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Jacques Halbronn Le rôle ambivalent de la lettre « e » en français

Posté par nofim le 5 mai 2021

 

Le rôle ambivalent de la lettre « e » en français.

Par Jacques Halbronn

 

La langue française n’est pas une langue comme les autres et il ne faut donc pas la traiter comme telle. C’est une langue qui aura évolué plus loin, qui se sera inventé de nouveaux défis et peut être cela aura joué sur l’émergence d’un certain cartésianisme, d’une approche critique (cf la French Theory). On pense aussi à un cavalier obtenant davantage de sa monture.Cela dit, il est fort probable que c’est au départ un petit cénacle qui aura concocté la langue française telle qu’elle est devenue et qui n’aura jamais été égalée en dépit de ses imitateurs et ce d’autant plus que son fonctionnement n’avait jusqu’alors jamais été pleinement explicité par ceux là mêmes qui la pratiquent..Tout se passe comme si la recette était restée à un niveau subconscient.

Nous voudrions revenir ici, tout spécialement, sur le cas de la lettre « e » en français en rappelant que les différentes langues recourant au même alphabet latin auront introduit des codes de prononciation qui leur sont propres, à l’écrit et/ou à l’oral..

Il nous semble que l’une des langues qui dans sa sonorité se rapproche le plus du français est une langue slave comme le serbe, langue dont nous avons fait la connaissance à 12 ans, en 1960, lors d’un séjour estival dans une famille de Belgrade, amie de ma mère. Le mot « serbe » (Српски )d’ailleurs est en soi tout un programme puisque l’on n’y trouve aucune voyelle en dehors du « e » et du suffixe final dont nous avons déjà signalé le statut particulier. Souvent le serbe écrit ne comporte pas de voyelles comme црн (tchern) pour „noir“ (que l’on retrouve dans Techernobil)

Nous avons, dans un précédent texte, signalé que le e français permettait de“lier“ les consonnes entre elles, était donc un agent majeur des “liaisons“ qui rendent le français si insaisissable, si difficile à capter. On ne se met pas assez à la place de l’étranger qui se retrouve face à des séquences quasiment impénétrables. Sur l’instant, nous pensons à un récent dialogue: quelqu’un demande „“est ce qu’il y a une sortie“ Réponse:: oui, il y en a“, la combinaison dûment enchainée du „y“ et du „en“ et le télescopage des mots est redoutable.

Mais abordons un autre casse tête du français avec le „e“ placé en fin de mot devant une consonne comme un z, un s un d, un f, un t ou un r. On remarque que ces consonnes disparaissent au niveau oral dans ce type de configuration..

On dira : « et je veux manger », donnez moi les clefs ?; voulez-vous danser ? Toutes ces formes s’entendent pareillement comme un « «é » et encore ne parlons-nous pas de la finale « ed » qui ne s’écrit plus que « é », sauf quand le mot a été emprunté par l’anglais où il s’écrit et se prononce « ed «  avec cette fois le « d » bel et bien rendu. Il y a certes des exceptions  pour « avec » bien que dans certains terroirs, l’on puisse entendre « avé ».

 

Autrement dit, tout se passe comme si la lettre « e » tantôt renforçait le lien consonantique, « jtldis » pour « je te le dis » tantôt, au contraire, occultait la consonne qui lui fait suite et dans ce cas, elle n’est plus un e muet mais un « é » donc une voyelle. On a bien tort d’ailleurs quand on épelle l’alphabet phonique du français de ne pas prononcer le « e » comme un « é » alors même que l’on dit « bé », cé, dé , «éf, gé, él, ém, én, pé, ér, és, té, vé etc. Certes, comme on s’en est expliqué ailleurs, avec la liaison, ces lettres ainsi masquées sont bel et bien restituées du moins devant un mot commençant par une voyelle : vous-z- avez-z- une voiture » »vous-z avez des-z- enfants » Si on interroge les locuteurs sur les raisons de cette occurrence et récurrence du son « é » à la fin tant de mots français, à l’oral, on risque d’entendre que c’est la consonne qui en est la cause oubliant que de nombreuses consonnes subissent le même sort. C’est donc bien le point commun, le « e » qui génére une telle similitude. Ce « e » qui s’entend « é » n’a nullement besoin d’un accent pour ce faire. L’accent, quand il existe, indique simplement qu’on aura supprimé une lettre, comme dans le cas du participe passé, où l’accent signale la perte du « d ».C’est donc encore une erreur des descriptions du français que de laisser entendre que l’accent sur le e donne le son « é », c’est la lettre elle même qui se prononce ainsi dans ces cas de figure, où le « e » précéde une consonne.

Dès lors, est-il possible de conclure que le e devant une consonne éteint le son de la consonne mais que le e après une consonne la connecte avec la consonne suivante ?. On oscillerait ainsi d’une hypo—consonnantisation à une hyper-consonnantisation !Pas de « juste milieu » mais des sonorités très contrastées.

Au niveau grammatical, on trouvera pour un même verbe : « j’veux chante(r) mon amour» et « jle chant(e)rai ».

On nous objectera peut être qu’il n’est pas toujours aisé de savoir si un « e » précéde ou suit une consonne. L’occultation de la consonne- ce qui produit du « é »- semble n’impacter que la position du « e » devant une consonne finale.Quand le « e » n’est pas dans cette position, il se prononce tout simplement « é »mais sans effet sur la consonne qui suit comme dans espace, Espagne, espadon, espèce , esprit. Pourtant, nous trouvons:études, étudiant à la place de estudes avec le « s » qui ne s’entend plus à l’oral et par vois de conséquence ne s’écrit même plus- ce qui montre que le probléme peut se poser aussi en début de mot par assimilation. Mais les emprunts au français attestent que le « s » ne disparaît pas nécessairement puisque l’anglais connaît « special », « spy », « student », « scale », stellar, « school », « State » « etc. dérivés du français.

 

Nous voudrions, pour terminer cette étude, traiter d’un cas assez remarquable : le mot « droit » en français comporte deux consonnes qui ne sont point séparées par un « e ». Or, dans d’autres langues latines, on a « derecho » (espagnol), « diritto » -italien qui montrent que le d et le r ont pu être séparés par une voyelle empechant leur liaison alors qu’en français cette liaison s’impose déjà à l’écrit. Cela vient confirmer que le processsus a du se mettre en place progressivement.L’anglais d’ailleurs, par mimétisme, traite le « o » comme un « e muet » : it is not devient it isn’t, I do not, I don’t, ce qui montre le succès de cette langue « feutrée » ennemie des sons trop piquants. Décidément, le français ne serait pas ce qu’il est sans son e muet et son « é ». En fait, le probléme tiendrait plutôt au son « eu »-souvent rendu par les étrangers- en « é » et qui ne devrait même pas s’entendre en français si ce n’est quand il est suivi d’un « u » qui semble devoir se prononcer comme un « you », comme le rappelle l’anglais qui rend « entrevue » par un interview, prononcer « viou » tout comme « peu » emprunté par l’anglais donne « few », à prononcer « fiou » ou « neuf » donnant new, à prononcer « niou ».(le w est un double « u » en anglais double « you »)

 

05 05 21

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