jacques halbronn Vers une plus grande exigence de conscience linguistique
Posté par nofim le 27 avril 2021
Vers une plus grande exigence de conscience linguistique
par Jacques Halbronn
Le développement de la linguistique au cours notamment du siècle dernier aura t il entrainé un meilleur niveau de conscience linguistique ?. Il ne le semble guère et c’est particulièrement patent pour ce qui est des locuteurs francophones, en raison de la complexité même du rapport écrit/oral en français. Et d’ailleurs, c’est l’enseignement du français et plus spécialement du FLE (français langue étrangère) qui s’avère déficient avec toute une série de conséquences, l’existence d’un fossé, d’une fracture au sein du monde francophone, au sens large du terme, ce qui peut englober l’anglais, langue si largement francisée plus encore que latinisée, comme d’aucuns veulent nous le faire accroire.
Nous prendrons l’exemple de la suffixation comme test dans le domaine de la conscience, du narratif linguistique de la part des usagers. On abordera la question des substantifs. Si l’on demande à un locuteur lambda où passe la frontière entre la racine et le suffixe qui lui est apposé, il faut s’attendre à des analyses erronées dans nombre de cas.
Prenons le substantif : adoration. Question, où commence la suffixation. ? Posons le problème sur une série de mots se terminant en « ation », ce qui peut occasionner une sorte de statistiques de la part du dit locuteur lambda. Il faut s’attendre à ce que celui-ci déclare que le suffixe est « ation » alors qu’il ne s’agit là d’un mode de désignation de la dite série. La bonne réponse n’est pas « ation » mais « ion ». Il faut découper adoration en adorat et en ion et non en adora et en « tion » ou en ador et en ‘ation ».A contrario prenons le substantif perfection, là la réponse sera probablment « ion » parce que l’on connait l’adjectif « parfait » se terminant par un « t ». Les anglophones ont d’ailleurs la forme « perfect » et donc le ion ici est le suffixe et certainement pas le tion !
Essayons donc de comprendre les causes, la genése d’une telle confusion dans certaines conjugaisons verbales du français. Les Anglais nous mettent sur la voie : ils ont le participe de leurs verbes « réguliers », en grande partie d’origine français marqué par le suffixe « ed » : comme dans « wanted », ce qui vient de l’ancien français, la forme en « é » du français moderne étant une phonétisation de l’écrit, car la consonne finale en « ed » s’entendait «é » comme dans bien des cas, non seulement avec « ed », mais avec « er » – pour l’infinitif sans parle du pluriels des articles indéfinis et définis : des et les.Autres exemples en ez avec la conjugaison à la deuxème personne du pluriel et l’impératif : mangez. On a là un exemple de l’alignement de l’oral sur l’écrit, qui indique une perte de conscience linguistique du processus de prononciation du mot écrit en français.
On aura compris, probablement, que l’on devait écrire : adoret et non adoré, ce qui explique, du coup, la forme adoration et l’on voit bien alors qu’il faut couper après et non avant le t: adorat-ion comme format-ion sur le modèle d’exception, de perception.Même nation doit se découper en nat-ion (de naitre), net ayant été remplacé par « né »
.
D’une façon générale, aucun participe devrait se terminer par une voyelle. Le cas de « fini « donnera « finit-ion », »finit-ude »Dans les autres langues latines, la consonne finale est certes accompagnée d’un marqueur de genre : finita et l’on voit bien que la forme française « fini/ finie » n’est guère acceptable.Il faudrait rétablir le « t », ce qui donnerait « finit » comme pour « écrit », « traduit » etc, d’où le féminin écrite, traduite, ce qui devrait donnér « finite ». Puisque la mode est actuellement à l’inclusif, il serait urgent de rétablir un système cohérent. Un ami et une amie devrait passer un « amic » et une « amique », le « c » étant d’ailleurs attesté dans « amical ».(espagnol : amigo) Quant à député, il faudrait l’écrire députed (prononcer « député ») ce qui donne au féminin la prononciation du d final comme dans grand et grande, fort et forte. On notera que l’adverbe en français se construit à partir du féminin : forte-ment, avec le suffise « ment » et non à partir du masculin : actif et activement. Etc ; Avant donc de se lancer dans un processus ‘inclusif permettant de distinguer le masculin et le féminin au niveau des professions, encore faudrait il maitriser les principes sous jacents du français. Dans le cas déjà ancien d’avocat et avocate, l’on observe la non prononciation du « t » au masculin mais sa prononciation au féminin, ce qui n’entraine pas pour autant la disparition du « t » masculin à l’écrit et c’est cette disparition qu’il convient absolument d’éviter sans que cela change au bout du compte la prononciation. Comme on l’a vu, si l’on supprime la consonne finale, l’on ne peut plus former correctement le féminin et l’on se contente alors d’une cote mal taillée avec l’ajout d’un « e » : ami/amie. L’on rencontre un probléme avec « tous » et toutes alors que l’on devrait avoir « touts » et « toutes » sinon l’on ne comprend pas l’émergence de « toutes » au féminin à partir de « tous » (cf totalité, totalement). En fait, le mot français doit être appréhendé de façon séquentielle, interdépendante, au sein de l’ensemble auquel il appartient et non isolément à la différence d’autres langues où le mot peut être isolé. C’est là un des impératifs de la conscience linguistique telle que nous l’entendons.
JHB
27 04 21
Laisser un commentaire
Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.