Jacques Halbronn Histoire de la critique nostradamique

Posté par nofim le 19 avril 2021

Histoire de la critique nostradamique

par Jacques Halbronn

 

En 2007, il y a 14 ans, nous avons soutenu à la Sorbonne un post-doctorat de plus de 900 pages en 3 tomes (Histoire du Catholicisme, EPHE Ve section, dir. Louis Chatelier (Nancy) sous le titre « Le dominicain Jean Giffré de Réchac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle » et nous voudrions ici réfléchir sur la fortune de cette « critique » depuis cette époque, née en quelque sorte, en même temps que la « critique biblique »

En réalité, on aura surtout assisté à l’essor d’une apologétique

nostradamique. Cf nos « Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues » (2014). Le dominicain avait publié anonymement un commentaire des Centuries en 1656 sous le titre

d’Eclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus etc (Amsterdam) cf le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra (Trédaniel-La Grande Conjonction, 1990, pp 231 et seq) En 1663, sept ans plus tard, David Derodon dans son Discours contre l’Astrologie Judiciaire, à Genève), ouvrage non signalé par les bibliographes du corpus

Nostradamus qui ne retiennent que les ouvrages portant en leur titre le nom de Nostradamus, écrivait : « Plusieurs esprits libertins font des vers semblables à ceux de Nostradamus & y prédisent des choses qui sont déjà arrivées & puis les font ajouter à ses Centuries lorsqu’on les imprime de nouveau. » On atteignait alors

un sommet de la critique nostradamique. Témoignage d’autant plus intéressant qu’il était encore assez proche de la période de parution des Centuries, laquelle nous situons dans les années 1580 pour les premières (I-VII) et 1590 pour les centuries VII-X. Jean de Réchac, quant à lui, avait mis en cause les 58 sixains qui seraient ajoutés avec une troisième préface. Nous avons pu montrer que ces sixains étaient parus sous le nom de Morgard (cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed

Ramkat, 2002) dans un ouvrage trouvé à la Bibliothèque Mazarine.(Paris) sans la moindre référence explicite à Nostradamus. Il s’agit d’auteurs qui écrivent dans le style de

Nostradamus et qui par la suite seront récupérés par les « éditeurs » des Centuries. C’est là un des acquis de la critique

nostradamique. Comme les « nostradamologues », on l’a dit, n’ont retenu que les ouvrages mentionnant en leur titre le mot « Nostradamus », ils n’auront pas identifié ce type de procédé pratiqué à la fois par les imitateurs et par les fabricants de faux

quatrains qu’ils attribueront bel et bien à Nostradamus.Des générations de faussaires se seront succédé depuis le temps de

Nostradamus et sur ce point il faut reconnaître un certain succès de la critique nostradamique du Xxe siècle à propos de faux almanachs de Nostradamus des années 1560, de son vivant. (cf Benazra, RCN, pp ; 58-59 qui parle d’une « édition apocryphe » à propos d’un Almanach pour l’an 1563 , Paris, pour Barbe Regnault)

Les modernes bibliographes du corpus disposaient au demeurant d’une chronologie très abondante dont probablement Réchac ne connaissait point avec notamment une interruption tout à fait étonnante d’une vingtaine d’années (1568-1588) assez peu explicable si ce n’est au moyen de la thèse de contrefaçons antidatées en ce qui concerne les éditions centuriques antérieures à 1588. Ils auraient pu également observer que les vignettes utilisées pour ces éditions supposées des années 1550 étaient prises -par erreur- des almanachs pirates des années 1560.

Par ailleurs, la critique nostradamique aurait du suspecter certains ouvrages censés avoir été publiés par des « témoins » de la parution des dites éditions des Centuries comme les deux Antoines, un Couillard Du Pavillon les Lorriz (Prophéties 1556)

et un Crespin-Archidamus (Prophéties 1572), auteurs ayant bien existé mais dont on utilisera les noms en vue d’attester de l’ancienneté des premières éditions. Ce sont de telles entreprises très poussées de validation qui auront convaincu, jusqu’à ce jour,

tant de nostradamologues dans une posture apologétique où tous les moyens étaient bons pour sauver la mise !

En 1986, Chantal Liaroutzos, historienne des guides, ouvrait la voie à un renouveau de la critique nostradamique, dans la revue Réforme Humanisme Renaissance dans un article intitulé « Les prophéties de Nostradamus : Suivez la guide » qui montrait que certains quatrains avaient été des mises en vers de certains itinéraires « touristiques » du milieu du XVIe siècle, dus à Charles Estienne. Cette étude ne fut pas signalée par Benazra dans le RCN . A la décennie suivante, le Québécois, Pierre Brind’amour

travaillera sur les sources de certains quatrains, notamment dans diverses Chroniques et se demandera pourquoi un ouvrage

prophétique reprendrait des récits du passé ! (Nostradamus, astrophile, Ottawa, 1993)

Ce qui vint apporter de l’eau au moulin du camp « apologétique » fut la localisation des éditions centuriques des année 1550. On retrouvera l’édition Macé Bonhomme, Lyon, 1555) et des éditions Antoine du Rosne, Lyon, 1557) En 1984, R. Benazra présente un

fac simile d’une édition découverte à la Bibliothèque Municipale d’Albi avec cette mention ‘La Ire édition enfin retrouvée’-Ed des Amis de Michel Nostradamus » En 1993, c’est le tour de l’édition de 1557 et en 2000 de l’édition 1568, Benoist Rigaud, à dix centuries (Lyon, Michel Chomarat). Quant à Brind’amour,(il décéde à ce moment là), en 1996, il publie chez Droz une édition critique : Nostradamus. Les ^premières cenruries ou prophéties(édition Macé Bonhomme 1555) qui s’appuie notamment sur les écrits d’Antoine Crespin reproduisant un grand nombre de versets issus des dix centuries.(ces Prophéties de Crespin seront reproduites en 2002 dans nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostadamus, ibidem, cf aussi notre

thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, Presses Universitaires du Septentrion, 1999)

Mais en1997, dans une communication dans le cadre des Journées Verdun Saulnier (Cahiers n°15) Prophétes et Prophéties au XVIe siècle,, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, intitulée « Les prophéties et la Ligue »en nous appuyant sur un exposé figurant

dans le RCN de Benazra (pp 122-123) où il était indiqué à propos d’une édition des Grandes et Merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus, Rouen,Raphaël du Petit Val, 1588, selon une description de Daniel Ruzo d’un ouvrage actuellement non localisé

(Testament de Nostradamus, Ed du Rocher 1982) : »Il manque les quatrains 44, 45, 46, 47 de la Centurie IV (..) Cette édition comporte donc 349 quatrains pour se terminer typographiquement à la dernière page du dernier cahier », nous montrions que le quatrain46 se référait à la ville de Tours : « Garde toi Tours de ta proche ruine ». Or ce quatrain figure dans

l’édition Macé Bonhomme 1555  et apparaitra dans les éditions faisant suite à ces Grandes et Merveilleuses Prédictions ! On est tout à fait dans le scénario décrit par David Derodon en 1661 ! Or,

Tours est la capitale du camp opposé à la Ligue, et l’on est ici en

pleine actualité après la fuite d’Henri III.. Par la suite, nous montrerons (cf notre post doctorat en ligne sur SCRIBD)

) qu’un quatrain désignant la ville de Chartres comme celle du couronnement d’Henri IV au début de 1594, avait modifié un passage de la Guide des Chemins de France (cf article de Liaroutzos) qui comportait dans un de ses itinèraires le nom de Castres (Arpajon). Encore un quatrain de circonstance !

Force est de constater que les nostradamologues auront souvent

préféré échafauder les scénarios les plus alambiqués pour « sauver » les « premières » éditions des Centuries et notamment l’étrange succession des éditions sous la Ligue. (cf Patrice Guinard, Corpus Nostradamus, site du CURA) allant même jusqu’à qualifier de « canular » la thèse des contrefaçons antidatées.(cf encore il y a peu la biographie de Nostradamus, Gallimard, de Mireille Huchon) qui entérine la version d’une première parution en 1555 , préférant mettre sur le compte des facultés prophétiques de Nostradamus les quatrains suspects. Le paradoxe tient au fait que l’on a retrouvé

les fausses éditions mais en revanche, il manque les premières vraies éditions qui

sont d’ailleurs des contrefaçons elles aussi,  vu qu’elles sont apocryphes  et qui

présentaient comme posthumes avant que l’on ait décidé d’en produire censées

parues du vivant de Nostradamus.. Ajoutons  que si l’on a opté pour le genre des

quatrains pour le revival de Nostradamus, cela tient au fait que ses almanachs

annuels en comportaient déjà et d’ailleurs le premier commentateur des quatrains

jeanAimé de Chavigny avait inclus les quatrains des almanachs dans son corpus, pris

dans le Recueil des Présages Prosaiques dont le manuscrit le signale comme

éditeur. Mais le plus souvent, ces quatrains sont absents des éditions centuriques

ou figurent sous la rubrique « Présages ».. Mais ces premiers  quatrains  n’étaient

jamais qu’une versification de ses prédictions en prose comme nous l’avons

montré dans notre mémoire de post doctorat de 2007

 

 

JHB

19 04 21

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