Retour sur « Le monde juif et l’astrologie » (1985)
Posté par nofim le 29 août 2014
« Le monde juif et l’astrologie, histoire d’un vieux couple », revisité (1985-2014)
Par Jacques Halbronn
Il est bon de revenir sur des travaux réalisés il y a plus de trente ans en vue éventuellement d’une
Edition « revue et corrigée ».
Nous y traitions de l’anti-talmudisme qui aurait conduit les Juifs à rejeter l’Astrologie au XIXe siècle. Or, nous avons montré que les Protocoles des Sages de Sion ont été inspirés et précédés par un
anti-talmudisme dû à une meilleure connaissance par les « non juifs » du contenu d’un corpus
comme le Talmud.
En ce qui concerne Abraham Ibn Ezra (cf. pp. 163 et seq), nous pensons désormais que ce qu’on pouvait appeler son « diptyque astrologique » comporterait en fait un volet critique qui ne serait pas de la plume de cet auteur mais bien de l’un de ses adversaires. (cf. p. 168 et seq)
Nous ne sommes pas spécialement fiers de notre traitement de Nostradamus. En 1985, nous ne faisions que commencer à explorer le corpus des Centuries et on voit le chemin parcouru depuis au niveau critique et comme dans le cas d’Ibn Ezra, le principal écueil est celui des fausses attributions et des contrefaçons.
Qu’écrivions-nous alors en si peu de pages (pp./131-134) sur Michel de Nostredame et les Centuries ? Etrangement nous y citions de Jean-Aimé de Chavigny ses « Commentaires….sur les Centuries » (1596) en ne signalant pas qu’ils reprenaient le Janus Gallicus (1594)/ L’étude que nous consacrions à l’Epitre à Henri II signale des données astronomiques mais nous n’avions pas alorscompris que celles-ci visaient l’année 1606. (cf. notre post-doctorat Le dominicain Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle, EPHE Ve section 2007, numérisé sur le site propheties.it –Halbronn’s Library)
On notera que notre développement sur Nostradamus s’intitulait « La famille Nostradamus » du fait que l’on connaissait des ouvrages signés » Nostradamus le Jeune » outre e le cas de la Préface à César. Ce qui était une façon de signaler que la dimension posthume de l’œuvre nostradamique pourrait se révéler déterminante.
Il y a certainement un parallèle à établir, à 20 ans de distance, avec notre thèse d’Etat « Le texte prophétique en France. Formation et fortune » (Paris X Nanterre, 1999, Ed Presses du Septentrion) qui englobe également un champ très vaste. Dans le premier cas, il s »’agit du monde juif et dans l’autre du monde français.
Mais il nous apparait que le principal intérêt de notre Monde Juif et l’Astrologie est l’importance
accordée au rôle de l’astrologie dans le commentaire des textes. L’astrologie aurait été instrumentalisée ‘ pour élucider certains passages au prisme du futur.
Un autre aspect remarquable tient au fai t que l’astrologie n’est pas considérée ici comme n’existant pas mais comme pouvant être neutralisée par la pratique religieuse. Le Juif pieux échapperait aux perspectives fâcheuses de son destin astral.
Ajoutons que notre publication de 1985 est sensiblement mieux documentée que notre thèse de 1979. Entre temps, nous avions basculé vers le domaine français et y avions collecté tout ce que nous trouvions en rapport avec le « monde juif », titre qui nous semble avoir été assez heureusement choisi. En tout état de cause, nous avions souhaité quitter le domaine des études juives et de l’astrologie explorer le monde chrétien, non plus tant au regard de l’astrologie que du prophétisme.
Patrice Guinard suivra ce même cheminement en passant de l’astrologie au « corpus Nostradamus » (site CURA.free.fr) . Mais nous avions abordé le dossier Nostradamus dans le cadre d’une approche beaucoup plus large que lui, dans le temps et dans l’espace.
Rappelons que notre thèse fut motivée au départ par les publications de Georges Vajda . Nous
y trouvions ainsi l’occasion de combiner deux « formations » que nous avions suivies- en quelque sorte en marge de l’Université, à savoir l’apprentissage de l’hébreu en Israël dans les années 1967-69 et notre passion pour l’astrologie développée parallèlement. Par le biais de cette thèse, nous conférions ainsi à ces « bagages » la possibilité de nous intégrer dans le champ académique.
Notre idée de l’Histoire de l’Astrologie a sensiblement évolué. Notre intérêt s’est porté vers des enjeux plus chronologiques, bibliographiques. Le fait de s’intéresser à la réception de l’astrologie
au sein d’une culture et d’une époque données nous apparait comme d’un intérêt relatif. Notre thèse d’Etat et bien entendu notre post-doctorat vont privilégier la critique et la datation des textes.
Plus tard, nous nous consacrerons en priorité à la question de la genése de l’Astrologie en
développant une archéologie des corpus. La dimension spéculative de la démarche historique -passera avant une dimension purement descriptive.
Signalons qu’en 1985, année de la parution de notre thèse de 1979, Colette Sirat consacra un
important développement de A History of Jewish Philosophy in the Middle Ages (Cambridge
University Press et Ed. de la maison des Science de l’homme, Paris) à « Astrology and Israel »
(pp. 93 à 112), autour d’Abraham Bar Hiyya et d’Abraham Ibn Ezra, deux des auteurs qui sont au
coeur de notre travail. Au siècle suivant, l’un des principaux auteurs sur cette question sera
l’israélien Shlomo Séla (Ed Brill) notamment avec la traduction des deux versions du
Book of Reasons (2007), trente ans après notre édition du diptyque d’Ibn Ezra (Ed Retz 1977
avec une préface de Georges Vajda). On peut regretter que Séla n’y signale pas notre travail.
JHB
29 09 14
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