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Jacques Halbronn Réflexions sur « Nostradamus ou le savoir transmis » 1997

Posté par nofim le 8 avril 2021

 

Jacques Halbronn

Réflexions sur « Nostradamus ou le savoir transmis » Ed. Michel Chomarat, 1997

 

 

Relisons cet ensemble de trois études paru, à Lyon, réunissant trois chercheurs, Michel Chomarat, Jean Dupébe et Gilles Polizzi Il s’agit des Actes d’un Colloque qui s’est tenu en 1994 – il y a donc plus d’un quart de siècle, à Salon de Provence : La transmission du savoir au XVIe siècle, organisé par le Musée Nostradamus (dir.. Jacqueline Allemand)

Dès la quatrième de couverture, nous rencontrons une difficulté puisqu’il y est fait référence aux « lectures et influences qui

décidèrent (sic) Nostradamus à publier en 1555 à Lyon la première édition de ses (sic) «Prophéties »

Le recueil s’ouvre en une page de garde sur deux vignettes :

l ’une est ainsi présentée ; « Nostradamus dans son cabinet de

travail à Salon de Provence : bois gravé utilisé sue la page de titre de ses ouvrages imprimés à Lyon en 1555 (« Les Prophéties », en 1557 et 1558 (« La Paraphrase de Galien sur l’exortation de Ménodote » et l’autre «  Nostradamus dans son cabinet de travail à Salon de Provence , entouré du zodiaque : bois gravé utilisé sur la page de titre de ses ouvrages imprimés à Lyon en 1554 (« Pronostication pour 1555 » et à Paris en1559 (« Les Significations de l’Eclipse ».

La première étude, due à Chomarat, concerne la bibliothèque de Michel de Nostredame. Il eut été intéressant de déterminer si les ouvrages mentionnés auraient pu servir à la composition de certains quatrains centuriques puisque certaines éditions se référent à une bibliothèque.(cf Recherches sur Nostradamus le Jeune, n°101, sur site propheties.it). On reléve notamment en 1571 «  Présages pour treize ans (…) recueillies de divers auteurs & trouvée en la bibliothèque de défunct maistre Michel de Nostredame », Paris, Nicolas du Mont (cf RCN p. 98)

La deuxième étude, due à Jean Dupébe, mentionne (p. 39) « l’ épitre dédicatoire à Henri II de ses Prophéties de 1558 » Rappelons que l’on connait une première épitres au Roi, datée de 1556 (cf nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat 2002)en tête des Présages Merveilleux pour 1557, qui jette un doute sur l’authenticité de celle de 1558  d’autant que celle de 1558, par inadvertance ou par ignorance

de la part des faussaires, ne mentionne point la première.

Il nous faut réagir à la présentation des deux vignettes qui ouvrent en quelque sorte le volume. Il est clair, pour nous, que la première vignette est reprise des almanachs contrefaits paraissant sous le nom de Nostradamus dans les années soixante, comme le signalent les bibliographies de Chomarat (1989) et de Benazra (Répertoire Chronologique nostradamique, Ed Trédaniel, 1990,pp 58-59) citées par Dupèbe (.p. 41) C’est la seconde vignette au zodiaque qui signe les textes authentiques qui paraissent alors. Notons que la vignette qui orne l’ édition du RCN correspond à la première vignette. En tant qu’éditeur nous avions insisté sur l’épithète  de « nostradamique » qui couvre un champ plus large que « Bibliothèque Nostradamus ». (sur ces questions iconographiques , cf notre post doctorat Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle, EPHE Ve section) On notera que la « bonne » vignette porte le nom M de Nostredame, pas l’autre et c’est cette vignette qui d’ailleurs orne la page de titre des dits Actes.

Passons à la troisième étude « Lac Trsmenien portera témoignage » ou de l »usage de l »Histoire Romaine dans les Centuries » par Gilles Polizzi.

L’auteur annonce : »Dans un texte qui se donne pour « prophétique », la présence d’emprunts aux sources latines est tout à l a fois paradoxale et naturelle » (p  47) Ce Collloque de 1994 consacré aux influences ne pouvai ignorer les recherches de Chantal Liaroutzos (1987) ou de Pierre Brind’amour (1993-1996)

A propos du premier texte mettant en évidence les emprunts à la Guide des Chemins de France de Charles Estienne, Polizzi écrit « Elle a montré de manière convaincante que l’auteur des Centuries avait emprunté ses toponymes en piochant dans les itinéraires » fournis par la « Guide » Polizzi , d’ailleurs, avait

 

employé la formule « l’auteur des Centuries » (p. 70) mais apparemment il ne s’est pas tenu à une telle prudence de formulation et laisse bien entendre au final que le dit « auteur des Centuries » serait bien Michel de Nostredame.

En vérité, comme il eut été plus simple d’admettre que précisément, il ne s’agit pas de Michel de Nostredame mais des faussaires (pour la bonne cause???),peut être de l’entourage de celui-ci d’ailleurs- car ceux-ci, surtout quand ces contrefaçons sont postétieures d’une vingtaine d’années à la mort du dit sieur de Nostredame-n’ont pas évidemment pas les mêmes motivations pour « remplir » ces Centuries. Signalons le cas des Protocoles des Sages de Sion, utilisant les Dialogues de Maurice Joly (cf notre ouvrage Prophética Judaica Beith. Le sionisme et ses avatars au tournant du Xxe siècle, Ed Ramkat 2002) Et que dire des emprunts à des imitateurs de Nostradamus comme Antoine Cespin dont on reprend les propos hostiles aux Juifs à propos de leur statut à Avignon (cf notre communication au Congrès Mondial des Etudes Juives, Jérusalem, 2005, cf notre thèse d’Etat Le texte prophétique en France, 1999, Presses Universitaires du Septentrion)

Il y a là comme un point aveugle dans ce Colloque de 1994 : à cette date, on n’arrive pas à penser que les Centuries puissent être d’un autre auteur et d’une autre époque. Or, traiter des influences que les Centuries ont eu à subir  impliquait aussi une influence non pas du passé mais du futur du fait des éditions antidatées. Rappelons que ces Centuries ont des quatrains par imitation de ceux des Almanachs de Nostradamus, lesquels quatrains étaient composés – pas forcément d’ailleurs par l’auteur- à partir de ses prédictions en prose. Comme on l’a signalé, autour d’un Mi de Nostradamus le Jeune, il est question d’éléments trouvés dans la bibliothèque du « défunt » A ce propos, on sera surprise de noter que la prétendue édition de 1568, Lyon, Benoist Rigaud, ne prend la peine de signaler en son titre la mort du dit Nostradamus survenue en 1566 alors qu’en 1571, cela sera signalé !. Visiblement, lors de la fabrication de ce faux tardif puisqu’englobant les dix centuries, au plus tôt peu de temps avant la parution du Janus Gallicus de 1594 (cf RCN pp. 130 et seq) qui en commente des versets, toutes centuries confondues,, on ne savait plus très bien quand était décédé Michel de Nostredame.Il ne faudrait pas surestimer l’habileté des faussaires dans le choix des vignettes ni dans celui des emprunts assez grossiers,à des sources connues et guère compatibles avec le principe de Prophéties, quoi qu’en dise Polizzi…

 

JHB

08 04 21

 

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