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Les Protocoles des Sages de Sion et le cimetière de Prague d’Umberto Eco

Posté par nofim le 29 décembre 2014

Le chapitre d’Umberto Eco sur les Protocoles des Sages de Sion

par  Jacques  Halbronn

 

Eco, dans le Cimetière de Prague,  a étudié de près la question des Protocoles des Sages de Sion en reprenant peut être ce que l’on trouve chez Norman Cohn ou chez tel autre.. Il  semble qu’Eco y  considére que son héros, Simone Simonini- nom inspiré de celui de Jean-Baptiste Simonini lié à Barruel au début du XIXe siècle – aurait été l’auteur des Protocoles des Sages de Sion en combinant  un texte de Maurice Joly (Dialogues)  et un autre d’Hermann Goesche ( Le discours du rabbin, in Biarritz), l’un  quant à la forme, l’autre quant au fond, ce qui situerait la rédaction de ce faux  dans les années  1870 bien avant l’émergence des Protocoles   vingt  ans plus tard. Le nom de Gougenot des Mousseaux  figure également comme un des ingrédients utilisés pour la composition de ce feux et d’ailleurs en 1909 c’est le nom de cet auteur qui est associé aux Protocoles des Sages de Sion.

Etrangement, la 4e de couverture indique   que ce Simon Simonini est une invention due à Eco mais soulignons que ce nom de Simonini

n’aura nullement été  choisi au hasard.  Simon Simonini serait ainsi le  petit fils  d’un Jean-Baptiste Simonini.

La thèse romancée d’Eco est intéressante d’une part en ce qu’elle met l’accent sur la ville de Prague qui accueillera en 1909 les

premières traductions du russe, en tchéque et en allemand et de l’autre parce qu’elle recentre cette production des Protocoles  vers l’Ouest au lieu de la situer en Russie, autour de Nilus (cf notre ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle). Cela dit, il est possible que le titre même de l’ouvrage, Protocoles des Sages de Sion, ait été plus tardif et notamment inspiré par les premiers congrès sionistes, depuis 1897.

Il semble à lire Eco  et son Cimetière de Prague, qu’un tel travail ait été commandité par les Jésuites et se soient inscrits dans une croisade voule par le pape (probablement Pie IX, cf  nos Papes et prophéties. Ed Axiome, 2005)  Eco imagine que tant Joly que Goedsche seront coup sur coup assassinés après qu’on ait utilisé leurs travaux.

On nous dit que les Protocoles furent rédigés à Paris pour le compte de la police secréte tsariste par un certain Matveï (Matthieu)  Golovinski et l’on nous dit que le tsar refusa finalement d’en faire usage.

Il y a une certaine ironie de l’Histoire à voir la Russie être le théatre vers 1900 d’une telle publication tout comme elle le sera  dans les 20 années suivantes   de la Révolution, contrairement aux prophéties   de Marx.

Nous rappellerons que Prague est aussi  le lieu d’activité du chanoine Rohling, un des chantres de l’anti-talmudisme, une telle

littérarure préfigurant les Protocoles des Sages de Sion, ce que ne signale pas Eco. Selon nous ces Protocoles veulent être une sorte

de Talmud moderne, dans le même style visant à dénoncer les propos que les Juifs tiennent sur les Chrétiens.

Il faut bien comprendre, en effet, que l’antisémitisme moderne  laisse la parole aux Juifs, les fait parler et dire des « horreurs » sur les Chrétiens.  Cet antisémitisme est né de la connaissance approfondie du Talmud par  des non Juifs.

Le mouvement sioniste présente la même ambiguité:  il envisage le départ des Juifs pour un lieu plus ou moins éloigné mais c’est en fait aux Juifs russes qu’il pense pour constituer les gros bataillons d’émigrés (Olim)  vers la Palestine (Israel).  Faire partir la conception des

Protocoles depuis la Russie nous parait assez improbable.

ll nous semble d’ailleurs que les dits Protocoles aient été au départ t davantage dirigés contre les Maçons que contre les Juifs ou si l’on préfére l’on entend viser les Maçons en les présentant comme les suppôts, les agents de la « juiverie » et  ce n’est qu’ensuite que la dimension antijuive serait devenue le coeur du sujet, notamment avec leur attribution en 1909 à Gougenot des Mousseaux (dans les compte rendus  (du parlement de Vienne). Or, on notera que ces compte-rendus sont eux-mêmes appelés « protocoles », terme qui ne nous semble pas courant en russe.

Il nous semble que l’on doit s’intéresser à l »usage du mot « Protocoles ». On rappellera que les premières éditions françaises comportaient la forme anglaise « Protocols » du fait que l’ouvrage s’était fait connaitre en France, au lendemain de la Grande Guerre par la presse anglaise. On peut de même penser que l’usage de ce mot en russe ne fait sens qu’en référence à un texte paru dans une autre langue dans laquelle il était plus courant. C’est ainsi qu’il y eut des « protocoles » des premiers congrès sionistes, lesquels précédérent de peu les premières occurances en russe de cet ouvrage. Autrement dit,  c’est doublement un faux : d’une part, c’en est un parce qu’il a été

fabriqué de toutes pièces et de l’autre parce qu’il  ne se présente pas explitement comme une traduction à partir d’une autre langue, ce qu’il est en tout état de cause de par son usage des Dialogues de Maurice Joly. Le fait même qu’il comportât  un tel titre devait cependant  laisser penser au public russophone que l’ouvrage était  bel et bien une traduction, ce qui ne pouvait que contribuer à son prestige.

 

JHB

30  12 14

 

 

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