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Autour de l’Emploi du Temps, « nouveau roman » de Michel Butor

Posté par nofim le 9 octobre 2014

 

L’Emploi du temps de Michel Butor comme exemp)le de Nouveau Roman

par  Jacques  Halbronn

Durant l’année universitaire 1968-1969, nous avons  présenté un mémoire consacré à l’Emploi du Temps; deuxiéme roman -en forme de journall intime-  de Michel Butor (né  en 1926,  ouvrage paru en 1956) aux Editions de Minuit, éditeur attitré du Nouveau Roman), dans le département de français de l’Université Hébraïque de Jérusalem,  dans la classe  de Jean  Poliatschek (1914-1993). Quarante cinq ans après, nous revenons sur cet ouvrage lequel aura fait entre temps l’objet de nombreuses études. Nous ne nous appuierons pas sur le dit mémoire (inédit), « enfoui » dans nos archives mais sur un vague souvenir. Mais en reprenant ce travail, il est probable que s’expriment des réminiscences. La seule chose dont nous nous souvenions à l’aube de cette relecture de 2014 est ce jeu que nous avions posé entre « exemple » et « exemplaire » pour qualifier cet ouvrage au sein du Nouveau Roman, genre que nous avions dévoré au cours des années soixante. Or, en 1966,  Georges Raillard avait publié un essai  en postface ) cet  ouvrage intitulé « L’exemple » (Ed 10/18, l’édition même que nous avions utilisée)

A l’époque, nous n’étions pas loin de penser que désormais  on ne pourrait écrire qu’en se conformant aux régles de ce genre. Mais en quoi consistaient-elles ces « régles »? Ce qui nous semblait aller de soi à l’époque nous semble désormais assez obscur mais peut-être en nous replongeant dans ce roman et ce que d’aucuns ont dit à son sujet, cela nous reviendra-t-il, ce qui produirait une anamnése.?

Rappelons l’histoire : « Jacques Revel, employé de banque français, commence un stage à Bleston, une ville anglaise énorme, humide

et brumeuse, dont il entreprend avec une passion croissante de déchiffrer le mystère. Pour cela, il découvre une clef possible, un roman

policie [Le meurtre de Bleston] qui met en cause les habitants et la cité dont il constitue peut être l’envers symbolique. Ainsi les fils du réel et ceux du mythe vont-ils tout au long de cette quéte, sans cesse s’entrecroiser » (4e ede couverture de l’édition J’ai Lu,  c 400  p.),

Il nous apparauit d’emblée que ce qui nous fascina dans  ce roman et dans d’autres, de ce genre, c’est le défi lancé à la perspicacité du

lecteur. En ce sens, on peut parler d’un roman policier mais dont le discours alambiqué  même ne fait que renforcer le mystère, la forme venant sous-tendre le fond. Le signifiant est littéralement le reflet du signifié, comme le serait une musique et il n’est peut être pas

indifférent que nous ayons développé par la suite notre  goût pour la musique en accédant à  l’improvisation pianistique. En fait, on peut se demander si la création musicale n’a pas été inspirée, à un certain stade, par le nouveau roman.

A l’exception du texte de Raillard, on notera que les diverses études se situent dans les années 1990-2000.

Ouvrage consacré à la ville et qui a pu à nos yeux correspondre à cette Jérusalem  dans laquelle nous avions atteri à la veille de Mai 68. Le titre du roman est intéressant en ce que l’expression « emploi du temps » résume assez bien tout notre travail  sur les cycles, qui déjà en 68-69 était déjà  marquant pour nous.

Ce qu’écrit  M C. Kerbrat nous parle :  » A l’inverse du narrateur proustien qui en explorant son monde (intérieur) découvre le monde  (extérieur), Jacques Revel , en

parcourant  un labyrinthe objectif (la ville) révéle son propre labyrinthe  subjectif mais l’un et l’autre se forment en écrivant, en explorant leur propre cycle »

Idem pour  Nadia Birouk : « La lecture qui doit être pratique dans l’Emploi du Temps est labyrinthique, au lieu d’aider le narrateur- lecteur à trouver son itinéraire, elle le bloque et le paralyse ». On peut dire que l’auteur d’un Nouveau Roman  entretient un rapport sado-masochiste avec son lecteur, il le maltraite en l’égarant au lieu de le guider.

 

Force en tout cas est de constater la fortune de l’Emploi du Temps comme l’atteste le collectif  constitué à son sujet (cf notre bibliograpghie ci-dessous)/ Lisons  y ainsi

Christophe Carlier (L’architecture de la phrase)  qui parle d’un « univers plus complexe que celui des faits ou des signes dont le narrateur voudrait se borner à faire l’inventaire ».

Le sujet ici  fait écran à l’objet tout comme une femme interrogée sur les femmes   ne nous éclaire guère mais bien au contraire  nous égare par les contradictions de son

propos la concernant en tant que personne ou de par son appartenance.  Carlier conclut «   L’étirement et la complexité des phrases de l’Emploi du Temps appartient sans doute

à l’esthétique du Nouveau Roman qui substitue volontiers aux repéres traditionnels de la narration « à la Balzac » un langage foisonnant et apparemment difficile à maîtriser »

On notera que notre travail  sur l’ouvrage se situe de facto dans le cadre de notre propre rapport labyrinthique - on est à Jérusalem, en position d’étranger  à un espace et  à

une langue consamment à décrypter –  à une langue nouvelle, qui est l’hébreu et dont la structure consonantique (absence de voyelles à l’écrit et donc quelque part

délibérément lacunaire) ) génére un obstacle à la compréhension  même du discours.  Intention délibérée de s’immerger dans un « autre » monde où l’étranger est soulagé par

la perte même de ses repérées habituels.

On terminera en abordant le seul texte dont nous avions connaissance autour du Nouveau Roman, quand nous rédigeâmes notre étude, en 1968, à savoir l’Exemple de

Georges Raillard.(1966). Le nom de Proust y est mis d’entrée de jeu en avant ainsi que l’image de la forêt, ce qui évoque notre propre immersion dans la forêt de Lyons, en Normandie, du fait d’une « maison de campagne ». Raillard conclue ainsi : « La fiction lieu où nous nous trouvons à l’extérieur de nous mêmes est messagère de vérité. Elle nous

apprend à voir ». En se refusant au réel, elle nous permet de ne pas nous y soumettre et de trouver ainsi notre autonomie en nous-mêmes.

Lucien Giraudo met clairement en évidence le décalage « entre  le plan du roman qui s’intitule l’Emploi du temps  écrit par l’écrivain

Michel Butor  et le plan du  journal qui est tenu par Revel le personnage-narrateur »(p.99). On songe à nos travaux à venir sur Nostradamus décalé par rapport à l’oeuvre qu’on lui attribue, avec le hiatus entre ce qu’il fait réellement paraitre et ce qu’on dit qu’il a publié, le « on » étant ici l’historien qui erre dans sa reconstitution baisée de ce qui s’est vraiment passé. Décalage entre la carte (ici le plan de la ville  de Bleston  et le territoire arpenté par Revel).

 

JHB

10 . 10 14

 

Bibliographie

Georges Raillard,  L’exemple,  à la suite de l’Emploi du Temps par Michel Butor  Ed 10-18 1966

Analyses et réflexions sur Michel Butor. L’emploi du temps. Ouvrage collectif,  Ed Ellipses 1995

Sylvie Thorel-Cailleteau. La fiction du sens. Lecture croisée du Château, de L’Aleph et de l’Emploi du Temps,   Ed. Interuniversitaires  1994

Mireille Calle-Gruber, La ville dans l’Emploi du Temps de Michel Butor, ed A. G. Nizet, 1995 (avec une préface de M. Butor)

Nadia Birouk; La lecture littéraire. Le cas de Michel Butor. L’Emploi du temps, la Modification et Degrés, Edilivres 2010

Marie-Claire Kerbrat  Leçon littéraire sur l’Emploi du temps de Michel Butor,   PUF  1995

Lucien Giraudo,  L’Emploi du temps Michel Butor,  Paris, Nathan, 1995

 

JHB

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