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Jacques Halbronn Le mystère de la rupture chronologique des éditions centuriques entre 1568 et 1588

Posté par nofim le 1 mars 2021

Le mystère de la rupture chronologique des éditions centuriques entre 1568 et 1588 par

Jacques  Halbronn

 

Une question se pose  aux tenants d’éditions centuriques qui seraient antérieures à 1588  est celle du « trou « béant dans leur chronologie  pendant une vingtaine d’années! Aucune explication ne nous est parvenue à ce sujet. Comment s’est opérée la transition entre l’édition « complète » à dix centuries  qui se présente comme parue en1568, deux ans environ après la mort de Michel de Nostredame  et les premières éditions centuriques connues pour 1588. On peut toujours dire évidemment que des éditions auraient disparu mais le zéle des chercheurs et des collectionneurs, depuis ce temps, accorde peu de crédit à une telle supposition. Mais peut- on cependant  accorder un satisfecit aux bibliographies parues dans les années 1989-90 de Chomarat et de Benazra, cette dernière à notre initiative? Nous avons dans notre bibliothèque deux exemplaires dédicacés en date du 2 février  1984 de Chomarat  de sa Bibliographie Lyonnaise des Nostradamus et de son Supplément  (Centre Cultirel de Buenc 1973 et 1976 On notera le pluriel « des Nostradamus », ce qui englobe d’autres auteurs que le seul Michel de Nostredame  et notamment  Antoine Crespin et ses Prophéties  par l’astrologue du treschrestien Roy de France  (…)  dédiées   à la puissance divine  & à la nation française, Lyon 1572, auxquelles nous avons consacré un reprint en 2002. Chomarat cite également  pour 1574 , chez Benoist Rigaud, censé avoir publié les éditions de 1568,  des Prédictions  (…) mises en lumière  par .M. Michel  Nostradamus le Jeune. Etrangement,  Chomarat ne signalait à l’époque, aucune édition centurique parue avant 1594 chez le même Benoist Rigaud mais il est vrai que ses bibliographies s’en tenaient à la seule production lyonnaise. En 1984, nous avions invité Chomarat à intervenir dans le cadre d’un congrès astrologique que nous organisions sur Lyon. L’année suivante, nous le retrouverions à Salon de Provence, lors des premières journées Nostradamus, où nous  fimes un exposé sur les attaques contre Nostradamus  et rencontrames Robert Benazra dont nous publierons les travaux en 1990 chez Trédaniel. Nous lisions avec intérêt les Cahiers Michel  Nostradamus.  Signalons la brochure  de Robert Amadou au sujet de ces deux bibliographie sous le titre de ‘Nuées et intelligences » Pâques 1989 Amadou avait retrouvé à la Réserve de la Bibliothèque Sainte Geneviève à Paris un exemplaire de l’almanach de Nostradamus pour  l’an 1561. Rappelons que Paris, toutes bibliothèques réunies, est fort pauvre en éditions des almanachs et des pronostications de  Nostradamus  parus de son vivant. Nous mêmes avions publié dans Politica Hermetica un compte rendu des deux bibliographies sorties à peu de temps d’intervalle.

Revenons donc sur les lacunes de ces bibliogaphies. Il semble que leur principe aura été de ne retenir que les textes portant le nom de Nostradamus, puisque Crespin avait adopté ce pseudonyme et c’est en cette qualité qu »il avait été intégré dans ces volumes. On notera d’ailleirs que ni Chomarat ni Benazra n’avaient signalé la présence massive dans sa production de versets se trouvant dans les Centuries ce  qui n’échappera pas à Pierre Brind’amour dans son édition de 1996. alors qu’il ne l’avait pas signalé en 1993 dans son Nostradamus astrophile. Mais Brind’amour aura eu le mérite d’insister sur le rôle des imitateurs (pp. 54 et seq).  Cela dit, Brind’amour qui publié à la suite des dites bibliographies ne semble pas avoir été intrigué par ce « trou » de 20 ans dans la chronologie des éditions centuriques pas plus d’ailleurs que Daniel Ruzo (Le testament de Nostradamus,  Ed du Rocher, traduit de l’espagnol, 1982) Crespin  d’ailleurs mettra en exergue un quatrain que l’on retrouve dans les Centuries  (cf Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, pp. 91 et seq). Il s’agit de l’Epitre  dédiée (…) à Charles IX (..) jusques en l’année 1584.  (Lyon, 1571) »Le neuf empire  en desolation Sera changé en pole aquilonaire etc », ce qui renvoie au quatrain VIII, 31. Benazra ne s’arrête pas sur ce point.(p. 100). Certes,  l’on note que le cours des éditions reprend à partir de 1588 mais cette fois en l’absence des centuries VIII -X. qui figuraient pourtant dans l’édition Benoist Rigaud de 1568, édition dont on dispose d’ailleurs de nombreux exemplaires dont Patrice Guinard listera plus tard les variantes.

Double phénoméne donc: reprise en 1588 après dix ans où n’apparaissent que des imitateurs qui entretiennent la mémoire de Nostradamus et absence cette fois des trois dernières Centuries et de l’Epitre à Henri II qui l’accompagne, ce second volet ne reparaissant qu’au début des années 1590,  le Janus Gallicus de 1594 les ayant intégré, pour une partie,  dans son commentaire. Etrangement, Chomarat se contentait en 1973 dans sa Bibliographie Lyonnaise de donner comme contenu à cet ouvrage: » ouvrage qui raconte la vie de Michel de Nostradamus »  alors que l’ouvrage  était  conservé à la bibliothèque Municipale de Lyon, laquelle bibliothèque comportait  toute une série de prédictions qui ne comportaient certes pas le nom de Nostradamus mais qui en étaient des imitations sur le plan iconographique comme dans le style. Cette série aura échappé à nos deux chercheurs Lyonnais, Chomarat et  Benazra en ce que le nom de Nostradamus en était absent! Mais pour nous qui travaillions sur un corpus plus large, le constat serait flagrant (cf notre post doctorat, EPHE 2007 sur Giffré de Réchac  et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle) A noter à ce sujet de la « critique nostradamique »  qu’était paru dans les Cahiers Nostradamus n° 1; 1083 un fac simile  une « Letttre critique sur la personne & sur les écrits de Michel Nostradamus, Mercure de France Aout 1724

La  question des imitateurs aura notamment été traitée par Patrice Guinard

CORPUS NOSTRADAMUS 92 – « Florent de Crox, le plus doué des imitateurs de Nostradamus ». On ne s’en tient plus désormais aux seules références explicites au nom de Nostradamus et la seule présence de vignettes dans le style Nostradamus suffit. Curieusement, ces imitateurs se feront plus rares la parution des éditions des Centuriques des années 80. Encore en 1582 signalons l’ Almanach et amples predictions pour l’an de Jesus Christ 1582, composé par maistre Marc Coloni, Paris, Claude Montroeil, 1582(cf   Catalogue par titres abrégés  du fonds Nostradamus de la Bibliotheca Astrologica).  Mais c’est justement dans ce jeu des  vignettes que les faussaires des éditions posthumes puis du vivant de Nostradamus se trahiront car certaines vignettes furent produites déjà dans les années 1560 dans des éditions pirates en se différenciant de celles relevant du vrai Nostradamus. Autrement dit, les faussaires furent victimes de la précédente génération de faussaires! Mais ce point semble avoir échappé à tous nos nostradamologues alors que la comparaison entre les deux séries de vignettes, celles des « vraies » pronostications et celle des  faux almanachs est flagrante. On notera d’ailleurs que les almanachs de Nostradamus ne comportaient pas de vignettes, réservées à ses pronostications alors que les faussaires pratiqueront le système des vignettes tant pour les almanachs que pour les pronostications. On notera d’ailleurs que la vignette qui orene la page de couverture du Répertoire Chronologique nostradamique de Benazra est le type même de la « fausse » vignette! Il suffit de la comparer avec celle des éditions 1555  et 1557!

Quant au « mystère » du « trou »,  c’est un faux mystère, si l’on admet qu’il n’a jamais existé d’éditions des Centuries avant 1588 et qu’à partir de cette date – on ne saurait exclure des éditions perdues pour les quelques années précédentes – on assiste à la formation progressive et collective du corpus centurique, avec des références factices à des éditions du vivant de Nostradamus ou parues juste après sa mort, comme cela fut selon nous la première option, d’où l’édition Benoist Rigaud de 1568 qui ne prend même pas la peine de mentionner en son titre l’Epitre à Henri II, père du souverain en place sur le modèle des Présages Merveilleux pour 1557( exemplaire que nous avait transmis Ruzo  « dédiés au Toy Tres Chrestien Henry deuxiesme de ce nom » comportant une épitre qui servira just  ement à la confection de celle figurant en têtre des centuries VIII-X. – (cf nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat 2002) On se demande pourquoi les faussaires de l’édition 1568 n’ont pas repris la formule de 1556. Benazra ( RCN p. 21) signale ce texte qu’il n’a pas  alors en sa possession sans s’interroger sur l’existence de la dite épitre à Henri II bien antérieure à 1558, qui est la date de l’Epitre figurant dans le volume des Centuries.
Il convient évidemment de distinguer les nostradamalogues écrivant avant et après la parution de nos travaux (cf Les prophéties et la Ligue, in Prophétes et prophéties 1997). Les premiers ont des excuses, pas les seconds. On aura compris que ces imitateurs n’imitent pas le Nostradamus des Centuries mais celui des Almanachs et Pronostications. Rappelons que des quatrains figuraient déjà dans les Almanachs et que c’est eux qui seront imités!
Reste la question du mode de fabrication de ces quatrains pseudo-nostradamiques des années 1580. Un des procédés, parmi d’autres, consistera à récupérer  la production des imitateurs pour les intégrer au sein de l’oeuvre dont ils s’étaient inspirés.  Le cas de Crespin est particulièrement caractéristique (cf notre communication au Congrès des Etudes Juives, Jérusalem, 2005 où nous montrons que certains quatrains hostiles aux Juifs  figurant chez Crespin réapparurent dans les Centuries. comme  le quatrain  VIII 96  La Synagogue stérile sans nul fruit » Erreur des faussaires qui ne réalisèrent pas que Nostradamus, d’ascendance juive, n’aurait pu tenir de tels propos.Le cas de Crespin mérite toute notre attention étant donné que ses Prédictions  à la Puissance de Dieu (reprises dans nos Documents inexploités) datées de 1572  comportent comme on l’a déjà noté plus haut un grand nombre de versets centuriques, ce qui pourrait apparaitre comme une confirmation de l’existence des Centuries à cette date de 1572 validant ainsi  notamment l »édition de 1568. Ces imitateurs auront pu ainsi servir pour valider les Centuries qu’ils étaient censés avoir voulu imiter! Dans le cas de Crespin, nous pensons que des faussaires auront fabriqué un faux Crespin dans ce sens!.. C’est l’arroseur arrosé, le faussaire est récupéré par l’original, intégré dans sa sphère, dans son corpus. Nous décrirons ce processus comme dialectique: le modèle (thèse) se préte à des imitations (antithèse) pour ensuite les récupérer (synthèse)  même post mortem. On aura compris que la meilleure façon de détecter les contrefaçons consiste à détecter leurs erreurs car aucune tentative de ce type n’est « parfaite », à l’abri des anachronismes ou des anachorismes, c’est à dire ce qui n’est pas compatible avec le modèle choisi. Dans le cas de l’édition 1568, le seul fait de ne pas avoir signalé au titre que cela s’adressait au toi est un faux pas irrémédiable surtout si l’on sait que le texte dont on s’est servi le mentionnait. Mais le texte même de la fausse Epitre de 1558 ne mentionnait même pas l’Epitre précédente comme alors qu’il eut fallu se référer à une précedénte visite au Roi deux ans plus tôt, la « vraie ».(Présages Merveilleux). Mais le plus étonnant, au bout du compte, tient au fait que toutes ces erreurs  réunies, qui plus est dument signalées,  n’auront pas encore suffi, de nos jours, pour créer un consensus chez les spécialistes quant au caractère antidaté des éditions de 1555 et 1557, entre autres.  Il est possible de reconstituer les scénarios successifs des faussaires! Dans un premier temps, on avait pas encore osé parler d’éditions du vivant de Nostradamus car  il n’en avait pas parlé dans ses almanachs et ses pronostications. La solution consistait à parler de textes retrouvés à sa mort dans sa bibliothèque, celle  » de nostre  défunt  dernier décédé Maistre Michel de Nostredame »(Rouen,  Brenouzet, 1568, cf RCN p. 90). Et puis, l’on sera passé à une démarche plus hardie en imaginant un processus se déployant par degré avec une première mouture à seulement 4 centuries (datée de 1555 Macé Bonhomme) suivie d’une autre à 7 centuries -datée de  1557 Antoine du Rosne) Mais ce faisant, l’on allait commettre l’erreur d’utiliser des vignettes ayant le double inconvient de venir d’éditions pirates et de n’être apparues que dans les années 1560  (cf RCN pp.  58-59) Par ailleurs,  la succession  des éditions parisiennes des années 1588-1589  -on n’est plus ici dans un cadre lyonnais et déjà les fausses éditions des années 1560 étaient parisiennes- pouvait difficilement entériner l’idée d’une réédition. Si encore l’on avait eu seulement le premier volet dans son intégralité dès 1588 mais on assiste à des additions successives (cf notre étude Les Prophéties et la Ligue) tenant compte des évenements en cours  dans les années 1588-1594  et ajoutant des quatrains pour la circonstance. Espérons qu’une nouvelle génération de chercheurs saura  être à la hauteur de la tâche!

 

 

 

 

 

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