L’image de l’astrologie dans les années 70 en France

Posté par nofim le 13 août 2014

Les deux  stratégies de communication : le catéchisme  ou le chantier ?

Par  Jacques Halbronn

A l’examen des ouvrages qui parurent  ou  reparurent dans les années 70, on distinguera deux styles.

D’une part,  des exposés  d’un savoir  traditionnel et que l’on transmet sans très bien en comprendre

les fondements, quitte à y ajouter quelques  gadgets supplémentaires, de l’autre , une remise à plat du dit savoir en s’interrogeant sur les atteintes du temps sur l’intégrité des dispositifs  ainsi  véhiculés. En fait, d’un côté, des astrologues qui se projettent vers le futur et d’autres qui tentent de renouer avec les origines.  Les premiers partent du principe que l’astrologie est ce qu’elle devient et donc qu’il n’est pas nécessaire de s’interroger sur sa provenance  tandis que les autres considèrent que l’astrologie constitue une clef pour comprendre la genèse de l’Humanité et donc qu’il importe de

la rétablir dans son intégrité première.  On dira aussi que dans un cas, on a des praticiens qui sont de toute façon persuadés que l’astrologie marche ici et maintenant  et qu’il n’y  a donc pas lieu de

s’inquiéter sur ses tenants et aboutissants alors que d’autres soutiennent qu’elle ne sera acceptée que si  elle parvient à se ressourcer, à se recentrer sur son schéma premier.

Prenons le cas de L’Astrologie de Joëlle de Gravelaine  et de Jacqueline Aimé, deux femmes

astrologues, disciples de Jean Carteret, qui ressortent en 74  chez Lattés un ouvrage déjà paru en 69.

Sans aucun complexe, nos auteures  exposent le catéchisme astrologique en long et en large et ce dès les pages 10 et 11 sous le nom de Glossaire. On y décrit d’entrée de jeu les significations des 12 maisons astrologiques avec notamment la maison II  ses « fluctuations financières » dont on se demande ce qu’elle vient faire entre la « personnalité » (I) et les rapports avec autrui, (III) suivis

des Parents  (IV).  Inventaire à la Prévert qui  dégage certes une poésie étrange !  En fait, on est en présence d’un manuel d’apprentissage d’un langage et il n’y a plus qu’à apprendre tout par cœur comme on le ferait si on se mettait à  l’anglais ou au chinois. Et on nous fournit des applications avec des études de personnalités au prisme de leur thème natal. On a même droit aux « degrés du Zodiaque et leur symbolisme «  (pp/ 128 et seq)  On nous assène : « Le Zodiaque  est divisé en 360

degrés. (..) A chacun de ces degrés correspondent (noter le présent !)  une image  symbolique souvent  sibyllin, parfois tout  à fait étonnante de précision »

Ces deux astrologues déversent sur le lecteur  tout un arsenal de dispositifs, de techniques et   au vu

Des thèmes, elles s’en  serviront avec virtuosité pour traduire, interpréter,  les thèmes pour leur faire dire ce que l’on sait de leurs titulaires. CQFD.

Passons à un autre ouvrage paru en 1981 chez Fernand Nathan, l’éditeur scolaire bien connu.  Une autre auteure Solange  de Mailly Nesle y signe  L’Astrologie. L’histoire, les symboles, les signes.*

D’emblée,  dès la première page, on nous explique sous le titre « Le langage de l’astrologie » (p.7) que l’astrologie est une « réalité socio-historique ». La partie historique est sans véritable enjeu puisque de toute façon on  part d’une « réalité » ici et maintenant.  Cela devait de toute façon se terminer comme cela s’est terminé. En aucune façon, l’histoire ne pourrait remettre en question les « acquis » actuels de la fin du XXe siècle.   Et au bout du compte, l’ouvrage se termine par l’exposé systématique et cristallisé de ce « langage » astrologique. On est là dans le non –dit : l’astrologie est un langage et  on n’a pas à se poser de questions : un langage cela s’apprend même si l’on peut jouer  avec  l’étymologie. L’Histoire de l’Astrologie se réduit à un amusement innocent et sans conséquence qui ne saurait ébranler le devenir de l’astrologie.

Une approche donc que l’on qualifiera de « féminine » et qui part du principe que ce qui a été décidé en  haut lieu et auparavant  ne peut qu’être prolongé et appliqué. C’est dans l’ADN des femmes !

Abordons à présent le discours de trois hommes –astrologues, à la même époque, André Barbault en 75 (Seuil), Jacques Halbronn en 76 (Seghers)  et Jean-Pierre Nicola en 77  (Seuil)

On remarquera par ailleurs que l’adjonction d’un facteur nouveau  suffit, selon ces

dames, à donner le change comme  pour une femme d’un certain âge de changer de

lunettes.

On commencera par les deux aînés, l’un né en 1921 (Barbault) et l’autre en 1928. (Nicola), l’un et l’autre revendiquant des décennies d’expérience, 40 pour l’un et 30 pour l’autre, nous  précisent les 4e de couverture.

André Barbault. Connaissance de l’Astrologie (initialement prévu pour paraitre  chez Seghers) : à aucun moment, Barbault  ne remet en question la « tradition » astrologique. Il a une posture plus apologétique que critique. Il  signale néanmoins toutes sortes d’objections voire de persécutions  à  l’encontre de l’astrologie. Barbault parvient à traiter de son sujet sans avoir à exposer par le menu  les divers dispositifs et claviers dont l’astrologie dispose et dont  le premier groupe d’astrologues se repaissait et qui lui aparaissait comme apporter du « poids » à l’Astrologie. Le seul domaine que Barbault  s’est résolu à développer est celui des 4 Eléments dans les 30 dernières pages comme si c’était l’angle le plus présentable. Au moins cet auteur est-il conscient qu’il y a des  pans de l’astrologie qui ne passent pas et il a choisi un  volet accessible. Qui ne connait le Feu, l’Eau, la Terre et l’Air ?

Jean-Pierre  Nicola. Pour une astrologie moderne.   On nous dit en  4E de couverture  que ce livre

« inaugure un nouvel âge de l’astrologie » Tout le savoir astrologique est ainsi passé à la moulinette, au filtre, d’explications  dont l’auteur a la maitrise et qu’il ne transmet pas  machinalement comme ses consœurs  sus mentionnées.  Le seul hic, c’est qu’en  ravalant la façade de l’astrologie,  Nicola en conserve l’armature de bout en bout : le sacro sain thème natal,  les  planètes anciennes et  nouvelles avec leurs aspects mutuels, les 12 secteurs des signes et des maisons  en évitant les sujets qui fâchent comme la question des étoiles fixes qui feraient sourire les astronomes. Une astrologie propre sur elle.

Mais avant d’aborder les Clefs de J. Halbronn qui remporta le trophée puisque la Collection Clefs était l’enjeu le plus flatteur qui se puisse rêver. étudiions le Que Sais-je sur l’Astrologie de Paul Couderc paru en  1951 mais réédité jusqu’en 1978 et mis à jour (PUF), autre collection de référence avec laquelle rivalisa à l’époque la Collection de Luc Decaunes « Clefs pour ». On comprendra peut être comment  le  travail  du jeune Halbronn fut  finalement préféré à celui de son ainé de 26 ans, lui qui n »était même pas né quand les deux autres pratiquaient déjà ! Pour Couderc, astronome de son état, il y a quelque légitimité à écrire sur l’Astrologie  du fait que depuis des siècles,  les astronomes ont côtoyé  l’astrologie. L’erreur stratégique de l’auteur est de s’en être pris à la doxa astrologique sans  se demander si elle avait été transmise correctement et si elle ne souffrait pas de quelque excédent de bagage dont elle pourrait se délester.  Couderc  semble appréhender l’Astrologie comme  une et indivisible reprenant d’ailleurs l’usage du singulier des divers auteurs,  à l’exception de Nicola qui place une épithète « moderne »  qui fait penser à la querelle des Anciens et des Moderne. Un Nicola d’ailleurs persuadé que les trois planètes découvertes depuis s la fin du XVIIIe siècle sont un apport  crucial pour l’Astrologie –et tout son système s’appuie sur un ternaire dont le dernier volet est justement constitué par les dites planètes inconnues des Anciens. Voilà donc

Nicola embarqué dans une représentation de l’Astrologie qui  dévalue ipso facto

son passé.

La démarche de Jacques Halbronn, 28 ans au moment de la parution, (mais plus jeune encore lors de

la signature du contrat) à l’époque déjà engagé dans la préparation d’une thèse de doctorat à l’EPHE VE section des  Sciences Religieuses sur l’Astrologie dans le monde juif, est toute autre. (cf.  aussi sa réédition remaniée de  1993 et son article Astrologie dans l’Encyclopaedia Universalis, 1994  Reéd 2004  Figaro) est déjà polémique dans la 4e de couverture :  l’auteur « entend condamner une certaine astrologie (..) axée sur le seul moment aléatoire de la naissance. Il souhaite par  un véritable retour aux sources, redonner à l’astrologie son  assise traditionnelle en discernant les multiples couches qui se sont  ajoutées au noyau initial » Dès la page 18, on annonce la couleur « Les solutions de continuité » Tout ce savoir déballé par nos trois auteures (cf. supra) et  mis au goût du joue par Nicola, en en évacuant ce qu’il ne comprend pas,  fait l’objet d’une volonté de comprendre la logique interne. Halbronn ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. En tant qu’historien, il  pratique une délicate archéologie et n’entre pas dans l’arène comme un éléphant dans un magasin de porcelaines.     Un peu comme Cuvier, il s’efforce de reconstituer le  passé à partir des fragments qui nous sont parvenus.  Quant  à la pratique de l’astrologie, à l’instar de Barbault,  il fait preuve de prudence et opte, quant à lui, pour les 5 sens et donc  évite de défendre une astrologie  individuelle qui ferait d’ailleurs de l’astrologue un improvisateur qui n’aurait affaire qu’à des cas particuliers, ce qui déjà   rend sa pratique suspecte. En 1993, la quatrième de couverture  persiste et signe : l’auteur « s’efforce de préciser à quelles conditions et dans quel esprit il est possible pour l’honnête homme de notre temps d’accepter une certaine présence de l’astrologie.  (et entend)  restituer la pensée astrologique originelle en la dégageant des contresens, parfois troublants accumulés depuis des siècles. «  Entre temps, le plus si  jeune Halbronn aura organisé une « cinquantaine de colloques ». Mais en 1989,  les PUF auront demandé à Suzel Fuzeau-Braesch, docteur es sciences, de prendre la relève de Paul Couderc, décédé. Celle-ci présentera l’astrologie à la façon des  trois femmes sus mentionnées et les PUF devront dès 2004 remplacer son travail par celui de  Daniel Kunth et Philippe Zarka.  Il  est clair que Michel Gauquellin (né en 1928) aurait aussi pu prétendre rédiger Clefs pour l’Astrologie en 76, avec  ses statistiques auxquelles tout le monde rend alors un vibrant hommage, à commencer par André Barbault dans sa Connaissance de l’Astrologie.  L’éditeur à  la lecture du  tapuscrit de Barbault aurait pu y songer. Mais Gauquelin avait déjà beaucoup publié dont en 1967

Songes et Mensonges de l’astrologie, chez Hachette où il avait ridiculisé l’astrologie avec peut-être un peu trop de hargne tout en défendant  de facto le thème natal  qui était à la base de ses  résultats.

Il faut probablement faire la part d’un certain jeunisme au lendemain de Mai 68 et de fait  c’était là en soi un point favorable pour l’astrologie. On aura remarqué que la plupart des auteurs cités sont nés avant 1930.

Il  y a des catégories d’âge et de sexe qui ne sauraient être négligées. Actuellement,

le profil moyen de l’astrophile  est celui d’une femme de 60 ans et le profil le plus

improbable que l’on ne risque guère de trouver dans une réunion d’astrologues

est celui d’un homme de 30 ans. Les temps changent!

JHB

13. 08 14

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