Bayard
Labouré reprend la malheureuse formule de Knappich (Histoire de l’astrologie Paris, 1986, p. 62 ) qui écrivait :
« Comme dans ce schéma les 7 planètes n’occupaient chacune qu’un signe, on créa un autre schéma
Dans lequel le Soleil et la Lune n’avaient respectivement qu’un domicile tandis que les autres
Planètes disposées selon l’ordre astronomique en avaient chacun deux » On retrouve
une telle affirmation chez un autre historien germanophone, également dans les
années soixante (Peuckert, L’astrologie; son histoire, ses doctrinesd, Payot 1965; Reed
1980 et 2005, pp. 115 et seq
Labouré : » A chaque astre, la tradition accorde un ou deux signes du Zodiaque, où il se révèle dans sa plénitude »
Or, il y a là un grave contresens historique. Il est évident que l’on avait à l’origine deux dispositifs à sept planètes et un seul signe en domicile comme en exaltation. C’est par la suite, que d’aucuns ont cru bon de passer aux « doubles domiciles ». D’ailleurs, la notion de ‘trône » soulignait un seul des deux domiciles. On a montré en effet que domiciles et exaltations sont des dispositifs jumeaux, l’un articulé sur l’axe solsticial et l’autre sur l’axe équinoxial. Nous ajouterons que cet axe est lui-même décalé d’un signe du fait de la précession des équinoxes et que l’exaltation du soleil était initialement en taureau et non en bélier du fait de l’évolution du point vernal dans les constellations.
Qu’est-ce donc que cette « tradition » qui n’est en fait qu’un avatar tardif ? En ce qui concerne les 4 Eléments, il eut été heureux de noter que l’on ne relie pas les signes et les 4 Eléments avant la fin du premier millénaire.
Labouré, en astrologue sidéraliste signale certes les 4 étoiles fixes royales mais il ne met pas en évidence que les constellations correspondantes constituent un système totalement différent de celui des 12 « signes » zodiacaux. Dans un cas, la symboliques des signes correspond grosso modo au cycle des saisons (les 12 mois pour les 12 lunaisons) mais dans l’autre la symbolique du tétramorphe
(Taureau, Lion, Aigle, Homme) a évolué avec la précession des équinoxes, ce qui permet de dater d’environ 12000 ans, un demi- cycle précessionnel l’instauration d’un tel dispositif.
Nous regrettons d’avoir à signaler que nos propres travaux ont été piratés par divers auteurs dont
Denis Labouré, Hervé Drévillon et quelques autres qui n’ont pas jugé bon de nous citer alors même
qu’ils puisaient dans nos publications. Labouré réussit l’exploit de reproduire divers passages
de notre édition (1977)d’Abraham Ibn Ezra, en se contentant de signaler l’éditeur. En 1990, Labouré avait publié à notre instigation le traité de Claude Dariot ( chez Pardés) avec notre postface et il ne cite même pas notre nom quand il se réfère à cette édition. Quand à Eustache Le Noble, nous avions
traité de cet astrologue également en 93 (Ed Trédaniel, autour de l’astrologie du Livre de Toth
d’Etteila)/ Labouré ne signale pas non plus notre Etrange Histoire de l’Astrologie (Ed Veyrier 1986) avec Serge Hutin pas plus que notre article (1994) ‘Astrologie » dans l’Encyclopaedia Universalis qui remplaçait celui de René Alleau (Reed fin 2004 sans la bibliographie ) ou encore notre Monde Juif et l’Astrologie (Ed Arché, Milan) tout en prétendant dans son introduction tout en dressant un bilan de l’Histoire de l’Astrologie à la fin du XXe siècle. Quant à Drévillon, il utilise pour sa thèse parue chez Champvallon la substance de notre ouvrage paru en 1993 chez Trédaniel ( autour du Commentaire du Centilogue de Nicolas Bourdin) qu’il se contente de citer dans sa bibliographie mais non en bas des pages où il recourt massivement à nos travaux.
II Marie Delclos Astrologie racines secrètes et sacrées Dervy 1994
Nous retiendrons ce propos concernant la possibilité de remonter de 12000 ans (pp. 74 et seq)
« L’astrologie remonterait non pas au cinquième ou au quatrième millénaire avant notre ère, soit avant le petit déluge de -3000 mais avant le grand Déluge, celui de Platon. Elle remonterait à -12000 »
Mais nous fondons notre analyse sur le fait que l’axe Aigle-Taureau est inversé par rapport au zodiaque à 12 signes. Nous pensons que le zodiaque est hybride, ce qui explique la confusion des débats au début du XIXe siècle autour du Zodiaque de Dendérah (décalage Lion-Balance, cf. Dupuis Abrégé de l’Origine de tous les cultes et sa polémique avec Visconti).
Le rappel d’une relation entre les 12 signes et les 12 dieux de l’Olympe montre bien qu’il y a eu
historiquement un passage d’une référence aux dieux vers une référence aux astres, ce qui montre que la relation de l’astrologie à l’astronomie est loin d’être aussi évidente, au départ, que certains historiens de l’astrologie le prétendent.
Marie Delclos : « Les 12 dieux conseillers de l’Olympe , six dieux et six déesses étaient attribués aux douze signes » (p. 151)
Quant à affirmer que les Anciens connaissaient la planète Neptune découvert e en 1846, cela se résume par ce jugement de l’auteur : « On découvre peu à peu que plus nos connaissances augmentent plus nous découvrons que la Tradition n’avait pas menti » Neptune fait partie des 12 dieux, et est même associé par Manilius au signe des poissons mais certainement pas en tant que planète et ce en dépit de tel ou tel quatrain des Centuries citant Neptune. (cf. P. Guinard sur ce sujet in revue Atlantis). Selon nous, deux astrologies se seront développées parallèlement pour ensuite s’entremêler, l’une associant les 12 mois aux dieux et l’autre divisant le ciel en 4 et en 8 (maisons cf. P. Guinard sur la division en 8). autour des phases de la Lune dans le mois (ce qui donne la semaine) et des 4 étoiles fixes royales balisant le cycle sidéral de astres (et notamment de Saturne) en 4. On notera que les 12 lunaisons ne coïncident nullement avec les 4 saisons. Marie Delclos signale l’axe Aldébaran-Antarés mais n’indique pas son interaction avec le cycle des planètes ni la question du rapport insolite entre Le Scorpion et l’Aigle, ce qui crée un décalage que l’on ne saurait négliger de signaler car il permet de mieux baliser le passé.
Selon nous, la préoccupation concernant le nombre de planètes est décalée quand on prend en
Compte qu’il s’agit non pas d’astres mais de dieux, le passage aux astres étant à l’évidence le fait des astronomes, mettant en place le dispositif des domiciles et exaltations qui se limite aux deux
Luminaires et aux cinq planètes et laisse de côté les autres dieux faute d’assez de planètes. L’idée
selon laquelle les 12 signes implique que l’on ait connu 12 planètes est totalement anachronique, même si ce mythe a pris une autre dimension à partir de la fin du XVIIIe siècle avec la découverte de planètes qui prendra le nom de divinités n’ayant pas encore été intégrées en astronomie et en astrologie. (cf. les spéculations d’un Léon Lasson, d’un Caslant (sur Proserpine), d’un Jean Carteret, d’une Lisa Morpurgo, d’un Roger-Benoît Jourlin et nos propres travaux in Mathématiques
Divinatoires ed Trédaniel 1983)
Signalons aussi notre « Lettre à une amie astrologue » (c’est-à-dire Marie Delclos) en tête de notre Etrange Histoire de l’Astrologie, op. cit, pp. 7 et seq)
Au niveau bibliographique, nous noterons que Marie Delclos signale deux communications
(Yves Marquet et Françoise Gauquelin) lors de Colloques que nous avons organisés en 1991 et 1993. En revanche, Marie Delclos cite abondamment Abraham Ibn Ezra et les traités que nous avons
édités (cf. supra) sans citer notre nom , (pp. 391 et 393)
Ces deux historiens marqués par l’astrologie sidérale se contentent en fait de diviser le zodiaque à partir d’un point qui est décalé par rapport au point vernal (Ayanamsa) unique alors que nous pensons que les 4 étoiles royales structurent et balisent 4 périodes, sans qu’il faille tenir compte d’une quelconque division en 12.(signes ou constellations)
L’histoire de l’Astrologie est un labyrinthe truffé de chausses trappes. La carte n’est pas le
territoire et il revient au chercheur de gérer les bribes qui nous sont parvenues bien plus que de nous servir des connaissances astronomiques modernes comme semblent le croire d’aucuns.
Jetons un bref coup d’œil , pour finir, sur notre article Astrologie de l’Encyclopaedia Universalis , avec ce mot qui revient tout au long de « syncrétisme » (cf Peuckert, L’Astrologie, op. cit. pp. 157
et seq) Mais il est clair que 20 ans après, notre réflexion sur la question aura sensiblement évolué. A l’ époque, nous n’avions pas notamment pris conscience de l’inversion générale qui aura affecté tant le rapport du tétramorphe aux saisons mais aussi le passage d’un repère sur le descendant ayant précédé la référence à l’ascendant. Bien plus, pour nous, le début du Zodiaque se situait à la Balance et non au Bélier et nous voyons dans ce symbole l’ouroboros (Janus) qui marque la fin d’un cycle et le commencement d’un nouveau.
JHB
05. 08 14
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