Recherches de chronologie et d’attribution autour de l’oeuvre astrologique d’Abraham Ibn Ezra
Posté par nofim le 22 août 2014
Problémes de chronologie et d’attribution concernant certains ouvrages attribués à Abraham Ibn Ezra.
Par Jacques Halbronn
Les études sur l’astrologie d’Abraham Ibn Ezra auront connu trois époques
la première dans les années Vingt-trente du XXe siècle autour de
Raphael Lévy, la deuxiéme dans les années 70-90 autour de l’auteur
de ces lignes et la troisiéme dans les années 2000-2010 autour du travail
de Shlomo Sélah.
Ayant récemment pris connaissance que le diptyque que nous avions publié en 1977 avait fait l’objet d’un nouveau tra vail en 2007 (Brill) -réalisé, il y a 7 ans, par Shlomo Séla, The book of reasons : a parallel Hebrew-English critical edition of the two versions of the text / Abraham ibn Ezra ; edited, translated, and annotated by Shlomo Sela », nous avons été amenés à reprendre le dossier. En fait, Sela ne publie pas le premier volet du diptyque - même s’il s’y référe en note-à savoir le Réshit Hokhmah que nous avions rendu
dans une version romane de 1273, quelque peu remaniée en en préservant la langue
pittoresque mais deux versions du Sefer Hateamim.. Ptolémée y est désigné en roman sous le nom de Barthélémy. L’absence- dans l’édition Sela – du texte censé être commenté par le Liber Rationum est pour le moins génante.
Georges Vajda, dans sa Préface à notre édition de 1977 écrivait notamment (pp. 13-15) « L’adaptation qu’il (J H) a faite en français modene de la version française médiévale d’un ouvrage de l’auteur juif et sa traduction personnelle de l’original hébreu d’un autre sont des contributions dignes d’attention et d’estime à l’histoire de la civilisation ».
En 1993 nous avions publié (Ed Trédaniel) des Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de Bourdin, qui abordent la question (pp. XXXVIII et seq). Il est également souhaitable de comparer les références à Ptolémée dans le Commencement de Sapience et dans le Livre des Fondements.
Nous avons également consacré quelques pages à Ibn Ezra dans son rapport avec le Centiloque in Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de Bourdin (1640-1651), Paris Trédaniel, 1993; pp XXXVIII et seq)
Signalons aussi trois communications en 1993 à Jérusalem, au Congrès Mondial des Etudes Juives
1 “Réshit Hokhmah d’Abraham Ibn Ezra: problemes de traduction an [sic] … In: World Congress of Jewish Studies, 11th, Jerusalem, 1993.
2 l’année d’avant au Congrès de la SIEPM, à Ottawa , en 1992, qui fut publiée sous le titre « Le manuscrit latin 7321 A (2-3) de la Bibliothèque nationale de France (Paris) et les traductions françaises ptolémaîques et hippocratiques » Louvain-la-Neuve : Société internationale pour l’étude de la philosophie médiévale, 1996
3 in Revue des études juives 1996, vol. 155, no1-2, pp. 171-184
« Le diptyque astrologique d’Abraham Ibn Ezra et les cycles planétaires du Liber rationum »
Un résumé de notre article indique;
L’auteur . a découvert à la bibliothèque municipale de Limoges dans le recueil manuscrit numéro 9, une traduction latine d’un ouvrage qu’il avait traduit de l’hébreu en français en 1976 sans en avoir eu connaissance. Il ne semble pas que cette traduction du Sefer Hateamim d’Abraham Ibn Ezra ait été signalée. Elle ne figure pas dans les Opera Omnia de l’auteur éditées par Pietro d’Abano. A sa place se trouve un autre texte portant un titre latin correspondant au texte hébraïque, le Liber Rationum, qui jouera un rôle important au XVIe siècle dans les milieux prophétiques, notamment chez Nostradamus »
Ce dernier article (pourtant (signalé par Séla dans sa bibliographie d’Abraham Ibn Ezra and the rise of medieval Hebrew Scicence, Brill, 2003, p. 396) aborde la question des deux versions de « Sefer Hateamim » dont traite l’édition Séla de 2004. On observera que l’édition latine (fin XVe siècle, cf fac simile sur Internert) comporte un developpement terminal qui ne figure pas dans l’édition Séla, lequel ajout est fort important en ce qu’il comporte un exposé sur les « gouverneurs », selon un systéme qui connaitre une fortune certaine en passant par Trithème, repris dans la Préface à César (en tête des Centuries de Nostradamus. Chaque astre régne pendant 354 ans (à rapprocher des jours de l’année/lunaire de 354 ). Ce que l’on retiendra, c’est
qu’en dépit de cette traduction latine, l’ouvrage ne figurera pas dans les Opera Omnia d’Ibn Ezra
qui seront imprimées à la fin du XVe siècle (cf infra)
Bien entendu, la question Abraham Ibn Ezra avait été traitée en 1985 dans un chapitre du Monde Juif et l’Astrologie (Milan, Arché) qui reprend ma thèse de 79. (cf aussi notre étude sur cet auteur
in Ecnyclopaedia Universalis, Article Astrologie, p. 281, Corpus 3, Paris, 1995)
Or , en 2004, Shlomo Sela publia le même diptyque sans citer nos différentes études , dans une collection
dirigée par Paul Fenton, chez Brill, qui avait été également en thèse avec Georges Vajda. La différence’ entre nos travaux tient au fait que nous avons traduit de l’hébreu le Livre des Raisons mais adapté le roman de la traduction du Commencement de Sapience puisqu’il y avait eu une traduction datant du XIIIe siècle.
La 4e de couverture de l’édition de 2004 reprend exactement ce que nous mettions en avant en 1977, soit 27 ans plus tôt.
« « The two treatises presented here were designed by Ibn Ezra to offer « reasons », « explanations » or « meanings » of the new astrological concepts formulated in the introduction to Astrology that Ibn Ezra entitled Reshit Hokhmah (Beginning of Wisdom) » si ce n’est que le volume commenté n’est pas fourni dans l’édition Brill.
On ajoutera deux autres textes de notre plume qui auraient pu aussi être signalés:
“Abraham Ibn Ezra, astrologue”, REJ, 4e trimestre, 1977
“Le recours au langage astrologique dans la formulation de la pensée juive
du Moyen Age”, Actes du Congrès SIEPM, Bonn, 1977
Le Liber Rationum comme commentaire historico- critique
Dans le présent article, nous envisagerons plusieurs pistes de recherche notamment concernant le contenu des Opera Omnia
imprimées à la fin du XVe siècle, dans la traduction de Petro d’Abano. Nous traiterons des différences entre les deux « versions »
pour nous demander quels sont leurs statuts respectifs et au bout du compte, nous conclurons que c’est à juste titre que les Opera
Omnia ne comportent pas la première version que nous avons traduite en 1977 en français et que Séla retraduira trente ans plus tard.
Car, il nous apparait que cet ouvrage n »est pas d’Abraham Ibn, Ezra mais sur Abraham Ibn Ezra. Autrement dit, en 1977, nous aurions
publié un traité d’astrologie, le Commencement de Sapience (Réshit Hokhmah) et sa critique, qui le suit chapitre par chapitre. L’ouvrage serait donc à classer dans la catégorie des textes critiques sinon dans la littérature anti-astrologique.
Le traitement terminologique et technique dans les deux éditions
L’emploi du mot « maison » (House) dans l’édition Séla porte à confusion car tantôt il s’agit des « signes » – et nous employons pour notre part le mot « domicile » quand le signe est relié
à une planéte dont il devient la « maison » (ou domicile) et tantôt il s’agit de « maisons astrologiques » (ou maisons de l’horoscope (Ascendant), d’où le terme horoscope pour désigner le thème) qui n’ont rien à voir avec le Zodiaque même si dans les deux cas,
on est sur une base 12. Il est vrai que l’hébreu ne fait pas la distinction, ce qui s’explique par le fait que l’on sous-entend à quoi se référent les maisons. Il reste que l’on emploie
indifféremment dans le texte d’Ibn Erza le mot « maison » (en hébreu Bay( comme dans Beit Lehem) dans un cas comme dans l’autre, ce qui dénote tout de même un certain flottement ou une forme de syncrétisme entre deux écoles rivales aynt chacune leur idée de la subdivision la plus pertinente.
Les planétes constituent elles aussi une autre voie face
aux maisons de l’horoscope et à celles déterminées par un point de départ au Bélier..
. Sont-ce celles de l’horoscope (ou Ascendant) ou sont-celles du point vernal ou de telle étoile du Bélier? Séla
semble distinguer entre » « houses (mundane » houses » (-planetary le terme anglais approprié serait Rulerships) et( pour la division du mouvment diurne et non du
Zodiaque( cf p. 193 et 249 par exemple). On notera que les 12 maisons astrologiques sont également associées à des planétes (joies). Mais l’on peut penser que le septénaire fut d’abord mise en relation avec une division en 8 secteurs plutôt qu’en 12.
En ce qui concerne les 4 Eléments, il eut été avisé de préciser que Ptolémée (et c’est vrai pour les triplicités) n’ associe jamais les signes aux éléments et c’est
pour cette raison qu’il n’indique pas de degrés pour les « exaltations » dans la Tétrabible. D’ailleurs Ibn Ezra le signale sans se demander
ce que cela implique. Il nous semble que cela signifie que les aspects chez Ptolémée (cf Séla op.cit p. 199) ont un rôle qui ne relie pas tant entre eux les astres que les subdivisions (maisons) du zodiaque. A noter que Nicolas de Bourdin, le traducteur de la Tétrabible (1640) utilise volontiers le mot « lieu »
à la place de « maison ».(Livre I, 19 Des trigones/ Il semble qu’il ne se serve
du terme ‘ »maison » que lorsque le signe est situé par rapport à la planéte qui le domine.
Mais signalons quand même d’entrée de jeu une bizarrerie dans l’index de Sélam, avec l’entrée Ptolemy avec entre
parenthèses « The King ». (p. 396)/ il est vrai que c’est une formule utilisée par Abraham Ibn Ezra (cf pp. 242-243) mais est-ce une raison pour la reprendre telle quelle dans l’index?
Séla dont on a regretté qu’il ne rendait pas synchroniquement le contenu du texte (Commencment de Sapience) commenté par le Liber Rationum lequel s’y référe explicitement, ne rend pas non plus diachroniquement l’évolution de la pensée astrologique entre le temps de Ptolémée et celle d’Albumsar et d’Abraham Ibn Ezra.
On notera qu’Ibn Ezra a pu être influencée par la lecture du Tetrabiblos pour concevoir un
travail sur les « raisons ». En effet, à de nombreuses reprises, Ptolémée propose des « raisons » pour tel
et tel passage de sa somme/ Ainsi sur les « Maisons » (Livre I, 18): « les maisons sont distribuées
par raison naturelle »,(trad Bourdin à partir du latin 1640 ) ce qui donne lieu à un célébre développement sur les domiciles des planétes.
Les deux « versions » du Livre des Raisons(Sefer Hateamim)
Qu’est ce qui distingue les deux versions du Book of Reasons? La seconde version se référe au Réshit Hokhmah nommément alors
que ce n’est pas le cas de la première. Mais la première a dix chapitres comme son modéle alors que la seconde n’en a que 8.
Ce que Séla appelle la seconde version est celle qui a été traduite en latin par Petro d’Abano et imprimée à Venise en 1485 et 1507 (Reed Omnisys 1990). L’édition Brill correspond donc au cinq centième anniversaire de la dite impression.
Version I ch/ IV (Séla pp 71 et seq) :
Saturne-Jupiter- Mars – Soleil Vénus Mercure Lune
alors que les deux noeuds figurent dans la Version II :
Soleil- Lune- Saturne- Jupiter- Mars-Vénus- Mercure- Tête du Dragon, Queue du Dragon.
( chap V (Séla pp/ 217 et seq)
Le ton de’ Taamim I est nettement plus sceptique sur le sujet que le Réshit Hokhmah et Taamim II. Cela nous conduit à penser
que Taamim I pourrait être un commentaire critique qui ne serait pas d’Ibn Ezra alors que Taamim II serait un complément
du Réshit Hokhmah. On relévera de façon récurrente la forme « les astrologues disent que » ou bien il parle de certaines notions
au passé comme s’il s’agissait de croyances révolues.
Chapitre II
« Et à chaque planéte, il y avait attribué un domicile dans le lot du Soleil (..) C’est pourquoi les astrologues ont dit que etc »
(p. 240 de notre édition). L’auteur ne ménage pas Ptolémée » Et quant aux termes qu’a signalés Ptolémée il ne faut pas leur
accorder crédit car il dit simplement les avoir trouvés dans un texte antique ». L’auteur n’hésite pas à mettre les astrologues en
dispute : » Et voici une deuxième controverse entre les Anciens » (p. 247) . L’auteur revient aussi sur l’épineuse question de la
précession des équinoxes (p. 249).
bien l’auteur du Livre des Fondements Astrologiques (Version I)
n’est pas fournie. Il ne faudrait pas croire que c’est Abraham Ibn
FOURTH chapter Teamim 1
Fourth Chapter . Abraham said. I have already mentioned the explanation for (the nature)
Of Jupiter and Saturn and the rest of the planets (cf Séla, p. 69)
Signalons une autre anomalie bien plus marquante au Chapitre II
de Teamim I. Alors que le texte ainsi commenté par Teamim I
aborde successivement les 12 signes, le texte qui nous est parvenu de
Teamim I ne va pas au delà du signe du Cancer. En revanche, on y
trouve diverses « digressions » sur les « domiciles » et les « exaltations »
des planétes qui nous semblent devoir avoir appartenu initialement à un
autre chapitre sinon à un chapitre différent. On passe au commentaire
du chapitre V de Teamim I qui est relativement fort court et qui
traite du « bon et du mauvais des planétes ». Etrangement, le chapitre V
de Teamim V commence ainsi « « Il n’est point besoin de chercher
des explications car ce sont choses connues » (p. 276, op. cit 1977) et à
la fin, il est encore dit « le reste des choses est connu et n’exige pas
d’explication ». (p. 279). Tout se passe comme si les éditeurs ayant
trouvé que ce chapitre était fort succinct et n’ayant pas compris
qu’une partie du chapitre se trouvait dans le chapitre II, ont cru bon
de laisser entendre que le commentateur n’avait pas cru bon de
développer.
English edition of the two versions of the Text, p. 29-32 et 259 et seq). Ce qui nous renvoie aussi au Xe chapitre du Sefer Hateamim don’t nous avions publié la traduction conjointement , lequel ouvrage serait selon nos réflexions actuelles non pas d’Abraham Ibn Ezra mais sur Abraham Ibn Ezra.
L’exposé d’Ibn Ezra sur la théorie d’Albumasar est au demeurant fort succinct / On nous y expose le passage de la conjoncton Jupiter-Saturne (- nous en avons traité amplement dans notre post Doctorat, EPHE 2007, Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle ainsi que dans Le Monde Juif et l’Astrologie. Ed Arché, Milan, 1985) Selon nous, la théorie des Grandes
Conjonctions péche du fait de l’introduction des Triplicités (les 4 Eléments répartis entre les 12 signes) du fait que chaque fois que
les conjonctions de Jupiter et de Saturne se produisent – environ tous les 240 ans selon les calculs très approximatifs de l’époque – on
entrerait dans une nouvelle phase, ce qui n’ a aucun substrat astronomique. Vaste débat qui ne cessera de diviser les astrologues sur
la dose d’astronomie à instiller en astrologie et sur les libertés que l’astrologie peut prendre par rapport au référentiel astronomique.
Dans le Livre des Fondements (Ed Retz , op. cit. p.302), il est renvoyé in fine au « Livre du Monde », renvoi qui ne figure d’ailleurs pas dans le Commencement de Sapience.(voir p. 219). Cela dit, l’auteur du livre des fondements émet des réserves.(cf aussi la traduction de ce passage par S. Séla, in Abraham Ibn Ezra. The Book of Reasons. Ed Brill, 2007, p. 107., cf aussi Séla, sur la première “version” du Book of Reasons, fin du chapitre X, p. 179)
Séla écrit : » Cyclical Astrology is dealt with almost exclusively in the tenth chapter of Réshit Hokhmah » Mais en fait l’exposé en question se situe dans les toutes dernières pages de cet ouvrage (cf Séla p.267) soit une douzaine de lignes ! Et pas davantage dans le « commentaire » que constitue le « Book of Réasons » (Sefer Hateamim). En fait, on a vraiment l’impression qu’il s’agit là d’une addition. Il nous semble que le Livre des Raisons aura été ainsi attribué à Ibn Ezra du fait de ses dernières lignes quand l’auteur se référe au Livre du Monde. Or, Séla note que la partie consacrée aux conjonctions Jupiter-Saturne n’est pas traitée dans le dit Livre du Monde (Sefer haolam.(cf supra, voir Séla, Book of Reasons, op. cit. p. 179)
Un exposé aussi succinct nous semble assez dérisoire au sein du Commencement de Sapience et le commentaire qui se trouve dans le Livre des Fondements l’est tout autant, ce qui peut nous faire penser qu’il a été rajouté pour donner le change.
Cette omission est d’ailleurs d’autant plus étrange qu’Ibn Ezra se sert volontiers des 4 Eléments associés aux 12 signes du Zodiaque, dispositif quii aurait été mis en place lors de l’exposé de la théorie des Grandes Conjonctions. Il faut y voir un paralléle avec les additions qui ont été effectuées à la suite du Liber Rationum dans la version latine des Opera Omnia (1485, trad. Abano) et qui traitent elles aussi d’astrologie « mondiale » avec l’exposé de la théorie des âges planétaires de 353 ans chacun. Ce développement additonnel, soulignons-le est absent de l’édition en hébreu du dit ouvrage par Séla. (cf notre précédente étude sur le travail de S. Séla).
Le Sefer haOlam (Iere version) se référe d’entrée de jeu sur un mode critique au De conjunctionibus d’Albumasar (cf l’étude Richard Lemay, Beyrouth 1962)/ Ibn Ezra rappelle qu’il y a 120 conjonctions. On est donc loin de la seule conjonction de Jupiter et de Saturne (cf Sélan op. cit. pp. 53 et seq). C’est dans la seconde version du Bookl of the World (Séla, op. cit pp 157 et seq) qu’Ibn Ezra traite d’entrée de
jeu de la « conjonction de Saturne avec Jupiter au début du signe du Bélier qui se produit tous les 1000 ans environ ». Ibn Ezra reconnait
alors que certes, il y a 120 conjonctions mais la dite conjonction Jupiter-Saturne constitue l’axe central de tout le processus
conjonctionne. Et dans cette seconde version, Ptolémée est désigné systématiquement en sa qualité de roi, ce qui n’était pas le cas dans les autres oeuvres.
On a vraiment l’impression d’une addition quand on compare les deux versions mais il nous apparait que la seconde version
correspond à la référence figurant à la fin de la « première » version du Sefer Hateamim (que nous avons traduite en 1977).
Sefer Haolam 1 (trad. Séla)
« There are 120 conjunctions(of the seven planets). » sans développement sur la conjonction Jupiter-Saturne.
Sefer Haolam 2 (trad. Séla)
We know that there are 120 conjunctions of the seven planets and each conjunction has its own judgment and verdict. Bur the
great conjunction of Saturn with Jupiter at the begining of Aries, which happens once every thousand years or close to that-is the root. This is how it works, every 20 years they conjoin on the house of one triplicity etc «
On note l’interpolation sur les conjonctions Jupiter-Saturne et leur rôle absolument central.
Sefer Hateamim 1 (Halbronn 1977, p. 302):
« Et ce que nous avons dit au sujet des planétes supérieures (Jupiter et Saturne) …j »explique cette question dans le Livre du Monde »
Plusieurs questions se posent à nous:
- il apparait clairement qu’un certain lien existe entre le Sefer Haolam en sa « seconde » version et le Sefer Hateamim en sa « première » version. – il apparait que la première version du Sefer Haolam ne comporte pas de référence aux conjonctions Jupiter-Saturne comme le fait la
première. On a affaire à un ajout.
-le Réshit Hokhmah en son Xe et dernier chapitre développe un exposé sur les conjonctions Jupiter-Saturne,(cf Halbronn, op cit pp 218-219) « Et ainsi dois-tu mener (diriger) la grande conjonction jusqu’à ce que translatent Saturne et Jupiter de triplicité en triplicité
jusqu’à ce qu’ils retournent à leur premier liey et ce sera en 960 ans «
Il nous semble que tout ce qui est relatif à la théorie qui place au centre la succession des conjonctions de Jupiter et de Saturne est rajouté comme si Ibn Ezra s’était « converti » à cette théorie, dans un second temps. On observe qu’il n’ a que peu de place pour ce faire comme si une telle addition avait été réalisée in extremis, tant dans le Réshit Hokhmah que dans le Sefer Haolam II mais aussi dans le Sefer Hateamim I., où l’on trouve en gros trois fois le même bref exposé. On a déjà dit que nous trouvions étrange que le Sefer Hateamim se référe au Sefer Haolam. Nous pensons que le Sefer Hateamim I a du être intégré aux Opera Omnia d’Ibn Ezra à une certaine époque-
mais il ne sera pas retenu dans l’édition latine de 1485 qui ne comporte que le Sefer Hateamim II. On peut supposer que l’on aura voulu
introduire dans ces premières Opera Omnia (comportant Sefer Hateamim I) un exposé sur les grandes conjonctions Jupiter-Saturne en divers endroits, donc dans les trois passages que nous avons cités et qui se trouvent pour deux d’entre eux (Réshit Hokhmah et Sefer Hateamim I) tout à la fin et pour l’un d’entre eux tout au début (Sefer HaOlam II)
Or, si l’on compare avec l »édition latine imprimée (1485), le Livre du Monde ne correspond à aucune des deux versions traduites
par Shlomo Séla. On a affaire à un exposé sur les conjonctions Jupiter-Saturne (propre à la secone version) mais avec un développement sur le De coniunctionibus d’Albumasar qui se trouve dans la seule première version. On peut donc se demander si la première version
de Sefer Haolam I n’aurait pas été tronquée et que le passage supprimé serait réapparu dans Sefer Haolam II mais sans le chapeau
introductif sur Albumasar dont le nom n’est même pas cité dans Sefer Haolam II. (cf Shlomo Séla Abraham Ibn Ezra and the rise of Medieval Hebrew Science, Brill, 2003, pp. 149, 163-164)
On rapprochera aussi ce passage de deux sentences du Centiloque
ouvrage qui est considéré avoir été réalisé à peu près du
temps d’Ibn Ezra:
Sentence 50 Ne délaisse aucune des cent dix-neuf
conjonctions. Car en elles s’établit la connaissance des
choses qui dans ce monde sont sujettes à génération et
corruption »
On est très proche de 120 conjonctions évoquées plus haut.
Sentence 63 : Quand Saturne et Jupiter sont conjoints,
regardde lequel est le plus élevé et prononce selon la nature
de celui-là. fais aussi de même pour les autres étoiles »
(trad. Nicolas Bourdin)
Rappelons aussi que Sefer Haolam II présente
Ptolémée comme le Roi Ptolémée, ce qui n’est nullement le cas de Sefer Haolam I.. Cette forme se retrouve dans Sefer Hateamim II
(cf Séla, op. cit. p. 243 au chapitre VII § 7), ce qui explique que dans l’index on trouve l’entrée Ptolemy (The King) qui recouvre
malencontreusement toutes les références à Ptolémée. Dans l’index du Book of the World, la mention King après Ptolemy ne figure point, en revanche. Comment expliquer une même occurence dans Teamim II et dans
Sefer Haolam II? On notera que cet usage n’est nullement systématique dans Teamim II alors qu’il est doublement attesté dans Olam II (pp 161, 163 à chaque fois que le nom de Ptolémée est mentionné. (cf S. Séla, Shlomo Séla Abraham Ibn Ezra and the rise of Medieval Hebrew Science, Brill, 2003, pp. 296-305)
Il y a certainement eu des interpolations, des additions qui ne sont pas nécessairement de la plume d’Abraham Ibn Ezra et cela ressort d’une certaine hétérogénéité de l’ensemble. Le fait, en
tout état de cause, que le Sefer Hateamim I comporte in fine des références à des oeuvres d’Ibn Ezra ne saurait nous apparaitre comme
la « preuve » qu’il doive lui être atttribué. On aura brouillé les pistes par des ajouts au début ou en fin d’ouvrage. Ainsi, peut-on parler
d’une « critique » benezraïque comme il en existe une pour la Bible ou pour Nostradamus avec la possibilité de plusieurs rédacteurs.
Nous terminerons en soulignant le point suivant, à savoir que dans Teamim I, à deux reprises (cf supra), le chapitre commence
par « Abraham a dit », ce qui nous autorise à placer cette oeuvre hors du canon abenezraique bien qu’elle y ait été intégrée, si ce n’est
qu’elle n’aura pas été retenue dans les éditions imprimées de la fin du XVe siècle qui paraissent parallélement à celles de Jaffar alias
Aboumashar (Albumasar). De façon assez surprenante, Shlomo Séla ne reléve cette bizarrerie dans ses notes alors que ce point nous
semble décisif et vient vient confirmer les différences de ton et de contenu entre le Réshit Hokhmah et Teamim II d’une part et
Teamim I de l’autre. Il ne semble pas que dans le Réshit Hokhmah, on trouve « Abraham a dit ».
En conclusion, nous pensons que Teamim I est un commentaire du
Réshit Hokhmah et non une oeuvre d’Ibn Ezra. Son intérêt tient à
l’approche critique, historique, qui le caractérise sans que l’on doive
nécessairement le classer dans la littérature proprement anti-astrologique.
Encore faut-il préciser que la frontière n’est pas nettement marquée
entre les différents discours sur l’astrologie. La lecture de Kepler,
par exemple, peut apparaitre comme parfois assez hostile envers
l’astrologie et d’ailleurs ne pourrait-on utiliser pour l’auteur de
Teamim I la même expression que le dit Kepler, au début du XVIIe
siècle, s’appliquait à lui-même, celle de « Tertius Interveniens »?
Eléments bibliographiques:
Raphael Levy The astrological Works of Abraham Ibn Ezra, PUF Paris 1927 et The Begining of Wisdom. An astrologica Treatise by
Abraham Ibn Ezra, Les Belles Lettres Paris 1939 (versions romane, anglaise, et hébraïque) qui servit à notre édition de la version
romane modernisée (1977)
Y. T. Langermann Some astrological Themes in the Thought of Abraham Ibn Ezra in
« I. Twersky & Jay M. Harris;, ed. Rabbi Abraham Ibn Ezra : Studies on the writings of a twelfth century jewishh Polymath
Harvard University Center for Jewish Studies. 1993
J. Vernet Cinetica y Astrologia en Abraham Ben Ezra, Actas del Simposio Internacional. Madrid 1989
in F. Diaz Esteban ed. Abraham Ibn Ezra y su tiempo/ Asociacion Espnola de Orientalistas,
Madrid 1990 Vernet qui avait préfacé notre Monde Juif et l’Astrologie y mentionne nos travaux (pp. 384-386). Il ne semble pas
que Séla ait pris connaissance de cette étude et notamment de la Préface de Georges Vajda à notre édition du diptyque.
Shlomo Séla Abraham Ibn Ezra and the rise of Medieval Hebrew Science, Brill, 2003.
JHB
22 09 14
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