Astrologie et sciences

Posté par nofim le 22 septembre 2014

 

Astrologie et Sciences : pour une nouvelle épistémologie.

texte repris dans la revue Trois Sept Onze, en son

dernier numéro.

 

Par Jacques Halbronn

Certains astrologues se méfient de tout discours visant à faire de l’astrologie une création du

génie humain, une « seconde nature », une « conquête de l’homme ». Les hommes ayant en

quelque sorte apprivoisé les astres en les intégrant dans leur agencement du Temps, à l’instar

d’un calendrier et se conformant dès lors au dit agencement institué par eux et ce, sans pour autant,

modifier en quoi que ce soit, les astres en tant que tels, se contentant de se transformer eux-mêmes,

dans une écologie bien comprise…

Il est rare que l’on trouve sous la plume d’un astrologue l’idée selon laquelle l’émergence de

l’Astrologie serait liée à un certain progrès social, une avancée dans l’organisation de la Cité (Polis),

l’homme étant un animal politique.

En fait, les astrologues ont, généralement, des difficultés avec la liberté humaine et avec toute forme

d’indétermination chez autrui car le monde deviendrait alors beaucoup trop compliqué à appréhender.

Au vrai, ce que les astrologues attendent de l’Astrologie, c’est qu’elle nous dise tout ce qu’il y a à

savoir sur le monde et surtout sur les gens, de façon à éviter toute surprise.

Les astrologues ne veulent pas d’une idée de l’astrologie selon laquelle l’astrologie pourrait disparaître

si les hommes n’en veulent plus. Et c’est pour cela qu’ils préfèrent s’en tenir à l’idée que les hommes

n’ont pas inventé l’astrologie et que celle-ci existe qu’ils le veuillent ou non.

En effet, si l’astrologie est le fruit du génie humain, elle n’a qu’une réalité culturelle, l’homme ne

pouvant produire quoi que ce soit de durable et ne pouvant exister sans conscience.

Ce que nous proposons, c’est de savoir renoncer au discours astronomico-mythologique ainsi qu’aux

arguments technoscientifiques pour embrasser une relation féconde avec les sciences sociales en

cessant de sous-estimer les capacités des hommes à construire dans le dur.

Nous pensons aussi que les processus subconscients seront amenés à jouer un rôle majeur dans

l’épistémologie des Sciences de l’Homme, au regard notamment des neurosciences.

En effet, il nous semble évident que le rapport des hommes aux astres ne se limite pas au seul niveau

conscient. Il est clair que la connaissance culturelle de l’astronomie n’est pas une condition préalable

à l’idée d’une détermination astrologique. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille admettre que

l’astrologie ne soit pas une émanation de l’ingéniosité humaine.

Autrement dit, l’astrologie serait comme un enfant qu’un homme aurait fait à une femme sans le savoir

et cet enfant se présente, un beau jour, à nous. Il n’aurait pas existé sans notre intervention, mais il

aura vécu sans que nous nous en doutions.

Ce que nous voulons dire, c’est que l’humanité peut être prisonnière de ses propres productions, que

celles-ci peuvent s’autonomiser et lui échapper. Mais que l’humanité, elle, ne leur échappe pas.

Nous n’ignorons pas que ce scénario pose problème. On pense aux objections à un certain néolamarckisme.

Mais c’est épistémologiquement le moins pire, il ouvre un nouveau champ de recherche

aux sciences « molles » pour le XXIe siècle. Bien plus, il permet de relativiser le poids de la Techno-

Science en montrant à quel point l’humanité instrumentalise le monde bien plus qu’elle n’est

déterminée par lui.

La notion d’instrumentalisation est complexe et quelque peu déroutante. On se sert d’un objet, d’une

donnée dans un sens qui n’est pas intrinsèque au dit objet mais qui fait partie de ses dispositions.

Cela peut donc être un contre-emploi ou un emploi en deçà de ce que l’objet pourrait produire et ce

emploi est plus contraignant pour l’instrumentalisateur que pour l’instrumentalisé.

On notera qu’en linguistique le signifiant est inévitablement instrumentalisé par le signifié. Si l’on

prend le mot « table », il veut tout dire et rien dire de précis tout à la fois, mais une fois que le mot a

reçu ce sens, celui-ci est contraignant pour le locuteur concerné.

C

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Les astres se prêtent idéalement au rôle de signifiant. On peut les traiter et les qualifier à sa guise en

ne tenant compte que de certaines de leurs particularités externes. Même si cela ne s’inscrit pas dans

la ligne de la science astronomique.

L’instrumentalisation n’a que faire de la chose en soi. Elle est la victoire du récepteur sur l’émetteur, le

récepteur dictant sa loi à l’objet auquel il se réfère, voire auquel il se soumet, du fait de ce qu’il projette

dans tous les sens du terme.

Certains astrologues ont du mal avec la notion d’instrumentalisation, car ils sont persuadés que les

significations projetées sur un astre sont l’expression de la vertu de cet astre.

D’autre part, ils sont persuadés que l’astrologie doit respecter les structures propres à l’astronomie, à

commencer par le fait que si l’on s’intéresse à une planète du système solaire, il faut impérativement

prendre en ligne de compte la totalité des planètes dudit système et laisser de côté ce qui n’en fait pas

partie.

Enfin, ils croient que les astres inconnus des Anciens doivent être tout autant étudiés que ceux qui

font partie depuis longtemps de leur perception. Les hommes ont le droit de prendre du monde ce qui

leur plait, au moment qui leur plait sans aucune obligation autre que ce soit dans le temps et dans

l’espace.

L’astrologie relève d’une philosophie du choix et donc au départ de l’indétermination qui débouche

sur un processus d’instrumentalisation en quelque sorte alchimique qui devient contraignant s’il est

largement adopté et sur une longue période de temps (de cuisson). En ce sens, l’humanité est

prométhéenne, le feu est son vecteur car le feu est lié au temps. Il transforme l’objet, le fait passer du

cru au cuit. L’astrologie est le résultat de cette cuisson, à la façon d’une oeuvre de Bernard Palissy.

L’astrologie contemporaine a contracté une relation très particulière avec les astronomes. Le baptême

des nouvelles planètes est un véritable poème mystique qui nous plonge en pleine théosophie. Les

astronomes seraient les prophètes des temps modernes : d’une part, en ce qu’ils découvrent de

nouveaux corps célestes qui « manquaient » à l’astrologie pour être accomplie et d’autre part parce

qu’ils prennent sur eux de baptiser ces nouveaux astres en recourant aux mythologies, poursuivant

ainsi une antique pratique.

On connait le discours, désormais ressassé sur le ton de l’évidence, sur le fait que les astres sont

découverts au moment où l’humanité passe un certain cap. 1781 pour Uranus, 1846 pour Neptune,

1930 pour Pluton. On ne peut plus enlever à un astrologue son Pluton, ni comme planète, ni comme

concept. Même si c’est un astre très lointain, très lent (248 ans pour faire le tour du zodiaque) et

totalement invisible à l’oeil nu, une sorte d’intermédiaire entre une planète et une étoile, en quelque

sorte, ce qui tombe bien puisque les astrologues s’étaient interdits de se servir des « fixes »,

lesquelles ont le tort de ne pas appartenir au système solaire. Mais les astrologues ne s’arrêtent pas

tous à Pluton et certains « pionniers » n’ont pas attendu les astronomes pour annoncer la prochaine

découverte de la femme de Pluton, Proserpine (Korè), ce qui relève d’une certaine « mythologique »

encore inconnue des astronomes et encore plus lente que son époux infernal. On est vraiment très

loin du cycle lunaire fondateur mensuel, si présent à notre conscience dans notre ciel depuis toujours.

Ces astrologues nous expliquent que ces astres aussi récemment découverts étaient là, bien avant

qu’on ne les découvre. Et que de toute façon, ils sont devenus – depuis leur découverte -

incontournables. Qu’est ce que serait donc une astrologie qui les négligerait ? Elle perdrait la face.

Par certains côtés, les astrologues, face à la science, sont, pour la plupart, plus royalistes que le roi.

Ce qui explique que leurs relations avec le monde des sciences humaines ne soient pas

particulièrement sereines.

 

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