Etudes sur le Centiloque au prisme des étoiles fixes

Posté par nofim le 27 août 2014

Le statut des étoiles fixes dans le Centiloque et dans

les commentaires du XVIIe siècle

par  Jacques Halbronn

Nous avons  croisé à  trois  reprises le Centiloque

dans nos travaux sur Jean-Baptiste Morin, Abraham

Ibn  Ezra et  Nicolas Bourdin.

et en 1984

nous rencontrâmes à Londres Richard  Lemay qui

consacra une étude  importante à cette oeuvre « Origin and Success of the Kitab Thamara of Abu Jafar ibn Yusuf ibn Ibrahim: From the Tenth to the Seventeenth Century in the World of Islam and the Latin West », in Proceedings of the First International Symposium for the History of Arabic Science, April 5–12, 1976 (Aleppo: Aleppo University), Vol. 2, pp. 91–107.

Toutefois, nous avons pensé  revenir sur ce corpus  avec le sentiment

de ne pas l’avoir abordé  avec suffisamment d’attention,

d’autant qu’il faut prendre en compte les commentaires

qui en ont été faits ainsi que les ‘remarques » autour des

dits commentaires.  On peut parler d’un processus

d’antidatation en attribuant le Centiloque à Ptolémée, ce qui nous

renvoie à nos travaux autour des Centuries de Nostradamus?

Ce sera pour nous l’occasion  de revenir sur l’histoire de la

littérature astrologique pour dater  le Centiloque, entre Moyen Age et

et Antiquité. au prisme du statut des étoiles fixes dont le rôle est pour nous

tout à fait déterminant.

On est frappé en tout cas par l’importance qu’encore au milieu du

XVIIe siècle, on accordait aux étoiles fixes, dans le commentaire de Bourdin sur la sentence  XXVIII

du Centiloque à propos de la conjonction comme configuration majeure en astrologie:

« Lors que tu ne pourras faire en sorte que tu conjoignes la Lune à deux Estoiles, fais de telle

façon que tu la conjoignes à une estoile fixe, laquelle ait le mélange des deux » (p. 97 Ed Bourdin)

« l’observation des fixes  est nécessaire puis qu’on peut ainsi servir utilement »

Morin,  dans ses Remarques Astrologique (1654) s sur le Commentaire de Bourdin (1650) note:

« L’ignorance  de la propre nature et vertu des étoiles  fixes est un grand défaut  en l’Astrologie »

(cf notre édition, Retz, 1975,  p. 128)

La  recherche d’une conjonction est en effet un point essentiel du travail de l’astrologue et l’on

notera que le fait qu’il existe un « aspect » n’apparait comme une option alternative. Pourquoi

l’auteur ne propose-t-il pas de rechercher quelque trigone par exemple et insiste-t-il sur

la recherche d’une conjonction soit entre deux planétes, soit entre une planéte et une étoile fixe?

Nous pensons que le critère visuel est essentiel ici et qu’il s’agit bien de « voir » deux astres ainsi

liés par une conjonction. On sait que le statut de la conjonction est souven banalisé dans la

littérature astrologique (et entre autres chez Kepler qui se polarise sur toutes sortes d’aspects,

au nombre de 7 comme il y a 7 planétes, cf notre étude à ce sujet). Est-ce que l’on retrouve

une telle préoccupation dans la Tétrabible en ce qui concerne les conjonctions entre planétes (ou

étoiles errantes) et fixes (ou étoiles fixes)?

On trouve dès le début du  Livre I  un chapitre (le 9e  sur 23)   « Des

vertus des étoiles fixes »  qui fait suite à l »exposé sur les

planétes:

« Il faut ensuite que nous examinions les  natures des

étoiles fixes » en nous référant à leurs pouvoirs propres, nous

allons  d’abord donner  leurs  caractères  observés

en  suivant  une exposition   semblable à celle des natures

des planétes et nous commencerons par leurs positions dans

le Zodiaque » (trad. Bourdin). Et d’énumérer les rapports

planétes/étoiles  fixes « :Les étoiles   en la tête  du Bélie

ont une vertu  de la nature de Mars et de Saturne mais

celles qui sont  en la gueule  ont une puissance  semblable

à Mercure  et quelque peu à Saturne; pour celles qui sont

au pied  de derrière; elles sont  analogues à Mars et celles

de la queue à Vénus etc « 

C’est dire que l’aphorisme du Centiloque est en phase

avec ce chapitre du Livre I  du Tetrabiblos, En revanche, on

ne trouve pas dans le dit Tetrabiblos  des directives

concernant les conjonctions planétes-étoiles fixes

dans le genre de l’aphorisme 28, ce qui nous invite à penser

que le dit Tetrabiblos nous est parvenu incomplet et que

le Centiloque est constitué à partir d’une mouture plus

ample. Au livre III  de la Tétrabible, toutefois, on retiendra

ce passage (ch XIII  Des vices et des maladies du corps)

Sur la Lune: « Elle est soit  conjointe à quelqu’une des

étoiles nébuleuses  du Zodiaque comme avec le Cancer ou

avec les Pléiades ou avec la pointe de la fléche du

Sagittaire ou avec le bout piquant du Scorpion ou avec

la chevelure de Bérénice audessus du Lion ou avec la cruche

du Verseau »

 

L’ aphorisme   29 poursuit sur la question des Etoiles fixes  et d’ailleurs Bourdin le commente

en ce qu’il vient « confirmer » le précédent.  Morin s’offusque de l’excés d’intérêt que Bourdin

affiche à l’égard des fixes.

« Il parait bien qu’il (Bourdin, Marquis de Villennes) n’ a pas su  que les sept planètes reconnues

de toute l’Antiquité sont les sept gouverneurs de ce bas-monde qui, en leurs actions, ne

dépendent pas des étoiles fixes (…) Je me contenterai de dire   qu’encores que toutes les

étoiles fixes seraient anéanties, le Soleil ne laisserait pour cela de nous causer les quatre saisons

de l’année et les autres planètes  d’agir comme  elles sonr de par leur propre vertu lesquelles elles

ne tiennent pas des étoiles fixes » Et de s’en prendre à  Gilbertus Anglus « aveugle en Astrologie »

Morin raisonne ici en astronome plus qu’en astrologue et annonce les tendances

« anti-fixistes » qui s’imposeront en astrologie contemporaine.

Signalons que la première moitié du XXe siècle sera marquée par des traductions partielles

à partir du latin de l’Astrologia Gallica de ce « Morin de Villefranche », faute de connaitre les

dites Remarques Astrologiques qui ne seront  redécouvertes (par nos soins) qu’au début des

années soixante-dix (à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris). Les positions de Morin auront

certainement joué un rôle dans le peu d’intérêt que l’astrologie de ce siècle affichera pour l’usage

des étoiles fixes.

Faut-il rappeler que le nombre de planétes est très limité en comparaison de celui des étoiles fixes

et qu’il est donc très contraignant de ne s’entenir qu’aux conjonctions entre planétes, non seulement

dans le thème natal mais même dans la fixation d’une date (élection) pour engager une certaine

action.  Cela vaut aussi pour la question de l’Ascendant qui initialement devait être lié à

l’apparition à l’horizon d’une étoile et non d’une planéte -ce qui eut été rarissime-. On a résolu

le probléme en recourant au passage virtuel   d’un « signe » qui n’est plus une constellation mais

un sîmple « rectangle » de 30° à l’horizon sans plus  aucun critère de visibilité.

On a vu que la Tétrabible  classe les étoiles  selon leur position

dans les constellations et l’horoscope, par son nom même,

(scope: ce que l’on voit) implique que les maisons soient

calculées  à partir d’une étoile fixe qui  apparait à l’horizon

tout comme d’ailleurs le Zodiaqe est constitué à partir

d’une certaine étoile fixe qui sert de point gammma.

 

 

 

Nous pensons, pour notre part, que l’importance accordée à la conjonction planéte/étoile, telle

qu’elle est manifeste dans la sentence 28 du Centiloque est un des fondements de tout l »édifice

astrologique.  On notera cependant qu »Albumasar pour sa part, dans sa théorie des Grandes

Conjonctions Jupiter-Saturne,  au Xe siècle, évacue complétement les étoiles fixes et

privilégie la répartition des Quatre Eléments (Feu, terre, air, eau)

entre les 12 signes. Autrement  dit, les 4 Eléments remplaceraient les étoiles fixes

en tant que partenaire privilégié des planétes au niveau conjonctionnel. Mais il s’agit là d’un

procédé beaucoup plus souple puisque chaque signe couvre 30 ° alors qu’une étoile est

localisable au degré près. Mais l’on peut dire que c’est le moment de la conjonction

de Jupiter et de Saturne qui est déterminant.

 

Selon nous,  l’astrologie naquit de la découverte de deux types d’étoiles -et on note qu’au XVIIe

siècle le mot étoile désigne les deux types d’astres, et que seule l’adjectif les distingue (planeta en

grec: errant). C’est donc sur cette dualité que selon nous toute l’astrologie s’articule à l’origine, et

notamment sur les 4 étoiles fixes royales qui découpent en 4 parties quasiment égales le parcours

des planétes.

L’argument morinien selon lequel  ces deux catégories d’étoiles seraient totaement indépendantes

les unes des autres est anachronique. Il importe peu que nous sachions que ces deux types d’étoiles

soient astronomiquement  autonomes objectivement  dès lors que subjectivement, c’est à dire

au regard du sujet observateur,  ils peuvent servir de signaux.

 

En complément, nous étudierons le statut des étoiles fixes

dans le diptyque astrologique d’Abraham  Ibn Ezra

auquel nous avons consacré en 77 une édition (Retz) et qui

se référe souvent à Ptolémée.  Ibn Ezra  indique notamment

que la position des étoiles  reléve de la précession des

équinoxes. Il note ainsi que Régulus (Coeur du Lion)

a avancé  avec le temps (cf p. 57  et p. 225 de notre édition)

par rapport  aux signes calculés selon le point vernal.

On note que dans son Chapitre I  des deux volets du

diptyque, les étoiles fixes sont présentées avant que l’on

aborde les planétes.La  raison même de l’Ayanamsa

ne fait sens que si l’on cherche à relier les planétes et les

étoiles fixes, les planétes étant situées sur le zodiaque

« tropique » et les étoiles sur le zodiaque « sidéral »

Mais, en fait,  les références aux étoiles fixes sont légion dans le Réshit Hokmah

et notamment quant à la combinatoire planéte/étoile fixe. On notera d’ailleurs que l’on risque parfois de

confondre ces deux catégories d’astres souvent désignés dans les textes anciens dans les mêmes termes. Ce qui exige

du traducteur moderne  de distnguer les choses et de ne pas prendre prétexte de ne pas le faire en arguant de la polysémie

du vocabulaire employé. Tout ce  qui concerne notamment la notion d’Ascendant (Horoscope)  est étroitement lié aux constellations et

aux étoiles. Le chapitre II de l’Introduction d’Abenesra  est truffé de références  aux images célestes: le terme « monter » renvoie à

l’ascendant; Mais  il semble que l’on traite ici des degrés monomères qui sont intimement associés aux étoiles fixes. Mais plus loin

dans le même chapitre, c’est clairement des étoiles fixes qu’il s’agit : (pp. 122 et seq de notre édition):

De la complexion des étoiles:

« Voilà  ce qu’ont dit les Anciens, que les étoiles qui sont sur la bouche de l’Agneau (Bélier)elles sont en la nature de Mercure et un

petit peu en la nature de Saturne et l’étoile qui est sur son pied(du Bélier); elle est de la nature de Mars etc »

Cela fait écho à l’aphorisme 28 du Centiloque qui conseillait de prendre des étoiles en rapport avec telle ou telle planéte, non pas

du fait d’un quelconque aspect mais bien de par leur nature. On ne peut sérieusement dissocier l’Ascendant de la « montée »

des étoiles fixes et cela plus à la tombée de la nuit qu’au lever du Soleil, comme le notait déjà justement Camille Flammarion, au

XIXe siècl, d’où selon nous la nécessité de numéroter les maisons à partir du descendant, de  droite à gauche  puis au dessus

de l’horizon de gauche à droite.

 

 

 

JHB

28 08  14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Richard Lemay (1978), « Origin and Success of the Kitab Thamara of Abu Jafar ibn Yusuf ibn Ibrahim: From the Tenth to the Seventeenth Century in the World of Islam and the Latin West », in Proceedings of the First International Symposium for the History of Arabic Science, April 5–12, 1976 (Aleppo: Aleppo University), Vol. 2, pp. 91–107.

  1. ^ Jump up to: a b c Shlomo Sela (2003), Abraham ibn Ezra and the rise of medieval Hebrew science. Brill. ISBN 90-04-12973-1, p. 321
  2. Jump up ^ John Frawley (2000), Electional Astrology, in The Real Astrology. London: Apprentice Books. ISBN 0-9539774-0-4. Footnote 2, page 109. Cited by Deborah Houlding (2006).
  3. Jump up ^ H. Darrel Rutkin (2006), Astrology, in Roy Porter et al (eds.), The Cambridge History of Science: Early modern science. Cambridge University Press. ISBN 0-521-57244-4, p. 546
  4. Jump up ^ Anthony Grafton (1999), Cardano’s cosmos: the worlds and works of a Renaissance astrologer, Harvard University Press. ISBN 0-674-09555-3, p. 137.
  5. Jump up ^ See, for example, Deborah Houlding, Ptolemy’s Centiloquium; or S. Jim Tester (1987), A history of western astrology, Boydell & Brewer. ISBN 0-85115-446-8, pp. 154–5
  6. Jump up ^ Deborah Houlding (2006), Centiloquium of Hermes Trismegistus, skyscript.co.uk; with a translation by Henry Coley (1676). David Juste and Charles Burnett, Warburg Institute Bibliotheca Astrologia Latina. Accessed 20 June 2011.
  7. Jump up ^ Deborah Houlding, Bethem’s Centiloquium, skyscript.co.uk; with a translation by Henry Coley (1676). David Juste and Charles Burnett, Warburg Institute Bibliotheca Astrologia Latina. Accessed 20 June 2011.

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