Le langage entre abstraction et précision

Posté par nofim le 18 février 2015

De l’ambivalence  du langage entre abstraction et précision

par  Jacques  Halbronn

 

 

Les rapports que le langage entretient avec la philosophie nous apparaissent comme singulièrement ambigus, ce que met en évidence

le phénoméne des cafés-philos.

Le fait de se servir d’un même mot pour désigner une grande variété et quantité d’objets semble devoir plaider en faveur de la vertu

d’abstraction du langage. Mais le signifiant n’est-il pas  un fourre-tout, un vase dans lequel on place les signifiés les plus divers. Suffirait-il

de désigner par le même mot  telle et telle chose pour en déterminer la signification commune?

En réalité,  il importe de distinguer dans une langue d’une part les noms et les verbes et de l’autre les adjectifs et les adverbes, que l’on peut qualifier de « compléments », en ce qu’ils  viennent préciser, compléter. Qu’est ce donc qu’un nom sans adjectif, un verbe sans  adverbe? En fait, on dira que le « complément » est sous entendu, qu’il se situe sur un plan plus ou moins subconscient.  Quand on dit

« je lis »  ou « je mange »,  est -il indifférent de préciser ce qu’on lit ou ce qu’on mange? Mais n’est-il pas commode précisément de ne  pas avoir à préciser? On se réfugie ainsi dans l’asbtraction, faute de préciser de quoi il retourne. Il est d’ailleurs des langues où le complément

(d’objet) précéde le verbe, comme souvent c’est le cas en allemand et de fait n’est ce pas l’objet qui précise le sens à conférer au verbe?

Commencer la phrase par le verbe, c’est  rester le plus longtemps possible dans le flou / Mais il en est de même pour le nom  si l’on ne signale pas que telle chose est « bonne » ou « mauvaise » tout comme  on dira que l’on fait « bien » ou « mal » sans parler du passage d’une forme

positive à une forme négative. En fait les adjectifs et les adverbes sont porteurs d’un tel manichéisme lequel reste l’enjeu même de la plupart de nos messages. Le pouce dirigé vers le haut ou vers le bas.

Ne pas préciser si l’on  porte un jugement positif ou négatif sur ceci ou cela, c’est faire preuve de restriction mentale, cultiver l’ambiguité.

On observe ainsi qu’en évacuant les adjectifs et adverbes , l’on  perd singulièrement en précision et que l’on gagne en abstraction. Il  y a là

un enjeu social. Ne pas préciser n’est-ce pas contribuer à  forger un certain sentiment d’harmonie, de consensus? La langue d’Esope.

 

 

 

 

 

 

JHB

18 02 15

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