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Les livres de prière israélites. Une religion d’un dieu nocturne?

Posté par nofim le 6 novembre 2014

Réflexions sur le corpus des livres de prières à l’usage des Israélites. De la bénédiction. (Allélouiah)

par  Jacques  Halbronn

 

Les trois grands corpus  judaïques sont le corpus biblique, le corpus talmudique et le corpus des prières (en hébreu Tefiloth). Tous trois ont été confrontés à la question des traductions et de la mise par écrit d’une tradition orale.

Daniel Fahri cite  John Rayner   (Sidour Taher Libenoui  MJLF  1997, p. 9):

« La popularité du siddour (…) supérieure à celle de la Bible. En effet quel juif

n’a pas emporté avec lui  son livre de prières à travers ses pérégrinations (..) Ne représente-t-il pas une

anthologie de la littérature juive? »

Dans les années 1818-20, deux « rituels » paraissent en France, celui de David  Drach (qui se convertira par la suite au christianisme, connu sous le nom de Baron Drach) et celui d’Anspach, à Metz. Dans leurs préfaces, tous deux rappellent que c’est à la suite de la desrruction du Premier Temple et lors de la construction du Second Temple que l’on mit par écrit certaines prières. Le rapprochement

avec la mis par écrit du Talmud, à la suite de la destruction du Second Temple, est tentant

 

D. Drach  (Prières journalières à l’usage des Israélites français du rite dit Allemand  Paris  Sétier)

Préfac : e »L’origine de nos Prières date de la seconde constructiion du Temple. Esdras et les Docteurs de la

grande Synagogue, voyant que la langue sacrée s’était corrompue dans la captivité (…) rédigèrent  des

formules de prières dans un hébreu pur, (…) Avant cette époque, les Prières n’avaient pas de forme fixe

et chacun dans ses exercices de dévotion suivaient l’inspiration de son coeur »

Anspach

Anspach ( Rituel des prières journaières à l’usage des Israélites)

Préface

« La prière jusqu’à la destruction du premier temple n’avait pas de forme fixe ; à l’exception du Kriat

Schema qui était plûtôt un acte de foi qu’une simple prière, aucune formule n »était adoptée, chaque

Israélite (…) invoquait le Seigneur et les mots se présentaient  en foule aux idées que chacun voulait

exprimer.(..) Mais il en faut autrement  à l’époque de la captivité de Babylone, les Israélites altèrérent

leur langue maternele  (…) Esdras et le conseil qu’il avait institué appela Knecet hagdola, sentirent

qu’il était contraire à la majesté du service divin de le célébrer dans un langage obscur et corrompu, : ils

rédigèrent alors le Rituel que nous avons encore aujourd’hui et qui, à quelques variantes près, est suivi

par les Israélites de toutes les parties du globe. »

Josy Eisenberg  (L’homme debout . Essai sur la prière juive  Ed Albin Michel 1999) rappelle que

« longtemps, il n’exista d’ailleurs point d’autre prière que spontanée. La Bible   fourmille d’exemples devenus célébres

comme la prière improvisée par Abraham pour sauver Sodome ou celle de Hannah (Anne) adressant à Dieu  un vibrant

cantiquee de gratitude pour la naissance de son fils/ Au temps de la Bible, l’expression organisée du sentiment religieux – le service de Dieu- s’effectuait  trois fois par jour au Temple de Jérusalem à travers une série  de sacrifices »

Dans un travail antérieur de la fin du XVIIIe siècle, Mardochée Venture  qui est le premier à traduire en français les prières juives déclare le faire en particulier à destination des femmes pour qu’elles ne recitent pas machinalement des textes dont elles ne saisissent pas la teneur. On songe cette fois à la traduction des Septante et l’on en est encore à se demander si  cette traduction s’adressait aux Juifs ou aux « goyim », tant il est vrai que le rapport des Juifs à la langue hébraïque est assez  chaotique.

Venture: (Prières journalières à l’usage des  Juifs portugais ou espagnols,  Nice, Paris,  1772)

« J »ai surtout vu avec peine que ces délicieuses affections échappaient aux personnes du sexe (sic), dont

le coeur est si susceptible des sentiments délicats et des douces émotions de l’amour divin et j’étais

également fâché que les personnes de toutes les religions ne pussent avoir une idée juste de la manière

dont nous parlons à Dieu »

Anspach :

Les femmes   » m’ont souvent fait observer  avec raison qu’elles ne faisaient qu’un jeu d’automates en

répétant machinalement des expressions qu’elles ne comprenaient  point’

Un aspect que nous voudrions souligner et qui nous semble caractériser le corpus des prières juives concerne la bénédiction.(cf  le traité Brakhoth  dans le Talmud)  Chez

les Juifs, il nous apparait que l’acte de bénir, de louer,  de

remercier, s’adresse non pas à son prochain mais à Dieu et à ses anges, notamment

la fameuse formule que l’on retrouve dans l’Islam: Salam Alekoum qui correspond à l’hébreu Shalom Alekhem et qui s’adresse dans les dits recueils juifs aux anges/ Bref,  alors que les Chrétiens semblent demander à Dieu de les bénir, ce sont les Juifs, au contraire, qui

entendent bénir Dieu. Il y a là un renversement remarquable et de nos jours, c’est la « lecture » chrétienne de la bénédiction qui

semble l’avoir sémantiquement emporté dans le public, toutes religions confondues.

« Paix sur vous, anges du service, mandatés du Très-Haut, du Roi des rois des rois, le Saint, béni soit-Il.Venez en paix, anges du service, mandatés du Très-Haut, du Roi des rois des rois, le Saint, béni soit-Il.Bénissez moi en paix, anges du service, mandatés du Très-Haut, du Roi des rois des rois, le Saint, béni soit-Il.Sortez en paix, anges du service, mandatés du Très-Haut, du Roi des rois des rois, le Saint, béni soit-Il. » (Missel  juif. Office du Shabbat)

Le « Schéma Israël » la prière la plus célébre du judaïsme dit bien que c’est Dieu qui est béni et on ne lui demande point sa bénédiction.

En effet,, la bénédiction consiste, avant tout, en une « action de grâce » : on rend grâce au Seigneur pour ce qu’il a fait pour l’Humanité ; on lui

montre de la gratitude, de la reconnaissance. Cela correspond d’ailleurs assez à l’Inchallah (si Dieu le veut bien)   musulman. (Avec l’aide de Dieu dans la formulation judaïque, si on la rend en français.

Prières  juives:

« Béni soyez vous, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui rendez la vie aux morts, qui éclairez les aveugles, et qui étendez la terre sur les eaux, et plusieurs autres choses semblables. S’ils se lavent les mains, selon le précepte ils disent : Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous avez sanctifiés par vos préceptes, et nous avez ordonné de laver nos mains. S’ils veulent étudier la loi : Béni soyez-vous, etc., qui nous avez donné la loi, S’ils veulent prendre de la nourriture : Béni soyez-vous… qui tirez le pain de la terre. S’ils boivent : Béni soyez vous…. créateur du fruit de la vigne. Aux fruits qui naissent des arbres : Béni soyez-vous… créateur du fruit de l’arbre. Et aux fruits de la terre : Béni soyez-vous…. créateur du fruit de la terre. Aux bonnes odeurs : Béni soyez-vous…. qui avez créé une telle odeur. En voyant une haute montagne ou une grande étendue de mer : Béni soyez-vous… créateur des choses dès le commencement. A l’entrée des fêtes solennelles, ou lorsqu’ils mangent, et vêtent quelque chose de nouveau : Béni soyez-vous…. qui nous avez fait vivre, et nous avez conservés jusqu’à ce jour. S’il leur meurt quelqu’un : Béni soyez-vous, juge de vérité. » Hallelouya, passé dans la langue française -signifie Louons le Seigneur. Le mot Baraka en arabe, qui signifie bénédiction est entré en français pour désigner quelqu’un qui a une chance insolente, donc qui est protégé (en hébreu, brakha)

Chez les Chrétiens, il est courant de demander à quelqu’un sa « bénédiction », ce qui correspond donc à une toute autre acception.Cela dit, on peut supposer que si l’on remercie quelqu’un pour ce qu’il a fait, c’est une façon de lui demander de continuer à nous protéger.

On trouvera de nombreux exemples des  19  bénédictions juives (dites Shemoné Essré, littéralement 18)  dans l’ouvrage  de Josy Eisenberg et Adin  Steinsalz   (L’homme debout . Essai sur la prière juive  Coll. Présences du judaïsme, Ed Albin Michel 1999,  pp.  23  et seq)

Or, dans deux cas, la neuviéme  et la dix-neuviéme bénédictions, l’on trouve des formules inversées:

IXe bénédiction (p. 115)

« Accorde ta bénédiction à la surface de la terre (…) Loué Soist-Tu Eternel qui bénit les années »

XIXe bénédiction (p. 279):

« Et il est bon  à  tes yeux de bénir Ton peuple, Israel en tout temps, à toute heure par Ta paix.  Loué sois-tu Eternel qui bénis ton peuple, Israël par la paix »

Il  ne semble pas que ce glissement ait été signalé. Il reste minoritaire par rapport à l’ensemble des 19

bénédictions.

La bénédiction est considérée comme une prière (cf La prière juive  par R. Posner et al.  pp.  22-26) Il nous

semble que la bénédiction remercie pour ce que l’on a reçu plutôt qu’elle n’exprime une attente, une demande pour plus tard. C’est ainsi le sens même du mot prière qui  se préte  à plusieurs acceptions. La prière juive semble vouloir en quelque sorte récompenser Dieu pour ce qu’il a donné. C’est un échange de

bons procédés, en quelque sorte.

Nous signalerons ce texte de Wikipedia sur le Benedecite catholique:

  • « Seigneur, bénis ce repas, ceux qui l’ont préparé, et procure du pain à ceux qui n’en ont pas. »
  • « Bénissez-nous, Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l’ont préparé, et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas ! Ainsi soit-il ! »
  • « Bénissez Seigneur la table si bien parée, emplissez aussi nos âmes si affamées, et donnez à tous nos frères de quoi manger. »

Après le repas est aussi récitée une prière d’action de grâces : « Merci, Seigneur, pour tous vos bienfaits, gardez nos âmes dans la paix, et que nos cœurs joyeux vous chantent à tout jamais ».

Chez les protestants, la prière peut ressembler à ceci : « Venez, Seigneur Jésus, Soyez notre invité, et bénissez ces présents (la nourriture) qui nous ont été faits. Amen ».

Etrangement,  l’on y introduit ce texte ainsi:

« Cette prière, vraisemblablement d’une très ancienne origine monastique, se récite au début du repas pour remercier Dieu du « pain quotidien » qu’il nous donne[. Le bénédicité est une prière d’action de grâce, de demande de bénédiction »

L’auteur de l’article inverse le sens de la bénédiction: il cite un texte où l’on demande à Dieu de bénir les hommes mais il

donne un commentaire  où il met en avant le fait que l’on remercie Dieu. Mais il parle d’une « demande de bénédiction ». C’est assez ambigu!

On notera cependant que la bénédiction  chrétienne s’articule sur un impératif  « Bénissez-nous » alors que

la prière juive exprime le désir de bénir Dieu et ses anges, elle correspond à un acte présent et non à une

prière en instance. La « prière » juive nous apparait donc sous un jour différent : les Juifs prient Dieu de

bien vouloir accepter les bénédictions qu’ils leur offrent et qui pouvaient autrefois impliquer des sacrifices

animaux. On demande à Dieu d’accepter une offrande, celle de la bénédiction qui, en quelque sorte,

remplacerait celle du sacrifice (cf aussi sacrifice d’Isaac (d’Ismaël  chez les Musulmans)

 

Nous nous hasarderons ici à une proposition qui pourra choquer les « féministes » en concevant que de même que les hommes

bénissent Dieu, les femmes devraient bénir les hommes, puissqu’elles vivent dans un monde mis en place par eux. D’ailleurs la

séparation des sexes, traditionnellement respectée chez les orthodoxes (mais non chez les Libéraux qui admettent aussi des rabbins

femmes) pourrait correspondre à ces deux dimensions, ces deux « étages ».

On mettra en paralléle la problématique de la bénédiction et celle de l’élection du fait d’une certaine  réciprocité: Dieu bénit les hommes

et les hommes bénissent Dieu  mais enoutre,  Dieu  est élu par les hommes et élit Sion (Israël):

premier Commandement:   Tu n’auras point d’autre   dieu en face de Moi »    en  hébreu: « Elohim  ahérim ».  On emploie le même terme

« Elohim » mais faut-il lire la formule au singulier ou au pluriel dans la mesure où Elohim, dans la Genése est  placé devant un verbe

à la troisiéme personne du singulier.

Ailleurs:  Dieu a choisi Sion  Sa bien aimée pour Sa demeure favorite. L’Eternel a fait  choix de Jacob, d’Israël pour Sa propriété »

(Office du samedi matin,-Psaume  Yehi Khevod). C’est ici  le verbe « boher » qui signifie choisir.(à didtinguer de boré, le créateur) Ici Dieu correspond au tétragramme et non à Elohim.

Il y a là une tonalité  amoureuse qui nous raméne au Cantique des Cantiques. Les livres de prière nous apparaissent ici comme

une Déclaration d’Amour et le mot Ahava  y est volontiers employé, qui se traduit par Amour, qui est le même terme que l’on utilise

pour les relations entre humains et notamment entre un homme et une femme, avec toute l’importance du choix de l’être aimé et cette

idée d’éternité de l’union et de l’alliance (Leolam Vaed) . Amour (réciproque et exclusif) entre Dieu et les hommes au vrai plutôt qu’amour du prochain? Dieu a choisi ce peuple (Am)  entre tous les peuples (goyim) et les Juifs ont choisi  ce  Dieu (Yahvé)  entre tous les dieux. (Elohim). L’Amen est à rapprocher d’Amour en ce qu’il indique une foi (une confiance), littéralement. ( cf La Prière juive. par Raphael Posner,  Uri Kaploun,  Shalom Cohen,  Edition spéciale du Consistoire

Israélite de Paris.  Ed. Keter, Jérusalem  1985

Une des « bénédictions » les plus problématiques figurant

au sein des prières juives est certainement celle (la douziéme

de la Amida, ensemble récité quotidiennement) dite des

« Minim » et qui apparait quant à elle plutôt comme une

malédiction qui s’en prend aux Juifs qui se sont écartées

de la loi juive, aux hérétiques (  « les racines du mal » in Josy Eisenberg/Adin Steinsaltz, L’homme debout. Essai sur la prière juive. Ed Albin Michel, 1999,pp. 171 et seq)

. On tend à trouver dans ce texte l’indication d’une animosité juive à l’encontre notamment

des Chrétiens et ce point alimentera par la suite la formation

du faux que sont les Protocoles des Sages de Sion. (cf Le sionisme

et ses avatars, au tournant du XXe siècle, Ed Ramkat 2002

En ce qui concerne le Chema Israël, l’invocation la plus

connue, on  relévera une certaine ambiguité;

1re section : Deutéronome (Devarim) VI 4-9

Traduction française Transcription Texte original
Écoute, Israëla, l’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est UN. Chmâ, Israël, Ado-nay Elo-henou, Ado-naï Ehad’ שְׁמַע, יִשְׂרָאֵל: יְהוָה אֱלֹהֵינוּ, יְהוָה אֶחָד.
Béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux. Baroukh chem kevod malkhouto le’olam vaed
Tu aimerasb l’Éternel ton Dieu, de tout ton cœur,
de toute ton âme
et de tous tes moyens
Veahavta ett Ado-naï Elo-hekha, bekhol levavekha,
ou bekhol nafchekha,
ou bekhol meodekha
וְאָהַבְתָּ, אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ
וּבְכָל-נַפְשְׁךָ,
וּבְכָל-מְאֹדֶךָ.ּ
Que les commandements que je te prescris aujourd’hui
soient gravés dans ton cœurc
Vehayou hadevarim ha’ele
acher Anokhi metsavekha hayom al levavekha
וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה,
אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם–עַל-לְבָבֶךָ ּ
tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras (constamment),
dans ta maison ou en voyage, en te couchant et en te levant.
Vechinantam levanekha, vedibarta bam,
bechivtekha beveithekha ouv’lekhtekha baderekh, ou’bchokh’bekha ouv’koumekha
וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ, וְדִבַּרְתָּ בָּם, בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ, וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ
Attache les en signe sur ta main,
et porte les comme un fronteau entre tes yeux
Oukchartam le’ot al yadekha,
vehayou letotafot bein einekha
וּקְשַׁרְתָּם לְאוֹת, עַל-יָדֶךָ; וְהָיוּ לְטֹטָפֹת, בֵּין עֵינֶיך
Écris-les sur les poteaux de ta maison et sur tes portes

En effet, à un certain moment, c’est Dieu lui-même qui

s’adresse aux Hébreux alors que jusque là on pouvait

penser que les Hébreux déclarent leur foi : « L »Eternel

est notre Dieu » et ils le bénissent. Mais ensuite, c’est

Dieu lui même qui se présente :

« Que les commandements que je te prescris aujourd’hui
soient gravés dans ton cœur ».

Enfin, nous reléverons la pratique consistant à observer le ciel, à la tomhée de la nuit pour déterminer la fin du Shabbat. Cela impliquait

de voir trois étoiles (Tset Hakokhabim). Il s’agit d’étoiles  et non de planétes, contrairement à ce que disent certains

commentateurs, vu que l’on ne connaissait que 5 planétes jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. On songe à la pratique en début de mois, d’aller guetter le premier début d’un croissant de lune pour déclarer le nouveau mois (Rosh Hodesh).

L’on voit  à quel point la vie juive était liée à la tombée du jour ou à la sortie de la nuit (nouvelle Lune).  Ce n’est que la nuit que l’on pouvait observer le ciel correctement. C’est du fait d’une telle exigence que le Shabbat commence et se termine à la tombée de la nuit, ce

qui confirme la place des repéres célestes dans la vie juive ancienne.

« tzet hakokhavim (hébreu : צאת הכוכבים « sortie des étoiles »), moment après la fin où trois étoiles de taille moyenne sont visibles dans le ciel. Certaines communautés considèrent que la sortie des étoiles a eu lieu quand le soleil est à 7,08 degrés au-dessous de l’horizon. »

Rosh Hodesh (Wikipedia):

«  Le début du mois correspond à la néoménie (nouvelle lune), qui diffère cependant de la nouvelle lune astronomique : la nouvelle lune du calendrier hébraïque ne se définit pas par la nuit où seule l’ombre lunaire est visible mais par un filet de lumière émanant de la lune. Il y a en pratique 1 à 2 jours de décalage entre les deux. »

On notera que même dans le Récit de la Création (Maassé Béréshit), il est indiqué d’abord le soir puis le matin et rappelons que

c’est le soir que le ciel étoilé se manifeste et que c’est par ce spectacle que l’on commence chaque jour et tout particulièrement le Shabbat.

Etrangement,  l’on ne parle pas des planétes dans ces textes mais seulement des luminaires et des étoiles fixes. On peut se demander

si Dieu n’est pas associé à une planéte (Saturne)  qui passe d’une étoile à une autre au cours de son cycle. La planéte (étoile errante en

grec) irriguerait successivement  les quatre étoiles fixes royales (Aldébaran, Régulus, Antarés et Fomalhaut, cf le tétramorophe dans

le Livre d’Ezéchiel notamment, où l’on trouve la correspondance un jour pour un an qui est celle du rapport de la Lune à Saturne, 28

jours/28 ans)/ On notera que la naissance de Jésus à Minuit  va dans le sens de cette dimension nocturne du judaïsme où l’on remercie – Dieu, dans les louanges,  de ramener la Nuit, ce que l’on ne saurait dissocier du temps où le ciel devient comme un livre ouvert.

Terminons cette brève étude sur des considérations sociologiques. La pratique juive nous apparait comme largement fonction d’un

savoir faire, tant au niveau linguistique qu’à celui des diverses coutumes à respecter dans la synagogue (port du talith etc). Cette

pratique synagogale conditionne  en grande partie la « croyance » juive.  Le fait de fréquenter ou non régulièrement la synagogue semble

être un enjeu majeur, ne serait-ce que quelques heures le vendredi soir et le samedi matin. Tout ne se réduit-il pas en définitive au seul fait de bénir Dieu pour ce qu’il a fait de l’homme et pour l’homme?

On soulignera aussi le fait que la prière, la bénédiction, ne

doivent pas nécessairement passer par la parole. On peut

penser qu’une activité musicale est tout à fait susceptible de

pouvoir  jouer un tel rôle et de façon probablement plus spontanée

(cf les Negro Spirituals et autres Gospels (Evangiles)

Si l’on compare les prières juives aux prières chrétiennes, force est

de constater des similitudes, des emprunts qui ne sont  occultés que par le recours à

l’hébreu. C’est ainsi que le « Notre Père » (Pater Noster) figure dans  le culte juif sous la

forme Avinou mais il serait étrange qu’un Juif prononce la formule en français et il est donc obligé

de s’exprimer en hébreu comme si la formule lui avait été confisquée (cf LES ORIGINES JUIVES DE L’ORAISON DOMINICALE OU PASTER NOSTER Armand Lipman – Librairie Fischbacher, 1921.)  On pourrait certainement multiplier les exemples (cf Liturgie de la Messe; Ed Mediaspaul & Ed. Paulines; 1988; Pierre Cuperly  Prières des fils d’Abraham. Choix de prières

musulmanes,  juives et chrétiennes,  Ed Cerf, 1992;   Célébrer Dieu.  Association des

Ecrivains croyants d’expression française (Georges Nataf,  René Berthier, Eva de

Vitray-Meyerovitch, Ed Univers-Media, 1980) et nous envisageons

de proposer une telle étude comparée prochainement en signalant bien entendu les décalages, les additions, les interpolations ou les suppressions, notamment en ce qui concerne l’adjonction de la mention « Jésus Christ »  qui marque un nouveau temps, une nouvelle « ère » (l’Ere dite Chrétienne) dans l’histoire de l’Humanité, du moins, du point de vue chrétien. De même la place

du mot « Eglise » (« ton Eglise »), dont on observera le processus d’intégration au sein du texte hébraïque d’origine. Bien entendu se pose aussi la question de la traduction du latin vers le français (entre autres langues vernaculaires)

la dimension nocturne du judaïsme est  absolument évidente quand on assiste à l’office du Shabbat et on rappellera que le sabbat des sorcières était nocturne. Le dieu des Juifs est celui qui assure le retour de la nuit et l’on peut songer aux vampires qui saluaient la tombée du jour. En ce sens, il nous semble légitime de contester l’idée simpliste que sous le nom de Dieu, tout ce qui se trouve est

identique, ce que l’on entend trop souvent. Ce dieu de la nuit  fait certainement pendant à un dieu du jour mais on rappellera

que les Juifs préférent les bougies et les étoiles à la lumière du soleil. Ce dieu qu’ils se sont choisis est celui qui leur garantit le retour de la Nuit et s’ils l’ont choisi c’est parce qu’ils sont eux-mêmes profondément marqués par un monde nocturne fuyant la lumière du jour, vivant la nuit et s’éclairant dans les cavernes alors que durant le jour, il y avait trop de dangers. Cela témoigne probablement du mode de vie des premières humanités dont ils seraient les descendants.

 

.

 

 

 

JHB

08 01 15

 

 

 

 

 

 

 

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