Le signifiant, un investissement esthétique

Posté par nofim le 26 janvier 2015

 

Le choix du signifiant.

par  Jacques Halbronn

Nous sommes marqués par une esthétique qui nous conduit à être attiré par des formes dans lesquelles nous aurons envie de nous investir. C’est bien en effet d’un investissement qu’il s’agit en ce sens que c’est nous qui allons donner du sens à notre choix en déversant du signifié dans le signifiant  choisi, élu, que l’on peut comparer à un vase, à ce que les Kabbalistes appellent un « Kli » (pluriel Kelim).

Ce qu’est le signifiant en soi importe peu, c’est ce qu’on y met qui compte. En ce sens, c’est un peu l’auberge espagnole où l’on ne  trouve que ce qu’on y a apporté.

Nous sommes ainsi attirés par certains mots, par exemple un prénom (nom propre), par certains agencements de lettres dont nous entendons faire usage d’une façon ou d’une autre. On bascule ainsi en quelque sorte de l’esthétique à l’éthique.

Il arrive ainsi que le même signifiant soit investi par des signifiés fort divers. On se dispute le même signifiant et l’on n’est pas disposé à en changer. On adoptera un signifiant en lui conférant une signification tout à fait nouvelle. On pense à la formule d’André Chénier: où l’on renouvelle le contenu de structures anciennes tout en conservant celles-ci. Les signifiés passent mais les signifiants restent.

La langue française est devenue à une certaine époque le grand fournisseur de signifiants de l’Europe. On dira qu’elle a habillé l’Europe de ses trouvailles, un peu comme elle le fera dans le domaine de la mode. Cela explique la forte présence de mots français depuis Londres jusqu’à Moscou en passant par Istamboul et  l’on peut  annexer aussi le bassin méditerranéen dans cet empire linguistique avec l’empreinte française dans l’arabe dialectal maghrébin.

Il est assez logique que certaines personnes soient perçues comme des signifiants (on pense aux stars) par des foules alors que d’autres n’intéressent personne, n’attirent pas les signifiés, les affects. C’est une question de style, de look. Les gens cherchent un exutoire à ce qui les remplit pour s’en décharger sur autrui. Le signifiant se charge ainsi de signifiés sans qu’aucun ne soit censé en épuiser  les potentialités illimitées, d’où le participe présent « signifiant » (contenant, par oppositiion à définissant, ce qui caractérise le signifié. Car le signifié sert à définir le signifiant, à la préciser même si la démarche peut sembler assez vaine mais il arrive- on le sait, que tel signifié apparaisse comme inséparable de tel signifiant.

On peut même penser que l’exception tend à devenir la régle et qu’il est bien rare qu’un signifiant soit  percç dans sa nudité. La musique parvient à maintenir une certaine distance entre le signifiant et ses signifiés.

Le rôle des cafés philos que nous lançons en ce début de 2015  « Autour d’un mot »  (tous les jeudis de 19h30 à 21h30, Au 8, rue de la Providence, dans un local  assocuiatif  au rez de chaussée) vise précisément à détacher  le signifiant des signifiés qu »‘on tend à lui coller.

Plus nous connaissons de mots, et plus nous sommes en mesure  de passer d’un mot à un autre et  moins nous en connaissons et plus nous en  révélons incapables.

Nous proposons de constituer un nouveau dictionnaire qui  préciserait le sens que le groupe ainsi constitué attribuerait à tel mot

en lui enlevant sa polysémie et en usant d’autres mots pour accueillir d’autres signifiés.

On aura compris que notre méthodologie consistera à utiliser des mots pour définir ici et maintenant un signifiant. Il n’est donc pas question de dire que le signifiant est un mot alors que le signifié serait une chose, un objet.

Notre démarche est différente: le signifiant est le mot qui aura été choisi et tous les autres mots serviront à le définir et ainsi à tour de rôle.

Certes, la polysémie est-elle une caractéristique diachronique du signifiant dont on a dit qu’il pouvait accueuillir virtuellement une infinité de signifiés. Un seul mot y suffirait dans l’absolu. Mais nous préférons favoriser la démarche inverse, à savoir  employer un maximum de mots mais dans des acceptions très précises.  Il est vrai que ce ne sont pas les mots qui nous manquent. Mais encore faut-il que les mots nous plaisent esthétiquement et non pas seulement par ce qu’on y a mis. Il y a un préalable esthétique à respecter..

 

Il faut aimer les mots que nous choisissons mais parfois nous pouvons exercer un droit d’inventaire, en ce sens que nous devons aussi nous assurer de l’esthétique générale de la langue, de son usage des prépositions, des pronoms, des articles, bref de sa grammaire, de sa morphologie. On emprunte pas un mot isolément car ce mot il nait  au sein d’une famille, il est le fruit de toute une « culture » et en ce sens il a un prix tout comme en a un ce qui tient aux ressources du sol et du sous-sol.

 

JHB

26 01 15

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