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Jacques Halbronn Analyse critique comparée de l’hébreu et du français

Posté par nofim le 21 avril 2021

Analyse critique comparée de l’hébreu et du français.

par Jacques Halbronn

 

En 1989, nous avions terminé un mémoire sous la direction de Louis Jean Calvet, consacré aux rapports entre le français et l’anglais(Essai de description du système du français à la lumière des relations interlinguistiques. en ligne sur SCRIBD) trente ans plus tard, nous proposons un autre exercice relatif aux rapports entre le français et l’hébreu, du fait de notre formation linguistique

à l’INALCO,(Langues ‘O) dans les années soixante -dix. La thèse que nous soutenons vise à montrer les similitudes entre les deux langues non point certes du point de vue lexical mais sur le plan »morpho-phonologique ».

Nous commencerons par traiter du « sheva » en hébreu lequel correspond peu ou prou au « e muet » du français.

Article Wikipedia :

« soit une voyelle très brève [ə], analogue à un e « muet » en français (« maintenant »). Dans ce cas, il est appelé shewa mobile. soit l’absence totale de voyelle. Dans ce cas, il est appelé shewa quiescent. »

L’exemple fourni « maintenant » nous indique qu’en fait l’on prononce « maint’nant » et que la lettre « e » est ici « muette », ce qui indique une dialectique entre l’écrit et l’oral, sachant que l’hébreu n’indique pas les voyelles à ‘l’

écrit, ce qui est la pratique de l’hébreu moderne.

Mais là où les deux langues diffèrent tient au fait que le e du français détermine la prononciation de la consonne qui le précéde. Ainsi dans « grande », la consonne « d » s’entend parce que suivie d’un « e » alors que dans « grand », la consonne « d » ne se prononce pas. On voit déjà que le français a un usage plus sophistiqué, plus élaboré, du « sheva » que l’hébreu tel qu’il se pratique.

Toutefois, il ne faudrait pas négliger des formes qui se substituent en hébreu à une consonne, mais il s’agit alors du marqueur de pluriel en « im » comme dans « Elohéi Avraham « (Exode III) qui remplace Elohim ou encore Sifréi Torah au lieu de Sefarim. Cette pratique n’est pas sans évoquer la façon dont le français remplace la lettre « l » par la lettre « u » : cheval/chevaux, « de le »par du etc En hébreu, la forme possessive conduit à suivre le même processus de réduction : Elohim Shélanou devient Elohéinou avec encore une fois l’occultation du « im ». On parle alors d’un « état construit » (Semikhouth)

Un autre cas remarquable est celui des consonnes « doubles », c’est à dire comportant une double prononciation, selon qu’on leur adjoint ou non un point, appelé daguesh. Traditionnellement, il y a six lettres dans ce cas, le beith, le guimel, le daleth (que l’on retrouve en grec, beitha, gamma, delta) plus le kaph, le péh et le Thav. En

hébreu moderne, plusieurs de ces lettres ont perdu ce caractère double : le ghimel, le daleth et récemment le Thav que l’on retrouve dans « Shabbes » pour Shabbat, en yiddish. On retrouve une telle dualité en français avec la lettre « p » qui se prononce « f » quand suivi d’un « h » qui joue le rôle du daguesh.Or, la lettre hébraique offre exactement la même dualité phonique. L’anglais a conservé cette dualité avec le « t » et le « th ». La forme « ch » va dans le même sens : le chat et le camp. Cette dualité

joue un rôle au niveau grammatical : ani kotev  et  infinitif  Likhtov.

Il convient de signaler certaines anomalies de l’hébreu que l’on ne trouve pas en français, ce qui nous améne à penser que le français, par certains côté a su conserver un métalangage en meilleur état que l’hébreu.

Que penser ainsi de la forme « At oméret » ou « Ata omer » où le masculin du pronom personnel est plus long qu’au féminin mais où le verbe au féminin est plus long qu’au masculin ? On est très vraisemblablement en présence d’une corruption, y compris dans les prières avec la forme » Baroukh ata » s’adressant à Dieu. Le français respecte le principe d’une forme féminine plus longue que ne l’est la forme masculine. Mais l’hébreu présente ici une exception qui rejaillit sur le marqueur du possessif : shelakh, à toi au féminin et shelkha, à toi au masculin alors que cela devrait être logiquement le contraire. Mais cela vaut aussi pour le prétérit : à la deuxième personne du singulier, katavt tu as écrit (pour une femme ) et katavta, tu as écrit pour un homme  puisque le prétérit hébreu utilise ici les pronoms personnels..En revanche, on a,  à la troisième personne du singulier katav, il a écrit, et katva, elle a écrit

Tishma : e muet permet de combiner des consonnes entre elles. Comme en français. Mais en français, l’usage est bien plus étendu qu’en hébreu.

En fait, certaines langues ont vocation à être avant tout

consonantiques et à se passer des voyelles. Le rôle du « e » serait ainsi de favoriser le « mariage » des consonnes et la langue française semble être la mieux équipée dans ce sens. Mais paradoxalement, comme on l’ a montré plus haut, elle tend aussi à occulter les consonnes finales, ce qui conduit dans bien des cas les mots français à se terminer par un son vocaliques.

En vérité, ne conviendrait-il pas de se méfier de telles contradictions? Nous serions tentés de penser que les cartes ont été brouillées, mêlées. Le masculin serait consonantique et le féminin vocalique. Par voie de conséquence, grande serait la prononciation masculine, et grand la prononciation féminine ! L’anglais qui refuse la solution « féminine » au sens vocalique du terme, serait plus proche de l’esprit du français que ne le serait le français actuel ! Il aurait conservé ce « bon » état du français lequel se serait perdu en France. Intelligent prononcé à l’anglaise serait la forme masculine tandis que prononcé à la française, ce serait la forme féminine ! On comprend dès lors la résistance que l’on observe quand les locuteurs rechignent à ne pas prononcer les consonnes finales dans un nombre assez significatif de cas. L’infinitif en « er »-prononcé « é »

serait typiquement féminin et d’ailleurs comment ne pas constater la confusion des esprits face à des formes prononcées à l’identique écrites en er, ez, es , ef ,ed ?

L utilisation de l’accent sur le e en é,dans le participe passé de la première conjugaison du français entérine cette suppression consonantique. Or, les anglais ont conservé la forme en « ed » remplacée par le e accentué. Rappelons que le e peut se prononcer « é » même non accentué comme dans « dessert », l’accent ayant toujours pour misssion, comme l’apostrophe, d’indiquer une occultation mais l’accent indique l’occultation d’une consonne alors que l’apostrophe indique l’occultation d’une voyelle mais surtout du e  « muet » pour permettre une combinatoire de consonnes.

Malheureusement, l’apprentissage du français à l’école ne transmet pas correctement la tradition orale de cette langue, ce qui crée un clivage durable entre les locuteurs qui ont appris la langue au berceau et ceux qui l’ont apprise scolairement encore que- comme on vient de le faire remarquer- la tradition orale en française ne soit plus tout à fait fiable.

Pour en revenir à l’hébreu, on rappellera que le tétragramme ne doit pas se prononcer, ce qui correspond à un rejet des voyelles perçues comme féminines. La forme « trilitère » du verbe en hébreu, se prête d’ailleurs idéalement à une combinatoire des consonnes, ce qui vaut pour une autre langue sémitique, l’arabe qui semble avoir été moins envahie par les voyelles avec une prédilection pour le son « e » : kteb : écris , akel, mange là où l’hébreu met le son « é ».;kotèv, okhél. Le cas du Shabbat est emblématique car en yiddish, on prononce «a gut shabbes », sans le son « a » typiquement féminin « shabbat shalom »!

 

21. 04. 21

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