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L’astrologie française à partir de 1845. Le retour aux éphémérides.

Posté par nofim le 19 août 2014

Le remariage de l’astrologie et de l’astronomie en 1845, en

France.

 

par  Jacques  Halbronn

L’Histoire de l’Astrologie dans  ses rapports avec

l’Astronomie est celle d’un couple qui tantôt  se sépare,

tantôt opére un rapprochement. On dira que 1845 sonne

des noces entre nos deux disciplines comme en d’autres

temps,  il y  eut divorce.

En 1993, nous avons publié  sous le titre  L’Astrologie du Livre de Toth  d’Etteilla  (Ed Trédaniel) -

Il s’agissait d’un traité paru en 1785  et qui montrait que l’astrologie  continuait à

exister sous une forme « savante » à la veille de la Révolution Française. Nous avions également

signalé en 1992  dans La Vie Astrologique il  y a cent ans (Ibidem, pp. 48-49) certains aspects

de la production astrologique du XIXe siècle. Par ailleurs, dans notre thèse d’Etat

« Le texte prophétique en France. Ed du Septentrion, 1999″, nous avions consacré un

chapitre à la Monarchie de Juillet.(Ch. XX, pp. 803 et seq)

Cependant, nous n’avions pas suffisamment signalé l’importance de la publication au début

des années 1840 d’une sorte d’encyclopédie qui se situait dans la filiation avec l’oeuvre

d’Etteilla, cinquante ans plus tôt sous le titre de Grand Jeu de société, en rapport avec

le personnage de Mademoiselle Lenormand, née à Alençon en 1772 et morte en 1843,

l’année de la parution d’un tel ensemble, ce qui n’est probablement  pas un hasard. D’où

le sous-titre  « Pratiques secrétes de Mlle Le Normand ». Mais ce Grand Jeu est

associé au nom de Mme la Comtesse de  *** . ¨Pour notre part, cet usage de personnages

féminins est assez typique mais souvent un homme se cache derrière de tels pseudonymes

 

Le premier biographe de Mademoiselle Lenormand

Francis Girault est  l’auteur en 1843  d’une biographie de Mlle Le Normand qui

«  Mlle Le Normand : sa  biographie, ses prédictions extraordinaires, son commerce avec les personnages
les plus illustres d’Europe, de la République,… ; La chiromancie et la
cartomancie expliquées par la Pythonisse du XIXe siècle / Paris : Breteau et Pichery, 1843

On voit donc que dès 1843, Girault est lié à la maison Breteau. Le prospectus de 1845

annoncera la parution prochaine de la quatriéme édition de la Biographie par Girault

avec l’Oneiromancie Universelle de la Comtesse de ***.  On connait «  La grande Explication des songes, ou l’onéiromancie illustrée : Paris : chez les principaux libraires, (1852,)  qui pourrait

correspondre.

Girault  s’était précédemment-  en 1839  – illustré en tant qu’interpréte des Centuries.  (sa spécialité, cf  R. Benazra Répertoire Chronologique Nostradamique Paris Trédaniel  1990, pp. 382 -383,  ed. 1839  chez  Hivert -Gaume Frères et  Dentu  Benazra ne mentionne pas, en revanche, les références à Nostradamus dans

la biographie de Girault sur Mlle Le Normand (numérisé sur Hachettebnf.fr): ) par un feuilleton paru dans la Gazette de France (1839).

Son introduction à la Biographie comporte une Introduction dans un style assez

proche du Grand Jeu et surtout il se référe à Etteilla et à son héritage. Or,  le Grand

Jeu de Société  reprend les domaines qu’avait rassemble Etteilla, lui-même auteur

d’un « Tarot ».

Quelques passages de son  Introduction philosophique sur les Sciences occultes  mises en regard des sciences naturelles  (

Sur  l’Astrologie Judiciaire  « cette haute science qui a fait de

Nostradamus un incontestable prophéte ». Il poursuit «  La chiromancie ou la divination par l’étude

des lignes de la main est une autre sorte de science dont l’origine se perd dans l’antiquité la plus reculée »

Girault poursuit  sur la cartomancie ; «  L’invention des tarots ou du livre de Toth remonte, d’après

Eteilla aux  Egyptiens primitifs.  (..) En 1780, après de laborieuses recherches, Eteilla les rappela à leur

première destination et en dévoila les secrers à la manière égyptienne. De nos jours, M.  Scluqbole  a été un des vulgarisateurs de la science d’Eteilla et ce que ce disciple de la philosphie hermétique a fait par le livre, Mlle le Normand l’a fait d’une façon  bien autrement surprenante par une pratique de  près de trois quarts de siècle »

 

 

Le succés de 1845

On  en connait deux éditions, l’une parue (vers 1840 selon la BNF)  chez J. Gaudais  (BNF 8°B 2493) sous le titre  Grand Jeu de Société et Pratiques secrétes et l’autre chez ‘l’éditeur » (Breteau), où la conjonction a disparu  Grand Jeu de Société. Pratiques Secrétes et dont a conservé le propsectus de souscription

«  Le succés éclatant  qu’a obtenu la première édition du Grand  Jeu de Sociétés Dans toutes les parties du monde nous engage à ouvrir une nouvelle souscription  pour que ce superbe et curieux ouvrage soit d’une acquisition facile pour tous ceux qui désirente le posséder ».

Le deuxiéme volume  concerne  « L’Astrologie ancienne et moderne, basée sur l’astronomie la plus

Avancée et  la plus profonde (..) contient amplement tout ce qu’il faut savoir pour dresser un thème de naissance », ce qui montre que le public  français était censé savoir ce qu’était un « thème

de naissance ».

On lit dans le dit prospectus : « On donne rue Vivienne 46  des leçons d’astrologie

et on se charge de faire des thèmes de naissance

 

Lisons ce qu’écrivait en 1971  Jacques Sadoul (L’Enigme du zodiaque) :

(Ed E. P. Denoël, p  84)

‘L’ouvrage de Christian (L’Homme Rouge des Tuileries)  fut pratiquement la seule manifestation de l’astrologie en France avant la  renaissanxe de la fin de siècle, excepté toutefois quelques petits

Almanachs astrologiques (..) Dans notre pays la véritable renaissance  astrologique peut être datée de façon précise (sic) puisque sa première manifestation fut l’article  Les Signes du Zodiaque  de l’occultiste F. Ch. Barlet qui parut dans le n°4 de la revue des Hautes Etudes (dir  René Caillé) en 1886 » Il s’agit là d’une

présentation tout à fait fantaisiste. L’article en question est paru non pas dans le  n°4 mais

dans le n°3 (novembre 1886) et n’est qu’une traduction par le dit Barlet (anagramme

d’Albert Faucheux) d’un article pris dans un périodique anglais Occult Magazine (pp. 76-81))

Ce texte ne constitue en aucune façon un « retour » de l’astrologie puisqu’il ne concerne

que le symbolisme zodiacal et aucune indication sur l’érection du thème astral.

 

 

Le contenu du volume sur l’Astrologie.

Notons que le  premier volume du Grand Jeu de Société

comporte  le jeu de cartes, que  le volume III est

consacré à la Chiromancie (ancienne et moderne), le volume IV au Jeu de la  Fortune et le Ve aux Oracles.

Le volume II  sur l’Astrologie se présente ainsi en son titre:

Astrologie ancienne et moderne contenant  toutes les tables nécessaires

pour dresser toutes sortes de thèmes en quel (sic) lieu et pour quel âge que ce soit »

L’auteur est parfaitement  au fait de l’astrologie. Il s’intéresse notamment aux

aspects et notamment chez Kepler.

« Aux cinq aspects des anciens, les modernes  en ont ajouté beaucoup d’autres comme  le décile -…le tridécile, .. Le biquintille….. Kepler en  ajoute d’autres qu’il dit avoir reconnus efficaces par des

Observations astronomiques tels que le demi-sextile (….) et le quinconcee (…) Enfin nous sommes  redevables aux médecins astroogues d’un aspect octile   (ou 45°)  (…) Quelques médecins y ont encore ajouté l’aspect quintile (-…) et l’aspect  biquintile »

Plus loin, il ouvre des perspectives de recherche  sur ce point :

« La théorie des aspects est un des principaux fondements de l’astrologie ; tous les savants

qui se sont occupés de cette science en ont  fait un objet spécial de cette science et néanmoins il  faut bien l’avouer, il régne encotre beaucoup de vague et d’incertitude sur la classification des aspects , leur  nombre,  (…) Est-il croyable , nous dira-t-on que lla science soit demeurée si imparfaite  (…) A cela nous répondrons  que si les théoroes de l’astrologie ont laissé jusqu’ici  beaucoup à désirer, cela provient de ce que les hommes  d’un vrai mérite qui s’en sont occupés sont morts, il y a  au moins deux siècles (…) On a pu voir -… que les anciens ne comptaient que cinq aspects auquels les moderne sen ont ajouté neuf de plus. Nous irons plus loin et nous en compterons 360 c’est  à dire autant qu’il y a de degrés » (p. 160)

L’auteur  esquisse une genése du savoir astrologique:

« Les astrologues  (..) ont découvert, à force d’observations

dans les sphères célestes (…)«  c’est-à-dire  en s’appuyant sur des faits constatés par l’expérience et des observations repétées dont la série remonte aux  premiers âges du monde que

les astrologues sont  parvenus à organiser  ce vaste corps de doctrines » On y trouve

la traduction française d’un   plaidoyer de Tycho Brahé  en faveur de l’astrologie (p. 16)

A l’évidence, l’auteur, probablement latiniste, a du fréquenter les bibliothèques et

y lire des ouvrages d’astrologie. Il cite ainsi plusieurs auteurs comme Ptolémée,

Albumasar et Zael dont les oeuvres avaient été imprimées autour de 1500 (cf

.F. J. Carmody, Arabic Astronomical and Astrological Sciences in Latin Translation. A Critical Bibliography, Berkeley-Los Angeles, 1956,). On trouve aussi mention de la Mathesis

de Firmicus Maternus.

 

Le traité de 1845 comprend un thème d’exemple. (pp 197 et seq) pour une naissance

à 9h14, à la latitude 48°:

« Ainsi, en dressant le thème qui est l’objet de cette dissertation on a trouvé

qu’au 15 janvier 1824 la Lune était dans le 12° des Gémeaux, et  Jupiter dans le 7e,

Mars dans le 3e  du Lion et Vénus dans le 19°, Saturne dans le 22° du taureau

Mercure dans le 28° du Bélier, le Soleil dans le 24° du Sagittaire »

Le résultat obtenu n’est en vérité guère concluant et bien des erreurs semblent

s’être glissées. La seule position juste serait celle du Soleil, à condition de recourir

à un repére sidéral et non tropical.

On trouve dans ce volume un

Vocabulaire de  quelques termes employés dans cet ouvrage » (pp  29 et seq)

Le « thème » est ainsi défini :  »  Figure  à  l’aide de laquelle  on tire l’horoscope d’une personne en  représentant  l’état du ciel par rapport à  un certain point  ou par rapport au moment dont il est question, en marquant le lieu où sont en ce moment là les étoiles et les planétes »/ L’auteur ne se

limite pas au thème natal mais envisage le thème horaire, tout aussi bien.

On notera l’entrée « rétrograde » qui montre bien que l’on est passé dans une

astrologie articulée sur l’astronomie.:

Rétrograde : (mouvement) p. 52   ‘Il se présente dans époques où elles (les planétes)

semblent  aller en sens contraire »

Signes : Nom qu’on donne aux constellations qui sont comprises dans le zodiaque. Ainsi on dir  le signe du Bélier, le signe du Taureau pour désigner les constellations qui dans le Zodiaque

portent ces noms »

On est vraiment en face d’un enseignement concernant des calculs

astronomiques. A propos des  « Tables d’Ephémérides de 1811  à 1830″

« « Pour connaitre dans quel  degré du zodiaque se trouve une planète , un jour donné d’un mois quelconque, on consultera le planisphère et pour plus  d’exactitude la table des Concordances où l’on verra  tout de suite à quel signe et à quel degré de ce signe répond le jour indiqué ! si l’on  demande par exemple dans quel signe était Vénus le 19 février  1822, je vois par la table  des Concordances que ce jour répondait au 20e degré du signe du Verseau. . Comme les tables ne donnent pas les levers  et couchers du soleil et des positions  des planètes pour tous les jours de l’année, il faudra y suppléer par des intercalations. »

(pp 308 et seq)

 

Le regain astronomique

On notera que le texte ne fait aucun cas de la planéte baptisée Uranus, découverte

en 1781. Par ailleurs, on est à la veille de la découverte d’une nouvelle planéte, qui

prendra le nom de Neptune (1846) par Urbain Le Verrier et par ailleurs par  Couch Adams.

Il faudra attendre 1897 et le Manuel  d’astrologie sphérique et judiciaire (Ed Vigot)

de Fomalhaut (alias Nicoullaud) pour que  l’astrologie française se référe aux récentes découvertes astronomiques. (Uranus, Neptune, Vulcain et mention de la planéte en attente, Pluton

Nous pensons , pour notre part, que l’astrologie renoue avec l’astronomie alors même

que l’astronomie connait un regain d’intérêt avec notamment à partir des années 1860

les publications de Camille Flammarion. Selon nous, en effet, c’est bien plutôt

l’astrologie qui s’éloigne ou se rapproche de l’astronomie que l’inverse. Le XVIIe

siècle,à la suite des observations de Galilée avait fait entrer l’astronomie dans une

zone de remous qui l’avait discrédité peu ou prou auprès des astrologues qui avaient

l’impression que leur discipline s’en trouvait fragilisée, d’où la recherche d’alternatives,

ce qui conduira à l’oeuvre d’Etteilla.  A contrario, il nous semble que tout au long

du XIXe siècle, l’astronomie va séduire davantage les astrologues avec les résultats

que l’on sait. L’astrologie va tenter de rompre avec l’occultisme et de changer ainsi

son image en attirant un  nouveau public, ce que facilité l’essor de l’instruction

publique et donc une plus grande aptitude à  se servir des outils de travail

nécessaires au dressage d’un thème.

Un autre facteur qui a probablement joué en faveur de l’astronomie et donc à terme

de retrouvailles avec l’astrologie, c’est l’affaire du Zodiaque de Dendérah qui

sera  conservé au  Musée du  Louvre,  qui montra

que l’astronomie peut servir non pas seulement à explorer le futur mais aussi le passé.

(cf  de l’abbé Halma  « Astrologie Judiciaire et divinatoire égyptienne du planisphère

zodiacal de Denderah déposé au Louvre, Paris,  1824  (BNF 8° 03a 1378). Bien connaitre

les régles de l’astrologie s’avère utile aux historiens. Halma  s’en explique :

« L’horoscope qui suit, à parler le langage astrologique des Egyptiens offre aux

yeux selon la doctrine des livres hermétiques

les douze maisons (signes) du soleil, les sextils, les quadrats, et deux trigones,

l’un desquels   à son sommet  aboutissant au signe des gémeaux   au dessus de l’embleme

égyptien du Soleil, ce qui convient parfaitement  à la  description de ce trigone contenue

dans le livre quadripartie (Tétrabible de Ptolémée) de l’art de juger les astres et au

solstice d’Eté précédé d’une  éclipse de soleil en juin 364 de l’ère chrétienne » (p. XXII)

 

 

La fortune du Grand Jeu

En  1865 reparait le  seul premier volume  du  Grand Jeu de société, explication et application des cartes  astro-mytho-hermétiques, par Mme la comtesse *** . Le catalogue de la BNF propose

que la Comtesse serait Madame Breteau.

Cependant, il  y  est rappelé  que l’ensemble de la collection des 5 volumes est toujours

disponible, ce qui  permet donc au Volume 2 sur l’Astrologie  de couvrir une période de

plusieurs décennies : en ce qui concerne l’édition de 1865, ce n’est, nous dit-on, qu’un

abrégé ne comportant plus l’exposé des « pratiques secrétes » et d’ailleurs le nom de

Mademoiselle Lenormand ne figure plus au titre. Les personnes intéressées « pourront

se procurer le traité complet (voier le catalogue à la fin). Notre volume y est ainsi

présenté : ‘orné d’une gravure et de figures  dans le texte accompagné d’une carte

urano-géographique ».

En 1930  (rééd 1936) les ed.  B. P.  Grimaud bien connues pour le Tarot de Marseille publient

le Grand Jeu de Société et Pratiques secrétes, donc  avec l’intitulé de la première

édition (avec mention de 1845. Il s’agit de  la partie intitulée ‘Explication et application

des cartes astro-mytho-hermétiques etc »‘ L’éditeur  utilise deux intitulés: d’une part

celui de Grand Jeu de Sociétés et Pratiques Secrétes de Mlle Le Normand mais aussi

celui de Grand Jeu de Mademoiselle Le Normand. Or, sous le titre de Grand Jeu de

Sociétés, c’est toute une « encyclopédie » qui est englobée et on omet d’indiquer que

l’auteur signalé est une certaine Comtesse de *** ni que Mlle Le Normand est décédée

en 1843.

En 1969, on dispose d’une édition anglaise sous le nom de Secret Practices,the

tremendous game by Mademoiselle Le Normand,  réalisée par B. P. Grimaud( BNF

EL  8° Z 483)

 

En 1983, Colette Silvestre (avec Linda Maar) publie, sous forme photocopiée,

le « Grand Jeu de Mlle Lenormand. Symbomisme et interprétation pratique » (2 vol)

avec une bréve biographie de Marie-Anne  Adélaïde Lenormand. « Elle

laisse de nombreux ouvrages, relatant ses souvenirs de Sybille, ses oracles, ses

mémoires et ses secrets »

En 1988, les Ed/ Traditionnelles  rééditent le volume  du Grand Jeu  consacré

à l’Explication et application des cartes  astro-mytho-hermétiques/ Dans une note

de l’éditeur on lit: « Cest ce livre en fac-similé de 1845 produite par l’imprimerie

de Prévot et Drouart à St Denis pour un éditeur parisien  (non identifié!) sis au 46, rue

Vivienne que nous présentons aujourd’hui (…) Ce livre d’explications étant depuis

fort longtemps introuvable  sous sa forme originale etc’  L’éditeur ne signale pas en

cette occasion le volume consacré à l’astrologie et appartenant à l’ensemble ayant

pour nom Grand Jeu de Société. Le volume qui parait en 1988 en est la « première partie »

comme indiqué au titre. Il s’agit de la seconde édition à la différence de l’édition

utilisée par Grimaud et qui ne diffère que par le « et » du titre.(cf supra).

Comme il arrive souvent,  certaines informations sont connues dans un certain

milieu et pas dans un autre. On observe que le Grand Jeu de Société fut repris au

XXe siècle mais  uniquement en son premier volume et que les spécialistes de

l’astrologie ignoraient l’existence du deuxiéme volume consacré tout entier  à ce

domaine.  Quatre ans après la parution de 1988, nous comblâmes cette lacune sans

pour autant procéder à sa réédition, ce qui aurait probablement évité de perpétuer

de fausses représentations quant à la ‘renaissance » de l’Astrologie « scientifique »

en France à la fin du XIXe siècle.

En 1998, Dicta Dimitriadis publia  Mademoiselle Lenormand. Voyante de Louis XVI

à Louis-Philippe (Ed L’Harmattan). On y cite Francis  Girault pour sa biographie.

Signalons l’article Lenormand (Marie-Anne) dans le Dictionnaire des Sciences

Occultes (1846), un des volumes de l’Encyclopédie théologique de l’Abbé Migne: elle

mourut le 25 juin 1843 et sa biographie – confiée à Francis Girault- parut peu après

chez Breteau et un associé. Deux ans  plus tard, le nom de Lenormand était

célébré en raison de  ce Grand Jeu de Société qui ne lui doit certainement pas grand

chose, ce qui rapproche son cas de celui des Centuries de Nostradamus.

La bibliographie de 1998 qualifie probablement à juste titre

d’apocryphe le Grand Jeu et Pratiques Secrétes  de 1845 (p. 251)

Bien entendu, nous n’entendons pas ici recenser toutes les éditions des jeux  mais

seulement les références au titre de la série de 1845.

Les années 1840  ou le  retour de l’astrologie dans le giron de l’astronomie

Les années 40 auront donc permis de faciliter l’accés aux outils astronomiques chez

ceux qui s’intéressaient à l’astrologie/ En cela, le Grand Jeu rompt avec la démarche

d’Etteilla qui avait renoncé à l’évidence à  l’éventualité d’un tel accès. Le paradoxe

veut que l’astrologie renouait ainsi avec l’astronomie – au sein d’un ensemble

singulièrement plus vaste et c’est probablement pour cette raison que le dit

volume ne fut pas recensé par les chercheurs et les historiens du XXe siècle. Le cas

d’Eustache Le Noble est assez comparable, son traité d’astrologie, l’Uranie ou les

Tableaux des Philosophe (1697) ne comportant pas le mot Astrologie et par la suite

ne paraissant qu’au sein des oeuvres complétes de l’auteur.

Cela dit,  l’astrologie exposée par l’auteur du dit volume – dont on ignore

précisément l’identité et qui était certainement doté d’une assez solide

formation scientifique – on peut même dire qu’il devait être coutumier d’une

certaine pratique astronomique,  met en oeuvre une astrologie « sidéraliste »

comme en témoigne le thème d’exemple qu’il  fournit avec un soleil en sagittaire

pour une naissance en janvier 1823.   Un autre cas datant de 1892 que nous avions

signalé est celui d’Henri Lizeray, auteur prolixe  (cf La vie  astrologique il  y a cent ans, p. 79) avec

son Horoscope des Poètes (BNF 9 R pièce 5288) et qui accorde une grande importance aux  étoiles fixes dans

son montage de thèmes.. On signalera entre autres  de Lizeray en 1879 « Les ères de la civilisation »

(Paris,  J. Baur, BNF 8 G pièce 123)

Lisons ce que Lizeray écrit de l’astrologie quelques années avant  Fomalhaut:

« *L’astrologie  a été condamnée par tous ceux qui ne lui ont pas consacré les deux ou

trois ans d’étude nécessaires pour la connaître (..) Science admirable (…) par la

précision de ses indications (..) Cet essai est spécialemebr consacré aux naissances

poétiques. Nous déterminerons les applications du sujet  d’après la constellation fr

Pégase en regard des principaux lieux de l’horoscope. Cette constellation  est

comprise entre le 323e  et le 2e degré (donc de fin verseau à début bélier). (Quant aux)

qualités que donnent les étoiles (…) celle-ci ne peuvent les communiquer sur la terre qu’à

l’aide des planétes placées en aspect »

Si l’on vérifie le mode de calcul de tous les thèmes – à des fins statistiques - ainsi réunis par Lizeray, en 1892,

on note que cela correspond aux coordonnées « tropicales » et non « sidérales ».

en ce qui concerne les planétes.(cf Gabriel. Les Grandes Ephémérides, Ed trédaniel  1990)

Les thème sont mieux calculés que celui qui servit d’exemple en 1845 (cf supra) mais

l’important était de familiariser le public avec l’usage des tables astronimiques et non

plus cabalistiques.

 

 

Le nostradamisme et le prophétisme  sous la Monarchie de Juillet

Girault en 1839  avait- on l’a dit,  fait paraitre  Le passé, le présent et l’avenir ou

prédictions, vérifications et  explications de quelques prophéties remarquables de

Michel Nostradamus . Bareste, en 1840, produit une biographie de  Nostradamus

fort érudit.  La vogue de Nostradamus devait profiter à l’astrologie

La prophétie d’Orval  est un des fleurons du prophétisme moderne et elle est à l’évidence

un  faux dont la publication est  habilement orchestrée et remonte au temps de la

Révolution. Elle est comparée  à celle d’Olivarius. On y emploie un langage

prédictif à base de « ‘lunes » qui conduit à un évenement majeur censé se

produire autour de 1840, et qui semble avoir préparé l’arrivée d’Henri V

(le comte de Chambord dont le père avait été assassiné en 1820), le prétendant légitimiste, contestant le pouvoir de Louis Philippe d’Orléans.  Le dit retour échouera comme on le sait. On est

là bien loin d’une astrologie articulée sur l’astronomie planétaire  comme cela avait été

le cas au début du XVe siècle pour un Pierre d’Ailly, mettant en avant la date de

1789.  Précisément, le cardinal astrologue allait servir  la cause de l’astrologie

par le biais de la Révolution de 1789 et il serait récupéré dans ce sens par

divers recueils de prophéties qui fleurissent tout au long du XIXe siècle et qui

eux entretiennent une certaine légende de l’Astrologie..

 

Les renaissances de l’Astrologie

L’astrologie aura connu plus d’une renaissance souvent sans lendemain. Mais on évitera

les appréciations se réduisant à la parution d’ouvrages dans le domaine de

l’astrologie. Il nous semble, notamment, qu’un éditeur ne va pas publier un livre

s’il n’y a pas un public plus ou moins averti. Tout indique à la lecture du corpus

de 1845, que les gens savent à Paris ce qu’est un thème de naissance calculé

selon les régles de l’astronomie, comme le montre le « prospectus » de souscription qui

signale la tenue de cours d’astrologie ainsi que  la délivrance de thèmes.  Il y a certes

une tradition d’astrologie « cabalistique » qui se poursuit sous le Second Empire, avec

Paul Christian. Le Mystère de l’Horoscope d’Ely Star  (chez Dentu) en 1888, encore

très proche de l’homme rouge des tuileries, dont il est probablement en partie une resucée

cotoiera au cours des années 1890 plusieurs traités qui renouent avec le référentiel

astronomique (Fomalhaut, Haatan, Selva, Choisnard etc, cf  sur ce point J. Sadoul,

L’Enigme du Zodiaque, op. cit). Mais cette cohabitation  aura certainement  débuté

un demi-siècle plus tôt au cours des années 1830. On ne peut imaginer en 1845,  deux

éditions du Grand Jeu de Société coup sur coup, la seconde étant moins couteuse à

l’achat, nous dit-on dans un contexte où seule une astrologie matinée de tarot

aurait eu droit de cité Mais rappelons qu’en 1865, le traité de 1845 est toujours au

catalogue de la librairie Breteau, qui n’a cessé  de se situer dans le quartier de l’Opéra.

. Cela peut sembler paradoxal puisque précisément le

volume ‘Astrologie ancienne et moderne » figure au sein d’un enseignement de

chiromancie et de cartomancie. Mais nous pensons que l’idée était justement de

souligner ce qui différenciait ces domaines bien plus que de perpétuer une sorte

de syncrétisme voulu par Etteilla (alias Alliette), soixante ans plus tôt. Soulignons

d’ailleurs, que pour l’historien de l’astrologie, ces différentes façons d’appliquer

l’astrologie permettent  à celle-ci de couvrir un public très large, tant proche

des traditions encore vivantes  que de la modernité en marche.

Ajoutons que l’influence française sur l’Angleterre aura été considérable à partir de la

fin du XVIIIe siècle notamment en ce qui concerne le Tarot. (cf  Helen Farley,  A Cultural

History of Tarot From Entertainment to Esotericism.  Ed. I. B. Tauris 2009, pp.  121  et seq). notamment par le biais d’Eliphas

Lévi.  On  relévera  l’usage de l’expression « Grand Jeu de Société » pour désigner la somme de 1845 qui marque une certaine ambiguité

de statut de ces divers savoirs; entre distraction  et  édification/

Il serait donc temps de réviser certaines représentations de la situation de l’Astrologie en France au XIXe siècle telles qu’on les trouve notamment dans les divers ouvrages d’Histoire de l’Astrologie que l’on trouve notamment en anglais (cf   Peter Whitfield,  Astrology.

A History,  The British Library,  2001, p/ 197)

Le cas de Charles Fourier

A sa mort (1837),  on publia les oeuvres complétes de   Fourier (  Paris : bureaux de « la Phalange »,
1841-1845,  6 vol. in-8°); certains développements y attestent  notamment de l’intérêt porté par le public

concernant les 4 tempéraments.  Fourier utilise le terme « horoscope » pour qualifier

l’entreprise qu’il estime nécessaire de détecter le plus tôt possible les facultés de chacun

et notamment des plus doués. Il cherche à en perfectionner le système, en l’affinant

par l’étude des « manies », ce qui, selon lui, permettrait, de constituer des catégories

comportant moins de membres. (cf Des horoscopes méthodiques ou du calcul des

échos de manies, in Théorie des quatre mouvements et des destinées générales. Le nouveau

monde amoureux. cf l’index « horoscopes » de l’édition établie par Simone Debout-

Oleskiewicza, , Paris  J. J.  Pauvert, 1967/ notons que Pauvert publia en cette même

année, les Astres et l’Histoire d’André Barbault))

 

.

 

 

 

 

 

 

 

JHB

19. 11. 14

 

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