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Agnes Dallagnolo et Anne Rose. Enquête sur les femmes et l’astrologie

Posté par nofim le 27 juin 2015

Les femmes et l’Astrologie : un récent mariage ?

Anne Rose et Agnès Delagnolo-Fiquet

 

 

 

 

 

– Quelques questions aux femmes astrologues

La place des femmes dans l’Astrologie.

Les deux grands axes d’analyse : Nature et Culture.

Astrologie et affirmation sociale.

Fonction de l’Astrologie: pouvoir ou vocation ?

– Réflexions générales

Science et Religion : la guerre idéologique

La confusion de la femme avec le Féminin.

 

Dans le contexte des années 80, la question du lien qui unit les femmes à l’Astrologie devient d’actualité.

L’on assiste en effet depuis peu à un accroissement fulgurant de la gent féminine dans le public astrologique, à tel point que l’homme y est devenu implacablement minoritaire.

La femme a conquis ces dernières années nombre de domaines jusque là réservés aux hommes, mais avec plus ou moins de succès. L’Astrologie, elle, fait partie de ses franches conquêtes : les cours d’astrologie sont envahis par les femmes, les congrès aussi.

Un détail prête cependant à réflexion : bien souvent, si la majorité du public est féminine, l’orateur ou le professeur est, lui, de sexe mâle, détail qui alimente le vieux mythe de la réceptivité des femmes à un discours masculin. Mais est-ce un état de fait ou une question de temps ? Le moment est-il charnière ? Les femmes sont-elles en passe de devenir maîtresses à part entière de cette discipline ?

Où se situe donc l’avancée féminine en terre astrologique ?

Ce mouvement est intéressant si l’on considère le statut des femmes et celui de l’Astrologie, tous deux en pleine mutation. Et leurs images respectives: l’Astrologie, ces derniers siècles, était implacablement liée au monde de l’occultisme, monde caché, monde de l’inconnu, de l’irrationnel. Quant à la femme… Est-il encore nécessaire de rappeler le rôle qui lui fut attribué pendant plusieurs millénaires ?

Quelles conclusions peut-on alors tirer du mouvement qui s’est amorcé, tant pour les femmes que pour l’Astrologie ?

Quelques questions aux femmes astrologues

Pour nous guider dans nos réflexions, nous avons choisi d’interviewer quelques unes parmi les femmes astrologues les plus réputées.

Interroger ces femmes semble en effet indispensable, puisqu’elles seules sont capables de considérer la situation de l’intérieur, et de transmettre un véritable vécu au travers des difficultés ou découvertes qui ont jalonné leurs itinéraires.

Cependant, cette démarche d’interrogation n’est pas naïve, car comme le dit un proverbe chinois, « l’œil voit tout excepté lui-même », et s’il est facile pour ces femmes de parler de leur vécu, peut-il l’être autant d’analyser le mouvement dans lequel elles s’inscrivent ?

Traquer l’objectivité est en fait une utopie (que l’on pratique hélas bien souvent en Astrologie) et l’intérêt est autre : en tant qu’astrologues et connues, ces femmes sont représentatrices de leur profession, elles sont porteuses d’une certaine autorité. Elles participent activement à l’élaboration d’une image de l’Astrologie en intervenant à la télé, à la radio ou en entreprise, en écrivant des livres ou des articles… Et l’idée qu’elles se font de leur art, qu’elle nous paraisse juste ou erronée, a son importance et son intérêt pour dresser un portrait de la situation astrologique actuelle

Nous avons donc eu des entretiens avec Joëlle de Gravelaine, Danièle Rousseau, Catherine Aubier, Françoise Colin, Françoise Gauquelin, Irène Andrieux, Suzel Fuseau-Brach et Marieff Cavaignac[2] que nous remercions ici encore pour l’amabilité avec laquelle elles nous ont reçues.

La place des femmes dans l’Astrologie :

Afin d’établir une base comparative, toutes les interviews débutaient par la même question:

« Que pensez-vous de la place que tiennent les femmes dans le milieu astrologique depuis 10 ans ? »

Toutes sont d’accord pour constater une très nette avancée de la participation des femmes au sein de cette discipline. Cependant, les raisons évoquées sont diverses, et dès les premières réponses s’affirment des avis très différenciés.

Joëlle de Gravelaine justifie cette avancée par le fait que « l’Astrologie a conquis tout à fait sa place d’outil thérapeutique et psychologique », et que « les femmes sont d’une manière générale plus curieuses que la plupart des hommes, plus curieuses de toutes les démarches de connaissance de soi… je crois que c’est inhérent à la nature féminine. »

La place prépondérante des femmes dans le domaine astrologique apparaît donc sous ce regard comme une justice qui leur serait enfin rendue. Joëlle de Gravelaine reconnaît parfaitement aux hommes le droit d’être astrologue, mais déclare qu’« il faut avoir dans sa structure une psyché plutôt féminine (…) comme les artistes, les philosophes, les mystiques ou les thérapeutes. »

Avis partagé par Françoise Colin: « L’on est plus aptes en tant que femmes, l’on a plus d’intuition. »

Marieff Cavaignac constate, elle, qu’il y a effectivement beaucoup de femmes dans le milieu astrologique, mais que ce sont encore les hommes qui tiennent le haut du pavé. Elle attribue l’émergence nouvelle des femmes au fait que « la femme essaie de réémerger de siècles de servitude, donc de trouver une place malheureusement trop souvent singée sur la place qu’occupe l’homme dans la société ».

Françoise Gauquelin en revanche est très sociologique : «  Il me semble que d’une manière générale l’on donne plus la chance aux femmes de montrer leurs aptitudes qu’autrefois. Les femmes peuvent faire maintenant pratiquement tous les métiers.  »

Et Suzel Fuseau-Brach, en bonne scientifique, se contente d’émettre des hypothèses : « Effectivement, il y a plus de femmes que d’hommes dans le milieu de l’Astrologie. Mais pourquoi ? J’ai trouvé des horreurs écrites là-dessus ! Un éminent scientifique relie cela à la néo-inculture de la femme. Qu’il vienne me voir, il verra si je suis inculte ! Dans le Que sais-je ?, j’émets quelques hypothèses : cycles et sensibilité maternelle, une sensibilité qui fait que les femmes sont plus attirées par ces choses-là, le flair… »

Les deux grands axes d’analyse: Nature et Culture

Ces réponses définissent d’emblée deux grands axes antagonistes : le point de vue « culturel » ou le point de vue « naturel » (celui du relatif et celui de l’absolu).

Selon le premier, l’avancée des femmes dans l’Astrologie est symptomatique d’un moment culturel dans lequel les femmes font irruption dans tous les domaines jusque-là réservés aux hommes. Selon le second, cette avancée est la conséquence définitive de la récente liberté accordée aux femmes d’user de leurs droits: l’Astrologie est donc rendue à la femme, comme l’Alsace et la Lorraine à la France.

Françoise Colin est la seule qui défende le point de vue « de nature » en toute certitude : « Les femmes sont faites pour l’Astrologie » donc le mouvement récent n’est que normal.

Ce qui jouxte cette idée, c’est qu’hommes et femmes ne pratiquent pas la même astrologie, l’une étant plus liée à la vie, l’autre au discours sur la vie.

« Les hommes sont plus théoriciens, ils font des livres, répertorient, classent, mais sont moins bien dans la pratique. » (Françoise Colin)

« L’Astrologie pratiquée au début du siècle, l’Astrologie des polytechniciens, des statisticiens, des Picard, de Don Néroman qui était ingénieur des Mines, c’était beaucoup moins une astrologie psychologique qu’une astrologie statistique ou éventuellement philosophique. » (Joëlle de Gravelaine)

Joëlle de Gravelaine s’interroge en même temps qu’elle parle, puisqu’elle constate également dans ses séminaires une très récente augmentation du nombre d’hommes.

Qui sont donc ces hommes qui font mentir nos premières affirmations ?

Joëlle de Gravelaine les assimile aux « nouveaux pères », plus attentifs à leurs enfants, etc. Parlant de cette curiosité à se connaître « inhérente à la nature féminine », Joëlle de Gravelaine se reprend un peu plus tard et ajoute qu’hommes et femmes sont à égalité devant l’Astrologie, à condition cependant que l’homme soit nanti d’une psyché « plutôt féminine ».

Accorder aux hommes qui pratiquent l’Astrologie une « psyché plutôt féminine », n’est-ce pas placer d’emblée l’Astrologie du côté du féminin ?

 

Catherine Aubier, qui préfère « écrire des livres que faire des consultations à la chaîne », Françoise  Gauquelin qui travaille essentiellement au plan de la recherche scientifique, se voient donc ôter par leur propre sexe la capacité à y être vraiment compétentes ! Car, soyons fair play, si « les hommes sont plus théoriciens, mais sont moins bons dans la pratique », la réciproque devrait être vraie, et les femmes, donc, ne devraient pas vraiment être à leur place dans le domaine conceptuel ?…

«  Sûrement pas, rétorque Suzel Fuseau-Brach, il n’y a aucune différence de mode de pensée entre chercheurs masculins et féminins.  »

Françoise Gauquelin raconte pourtant qu’elle a déjà eu à faire avec cette forme de sexisme.

« Tout le monde admet mieux les hommes que les femmes pour la recherche scientifique. Alors je fais plus de choses que je n’en aurais fait spontanément, pour compenser ce handicap.  »

Curieusement, Françoise Gauquelin assure ouvertement une fonction de recherche depuis qu’elle est séparée de son mari Michel Gauquelin , chercheur lui aussi. Et Catherine Aubier s’est elle aussi lancée dans l’écriture lorsqu’elle s’est retrouvée seule:

«  C’est après mon veuvage que j’ai commencé à écrire des livres et donc que j’ai acquis une certaine notoriété sur le plan astrologique. »

Les circonstances qui ont présidé à ce changement d’activité auraient de quoi faire réfléchir bien des psychologues.

Un peu comme si leur solitude subite les avait obligées à (ou permis de) mettre en oeuvre une part nouvelle de leur personnalité, au travers d’activités communément réservées aux hommes. Leur psyché est-elle pour autant devenue « plutôt masculine » ?

«  J’écris, ce que je ne faisais pas avant. » affirme  Françoise  Gauquelin

Et à la question : «  Quel est le rôle de la femme en Astrologie ? », elle répondra alors :» Tous les rôles possibles, bien sûr! »

Pour Françoise  Gauquelin donc et pour Marieff Cavaignac, la proportion de femmes augmente dans l’Astrologie comme partout, et ne tire pas à conséquence sur la nature même de l’Astrologie.

Pour Danièle Rousseau également : « C’est une question de génération, de culture. Les hommes jeunes d’aujourd’hui possèdent des qualités que leurs aînés n’utilisaient pas, ou pas de la même manière. »

Astrologie et affirmation sociale

Une autre question posée à toutes ces femmes portait sur l’influence exercée par leur fonction d’astrologue sur leur statut social.

Sur ce point, toutes sont d’accord pour reconnaître que leur titre d’astrologue constitue la plupart du temps un handicap, et tout au moins une forme de provocation ou de mystère.

« On peut être femme et scientifique, scientifique et astrologue, oui, mais facilement, non ! Je suis docteur es sciences, je suis directeur de recherche au CNRS, je dirige un laboratoire. J’ai appris l’astrologie depuis vingt ans, et je ne connais personne parmi mes chers collègues, proches ou lointains, qui ait fait cette démarche. » (Suzel Fuseau-Brach)

« Quand j’ai commencé à faire de l’Astrologie en 1949 je rasais un peu les murs et je n’avouais l’Astrologie que si je sentais le terrain favorable…. La plupart du temps je disais que je faisais du journalisme, et si l’on me répondait « mais vous faites aussi de l’Astrologie », je rétorquais « oui, de la recherche »! « Tant que l’Astrologie est encore un outil contesté par un certain nombre de personnes cela rendra contestable l’astrologue… » (Joëlle de Gravelaine)

« L’Astrologie, cela suscite beaucoup d’intérêt, de curiosité, mais l’on rase encore les murs pour aller consulter un astrologue. Les jeunes s’y intéressent de plus en plus par le biais de la psychologie, mais on ne peut pas dire, malgré tout, qu’elle soit installée socialement. » (Françoise Colin)

Cet état de fait repose pour nombre de ces femmes sur le récent passé « occulte » de l’Astrologie, son assimilation à la voyance, monde dans lequel les femmes avaient depuis longtemps pénétré, où dans lequel on les avait enfermées, diront certaines.

Là, l’historique bât de l’aile : pour certaines, le début du XXe siècle a vu l’émergence sociale d’une astrologie débarrassée de son odeur de soufre et masculinisée pour la circonstance, représentée par Don Néroman, Barbault, Hadès,…

Pour d’autres, femmes et Astrologie. sont sorties bras-dessus/bras-dessous et en même temps de leur ombre séculaire :

« Les femmes étaient intéressées par l’Astrologie de façon cachée; déjà au siècle dernier l’on évoquait souvent des femmes dans les expériences para-psychologiques, de spiritisme, de médiumnité, etc. Tout cela se mélangeait un peu avec l’Astrologie. Et puis l’Astrologie s’est beaucoup développée socialement, mais en même temps les femmes aussi sont devenues plus libres de se manifester. »

Les vapeurs de soufre ou d’encens qui entourent l’Astrologie sont encore proches, et pas une des femmes interrogées ne lui rend grâce d’avoir été un tremplin social. Elles ont parfois quitté une profession gratifiante pour se lancer dans cet univers opaque – telle Marieff Cavaignac, qui était « pharmacienne biologiste et bien établie » –, et certaines avouent même y être venues malgré elles :

« A cette époque de ma vie j’ai eu le choix entre crever de faim ou faire quelque chose. J’ai préféré faire quelque chose et ce qui s’est présenté est venu sous la forme du journalisme : j’ai dû faire des papiers d’Astrologie. »(x)

«  Pendant trente ans j’ai travaillé pour mon mari qui faisait des recherches en Astrologie. Mais je ne m’intéressais pas à l’Astrologie en tant que telle. J’y suis venue parce que j’aimais mon mari. » ( Françoise  Gauquelin)

 

«  J’étais comme tout le monde, je croyais que l’Astrologie n’était pas une science. Et puis, un jour, à Londres, je suis tombée sur le premier ordinateur astrologique. Pour m’amuser, j’y ai mis les dates de naissance de mes proches. Et je me suis aperçue à ma très grande surprise – je me souviens encore de cet instant – qu’il y avait des textes différents les uns des autres!

Auparavant je croyais que les descriptions psychologiques des gens, parfois justes, l’étaient du seul fait du flair des astrologues. Mais quand j’ai vu un ordinateur sortir ces mêmes observations, ça m’a beaucoup troublée. J’ai donc voulu savoir ce qu’il y avait là-dessous, c’est mon tempérament. Et j’ai monté des thèmes. J’en ai monté des centaines.  » (Suzel Fuseau-Brach)

Quelle que soit leur passion pour l’Astrologie, elles s’accordent toutes à dire que l’Astrologie est entouré d’une aura ambiguë :

«  L’Astrologie est un outil encore contesté par un certain nombre de personnes, d’autant plus que, il faut avoir le courage de le reconnaître, dans la profession il y a beaucoup de gens qui font n’importe quoi. » (Joëlle de Gravelaine)

«  C’est terrible ! Vous voyez aujourd’hui l’Astrologie mélangée à l’occultisme, l’ésotérisme, la voyance … Il faudra que l’Astrologie arrive à être intéressante pour plus de scientifiques – nous sommes 3 ou 4 dans le monde, il en faudrait 100 fois plus ! Et qu’elle devienne une science qu’on enseigne, qu’elle décroche de l’occultisme. Moi j’ai une attitude fondamentalement causaliste et déterministe, tout à fait scientifique, je n’ai pas l’impression d’être occulte.  » (Suzel Fuseau-Brach)

«  J’ai continué mes recherches en Astrologie parce que c’était un domaine magnifique qui s’ouvrait devant mes yeux, malgré sa réputation… » ( Françoise  Gauquelin)

«  J’ai remarqué, en dehors de la structure professionnelle, que le fait qu’on soit astrologue fait peur. » (Catherine Aubier)

Si reconnaissance sociale il y a, elle est bien souvent attribuée aux autres activités professionnelles :

« Les gens qui savent que je suis directrice de collection dans une grosse boîte d’édition, et donc que je travaille dans un domaine qui n’a rien à voir avec l’Astrologie se disent : « Pour publier Fromm ou Bettelheim peut-être qu’elle n’est pas complètement dingue »…Ma double activité m’a sans doute donné un certain crédit. » (Joëlle de Gravelaine)

Pourtant, même Suzel Fuseau-Brach ne semble pas à l’abri de problèmes: «  Ah que non ! Maintenant que je suis à 2 ans de la retraite, j’ai pu sortir le Que sais-je ?, mais je ne l’aurais pas fait 10 ans plus tôt, car j’aurais eu des problèmes. J’aurais été mal vue, j’étais responsable de crédits officiels. Et un an et demi après sa parution, je suis la cible de gens qui mènent une offensive tous azimuts depuis 50 ans contre l’Astrologie.

 

Par un curieux phénomène de contamination, le fait qu’une scientifique s’intéresse à l’Astrologie ne donne pas de caution à l’Astrologie, mais contamine au contraire la scientifique !

Dans une époque où les femmes conquièrent le domaine professionnel, leur avancée dans un secteur qui risque de les marginaliser encore plus pose question. L’on ne peut pourtant pas accuser notre société de pousser ses femmes vers l’étude des astres comme on l’a accusée de les maintenir devant leurs fourneaux…

Alors ? Quelles raisons ont bien pu motiver ces femmes à s’engager dans une telle voie ?

Fonction de l’Astrologie : pouvoir ou vocation ?

Pourquoi autant de femmes s’engouffrent-elles dans un domaine qui risque de les replonger dans les limbes de leur culture ? Est-ce pour conserver un pouvoir en voie de disparition ? Cela, bien des détracteurs l’affirment.

L’assimilation classique de l’Astrologie à la voyance et la magie nous renvoie immédiatement à la notion de pouvoir, pouvoir occulte et impressionnant de l’astrologue autant que de l’Astrologie.

Comment réagissent nos astrologues à la question du pouvoir ?

Marieff Cavaignac parle du « pouvoir inhérent à toute profession d’aide. »

Catherine Aubier considère, en revanche, l’Astrologie non pas comme un pouvoir mais comme une connaissance, et cherche à se défendre contre cette image « dont les gens nous affublent » :

« De toute façon l’Astrologie est considérée comme donnant un pouvoir à celui qui la pratique, que ce soit un homme ou une femme. L’on donne l’impression de détenir un pouvoir par rapport à la personne qui ne connaît pas l’Astrologie, d’être « celui qui sait », c’est dangereux et c’est pour cela qu’il faut être prudent dans notre démarche et tenter de faire comprendre aux gens que nous n’avons pas un pouvoir mais une connaissance qui peut être transmise. »

Joëlle de Gravelaine constate qu’effectivement l’Astrologie peut être un outil de manipulation :

« …C’est un outil qui peut être dangereux si l’on n’ a pas un minimum de connaissance dans le domaine psychologique (…) le consultant va recueillir la parole magique de l’astrologue… et ça peut l’aliéner complètement. »

Mais elle ajoute qu’elle a « plutôt l’impression que c’est un outil qui donne sa liberté à l’autre. »

Elle évoque également le « pouvoir maternel » dont est investi l’astrologue homme ou femme, à partir du moment où « il aide l’être à accoucher de ce qu’il est. »

Et avec une ironie mordante, elle déclare :

« A l’intérieur de ma spécialité, je suis un peu considérée comme une grande prêtresse de la Lune noire, Lilith est mon enfant chérie… j’ai renoncé à ne pas faire peur aux hommes depuis longtemps, ça m’est devenu tout à fait indifférent. »

Françoise Colin, elle, considère l’Astrologie comme « reliée aux forces supérieures positives ». Et elle accepte le pouvoir pour peu qu’il soit positif :

«  Il faut que la personne soit rechargée en partant. »

«  Ce qui compte pour moi c’est (…) d’apporter quelque chose de lumineux et surtout pas de négatif. »

Elle ajoute : « L’Astrologie permet de dépasser son thème et sa destinée » et de « guider les gens ».

Et considérant le pouvoir de la femme, elle conclut :

«  La femme a plus de poids, dit des vérités plus profondes et plus universelles que l’homme qui existe, lui, par la société. C’est lui qui est installé socialement, et la femme détient un pouvoir qui dépasse la société, la science du moment. »

Après cela, l’on n’est guère étonné de l’entendre constater qu’en consultation «  la femme est plus ouverte… un homme se bloque plus facilement… ça marche mieux avec les femmes… les hommes ont peur… » Et pour cause! Alors même que Catherine Aubier, elle, remarque que les hommes se confient à elle « beaucoup plus facilement que les femmes »!

Autant de femmes, autant d’Astrologies ?…

Bien qu’il soit loin d’être partagé par l’ensemble du milieu astrologique, le point de vue de Françoise Colin présente l’intérêt et l’honnêteté de reconnaître ouvertement le type de pouvoir dont l’Astrologie et les astrologues sont encore porteurs.

 

Comme nous le constatons, le pouvoir dont l’astrologue est investi est loin d’être confortable, et semble bien proche de celui des sorcières d’antan :

« Lorsque j’ai commencé à faire de l’Astrologie, autour de moi on me considérait comme une sorcière. Par la suite, une revue m’a aussi traitée de « sorcière d’entreprise ». » (Danièle Rousseau)

Cette image a même pu obscurcir leur vie privée :

« Dans ma vie personnelle l’Astrologie a sûrement été un handicap parce que les hommes ont horreur des femmes qui leur donnent l’impression qu’elles ont un savoir sur eux qu’ils n’ont pas eux-mêmes. Ca leur donne le sentiment qu’ils ont affaire à une sorcière, et les sorcières on les brûle où on les rejette… » (Joëlle de Gravelaine)

Au vu de tous ces handicaps, l’on s’interroge sur les raisons qui poussent les femmes à s’engager dans le monde de l’Astrologie ?

 

Ici encore, toutes nos astrologues se rejoignent pour affirmer en chœur qu’elles sont astrologues par vocation, parce que l’Astrologie est « un merveilleux outil de connaissance de soi et de l’autre ».

« L’Astrologie m’a permis d’être mieux dans ma peau, plus équilibrée. » (Françoise Colin)

« Je suis venue à l’Astrologie par curiosité, j’avais vu un astrologue qui m’avait dit un certain nombre de choses étonnantes. Je me disais: « J’aimerais voir ce qu’est cette Astrologie, et si l’on peut atteindre une connaissance de soi »… Et j’y suis restée par passion pour des idées. » (Marieff Cavaignac)

« Plus que m’affirmer socialement, l’Astrologie m’a aidée à avoir avec les gens des rapports plus spontanés et plus authentiques. » (Catherine Aubier)

 

Si nous récapitulons tout ce qui a été affirmé par ces femmes, nous constatons que l’Astrologie jouit encore d’une fort mauvaise réputation, qu’elle figure souvent un handicap social pour celui qui la pratique, mais que les femmes qui s’y consacrent sont de plus en plus nombreuses, et qu’elles y sont toutes fortement attachées.

Les projections négatives faites sur l’Astrologie sont dénoncées ou supportées ironiquement, mais aucune de ces femmes ne s’interroge vraiment sur leur bien-fondé. Pour elles, l’Astrologie est encore victime d’un vieux préjugé magique alors qu’elle est tout simplement un outil de connaissance au même titre qu’un autre.

Réflexions générales

Science et Religion, la guerre idéologique

L’Astrologie est souvent assimilée aux sciences humaines et, en effet, ces jeunes pousses de l’arbre de la Science présentent nombre de points communs avec la vieille Dame Astrologie.

L’entrée dans ce monde reconnu exigerait cependant de l’Astrologie qu’elle effectue, telle la petite sirène, le sacrifice de son langage divinatoire, qu’elle quitte le monde des profondeurs et qu’elle accepte de prendre en compte d’autres paramètres que ceux qu’elle avait l’habitude de reconnaître.

Y est-elle prête ? Et surtout, en est-elle capable ?

Il est symptomatique en effet de constater que l’astrologie ne possède aucun statut officiel de reconnaissance, et qu’elle est déconsidérée même – et surtout – par ceux qui devraient logiquement s’en sentir les plus proches : psychologues et psychanalystes.[3]

Comment expliquer un tel rejet ?

Suzel Fuseau-Brach regrette les lacunes de formation scientifique de la plupart des astrologues, alors que l’astrologie pourrait à son sens se constituer en véritable science, avec une épistémologie.

Cependant, au-delà du problème de la formation des astrologues, il convient de considérer la nature même du fait astrologique, que l’on oublie trop souvent aujourd’hui et qui peut expliquer un tel phénomène d’exclusion.

En effet, contrairement à toutes les autres disciplines rattachées aux Sciences humaines, l’Astrologie est basée sur un postulat totalement anachronique : celui qu’il existe un lien fondamental, une dépendance, entre les positions des planètes au moment de la naissance d’un individu et son tempérament de base. Bref, dans l’idée astrologique, l’être humain peut être perçu non en fonction de ce qu’il crée (graphologie) ou de son histoire (psychanalyse), mais a priori, du fait même qu’il s’est mis à vivre un jour et une heure donnés.

L’Astrologie continue à tisser un lien arbitraire avec l’Univers et perpétue la pensée religieuse (au sens étymologique de « qui relie ») qui lui reconnaît un Sens.

Comment une telle idéologie peut-elle être reconnue par une société qui s’affranchit de plus en plus de sa dépendance naturelle ?

Deux grands types de pensée cohabitent donc actuellement au sein de notre culture : l’un que l’on a – à tort – appelé pensée rationnelle, et qui met en avant le pouvoir de l’Homme seul et de sa raison sur lui-même. L’autre qui s’appuie sur une vision religieuse du monde, dans laquelle l’Homme est en relation étroite avec l’Univers.

Il est étonnant qu’aucune des femmes astrologues interrogées ne se soit posée la question du rapport des femmes et de l’Astrologie sous l’angle idéologique. Car les conclusions sont lourdes de conséquences : si les femmes sont « plus » faites pour l’Astrologie, et que l’Astrologie correspond à un système de pensée spécifique, logiquement les femmes seront les représentantes privilégiées de ce système du monde-là.

Il y a fort à parier alors que l’on retombera dans la situation pourtant tant dénoncée d’une division des rôles d’homme et de femme au sein de notre société.

Un discours voisin alimente également cet état de fait, c’est celui-ci :

Dans notre culture, la Science a remplacé la Connaissance par la compréhension des faits. Cette Science, rationaliste, analytique, est communément associée au symbole du Masculin – dont elle figure en fait l’un des dévoiements. Et face aux abus du monde moderne naît la nécessité de retrouver une voie de sagesse.

Le Masculin perd donc peu à peu ses prérogatives et se retrouve porteur d’un certain nombre de projections négatives.

Qui est alors à même de remplir toutes les fonctions dont ce Masculin s’est montré incapable ? Le Féminin bien sûr, qui dans un jeu de balançoire sort à nouveau de l’ombre (nous serions tenté de dire « de l’onde… ») paré pour la circonstance de qualités opposées : univers de la pensée symbolique, sensibilité, intuition, compréhension, finesse, les qualités du Féminin arrivent à point nommé pour réenchanter le monde.

L’on a tant glosé sur les injustices dont le Féminin a été la victime que pour lui rendre son dû l’on abaisse son complémentaire – devenu par la force des choses son antagoniste – réitérant la même erreur que précédemment.

Que l’intégration du Féminin à notre culture constitue actuellement une issue, soit, mais en quoi les femmes protéiformes sont-elles concernées ?

Dans bien des cultures hélas, l’on a tôt fait d’identifier la femme, les femmes au Féminin, confondant l’évolution des unes avec le statut de l’autre. Il est vrai que le statut socio-culturel des femmes découle bien souvent des projections qui sont faites sur le principe féminin. Mais tout n’est pas si simple!

Le Féminin, comme le Masculin, sont des modes d’êtres, ou des niveaux de fonctionnement qui appartiennent autant à l’homme qu’à la femme. Notre culture a cependant poussé les différences jusqu’à la caricature, et la confusion femme/Féminin est bien installée. Le plus étonnant est que les femmes ne nient pas la confusion en elle-même, mais seulement les côtés déplaisants issus de cette confusion. Si celle-ci entraîne une forme de privilège, elles sont encore prêtes à se précipiter dedans.

Dans la lignée de ce qui a été dit plus haut, la femme apparaît aujourd’hui comme une sorte de sauveur de l’humanité : plus sensible, plus proche de la vie, elle freine les instincts destructeurs, agressifs de l’homme. (D’ailleurs, les femmes interrogées affirment que dans le milieu astrologique, la concurrence entre femmes n’existe pas !).

Et lorsqu’une femme se mêle d’être différente, elle en perd son appellation ![4]

Cette fonction rédemptrice de la femme est défendue actuellement par nombre de mouvements laïques ou religieux.[5] Elle s’inscrit dans la lignée du rôle protecteur ou purificateur tenu ces derniers siècles par la Sainte Vierge, à la différence près que l’on demandait auparavant aux femmes de servir la Sainte et de l’imiter. Aujourd’hui, où plus aucun modèle mythique n’est opérant, c’est à la simple femme elle-même de se hisser au rang de symbole de vie !

L’Astrologie apparaît alors comme l’un des outils les plus adaptés à la délicate mission de la femme d’aujourd’hui : n’a-t-elle pas subi les mêmes outrages ? N’est-elle pas en passe de reprendre ses droits ? N’illustre-t-elle pas elle aussi le lien intime qui unit l’Homme à l’Univers ? N’a-t-elle pas été foulée aux pieds par la Science au pas pesant, la Ratio sans âme qui a tenté de faire de l’Homme le maître solitaire et incontesté du monde ?

Ne fut-elle pas également la première des Sciences, au temps ou Science et Connaissance étaient encore unies ? L’Astrologie n’est-elle pas un merveilleux moyen d’accès au coeur de l’âme ?

Souvenons-nous des affirmations de nos interviewées : ce qui pousse les femmes vers l’Astrologie, ou plutôt ce qui fait que femmes et Astrologie se rejoignent, c’est cette vocation commune d’« explorer l’être ».

Et citons encore quelques unes de leurs affirmations :

«  C’est la femme qui fait bouger les choses.  » (Marieff Cavaignac)

«  C’est un état de fait, on est plus aptes en tant que femmes, on a plus d’intuition.  » (Françoise Colin)

«  L’Astrologie est devenue un travail basé sur l’écoute et la compréhension et ce sont peut-être des caractéristiques d’un esprit féminin, qui vont plus avec un fonctionnement féminin.  » (Catherine Aubier)

«  Les femmes sont d’une manière générale plus curieuses que la plupart des hommes, plus curieuses de toutes les démarches de connaissance de soi.  » (Joëlle de Gravelaine)

«  Je pense que le rôle de l’astrologue c’est un rôle d’accoucheur, et il peut y avoir des hommes comme des femmes dans cette fonction… [mais] …il faut avoir dans sa structure une psyché plutôt féminine.  » (Joëlle de Gravelaine)

 

Les profits d’une telle identification sont évidents – à court terme. Qui refuserait d’être investi d’un tel rôle ? La femme se sent alors écoutée, respectée, elle qui s’était sentie rejetée, niée pendant si longtemps.

Aidée de l’Astrologie, elle réussit même le tour de force de conserver ses pouvoirs magiques d’antan!

Cette technique ancestrale à bien longtemps fait ses preuves : elle permet d’aller fort loin dans la connaissance d’autrui, et la peur qu’elle inspire n’a d’égal que la force de son pouvoir de pénétration dans l’intimité de chacun.

L’Astrologie n’est pas encore reconnue, mais elle s’impose peu à peu là où l’on ne l’aurait jamais cru capable de s’insinuer : dans le monde des affaires. Danièle Rousseau a eu le courage et/ou l’à-propos de monter le premier cabinet de recrutement qui annonce ouvertement utiliser l’Astrologie comme outil de prospection. Dans les années à venir son initiative risque d’être fortement récompensée, car comme la graphologie les résultats obtenus par l’Astrologie vont convaincre plus d’un sceptique.[6]

L’on comprend donc quel avantage la femme peut tirer à entretenir une relation privilégiée avec l’Astrologie : elle reste la gardienne de l’accès aux âmes et en exclut tous ceux parmi ses partenaires qui ne font pas mine de l’imiter. Et non sans revendiquer par ailleurs l’accès en toute égalité aux domaines qui étaient auparavant réservés aux hommes… Peut-on imaginer le scandale que ferait aujourd’hui certaines déclarations de nos femmes astrologues ont effectuée, mais à l’inverse ? Voyons plutôt : «  Ce sont les hommes qui font bouger les choses… Les hommes sont plus du côté de la vie… Les femmes ont peur… Les femmes, comme chacun sait, sont de grandes petites filles !… » (etc.)

La femme était maîtresse du dedans, du foyer, de l’intimité, la voilà en plus maîtresse du dehors : quel vertige ! L’avenir est prometteur…

Un tel mouvement représente cependant bien des dangers.

Les femmes, sans s’en rendre compte, sont en fait en train de se laisser abuser une nouvelle fois. Mais il n’est plus possible d’accuser autrui, cette fois-ci. Commettant la même imposture, elles se retrouvent au sein d’un univers globalisant, « aformel », monde magique où l’on sait parfois sans avoir (à peine) appris, où tout se sent, se comprend, se perçoit d’emblée.

De plus, comme nous venons de le voir, il est possible de confondre une simple inversion de rapport de force avec une authentique évolution. A ce rythme, l’on peut continuer longtemps à chanter alternativement les louanges de l’une ou l’autre des parties – Masculin ou Féminin – pour s’empresser ensuite, aux premiers excès, d’aller trouver refuge chez son opposé…

Comme à la cour de certains monarques où ministres et favorites se succédaient, adulés un jour, bannis le lendemain, l’Astrologie risque fort de payer chèrement l’image de sagesse globalisante dont elle se laisse aujourd’hui parer. Il sera bien temps alors d’aller pleurer misère et de faire pénitence!

Un autre danger pour la femme, bien sûr, est de rester prisonnière de cette identification : une projection est toujours double, elle porte en elle sa face claire et sa face sombre.

Sa face claire : la bonne mère protectrice.

Sa face sombre : la sorcière.

Etre porteuse des qualités propres au Féminin enferme les femmes dans un rôle, une cage dorée. Ainsi, Joëlle de Gravelaine et Irène Andrieux se plaignent-elles d’être « considérées comme des Grandes Mères ». N’ont-elles pas aidé à tracer leur image en prétendant que « l’Astrologie des femmes est plus humaine », que « la femme est plus proche des valeurs de l’être.. », ou que « les hommes, comme chacun sait, sont de grands enfants! » ?

De la même façon, déclarer les femmes « plus proches de l’Astrologie » dans un système ou Masculin et Féminin, hommes et femmes, sont considérés non comme complémentaires mais comme antagonistes, c’est faire de l’Astrologie le déversoir de tout ce qui s’oppose au Masculin-Logos, c’est enfermer l’Astrologie dans une seule fonction.

Conclusion

Face à ces fâcheuses conséquences, plusieurs voies se sont tracées.

Pour tenter de résoudre le paradoxe dans lequel s’ébat l’Astrologie, des mouvements se créent ici et là. Leur propos est d’offrir à l’Astrologie les mêmes garanties et les mêmes devoirs qu’aux autres sciences humaines.

Ces mouvements insistent tout particulièrement sur l’aspect déontologique de la profession d’astrologue, considérée comme une profession d’aide au même titre que d’autres disciplines (médecine, psychologie,…)

«  Nombre de personnes se sont regroupées autour d’un code déontologique. Moi-même, je fais partie de la Fédération Francophone d’Astrologie créée par Danièle Rousseau et dont elle est la présidente. Cela nous permet d’échanger des idées et d’établir un code déontologique. Car il y a des choses qui ne se font pas en Astrologie, par exemple on ne dit pas à quelqu’un « vous mourrez avant 34 ans »! » (Joëlle de Gravelaine) [7]

«  J’ai créé la FFA afin de donner aux astrologues à et l’Astrologie un moyen de se battre et d’exister dans le monde moderne. » (Danièle Rousseau)[8]

Les références de plus en plus nombreuses à la psychanalyse montrent que les astrologues éprouvent le besoin d’étayer leur pratique des acquis d’une discipline déjà plus intégrée et plus structurée : code déontologique, écoles, échanges entre professionnels, …

De prime abord, l’on ne peut que se réjouir que de tels scrupules animent l’âme des astrologues.

Cependant, l’enseignement majeur de la psychanalyse repose sur la prise en compte de l’Inconscient, donc de la personnalité du thérapeute et des sentiments qu’il éprouve face à son client. Or, cette dimension de travail sur soi et sur sa subjectivité, qui est facilement repérable chez les alchimistes ou dans certaines pratiques religieuses de l’Antiquité, a presque entièrement disparu du discours et de l’univers des astrologues d’aujourd’hui.

Et il y a fort à craindre que l’assimilation de l’Astrologie à la psychanalyse serve plus à peaufiner les techniques d’interprétation qu’à conduire les astrologues à réfléchir sur leurs propres projections.

Bien souvent, au plan théorique les astrologues semblent conscients de la dimension projective de l’Astrologie; mais leur pratique et la réalité des faits la contredisent implacablement.

Il est dommage que les femmes interviewées ici ne se soient pas demandé une seule fois si les projections faites sur elles et leur profession pouvaient être justifiées. Comme si le terme de « projection » équivalait automatiquement à « image fausse »! Alors que le contact, même rudimentaire, avec la psychologie clinique nous apprend que «  la projection est une veste qui va bien à celui qui la porte  ». Niant cette vérité psychologique, l’on se contente alors d’accuser les autres.

C’est ici cependant, dans ce travail sur l’entre-deux, sur objectivité/subjectivité, que pourrait s’accomplir la véritable réconciliation du Masculin (le Logos, analytique) et du Féminin (la Sophia, rassemblante, analogique, symbolique), en dehors de toute réduction à l’homme ou la femme protéiforme.

Dès lors, affirmer que l’Astrologie appartient plus à l’une ou l’autre des tendances n’a plus de raison d’être, puisqu’elle se présente comme une union des deux. Chacun, selon son idéologie ou son tempérament, pouvant en illustrer des aspects différents et complémentaires.

L’Astrologie ne serait donc pas plus « vraie » lorsqu’elle est utilisée dans la relation d’aide que lorsqu’on s’en sert comme instrument de recherche.

Plutôt que de tenter de normaliser l’Astrologie et de lui ôter son parfum magique, pourquoi ne pas accepter que la tache à accomplir soit un travail sur soi d’abord, analogue à l’ascèse des cultures précédentes ?

N’est-ce pas là que se situerait une véritable prise de conscience ?

Que le récent passé culturel des femmes les prédisposent à se situer dans une recherche personnelle, soit. Encore faudrait-il que cette recherche, comme toute recherche honnête, intègre l’autocritique et l’interrogation sur la manière dont on utilise ses outils…

 

Car, comme le dit si bien Joëlle de Gravelaine :

« L’Astrologie n’est pas une science, mais un art, et un art qui vaut ce que vaut l’artiste »…

 

Catherine Aubier et Joelle de Gravelaine répondent à Agnès Fiquet-Dellagnolo…

Agnès Fiquet-Dellagnolo : Que pensez-vous de la place que tiennent les femmes actuellement au sein du milieu astrologique ?

Catherine Aubier : C’est intéressant. Lorsque j’ai commencé ce métier et que je suis entrée dans le milieu, il y a une dizaine d’années, il n’y avait que des hommes. Je faisais de l’Astrologie dans mon coin, je n’avais jamais eu à l’époque d’activités associatives, et elles ont commencé lorsque je suis entrée au GERASH et au MAU. A ce moment là les seuls astrologues reconnus étaient des hommes. Le seul nom féminin qui me vienne à l’esprit alors c’était Joëlle de Gravelaine. C’était vraiment l’Ere des hommes… Et puis petit à petit, les femmes ont pris leur place dans ce métier. Je pense que ça correspond peut-être à une évolution de l’Astrologie, c’est-à-dire que j’ai l’impression que l’Astrologie telle qu’elle était pratiquée à un certain moment par les hommes était une Astrologie assez directive, et elle l’est devenue moins avec l’évolution de la psychologie. L’Astrologie est plutôt devenue un travail basé sur l’écoute et la compréhension, qui sont peut-être plus caractéristiques de l’esprit féminin – c’est caricatural -, ou qui vont de pair avec un fonctionnement féminin.

 

A.F.: Pouvez-vous nous parler de la consultation astrologique ?

Joëlle de Gravelaine : L’Astrologie est un outil qui peut être dangereux si l’on a pas un minimum de connaissance dans le domaine psychologique, si l’on n’a pas conscience des risques de projections que l’on peut faire sur l’autre, si l’on dit des choses maladroitement… Le consultant va recueillir la parole magique de l’astrologue (comme est magique celle du psychanalyste), il va y réfléchir… et ça peut l’aliéner complètement. Je suis personnellement hostile à un excès de prévisions ou de prédictions parce que psychologiquement j’estime que cela peut être dangereux. Pourtant j’estime que l’Astrologie est un formidable outil de connaissance de soi, et qu’à ce titre il n’y a aucune raison de le récuser.

 


[1] – Cette enquête a débuté durant le Colloque sur la Lune en mars 1987 avec les entretiens d’Agnès Dellagnolo-Fiquet

[2] – Entretiens réalisés par Agnès Delagnolo-Fiquet et prolongés, dépouillés et commentés par Anne Rose.

[3] – Lors du Forum des Psychologues de juin 87, consacré aux « Temps de la vie » et dont l’Astrologie était absente, elle s’est entendue définir comme un « résidu de pensée pré-scientifique » par l’un des organisateurs du congrès.

[4] – Que l’on se souvienne de Mrs. Thatcher chantée par Renaud…

[5]La femme avenir de l’homme titrait récemment un célèbre mensuel du Nouvel Age.

[6] – Il est bien évident que nous n’abordons ici que l’aspect de rentabilité des résultats obtenus, sans nous interroger sur leur valeur morale.

[7] – Déclaration faite en 1987-88.

[8] – Déclaration faite en 1987-88.

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